Chapitre 8 (3/-)

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Elise les regarda s’éloigner. À peine eurent-ils quitté son champ de vision qu’elle tourna les talons. Au fond, regagner sa chambre comme lui avait subtilement intimé Diegory s’avérait plus judicieux, pourtant, son chemin fut tout autre.

Immobile devant la morgue, Elise temporisait. Franchir ces portes revenait à franchir le point de non-retour. Hélas, les mots de cette entité tout comme les questions qui en avaient découlé la tourmentaient. En quoi ce corps parviendrait-il à l’aider ? Lui permettrait-il de mettre son bourreau derrière les barreaux ? Lui donnerait-il une information cruciale ? Ou au contraire, cet être brumeux, cherchait-il à la conduire à sa perte ? Si tel avait été le cas, ne lui aurait-il tout simplement pas ôté la vie quand il en avait eu l’occasion ?

— Vous n’entrez pas ? tonna la voix du médecin légiste derrière elle.

— Je ne devrais pas être ici, répondit Elise, pensive.

— Mais vous n’y êtes pas. La dernière fois que nous nous sommes vus, vous retourniez dans le hall d’entrée avec vos coéquipiers. Que dis-je ? se reprit-il, nous ne nous sommes jamais rencontrés.

— Je ne vous comprends pas.

— Ce n’est pas que vous ne compreniez pas, c’est juste que vous regardez dans la mauvaise direction.

À ces mots, une bribe d’un souvenir lointain se juxtaposa.

« Ce n’est pas que tu ne comprends pas ma chérie, c’est juste que tu ne regardes pas dans la bonne direction. »

Cette phrase… Sa mère la répétait à longueur de temps. Elise se souvenait même de l’expression de son visage lorsqu’elle la prononçait. Cet homme, à quel point avait-il été proche de sa mère pour en connaître son dicton préféré ?

Elise fit volte-face. Le légiste se situait à six pas, immobile, une combinaison blanche prisonnière de sa housse transparente et un long tablier en polyuréthane repliés sur son avant-bras. Plus que sérieux, il combla la distance qui les séparait tout en prenant la parole :

— Je savais que vous reviendriez, mais j’ignorais que ce serait aussi rapide. Je n’ai pas eu le temps de vous trouver une paire de bottes. Enfin, libre à vous de m’accompagner pour l’autopsie du numéro 16, continua-t-il en proposant à Elise la tenue de travail et le tablier qu’il était allé chercher en vue de sa prochaine visite. Thiels vous a formée, n’est-ce pas ?

Elise ne put s’empêcher de saisir l’offrande qu’il lui tendait. Sagissait-il d’un signe du destin ? À l’évidence, tout la poussait à franchir la limite. Jusqu’où irait-elle pour venger cette mère et sa fille ? Était-ce si important à ses yeux au point d’en négliger tout le reste ?

— Ne craignez-vous pas les conséquences ? s’enquit Elise. N’avez-vous donc pas peur de ce que je pourrais faire ?

— Je sais tout ce que vous n’êtes pas, même si j’ignore qui vous êtes. Le choix vous revient : j’ai confiance en vos capacités et votre sens analytique sera un atout dans l’état où se trouve le corps.

— Vous influencez ma décision, se surprit Elise.

— Je vous sais sur le point de craquer, concéda le légiste, taquin, avant de déverrouiller l’accès à la morgue.

Tandis qu’il disparaissait derrière les lourdes portes métalliques, Elise lui emboîta le pas. Elle s’arrêta à ses côtés, devant une étagère où de multiples protections à usage unique les attendaient. Sans mal, elle remarqua que chaque accessoire était rangé par taille avec un espacement d’un cm entre deux objets. Une précision chirurgicale. Elle attrapa une charlotte bleue, la glissa sur son crâne et, après s’être assurée qu’aucune mèche rebelle ne s’en échappait, elle en ajouta une par acquit de conscience. Ensuite, elle déchira l’emballage plastique de la combinaison stérile et l’enfila par-dessus sa tenue de fortune. Ce mouvement lui fit réaliser que son épaulière de soutien la gênait à peine. Une fois équipée de manchettes souples en tissus enduits, de gants anti-coupure et d’une seconde paire de gants en latex, elle noua le cordon du tablier dans son dos. Pour terminer, Elise plaça le masque avec visière de protection et en ajusta la barrette nasale. Ses gestes, rapides et précis, témoignaient de l’agilité qu’elle avait acquise à force d’assister Adam Thiels dans son travail.

Machinalement, elle observa la salle d’autopsie. Soulagée de constater l’absence d’esprits, elle ramena son attention sur le légiste armé de son chariot brancard qu’il positionna à gauche de la cellule numéro seize. Au déclic singulier de l’ouverture métallique, Elise se dirigea vers lui pour l’aider avec le sac mortuaire. Au décompte de cinq, la dépouille fut soulevée et placée sur la civière.

— Je ne connais pas votre prénom, fit remarquer Elise alors qu’elle posait sa main sur la housse étanche afin de s’assurer qu’une vie était encore présente dans ce corps en lambeaux.

— Vous n’avez jamais cherché à le découvrir, répondit-il du tac au tac. Erwan Trope, enchanté de vous connaître, mademoiselle Elise Rivera. J’espère que vous n’avez pas mangé avant votre venue. Vu la consistance de ce sac, trouver la cause de la mort du défunt ne sera pas une partie de plaisir.

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