Chapitre 2 (2/2)

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Les paupières closes, l’agente ne bougeait plus. Son cœur battait avec calme. Les sentiments qui transperçaient son être ne lui appartenaient pas. Cette sensation, elle ne l’éprouvait qu’en présence d’une âme. Parfois, lorsque l’émotion la submergeait ou que la fatigue l’étreignait comme maintenant, le contrôle qu’elle exerçait sur elle-même s’effritait et permettait aux esprits tenus éloignés, chassés, repoussés par ce système de défense, de s’affirmer.

Elle n’avait pas besoin de voir l’enfant près d’elle pour ressentir sa douleur. La voix cristalline de la jeune fille s’élevait tout contre sa peau. Elle lui chuchotait à l’oreille des mots que l’inspectrice peinait à comprendre. Cela ne dura qu’un instant, quelques secondes, car Elise releva les barrières psychiques de son être. Le silence se réinstalla. Pesant. Destructeur. Avait-il rongé la victime jusqu’à la priver d’humanité ?

L’enquêtrice se balança à nouveau et frappa le métal. Lorsqu’elle sentit qu’on lui touchait la joue, elle ouvrit les yeux. Son regard rencontra deux billes putrescentes. L’enfant n’était pas partie et se tenait à quelques centimètres de son visage. Le pouls de l’inspectrice s’accéléra. D’habitude, les morts ne venaient pas à elle : elle allait vers eux. Cette âme… avait-elle été invoquée par les appels du métal ? Était-ce avec elle que la victime communiquait ?

— Il disait que les secours viendraient bientôt… mais vous n’êtes jamais venus. Il vous a téléphoné, je l’ai vu. Vous me vengerez… Moi et maman ? demanda l’enfant, visage penché.

La poitrine de l’agente se contracta à l’énonciation « maman. » Elise ne pouvait se permettre de lui répondre avec les officiers dans la pièce adjacente, aussi hocha-t-elle la tête, les larmes aux yeux. Les dégâts du temps et de la nature avaient détérioré le corps de la gamine.

Malgré cela, Elise voyait les sévices qu’elle avait dû supporter. Ses organes pendaient de sa cage thoracique éventrée. La jeune fille posa ses mains sur celles de l’inspectrice. Des frissons coururent le long de la colonne vertébrale d’Elise lorsque la petite pointa du doigt la cuve de mazout.

— Papa nous attend là-dedans.

Soudain, les yeux putrides de l’enfant s’écarquillèrent et elle disparut dans un hoquet de surprise.

— Je n’ai rien trouvé en haut, tu avances de ton côté ?

Elise sursauta à l’écho de la voix de son collègue, mais masqua son trouble.

— Tout me ramène à cette cuve, énonça-t-elle faiblement sans se retourner.

Diegory s’arrêta près d’elle et s’accroupit à sa hauteur pour observer la citerne.

— Tu penses qu’il y a un corps ?

— Non, trancha Elise, mais il y a autre chose.

— Alors on l’ouvrira et on verra de quoi il s’agit.

Vingt minutes plus tard, la cuve était sondée et l’objet remonté. Un téléphone portable emballé dans un sachet étanche avait été jeté dans la citerne. Les lambeaux de peau et les empreintes sur cette dernière montraient que la victime avait tenté d’atteindre le paquet. En vain.

Malgré l’envie qui brûlait les doigts des inspecteurs, ils ne pouvaient l’ouvrir. Cet objet regorgeait d’informations pour l’enquête et il était hors de question de détruire ou de compromettre ses données. Il fut immédiatement envoyé vers le laboratoire avec les échantillons. Diegory fut rappelé à l’étage par d’autres officiers. Elise resta au sous-sol pour soumettre le lieu au luminol.

Avant d’éteindre les projecteurs, elle vérifia que la jeune fille n’était pas de retour. C’était la première fois depuis qu’elle avait dompté son pouvoir de nécromante qu’un mort venait à sa rencontre. L’enquêtrice coupa la fréquence radio. La pièce plongea dans la pénombre suivie par le lancement des diodes UV. Le lieu se transforma. Des messages apparurent sur le sol comme sur les murs. Des mots, des pensées, des lettres qu’on avait tenté de supprimer. D’étouffer. De noyer en nettoyant les traces de sang.

« À l’aide »

« Il a pris ma fille »

« Maman t’aime »

« Pardon »

« Pardon »

« Pardon »

« Pardon »

« 08/01/2018 »

Six mois séparaient la date inscrite de celle d’aujourd’hui. Six mois… Six mois de torture, six mois d’oubli, six mois de douleur… Six mois d’espoir ? Elise secoua la tête. Ses émotions ne devaient pas la submerger.

« Pardon »

« Pardon »

Pourquoi s’excusait-elle à ce point ? À qui demandait-elle pardon ? L’agente photographia chaque mot, tandis qu’elle avançait vers le fond de la salle. Sur la cuve, un numéro de téléphone avait été inscrit, réinscrit, encore et encore comme si la suppliciée craignait de l’oublier. Les chiffres se chevauchaient et accentuaient le spectre fluorescent.

— Vous pensez que papa nous pardonnera ?

L’inspectrice se retourna, mais la gamine n’était pas là. Elise n’entendait que sa voix, fragile, éreintée. Après leur éveil, les esprits s’épuisaient et disparaissaient. Bientôt, la jeune fille rejoindrait sa mère.

— Pourquoi serait-il fâché ? chuchota Elise d’un timbre à peine audible, le visage baissé.

— Vous pouvez téléphoner à papa ? C’est son numéro là-bas. Si vous lui dites que vous nous avez retrouvées, papa viendra nous chercher ? Il a dit que papa détestait maman… Mais papa, il peut pas la détester, n’est-ce pas ? C’est un petit frère dans le ventre de maman, alors il sera content.

— Pourquoi disait-il que ton papa la détestait ?

— Il voulait pas de maman, mais maman m’a pas lâchée. Alors, il nous a emportées toutes les deux. Maman, elle lui a fait du mal. Alors… Il a pris ses doigts et ses yeux. Si j’avais écouté maman, il nous aurait pas attrapées. Papa nous déteste, c’est ça ?

La voix se dissipa telle qu’elle était apparue. Les morts ne communiquaient avec Elise que par énigmes. Ils ne donnaient pas d’éléments sur leur meurtrier, de même qu’ils ne mentaient jamais.

L’agente évitait d’invoquer les enfants, car elle leur causait plus de mal que de bien. Ils ressassaient leur passé, se considéraient coupables de ce qui leur était arrivé et s’évanouissaient avec ce fardeau sur les épaules. L’enquêtrice attrapa une feuille d’analyse et inscrivit le numéro de téléphone qu’elle glissa dans une poche de son uniforme. Après l’identification du corps, elle le contacterait, pour sûr.

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