Chapitre 7 (3/7)

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La gorge sèche, Diegory avait l’impression que les corps observés la veille s’accrochaient à ses jambes pour l’empêcher d’avancer. Chaque pas semblait plus dur que le précédent, si bien que dans la cage d’escalier, il dut s’arrêter. Immobile, au milieu d’une rangée de marches ; l’enquêteur songeait aux mots qu’il devrait adresser à cet homme.

Généralement, Elise se chargeait d’annoncer la nouvelle. Elle trouvait les termes adéquats, alors que lui répétait indéfiniment la même phrase stérile apprise vingt ans plus tôt. La jeune femme s’était imposée à ses côtés comme un soutien, un pilier, et tout naturellement, il était devenu le sien. À présent, il se demandait ce qu’il adviendrait de lui et de ses habitudes si elle venait à disparaître.

Si Lucien les séparait comme il l’avait fait, cinq ans auparavant, avec son coéquipier de l’époque, conserverait-il l’engouement qui l’animait actuellement ? garderait-il cette détermination à accomplir sa tâche, envers et contre tout ? Par le passé, il n’avait jamais outrepassé ses fonctions, mais Elise lui avait montré une autre forme de justice. Une justice qui prenait vie par-delà la mort.

Face au regard intrigué de Talyah, il se remit en route, néanmoins le fardeau sur ses épaules ne cessait de s’alourdir. S’ils avaient osé composer le numéro de téléphone de cet homme plus tôt… aurait-il été en mesure de revoir sa femme vivante ? L’aurait-il sauvée ?

Non, il n’avait pas le droit de se poser ce genre de questions ; il devait se recentrer sur l’enquête, oublier toutes les difficultés du métier, ne penser qu’au seul dénouement possible : arrêter ce psychopathe.

Une fois dans le hall de l’hôpital, l’inspecteur observa chaque individu qui franchissait les portes de l’établissement. Il ne s’attardait ni sur les femmes ni sur les personnes avenantes. Talyah surveillait l’accueil à la recherche d’un homme affolé, inquiet. Les agents ne pouvaient l’identifier, mais ils avaient bon espoir que ce dernier les remarquât.

Des bribes de conversation rythmaient les allées et venues des patients et visiteurs. Par moments, les regards se tournaient vers eux. Diegory consulta sa montre. Six minutes s’étaient écoulées depuis qu’ils tenaient leur position.

Soudain, l’attention de l’inspecteur fut ramenée vers les portes coulissantes de l’entrée. Un homme à l’arcade dégoulinante de sang arriva en boitant. Son jean et une partie de sa chemise étaient déchirés. Diegory le vit tanguer et, instantanément, s’élança pour lui venir en aide, tout comme l’une des secrétaires qui se précipita vers l’inconnu pour le soutenir.

— Ma femme, ma femme… Je suis là pour ma femme, ma femme, ne cessait-il de répéter, alors qu’il se laissait glisser vers le sol.

— Avez-vous eu un accident, monsieur ? s’enquit l’agent. Votre femme était-elle avec vous ?

— Ils ont dit qu’elle était ici, ils ont…

Le visage creusé, les yeux cernés, complètement déboussolé… Il ne pouvait s’agir que de la personne qu’ils attendaient.

Elise finissait d’exposer sa théorie lorsqu’elle comprit que le légiste l’observait avec attention. Elle ressentit soudain l’impression d’être celle qu’il autopsiait. Sans mot dire, elle soutint son regard jusqu’à ce qu’il brise le silence :

— Pardon. Je repensais aux propos de mon confrère : même s’il ne vous a jamais nommée, j’ai su qu’il s’agissait de vous à l’instant même où vous avez ouvert la cellule réfrigérante. Rares sont les personnes qui s’intéressent aux morts.

Elise recula d’un pas. Devait-elle y voir une insinuation ? Un malaise s’immisça dans ses pensées, libérant la sève de la crainte dans son corps.

— Vous vouliez examiner un corps en particulier ? l’interrogea-t-il en se dirigeant vers la cellule qu’elle avait ouverte plus tôt. Je peux vous le montrer.

Quelques secondes à peine suffirent à l’agente pour comprendre qu’il lui tendait un piège. Comment pourrait-elle savoir quelles dépouilles lui avaient été confiées ? Les cadavres avaient été déployés dans divers hôpitaux, faute de place. Par conséquent, il était impossible de savoir lesquels se trouvaient de l’autre côté de cette porte blanche, si ce n’était un numéro pour chacun d’entre eux.

Rien ne justifiait son geste et aucune excuse ne brouillerait les pistes. Jusqu’aux tréfonds de son être, la jeune femme se savait dos au mur.

— Je cherchais un enfant, répondit-elle, sincère.

Le légiste posa son regard sur l’enquêtrice, puis prit la parole tandis qu’il tirait l’une des civières :

— J’ignore si celui que vous cherchez est ici. D’après le rapport et mes échanges avec Thiels, il y aurait deux enfants parmi les victimes. Comme vous le savez probablement, les dépouilles ont été dispatchées. Dans mes locaux, je n’ai que celui d’une jeune fille, continua-t-il en plaçant sa main sur la tirette du sac mortuaire. Un élément vous aurait-il interpellé sur le terrain concernant ce cadavre ? À dire vrai, cela me surprendrait, sinon, vous en auriez parlé avec Thiels sur place… n’est-ce pas ?

Cet homme ne ressemblait définitivement pas à Adam Thiels, le médecin légiste avec qui elle avait l’habitude de travailler. Toutes ses interrogations étaient à double sens, comme s’il supputait toutes les issues possibles avant de poser sa question tandis qu’il préparait déjà la suivante.

La jeune femme n’avait d’autre choix que de jouer la carte de l’honnêteté en omettant quelques détails.

— Thiels a accompagné les ambulanciers. À son retour, nous étions tous affairés à nos propres analyses…

— N’en dites pas davantage. Si vous êtes ici en tant que patiente, il y a forcément des circonstances atténuantes quant à votre « oubli ». Je vous prie de m’excuser pour ma curiosité mal placée. C’est juste que vous m’intriguez. Vous me rappelez quelqu’un que j’ai connu à mes débuts.

Le médecin se perdit dans ses souvenirs, avant de reprendre, la voix mue par le dépit :

— Elle aussi élaborait des théories avec minutie… avant de terminer ici.

Il soupira, peiné, et ouvrit le sac hermétique. Aussitôt, les iris bleutés d’Elise se braquèrent sur la jeune fille.

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Ecriture à contrainte réalisée dans le cadre de mes cours, à l'Université d'Angers.
L'image que vous pouvez voir en couverture, est l'une de mes deux images imposées, l'autre étant un profil de détective en ombre (je crois), probablement ce très cher Holmes.

Le texte final est disponible en première partie (découpé en trois, pour plus de confort). Vous pouvez le lire sans lire les contraintes présentées en deuxième partie si vous le souhaitez ;)

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Dédié à l’œuvre de Sylvie Rupert sur Lautréamont

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