Chapitre 6 (4/4)

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Lorsque Elise fit volte-face, son cœur se gonfla si fort qu’elle crut l’entendre se rompre, mais elle ne laissa rien paraître. Elle vit Talyah asséner un coup de coude dans les côtes de Diegory, alors qu’il lui murmurait quelques mots. Cette vision la fit rire et Elise vint à leur rencontre, joyeuse.

La scientifique la prit dans ses bras tandis que son coéquipier restait en retrait. La jeune femme sentait son regard courir sur son corps et craignit le pire. Elle s’attendait à un quelconque reproche, mais à la place, Diegory pouffa.

— Ça fait à peine dix heures que tu es là et tu t’habilles déjà comme une grand-mère ? ricana-t-il.

Talyah le fusilla du regard et répliqua :

— Tu seras grand-père avant elle ! Rien que depuis hier, tu as pris dix ans !

— Je suis désolée.

Les rires cessèrent. Elise se tenait droite comme un I, sérieuse et sincère. Elle était désolée de les avoir inquiétés, d’avoir joué avec sa vie, d’avoir manqué à ses devoirs. Diegory lui avait ouvert les yeux et elle n’en attendait pas moins de sa part. À de nombreuses reprises, il lui avait intimé de rentrer arguant que l’enquête reprendrait demain, qu’ils étaient tous les deux fatigués, à bout.

Comme le soulignait Talyah, les traits de son coéquipier trahissaient sa fatigue, mais aussi son soulagement. La scientifique ne prononça mot et libéra la jeune femme de son étreinte.

L’inspecteur, quant à lui, s’avança, posa sa main sur la nuque de sa partenaire et l’attira vers lui. Elise sentit l’émotion l’assaillir. Ce geste, cette attention et ce silence en disaient long. Dans un murmure, elle s’excusa à nouveau.

— Il y a des jours où nous avons besoin des autres pour nous relever et d’autres… marqua-t-il d’une pause, où nous devons payer à manger à nos coéquipiers.

Elise releva la tête, interloquée. Diegory reprit aussitôt, moqueur :

— En gros, ce soir, c’est toi qui invites. Tu nous dois bien ça ! indiqua-t-il en pointant son propre buste, l’air innocent.

— Tu n’es qu’un mufle ! s’exclama Talyah. Je te rappelle que tu as parié cinquante dollars qu’elle serait dans sa chambre ! C’est toi qui invites !

— Je ne me souviens pas de ça, tenta-t-il de se dédouaner, en secouant la tête de droite à gauche.

La bouche en forme de bec de canard de l’inspecteur fit pouffer Elise, puis la jeune femme éclata de rire, comme si toute la tension accumulée s’était envolée. Cependant, les obligations mirent fin à l’amusement de chacun.

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Jacques IONEAU
Avec mes meilleurs vœux de bonheur, santé et prospérité pour 2020
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Adrien de saint-Alban

Troisième et dernière partie

Fernand Langlois ou la passion des chiffres
Guinéennes ou pas, rares étaient les femmes qui lui résistaient. C'était de gré ou de force. C'était plus souvent de force. Il avait pourtant insisté, montré sa bonne foi de socialiste. Mais rien n’y fit. La guinéenne, de nature méfiante, avait refusé de se faire avoir par ce "client" indélicat et qui plus est, un Janus de la politique qu’était Fernand Langlois. Homme intelligent, certes, qui manipulait les chiffres avec aisance. D’ailleurs, il était obsédé autant par les femmes que par les chiffres. Par exemple, quand il voyait une femme il ne pouvait s’empêcher d’aller vers elle et de lui caresser le tour de poitrine pour deviner ses mensurations à la virgule près. Il avait des théories bien établies sur le rapport entre les chiffres et les femmes. Par exemple, étant persuadé que la taille des seins chez une femme était inversement proportionnelle à son Quotient Intellectuel. Plus son tour de poitrine était imposant, plus elle était stupide.
Quand il était sage petit garçon déjà, alors qu’il se promenait en compagnie de ses grands parents dans les jardins publics, il ne résistait pas à la pulsion qui le prenait de compter les petits canetons qui suivaient leur mère en pataugeant dans la mare, se disant en lui même: il y en a treize. Il ne se trompait jamais ou rarement.
D’où lui venait cette passion des chiffres? Dès la naissance sans doute. Son père était général d’armée et comptait les morts sur les champs de bataille. A l’adolescence, quand il commença à fréquenter les filles de son lycée, son obsession était de compter les poils sous les aisselles de ses conquêtes. Parfois c’étaient les poils pubiens. C’était plus délicat. Mais cela ne dura jamais. Il se faisait bouler car la sensualité des chiffres n’était pas forcément partagée par ses amourettes vite déçues. Il fallut attendre qu’il entrât à HEC. C’est là que le socialiste se sentit pleinement dans son élément. Il put à loisir concilier la froide passion des chiffres à la chaleur des passions amoureuses. Bref, joindre l’utilité des maths à l’agrément de la sensualité féminine. Ce fut à cette période qu’il prit véritablement son pied. Il comptait ses succès les uns après les autres. Ce fut pour lui une masturbation intellectuelle comme au temps des petits canetons qu’il comptait.
C’était sa technique de séduction. Voilà tout.
Plus tard encore, il découvrit la politique. Il admirait Jaurès. C’était pour lui comme un dieu. Il l’inspira plus tard pour sa carrière. Après tout, on peut aimer les chiffres et être socialiste, surtout aimer les zéros. Comme Kant qui, marchant droit devant lui sur le chemin de la fac où il donnait ses cours, changeait brusquement d’itinéraire et rentrait chez lui lorsqu’une une idée géniale lui traversait l’esprit.
Jaurès, lui, avait décidé de créer le socialisme en donnant l'aumône à un SDF. Jaurès était attentif à la misère des petites gens. La grandeur de son coeur et la puissance de son esprit avaient fait jaillir l'idée du socialisme pour assurer le bonheur des peuples.
Chez notre socialiste amateur de chair africaine, c'est en sortant de chez sa boulangère que l'idée du socialisme a jailli, comme cela, d’un coup, tel un jet de foutre. L’idée du socialisme s’était glissé dans son esprit en matant le tour de poitrine, la poitrine généreuse de sa boulangère et certainement pas en parcourant les gros pavés de Marx ou de Lénine.
Ainsi, le socialiste était décidé à devenir socialiste.
Pour l'heure, flanqué de ses deux avocats, le visage hâve, l’œil​ hagard, Fernand Langlois fixait le prétoire, assis, les mains jointes.
Il a été pris en flagrant délit de viol. Oui, lui, le puissant homme d'argent, plus puissant qu'un homme d'Etat.
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Non assurément pas. Lui, le socialiste qui ne voulait que tenter de faire avaler une couleuvre à une négresse comme il avait toujours fait jusque là.
Le président du tribunal s'adressa à Fernand Langlois qui s'était levé:
-Monsieur Langlois, à la lumière de ce qui vous est reproché, déclarez vous coupable ou non coupable?
-Non coupable, votre honneur!


Adrien de saint-Alban
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Défi
Keagan Ashleigh
Je vous propose dans ce petit récit une réécriture moderne de la légende de Oisin et Niamh, et par extension au mythe de Tír na nÓg, le pays de l'éternelle jeunesse.

J'ai beaucoup hésité quant au conte/mythe/légende sur lequel je voulais écrire mais il se trouve que cette légende fait un peu échos à mon roman dans lequel les mythes et légendes se retrouvent. Puis aussi j'écoute assez régulièrement Tír na nÓg de Alcest. Et pour finir, la légende est assez courte pour me permettre pas mal de liberté.
Du coup l'idée s'est imposée d'elle-même.

Je retenterais peut-être plus tard l'exercice avec un autre conte/mythe/légende, y'en a pas mal d'autres que je trouve plutôt pas mal à adapter.

[WORK IN PROGRESS] Je la publie maintenant juste pour valider le défi (j'ai du mal à respecter les deadlines, tu vois :o) ), mais c'est pas fini du tout. En attendant feel free de me laisser des annotations - j'en suis même pas au stade de la relecture encore, du coup peut-être attendez que le bouzin soit fini pour me laisser des commentaires, mais les annotations pourront m'aider dans la phase de relecture.
Edit parce que visiblement y'a besoin: j'ai le droit de pas comprendre / pas être d'accord avec vos annotations, et je VAIS discuter sur certaines, donc take a big pill of chill, ça veut pas dire que les annotations me font chier, loin de là. Et si je vous dit que vous POUVEZ laisser des annotations ça ne veut pas dire que j'en ai BESOIN. MERCI. (je copierais ça sur ma page de présentation parce que vraiment c'est un détail qui est vrai pour tous mes textes.)
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