Chapitre 7 (5/7)

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Dans le hall d’entrée, de nombreux curieux s’étaient rassemblés autour de Diegory. Leur présence importait peu à l’agent, car il gardait un contact visuel avec l’inconnu assis à même le sol. Il scrutait sa moindre expression à la recherche d’une quelconque confirmation à défaut de pouvoir engager la conversation – la secrétaire communiquait déjà avec lui.

L’enquêteur avait pensé à lui demander sa carte d’identité, mais il ignorait tout de l’homme contacté par Elise. Devait-il mentionner le prénom de la défunte afin de voir sa réaction ? Non, il ne pouvait se le permettre. La détresse de l’inconnu se lisait dans ses yeux autant qu’elle irradiait de ses tremblements. Se taire en attendant la suite s’avérait la meilleure solution, mais était-ce sans risque ?

Diegory releva la tête. Son attention se porta sur chaque visage. Nul autre homme n’était dans un tel état psychologique. Tout laissait à croire qu’il tenait le bon : il était arrivé dans les dix minutes imparties, affolé, comme l’aurait été quiconque dans cette situation. Pourtant, sa conscience lui hurlait qu’il se trompait. Pourquoi ne cessait-il de répéter « qu’ils » lui avaient dit que sa femme se trouvait ici, alors qu’Elise avait été la seule à lui adresser la parole  ?

Cet élément ne coïncidait pas avec la réalité. Était-ce dû à son trouble ? L’inspecteur devait vérifier. Il s’apprêtait à poser la question fatidique lorsqu’une voix tonna dans son dos :

— Monsieur Pasteli !

Diegory se retourna avec lenteur. Un homme d’âge mûr s’approcha d’eux. Son inquiétude était visible, mais uniquement portée sur l’inconnu.

— Monsieur Pasteli ? Que s’est-il passé ?! Vous m’entendez ? s’enquit-il en prenant son pouls, à genoux.

Masqué en partie par son pardessus, l’enquêteur put néanmoins lire sur son badge qu’il s’agissait d’un neurochirurgien. Ainsi, il appartenait au corps médical. Les gestes qu’il effectuait pointaient également dans cette direction.

— Agent spécial Diegory Keaton du département des crimes violents, s’annonça-t-il en tendant la main. Vous connaissez cet homme ?

Stupéfait, les traits faciaux du médecin se plissèrent. Il mit quelques fractions de seconde avant de répondre qu’il s’agissait de l’un de ses patients.

— Ma… Ma femme ! Ils ont dit que ma femme était ici. Ils ont dit…

— Monsieur Pasteli, calmez-vous. Pouvez-vous me dire quel jour nous sommes ?

— Ma femme, laissez-moi voir ma femme ! s’emporta-t-il.

— Aidez-moi à le relever, lança le neurochirurgien aux agents, puis il s’adressa à la secrétaire : décale mes rendez-vous du matin, je vais m’occuper de lui.

La jeune femme partit sans demander son reste et, alors qu’elle se trouvait déjà à la porte de son cachot, le médecin lui cria :

— Et contacte sa famille !

L’inspecteur réalisa à cet instant que depuis l’arrivée du toubib, elle n’avait plus prononcé un mot. Elle s’était effacée, éloignée, tout comme son sourire bienveillant. Il échangea un regard interrogatif avec Talyah, puis, d’un mouvement de tête, lui indiqua de la suivre.

Talyah acquiesça, puis s’éloigna.

Ils aidèrent monsieur Pasteli à se relever. Diegory écoutait avec attention chaque mot échangé entre eux tandis qu’ils se dirigeaient vers un banc.

— Monsieur Pasteli, pouvez-vous me dire quel jour nous sommes ?

— Laissez-moi voir ma femme ! se débattit-il pour toute réponse en repoussant les deux hommes.

Pris au dépourvu, le médecin tomba en arrière. Diegory leva ses mains à hauteur de poitrine afin de signaler au fauteur de trouble qu’il ne représentait pas une menace pour lui.

— Monsieur Pasteli… C’est comme ça que vous vous appelez, non ? Je vais vous emmener voir votre femme, mais avant, vous devez vous faire soigner, vous comprenez ?

L’amas autour d’eux s’était épaissi. Du regard, l’enquêteur chercha un soutien auprès du médecin, mais ce dernier peinait à dissimuler sa colère. Aussitôt, il ramena son attention sur le patient. Il s’apprêtait à prendre la parole quand le chirurgien lui coupa l’herbe sous le pied :

— Votre femme est morte.

Diegory fit volte-face, sidéré, les yeux écarquillés. Le médecin, lui, avait repris toute contenance. Comment savait-il que la femme de cet homme était morte ? Il n’y avait qu’Elise, Talyah, le médecin légiste et lui-même dans la salle d’autopsie, l’information n’aurait pu fuiter… À moins…

— Votre femme est morte, il y a cinq ans, reprit le neurochirurgien, conscient d’avoir capté l’attention.

Diegory se sentit défaillir. Il s’était trompé ! Ce n’était pas le bon… Bordel, ce n’était pas le bon ! Outre ce constat, la froideur du toubib était aussi tranchante qu’un scalpel, comme s’il cherchait à blesser cet homme, par vengeance d’avoir été mis à terre par ce dernier.

Comment était-il possible qu’un médecin se comporte de cette manière avec son patient ?

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Ecriture à contrainte réalisée dans le cadre de mes cours, à l'Université d'Angers.
L'image que vous pouvez voir en couverture, est l'une de mes deux images imposées, l'autre étant un profil de détective en ombre (je crois), probablement ce très cher Holmes.

Le texte final est disponible en première partie (découpé en trois, pour plus de confort). Vous pouvez le lire sans lire les contraintes présentées en deuxième partie si vous le souhaitez ;)

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