Chapitre 1

8 minutes de lecture

L'imprévu.

Je l'avais en horreur.

Mes talons émirent un claquement caractéristique sur le bitume, tandis que je me dirigeais vers ma voiture de location.

J'étais en retard pour la troisième fois, cette semaine. Il fallait que je trouve une excuse quelconque, sinon j'allais encore recevoir des remarques de mon supérieur.

Le nez dans mon trop grand sac, je cherchais les clés de la voiture.

Ce n'était pas dans mes habitudes d'être aussi tête en l'air. Mais je me rassurai en portant la faute sur mes trop courtes nuits.

Les cauchemars avaient refait surface, et je passais des nuits entières éveillée, paniquée à l'idée de les voir revenir.

Réveillée en sursaut et trempée de sueur, je tentais pendant plusieurs minutes de me calmer. L'écho des battements d'ailes frénétiques des abeilles ne me quittait pas. La sensation d'étouffement, quant à elle, ne disparaissait qu'après avoir ouvert la fenêtre en grand pour inspirer de l'air frais.

D'où venaient donc ces cauchemars ?

Je n'étais pas quelqu'un de spécialement spirituel, mais je savais que lorsqu'un rêve se répétât, en général, on le considérait comme un rêve prémonitoire.

Quelqu'un, ou quelque chose, voulait me mettre en garde contre un événement à venir.

L'idée de me retrouver enfermée dans une boîte en présence de centaines d'abeilles, me fit frissonner.

Je finissais alors par m'endormir vers les coups de trois ou quatre heures du matin devant un épisode Netflix choisi au hasard, après avoir refermé les fenêtres et bu plusieurs verres d'eau.

« Mais où sont donc ces fichues clés ! »

J'étais dans le parking en face du studio que je louais, non loin du quartier de la Défense en France.

Depuis un an, je travaillais chez Mercier Hunting Group, le MHG. Une branche créée par la CIA pour intervenir dans tous les débordements liés aux activités surnaturelles. Il était dirigé par Edouard Mercier. Mon patron.

J'avais passé cinq bons mois à être formée. Entraînée. Les vampires étaient ma spécialité, je connaissais à peu près tout ce qu'il y avait à savoir sur eux.

Mais cela ne m'avait pas suffi à arrêter le criminel pour lequel nous avions fait le déplacement.

Depuis trois mois, nous étions coincés en France, par une enquête qui s'éternisait. Un vampire tueur en série se la jouait Jack l'Éventreur, et faisait régner la terreur dans plusieurs quartiers de Paris.

« Et si je prétendais être tombée sur le vampire en question, l'avoir poursuivi, et... »

Mouais.

Sauf que les vampires ne sortaient pas en journée. Et, mis à part leur allergie au soleil, tout ce que l'industrie cinématographique nous avait enseigné en matière de vampires était de la pure fiction.

Pour l'heure, j'espérais simplement ne pas rencontrer trop d'embouteillages. Le siège du MHG-France était situé dans un building huppé du quartier de la Défense, à environ dix minutes en voiture de mon lieu de résidence. Les locaux étaient partagés avec une entreprise de finances, afin que nos activités, encore incomprises -et parfois jugées -du grand public, ne soient localisées.

C'était donc pour cette raison que je portais des talons hauts qui m'écorchaient les pieds, et un tailleur qui me serrait comme dans un étau.

Cette tenue n'était pas idéale pour toutes les rondes nocturnes que je devais effectuer, avec mon équipe. Mais elle avait l'avantage de me faire fondre dans la masse, lorsque j'arrivais au « bureau ». Même moi et mon esprit crédule savions que, prétendre faire des fusions-acquisitions en pantalon en cuir et rangers, ne duperait personne.

Ah ! J'avais retrouvé mes clés !

Toujours dans mes pensées à chercher dans mon stock d'excuses farfelues, je m'apprêtais à déverrouiller la portière, lorsqu'un changement d'énergie se produisit dans l'air.

Les sens aux aguets, je restais figée et essayais d'en repérer la source.

Je me retournai soudain.

Un homme se tenait devant moi.

Il était très grand. Certainement plus d'un mètre quatre-vingt-cinq. Robuste sans être trop musclé, il dégageait un sentiment de puissance.

Et, indéniablement, de danger.

Mon pouls s'accéléra.

Ça ne pouvait pas être un vampire. Il était neuf heures du matin et le soleil était aveuglant.

Je le vis s'approcher de moi d'une démarche féline et me détailler de haut en bas.

Je savais ce qu'il voyait : une fille banale, plutôt petite, des rondeurs post-réveillon qui n'avaient toujours pas disparu, des cheveux bruns bouclés et des yeux noisette.

Il me guettait comme un prédateur le faisait avec sa proie.

Il s'approcha encore et s'arrêta à environ un mètre de moi.

Les clés toujours serrées dans ma main, je pris, à mon tour, le temps de le détailler.

Il portait un jean noir, un t-shirt de la même couleur, et une veste de couleur grise. Celle-ci semblait un peu serrée sur lui, et faisait ressortir avec puissance, son teint hâlé. Il avait les cheveux bruns, légèrement ondulés.

Ses sourcils fournis et foncés ajoutaient en intensité à son regard vert émeraude.

Il fit un mouvement et je reculai, effrayée.

J'étais dans un parking isolé, avec un inconnu. Il pouvait se passer un milliard de choses avant que quelqu'un ne puisse venir à mon secours...

Chassant les images d'horreur qui envahissaient mon esprit, je remarquai les fines cicatrices blanches qui tranchaient avec le doré de ses mains puissantes, lorsqu'il les tendit devant lui, comme pour me rassurer..

- Nina, chuchota-t-il d'une voix profonde.

Il connaissait mon prénom.

La bouche sèche, je déglutis.

- On se connaît ?

Il laissa retomber ses mains.

Je crus voir un instant, un éclair de déception traverser ses yeux verts.

- Qui êtes-vous ? demandai-je, ne voyant aucune réponse arriver. Et comment connaissez-vous mon prénom ?

Il continuait de me regarder, silencieux.

La situation devenait bizarre.

Il fallait absolument que je m'éloigne de lui !

Je commençais à paniquer en le voyant ainsi figé, à me fixer.

J'esquissai un mouvement en direction de ma voiture de location, mais n'eus pas le temps de faire un pas. Avant même que je ne perçoive son corps se mouvoir, il se retrouva derrière moi.

Comment pouvait-il se déplacer aussi rapidement ? Même les vampires les plus anciens n'en étaient, à ma connaissance, pas capables !

Passant son bras autour de mes épaules, il me força à m'adosser à son torse.

Lentement, il approcha ses lèvres de mon oreille.

Mon rythme cardiaque redoubla d'intensité.

Son parfum était un mélange de santal, de tabac et de menthol.

- J'ai besoin de voir Edouard, petite fée, susurra-t-il dans un anglais parfait, avec ce qui me semblait être un léger accent britannique.

Sa voix me semblait si familière...

Mettant cette impression sur le compte de mon trouble, je dis :

- D'abord, vous allez vous éloigner de moi. Ensuite, vous me direz qui vous êtes...

Je ne pus continuer. Sa grande main avait entouré ma gorge, sans serrer.

Mais la menace était limpide.

- Tout ce que je te demande, c'est de mon conduire jusqu'à Edouard.

- Allez vous faire foutre, lançai-je témérairement.

Je tentai de me dégager. Surprise de ne rencontrer aucune résistance, je profitai que son bras me libère pour me précipiter vers ma voiture, sans regarder derrière moi.

Je déverrouillai la portière et m'empressai de m'installer sur mon siège.

Il était là.

Assis du côté passager, l'air de rien. Il me regarda, en haussant un sourcil et attacha sa ceinture.

- Mais qu'est-ce que... !? m'étranglai-je.

- Conduis-moi jusqu'à Edouard, répéta-t-il, tu seras gentille.

Il baissa la vitre. Une abeille s'infiltra à l'intérieur de l'habitacle. Un froid m'envahit.

J'avais horreur des abeilles. Une peur panique.

Oubliant le passager à mes côtés, je m'éloignai du monstre ailé, autant que me le permettait l'espace exigu.

L'inconnu mit ses mains en coupe et l'abeille, comme attirée par le nectar d'une fleur épanouie, s'y posa.

Il referma ses mains. L'instant d'après, il tenait une fleur de tournesol d'un jaune éclatant. L'abeille avait disparu.

« J'ai besoin d'un café. »

Avec horreur, je le dévisageai.

Il me sourit, faisant apparaître une fossette.

- Pour toi, ma belle, dit-il d'une voix séductrice, avant de me tendre la fleur.

Je l'observai, les yeux écarquillés, la bouche ouverte.

En temps normal, j'aurais trouvé quelque chose à dire. Mais là, ma surprise couplée à un manque de sommeil de plusieurs jours, me laissa totalement abasourdie et muette.

- Ecoute, poursuivit-il, en balançant la fleur sur le tableau de bord. Je pensais qu'Edouard t'avais tenue au courant de ma venue. Je te promets que je ne te veux pas de mal...

Il enleva une poussière invisible de sa veste, puis me regarda.

- Et bien ? Qu'est-ce que tu attends pour démarrer ?

- Vous pensez vraiment que je vais vous y conduire ? demandai-je.

Il s'installa confortablement.

- Oui.

Je tentai d'apaiser ma crainte, en me convainquant que, s'il avait voulu me faire du mal, il l'aurait déjà fait.

Je ne savais pas de quelle espèce il était. Et je n'avais aucune arme sur moi. Et même si j'en avais eu une en ma possession, il était très peu probable que je l'eus utilisée sur lui.

Sur qui que ce soit, d'ailleurs.

Malgré des mois d'entraînement dans nos locaux, à Boston, j'étais encore obligée de faire appel à un de mes collègues pour achever un vampire parce que cela me soulevait le cœur rien que d'y penser.

Je n'avais encore jamais tué de vampires.

Je ne me considérais pas comme courageuse. Mais il était incontestable que mon manque de formation en matière de surnaturel, en était pour quelque chose.

Mon chef, Edouard Mercier était avare de détails. Son fils, Charles, l'était encore plus. Cette famille avait le don de me rendre folle. A vingt ans, j'avais tout quitté pour les suivre lorsqu'ils étaient venus me parler de leur organisation, alors que je venais à peine de réussir les tests d'entrée à la Police Criminelle.

L'inconnu m'observait, les yeux légèrement plissés.

- Vous ne voulez vraiment pas me dire qui vous êtes ? demandai-je, une fois mes esprits retrouvés.

Il secoua la tête.

- Si vous ne me dites pas qui vous êtes, je ne vous conduirai nulle part ! promis-je.

Il haussa un sourcil et me défia du regard.

- Sortez !

Il poussa un profond soupir.

- Tu sauras tout, bien assez vite, annonça-t-il, en regardant sa montre. Tu nous mets en retard, là !

- Je ne démarrerai pas ! lançai-je, en ignorant sa dernière phrase pleine de culot.

- Bon, dans ce cas, passe-moi les clés. Je vais conduire !

Je décidai de l'ignorer.

Après quelques minutes de réflexion, je finis par céder et démarrai la voiture, tout en me répétant que s'il avait voulu me nuire, cela aurait été chose faite.

Je m'inquiétais plus du fait d'introduire un inconnu -peut être avec de mauvaises intentions - au sein de nos locaux...

Peu importait. S'il tentait quelque chose, il serait bien accueilli.

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