Chapitre 3

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Tout se passa très vite. Le poing de Charles atterrit contre la mâchoire de l'inconnu, et un craquement se fit entendre.

Quelqu'un hurla.

Le coup de Charles n'avait pas l'air de lui avoir fait quelque chose. C'était à peine s'il avait cillé. Il attrapa Charles par le col de sa chemise et le souleva avant de le jeter contre le comptoir jaune.

Géraldine, qui s'était levée pour observer ce qui se passait, poussa un petit cri et s'éloigna rapidement.

Choquée, je voyais Charles déjà essayer de se relever. C'était un véritable miracle qu'il ne fut pas mort. La force avec laquelle il avait été propulsé contre le meuble aurait pu le tuer, ou du moins le paralyser.

Alerté par le boucan, Edouard émergea de son bureau, le visage inquiet. Il vit d'abord son fils se relever en grimaçant. Il me jeta ensuite un rapide coup d'œil avant de se figer en apercevant l'agresseur.

Avec sa petite taille et son crâne dégarni, il ne ressemblait en rien à son fils. Enfin, mis à part les yeux bleus...et les goûts vestimentaires.

- Ezio, dit-il d'une voix autoritaire. Je t'attendais.

« Ezio ? »

Ce dernier l'observa avec dans le regard, un curieux mélange de respect et de défi. Sans plus rien ajouter -ni se préoccuper de l'état de son fils, -Edouard retourna à son bureau d'un pas rapide. Ezio le suivit et referma doucement la porte, comme s'il ne voulait pas faire de bruit.

Abasourdie par ce qui venait de se passer, je restais plantée sur place pendant un bon moment avant de rejoindre Charles.

Il était adossé au comptoir et se tenait le bras droit en grimaçant. Je fis de même en voyant sa lèvre fendue et un hématome se former sur sa pommette.

Il me fusilla du regard.

- Qu'est-ce que tu foutais avec cet abruti ? demanda-t-il avec hargne.

Sans lui répondre, je jetai un coup d'œil à la porte refermée.

« Je t'attendais », avait dit Edouard. Il avait eu l'air surpris de le voir, pourtant...

Je me tournai vers Charles et lui lançai un regard compatissant.

- Tu es sûr que ça va aller ? Je peux...

- Réponds, m'interrompit-il.

Avant que je ne puisse lui faire entendre le fond de ma pensée, Carmen débarqua, essoufflée.

- Désolée du retard, lança-t-elle à la cantonade, son accent espagnol plus prononcé que jamais.

Elle déboula en faisant claquer ses talons de bottines et en s'éventant de la main.

Carmen était la seule à ne pas suivre le dress code du lieu. Avec sa longue crinière brune toute en ondulations, ses créoles géantes et son éternelle jupe bohémienne, elle ne collait pas du tout à cet endroit.

Ces dernières semaines nous nous étions rapprochées. Elle représentait la seule amie que j'avais dans ce pays, loin de tout ce qui faisait ma vie.

Pour l'heure, j'étais très heureuse de la voir arriver. Et pas uniquement parce qu'elle était plus en retard que moi...

- Madre de Dios, s'exclama-t-elle en remarquant l'état de Charles et la fissure du comptoir. Que s'est-il passé, ici ?

L'ignorant, Charles me dévisageait toujours.

- C'est lui qui est venu me chercher, me sentis-je obligée de lui répondre. Je ne le connais pas du tout.

- Qui ça, il ? demanda Carmen.

Charles balaya sa question d'un geste agacé de la main, et s'avança vers moi.

- Comment aurait-il su où tu habites ?

- C'est un surnaturel ! répliquai-je. As-tu déjà vu à quelle vitesse il se déplace ? Il a changé une abeille en tournesol, nom d'un chien ! Tu crois qu'il ne pourrait pas retrouver une simple adresse ?

Charles garda le silence.

- Toi, en revanche, continuai-je, tu le connais très bien.

- Nom d'une cucaracha, de qui est-ce que vous parlez, à la fin ? intervint Carmen

Silence.

- Ezio, souffla Charles.

Carmen écarquilla les yeux et perdit un peu de sa superbe.

Leurs réactions étaient très étranges. Charles, d'un naturel calme, se mettait très rarement autant en colère. Carmen, quant à elle, était un véritable moulin à paroles, et son silence me mettait mal à l'aise.

- Ce ne serait pas mal que l'un de vous, puisse m'expliquer qui est ce gars ! ajoutai-je.

Carmen se mordit la lève et évita mon regard.

- Il est ici ? demanda-t-elle à Charles. C'est lui qui t'a fait ça ?

Charles essaya de bouger la main et abandonna aussitôt. Son visage devint d'une pâleur cadavérique, et je commençais à m'inquiéter.

Prenant la décision de remettre à plus tard toutes mes interrogations, je demandai à Géraldine d'appeler Mike, notre médecin, habitué à soigner tous nos petits bobos d'après combats.

Pour une fois, elle ne m'assassina pas du regard et décrocha son téléphone sans faire d'histoires.

Je pris une chaise et offrit à Charles de s'y asseoir. Celui-ci ne discuta pas et, raide comme un manche à balai, cala son long corps sur la chaise en plastique.

- Mike arrive dans dix minutes, nous prévint Géraldine.

Soulagée, je me dirigeai vers la fontaine à eau afin d'en prendre un verre pour le blessé.

La porte du bureau d'Edouard s'ouvrit avec autant de fracas que lorsqu'elle avait été ouverte par Charles quelques minutes plus tôt.

Ezio en sortit, le visage renfrogné.

Sans un regard pour Charles, il se dirigea vers moi et me colla un bout de papier dans la main.

- Appelle-moi, ordonna-t-il simplement.

L'instant d'après, il appuyait sur le bouton de l'ascenseur, avant d'y pénétrer et de me jeter un regard si intense, qu'il me cloua sur place.

Puis il disparut de notre vue.

- Dios, il est toujours si...commenta Carmen d'un ton rêveur, avant d'être interrompue par un raclement de gorge agacé provenant du côté de Charles.

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