Chapitre 6

5 minutes de lecture

Le bras immobilisé dans une attelle au bout de laquelle dépassait sa main plâtrée, Charles avait piètre allure.

Les traits de son visage étaient tirés et une pâleur persistante faisait ressortir son hématome, qui s'était étendu jusqu'à sa tempe.

Deux minutes plus tôt, Carmen m'avait envoyé un message me demandant d'aller les retrouver dans son bureau, plus grand, et dans lequel se trouvait une petite table sur laquelle nous avions pris l'habitude de manger.

Même s'il était plus spacieux et plus lumineux que le mien, le bureau de Carmen donnait directement sur le hall de l'étage. Les nombreux passages et les rires stridents que poussait souvent Géraldine ne me faisaient pas du tout regretter mon placard à balais, aussi tenace fut l'odeur de renfermé qui y régnait.

Tandis que Charles s'installait sur une des quatre chaises disposées autour de la table ronde, Carmen y disposa plusieurs boites en plastique de taille moyenne, et ce qui ressemblait à des sandwichs, emballés dans du papier aluminium.

Je m'avançai et jetai un coup d'œil au sac qu'elle vidait.

Ce serait libanais pour aujourd'hui !

Elle leva la tête et me sourit.

- Je t'ai pris du poulet mariné et un mezzé, ça te va ? Me demanda-t-elle.

- C'est parfait, merci.

Je pris place en face de Charles. Il était anormalement silencieux et avait le regard vague.

Carmen s'installa à son tour et nous pûmes commencer à manger. Elle tendit à Charles un sandwich qu'elle déballa pour lui. Celui-ci s'en empara et mordit machinalement dedans.

- Comment te sens-tu ? Demandai-je, de bonne foi.

Il mit quelques secondes avant de réaliser que c'était à lui que je parlais.

- A ton avis ?

OK.

Sa brusquerie me déplaisait. Certes, il avait eu une sale journée, mais je ne voyais pas pourquoi je me prenais tous ses malheurs dans les dents.

Je savais qu'il était dopé à l'Ibuprofène et aux antidouleurs, et que par conséquent, ses capacités défensives n'étaient pas au beau fixe.

A la guerre comme à la guerre, je décidai donc de passer à l'offensive.

- C'était quoi cette scène, ce matin ?

Lâche ? Non, stratège.

Carmen me regardait comme si j'étais folle. Quant à lui, il jeta son sandwich sur la table et me lança un regard contrarié.

- Tu veux vraiment parler de ça, maintenant ? Me défia-t-il.

Je laissai à mon tour tomber mon plat. Je n'avais plus faim de toute manière.

- Ouais, maintenant. Tu pourrais, par exemple, en profiter pour m'apprendre deux ou trois choses sur cet Ezio.

- Ne fais pas comme si tu ne le connaissais pas !

Incroyable !

- En quelle langue faut-il que je te le dise ? Pour la dernière fois : JE NE LE CONNAIS PAS ! vociférai-je.

Voyant le ton grimper crescendo, Carmen tendit un bras vers chacun de nous, mains levées, afin d'apaiser la situation.

Charles se releva en faisant crisser sa chaise et me pointa de son satané doigt.

- Toi, la moralisatrice de service, ce qui s'est passé ce matin ne te regarde pas ! Alors lâche l'affaire, je n'ai pas de comptes à te rendre, bordel !

Réalisait-il seulement ce qu'il disait ?

Je me relevai aussitôt.

- Non, mais tu t'entends ? Tu me dis que ça ne me regarde pas, alors qu'il y a deux heures à peine, tu me lançais tes regards larmoyants avec tes « je t'en prie, Nina, ne t'approche pas de lui... », criai-je, en imitant pathétiquement sa voix.

Il devint cramoisi. Il était tellement hors de lui, que je voyais les veines saillantes de son cou.

- Je n'ai pas dit ça ! Je t'ai dit de faire attention, je n'en ai rien à foutre que vous vous approchiez tous les deux ! RIEN. A. FOUTRE ! hurla-t-il

En colère, je le pointai du doigt à mon tour :

- Arrête de jouer sur les mots !

- Arrête de me casser les couilles !

Il sortit précipitamment de la pièce, et je me retrouvai comme une idiote.

Je soupirai et me rassis en passant une main sur mon visage. La situation avait dérapé tellement vite...

Carmen posa sa main sur mon bras.

- Mais qu'est-ce qu'il te prend, querida ?

Je la regardai avec lassitude.

- Depuis ce matin, j'écrase devant sa majesté et ses remarques acerbes, Carmen. J'avais besoin de me défouler, OK ? Laisse tomber, maintenant.

Sans lui laisser le temps de répliquer, je sortis et me dirigeai vers le bureau d'Edouard.

On me devait des explications ! La curiosité me rongeait depuis que j'avais croisé ce sournois d'Ezio à côté de ma voiture.

Il fallait que je sache.

Arrivée devant l'épaisse porte en bois acajou, j'inspirai à fond et donnai deux coups assez forts.

Il me sembla entendre un lointain « Entrez ! », mais je n'en étais pas sûre.

J'ouvris quand même la porte et la première chose qui me frappa fut, comme d'habitude, la puissante odeur de cigarette.

Il y avait constamment un nuage de fumée qui flottait dans la pièce immense, ajoutant un côté lugubre aux murs bordeaux et au canapé en cuir qui faisait face à l'entrée.

Me retenant d'agiter les bras afin de me débarrasser de toute cette fumée, je refermai la porte et m'avançai vers Edouard.

Celui-ci était assis à son bureau et feuilletait un dossier d'une main, et tenait de l'autre, une cigarette allumée, pratiquement réduite à l'état de mégot tant elle avait été consumée.

Il releva la tête et ses traits crispés, se détendirent légèrement. Il m'offrit un sourire hésitant et me fixa de son regard bleu glacier, si semblable à celui de Charles.

Après un rapide coup d'œil, je fus soulagée de ne pas retrouver ce dernier, ici.

- Je t'en prie, Nina, assieds-toi, me proposa Edouard, en indiquant une chaise en face.

Je m'assis, dos à la porte et gardai le silence.

Il toussota.

- Je sais que tu as beaucoup de questions. Je tâcherai d'y répondre de la manière la plus claire possible, promit-il.

Je le connaissais, maintenant. Je savais pertinemment que quiconque voulait parler à Edouard Mercier, devait savoir que celui-ci n'avait pas de temps à perdre.

Il était inutile d'y aller par quatre chemins.

- Ezio n'est pas un vampire ça, je le sais, commençai-je.

Il baissa les yeux, et prit son temps pour écraser sa cigarette incandescente contre un cendrier qui avait vu des jours meilleurs.

Une fine ligne de fumée s'éleva entre nous. L'odeur faillit me faire tousser.

Il croisa mon regard de nouveau et s'éclaircit la voix sans piper mot.

J'avais espéré qu'il m'aiderait un peu plus que cela.

- J'ai longuement réfléchi, ajoutai-je. J'ai d'abord pensé qu'il était sorcier. Mais les sorciers ne se déplacent pas aussi rapidement...

Je tentais de détecter dans ses yeux si j'étais sur la bonne piste, mais absolument rien ne filtrait à travers son regard azur. 

Je décidai de poursuivre. Épuisant toutes mes théories, je dis : 

- Peut-être est-il métamorphe ? Garou ?

Edouard poussa un léger soupir et s'apprêtait à me parler, lorsque nous entendîmes un applaudissement. 

Je me retournai, et vit Ezio, à côté de la porte déjà refermée, un sourire en coin et les yeux rivés sur moi.  

Annotations

Recommandations

NM .L
LGBT - CV

Savoir et Lueur sont deux adolescents apprenant l'amour et l'émancipation.
L'un est un rêveur peu confiant dans les sentiments, l'autre est un prince qui parle avec le cœur.

Venez découvrir leur parcoure et leur histoire respective.

***

Une histoire d'ado facile ? Pas sûr... Les histoires de familles compliquent toujours tout. ^^
18
20
119
37
Ana F.
Née sous le feu des projecteurs, Yue n’a jamais connu que la scène de l’Héliaque et les grands chemins de Terres Connues. Fière de ses talents d’acrobate, de son cirque, de sa troupe et de leurs animaux rares, elle s’épanouit en dépit de son statut d’esclave entre les bras d’un père protecteur, d’un petit frère aimant et d’un public enthousiaste.

À l’aube d’une énième représentation, un fléau menace se Réalité. Un arcane meurtrier lie son sort à ceux d’inconnus aux cotés desquels elle devra grandir, et œuvrer pour échapper au cauchemar de leurs vies détruites.

[EN COURS]
1308
2438
9977
558
Maxence Sardane
Japon, 18° siècle.

À la suite d'une odieuse machination, Kairii, unique survivant du clan Naguki, se retrouve vendu à une maison de passe d'Edo, alors le plus grand lupanar du monde. Dépouillé de ses armes, de ses titres, de son passé et perdant jusqu'à son nom, le jeune samurai se retrouve soudain en bas de la pyramide hiérarchique de la société shogounale. À son corps défendant, l'adolescent combattif découvre l'enfer de la société des « garçons de l’ombre », ces prostitués dont le nombre et la renommée éclipsent même les grandes courtisanes de Shimabara. Une société où règnent la souffrance et le vice, ainsi qu’une âpre compétition. Une seule personne se souvient de qui il est : Taito, un jeune mercenaire sans nom et sans statut, dont la famille servait, il y a longtemps, le clan Naguki aujourd’hui anéanti.

Taito parviendra-t-il à retrouver Kairii, dont on a effacé l'identité ? Kairii, de son côté, survivra-t-il à sa captivité, lui à qui son honneur bafoué commande de se donner la mort ?

TW : Ce récit dépeint des faits historiques très sordides et violents, ainsi que des relations entre hommes.
799
787
1665
555

Vous aimez lire SavannaClear ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0