Chapitre 5 (1/3)

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Elise tourna la tête et regarda par-dessus son épaule. L’agent comprit qu’elle dissimulait ses émotions. Tiraillé entre l’envie de la réconforter et celle de l’interroger, il ne bougea pas. Ses yeux s’arrêtèrent sur l’hématome et mirent fin à ses tergiversations. Il retira son sweat et le glissa sur les épaules de sa coéquipière.

— Viens, je t’emmène aux urgences, lança-t-il hâtif.

— Non ! l’implora-t-elle. Ils ne doivent pas savoir.

Elise poussa un gémissement. L’inspecteur ne réalisa qu’à cet instant qu’il se trouvait déjà près de la porte, main sur la poignée. La jeune femme se tenait debout, derrière lui, le souffle court, les doigts agrippés à son t-shirt. Lorsqu’elle lâcha prise et que ses bras retombèrent le long de son buste, les plis sur le tissu attestèrent qu’elle l’avait tiré de toutes ses forces sans parvenir à l’arrêter.

Le sweat tomba à terre. Un dessin sur la peau de la jeune femme attira son attention. Dissimulé par son bras et un pan de son chemisier, l’agent n’avait pas remarqué le tatouage qui remontait le long de ses côtes. Un attrape-rêves dont les plumes bleues se transformaient en oiseaux au niveau de l’abdomen. Le motif s’arrêtait sous la dentelle de son soutien-gorge. Son épiderme doré accentuait chaque élément de ce tableau stupéfiant.

L’agent détourna le regard, honteux, mais ne laissa rien paraître et prit la parole :

— Tu ne peux pas rester comme ça ! On va à l’hôpital.

Il appuya sur la clenche et aussitôt, la jeune femme bloqua le passage avec sa jambe. Ses iris bleutés plongèrent dans son regard gris. Le souffle chaud de l’inspectrice effleurait sa peau.

— S’il le découvre… Il va nous retirer l’enquête, se plaignit-elle.

— Et puis quoi s’il nous la retire ? D’autres s’en occuperont.

— Tu ne comprends pas ! bredouilla-t-elle.

— Non, je ne te comprends pas ! En quoi cette affaire est-elle si importante pour que tu en taises ta souffrance ? Pour que tu me laisses sur une aire de repos ? Pour que tu te démontes à ce point ? Combien d’agents fédéraux aussi qualifiés que nous pourraient clôturer cette enquête ? Non, je ne te comprends pas et je ne te comprendrai peut-être jamais ! Et tu sais pourquoi ? Parce que tu gardes tout pour toi ! Cinq ans… Ça fait cinq ans qu’on bosse ensemble et tu ne t’es même pas confiée à moi ! Tu sais quoi ? finit-il par lâcher, fais ce que tu veux. Reste là si le cœur t’en dit, mais ne viens pas te plaindre après.

Sous la colère, Diegory ne remarqua pas l’endroit où il appuyait pour écarter l’agente de la porte. Cependant, la plainte qu’elle étouffa en disait long sur la douleur térébrante qui l’avait traversée. La jeune femme tomba à genoux, suivie par l’enquêteur, estomaqué. Il bredouillait des excuses, mais ne parvenait pas à toucher sa coéquipière. Sa main bougeait dans le vide, juste au-dessus d’elle. La peur de la blesser l’empêchait d’effectuer le moindre geste.

L’inspecteur se leva pour quérir de l’aide, mais avant de s’éloigner d’elle, Elise murmura d’une voix éreintée :

— S’il te plaît… Laisse-moi du temps. On ira, se coupa-t-elle pour ravaler sa salive. On ira après… Attends juste que j’écrive mon rapport. Juste le rapport, d’accord ?

Diegory consulta sa montre et, à contrecœur, lui accorda trois heures. Il l’aida à enfiler le sweat, mais ne put passer que le bras valide d’Elise dans la manche. Le blouson, deux fois trop grand pour elle, dissimulait son bras ballant. Puis, il l’accompagna jusqu’à son bureau à l’instar d’un pilier, un soutien.

Tandis qu’il s’installait face à l’écran de l’ordinateur, son regard dévia en direction d’Elise. Elle se mordillait la lèvre, comme toujours lorsqu’elle rédigeait un document. Le murmure des touches malmenées s’élevait à travers le calme ambiant de l’étage. Même à une main, elle rédigeait son rapport plus vite que lui. Ses yeux demeuraient figés sur le moniteur face à elle. À n’en point douter, elle connaissait l’emplacement de chaque lettre par cœur.

La conversation épiée plus tôt lui revint en mémoire. Les liens entre elle et le directeur adjoint n’étaient pas dissimulés, pourtant, c’était la première fois qu’il entendait sa coéquipière parler de sa mère. Un suicide ou un assassinat ? Lequel des deux se voilait la face ?

Il encoda le numéro de dossier que Lucien lui avait donné pour la énième fois depuis le début de leur collaboration et demeura figé devant ce dernier. Un clic, un seul, le séparait du passé de l’enquêtrice. Le curseur tournoyait autour des dix chiffres, puis stoppa sur « valider. »

Pourquoi était-ce si difficile de presser ce maudit bouton ?

Gareth sortit de l’ascenseur, tambour battant, et surprit l’inspecteur qui, dans sa hâte de quitter la page, pressa le clic gauche de la souris.

Le dossier apparut à l’écran.

— Bande d’enculés ! s’écria Gareth. Je me suis tapé cent vingt bornes pour rien !

L’agent eut à peine le temps d’éteindre le moniteur, que déjà, le jeune homme se trouvait à ses côtés.

— Tiens, ta clé de voiture. J’aurais dû me douter que c’était un coup fourré. Elle ne t’aurait pas…

— Elle m’a laissé sur l’aire de repos, trancha Diegory de sa voix rauque.

— Non ?! s’étonna Gareth en détournant son regard vers la concernée. Mais dans ce cas, si j’étais chargé de te récupérer… Qui t’a ramené ?

La jeune femme ne suivait plus leur échange depuis qu’il était passé devant elle. Plongée dans son rapport, elle les entendait discuter, mais ne prêtait pas attention à leurs mots, trop concentrée sur les siens.

Gareth lui apporta un café glacé sans qu’elle n’eût à le demander et le déposa sur le bureau, puis il quitta l’établissement, son service étant achevé depuis plus d’une heure.

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Ecriture à contrainte réalisée dans le cadre de mes cours, à l'Université d'Angers.
L'image que vous pouvez voir en couverture, est l'une de mes deux images imposées, l'autre étant un profil de détective en ombre (je crois), probablement ce très cher Holmes.

Le texte final est disponible en première partie (découpé en trois, pour plus de confort). Vous pouvez le lire sans lire les contraintes présentées en deuxième partie si vous le souhaitez ;)

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