Toutes les bonnes choses ont une fin

de Image de profil de ClemXenceClemXence

Avec le soutien de  Rose_Noire, Wyn 
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Blessée, Andréa s’observe dans le miroir. Elle a les yeux rouges, bouffis, brillants et des larmes creusent des sillons humides le long de ses joues. Elle les écrase avec son pouce, lorsqu’elles finissent leur course sur le bas de son visage. Les cernes prononcées sous ses yeux sont les témoins muets du sommeil agité de la nuit précédente. Ses longs cheveux bruns sont attachés en un chignon déstructuré. Quelques mèches rebelles se sont échappées de l’élastique et encadrent son visage ici et là. Elles dodelinent autour de sa tête, au gré des sanglots qui secouent son corps. La lumière artificielle et jaunâtre de la salle de bain accentue la pâleur de son visage. Ses traits fins, si élégants d’ordinaire, sont tirés, et sa mâchoire reste inexorablement serrée depuis de longues minutes.

Elle aimerait hurler, mais la douleur est tellement intense qu’elle rend tout bruit interdit. Comme si aucun son ne pouvait exprimer l’exacte puissance de sa souffrance. La seule chose qu’elle est capable de faire, c’est de se tenir debout face à ce miroir, la posture droite et figée. Le menton légèrement relevé, les épaules baissées, elle espère être digne alors qu’elle se voit démunie et impuissante. Elle ne veut pas fléchir. Ses mains sont crispées sur le lavabo. Ses longs doigts fins s'agrippent à lui comme s’il lui permettait de ne pas sombrer face au spectacle qui se joue devant elle. Elle s’y accroche. Il se dresse comme un phare dans la nuit, et sa lumière est son reflet qui la guide. Il est son repère dans les tumultes de cette tempête émotionnelle qui déferle en elle. C’est tellement paradoxal ce silence qui l’enveloppe, et ce déferlement d’émotions qui la bringuebale en tout sens à l’intérieur.

Son corps nu est soudainement parcouru d’un frisson. Mais elle n’a pas froid. Elle a le sentiment de passer un cap, du moins, d’entrer dans un endroit où elle ne peut que prendre conscience d’elle-même. Petit à petit, plus rien n’existe autour d’elle. Les murs de la salle de bain qui l’emprisonnent, la cabine de douche, les meubles,... Elle ne sent même plus la froideur saisissante du carrelage sous ses pieds. Tout s’efface. Il ne reste plus qu’elle et son reflet.

Fébrile, la voilà maintenant qui se fait face. Elle s’affronte. Elle a l’impression de devoir mener un combat contre elle même. En plongeant son regard dans celui de celle qu’elle voit devant elle, elle réalise. Elle réalise que sa douleur se matérialise. Elle peut enfin la voir, celle qui raidit son visage et qui a tant meurtri son coeur et sa raison. Elle la devine aussi dans ses yeux qui racontent à eux seuls tellement de choses. Elle est bien là.

La violence de cette souffrance, qu’elle se refusait de montrer jusqu’alors en affichant invariablement un sourire et une bonne humeur manifestes, jaillissait enfin de son corps.

Face à cette vision, Andréa se met à réfléchir sur la peine, les émotions, les sentiments,... Elle se dit alors qu’une blessure physique aurait été tellement plus supportable. Si elle s’était coupée par accident avec un couteau, elle aurait eu une plaie. Elle la verrait, là, présente sur son corps. Elle saurait pourquoi elle a mal. Et aussi douloureuse eût-elle été, le fait de la voir et de la sentir, cela lui aurait permis de la soigner et de laisser son corps se reconstruire.

Pourquoi n’en est-il pas de même lorsqu’on tombe amoureux de quelqu’un? Comment aurait-elle pu se protéger de tout ça ? Non seulement elle avait sous-estimé le pouvoir destructeur de l’amour, mais elle en avait aussi oublié d’anticiper l’après. Le comment panser une blessure sentimentale, une blessure qu’on ne voit pas, qui est localisée partout et nul part à la fois. De cette ignorance, c’est son être tout entier qui souffre maintenant. Avec quel onguent doit-elle se momifier pour réparer tout ce qui est brisé en elle ? Elle se rend compte chaque jour, depuis qu’il est parti, qu’il lui est impossible de soigner son coeur blessé. Elle a l’impression que des centaines de couteaux se plantent en elle, encore et encore. Et lorsqu’il lui arrive parfois d’oublier la douleur, elle ne fait que revenir ensuite avec plus d’intensité. A chaque instant, une lame la pique quelque part. Elle s’enfonce si profond, qu’elle la sent traverser sa chair, percuter ses os, et atteindre son âme. Elle porte en elle tant de cicatrices invisibles. Comme si elle n’avait pas le droit d’oublier et qu’elle devait se rappeler à jamais qu’en perdant l’amour, elle a aussi perdu quelque chose en elle.

Pourtant, Andréa avait eu quelques hommes dans sa vie. Elle avait eu des sentiments pour certains, bien-sûr, mais jamais ils ne s’étaient manifestés avec une telle puissance. En ce moment même, elle pensait que jamais elle ne retrouverait ce qu’elle avait connu avec lui. Amputée d’une partie d’elle, elle a la sensation qu’il l’a trahie, qu’il lui a menti, qu’il a feint tous les moments qu’ils ont passé ensemble. Il lui a pris son coeur, il est parti et il l’a laissée seule, sans même afficher une once de regrets et de douleur. Cela semble si facile pour lui, comme si toute leur histoire n’avait jamais réellement existée.

Les sentiments sont-ils finalement la pire douleur qu’un être humain peut ressentir ?

Elle dit alors à haute voix, le regard planté dans son reflet : “ Je suis brisée “. De cet aveu terrible, sa bouche laisse soudainement échapper un sanglot plus important que les autres. L’écho de ce son fait vibrer tout son corps, et semble se répercuter indéfiniment dans les abysses qui l’entourent. Est-ce là la mélodie de son rejet ?

Tandis que ses yeux la balaient du regard, son cerveau fuse. Il lui pose 1000 interrogations et ne parvient pas à lui donner de réponses. L’abandon qu’elle vit la fait tout remettre en question : qui elle est, comment elle est, sa façon de vivre, ses choix,... Les muscles tendus, elle continue de s’analyser. Elle se regarde sous tous les angles. Elle qui est naturelle, qui ne se maquille que pour de rares occasions, qui s’aime telle que la nature l’a faite, qu’a-t-elle en moins qu’une autre ? Cette question la force à se regarder plus intensément, à se focaliser sur les éléments imparfaits de son visage. Elle plisse les yeux. Elle se concentre. Ca y est. Elle les voit. Elle ne voit plus que ça maintenant, ses imperfections. C’est pour ça qu’elle souffre ? Peut-être que si elle avait eu une peau de bébé, sans impureté, il l’aurait aimée d’avantage ? Et si la petite bosse sur son nez n’avait jamais existée, peut-être l’aurait-il trouvée parfaite ? Et cette bouche, si petite, pincée, peut-être ne lui donnait-elle pas assez envie de l’embrasser ?

Plus elle s’observe, plus elle se sent moche. Affreusement moche. Pourtant, jamais il n’avait critiqué son physique. Mais jamais non plus il n’avait posé sur elle un regard amoureux. Andréa ne s’était à aucun moment sentie unique, belle et différente à ses côtés et pourtant elle, elle l’aimait.

Pourquoi n’a-t-il pas voulu d’elle ? La raison de ce désamour se trouve t-elle dans le physique ? Parce qu’en y réfléchissant, elle lui plaisait quand ils étaient ensemble. Il y avait un réel désir partagé qui se manifestait par des ébats charnels passionnés. Leur sexualité avait quelque chose d’incroyable. Ils se disaient sans cesse qu’ils n’avaient jamais connu ça auparavant. Il y avait une alchimie, une symbiose de leurs corps qui s’opérait chaque fois qu’ils se touchaient. Comme d’insatiables boulimiques sexuels, ils étaient obligés de se consommer. Dès qu’ils étaient dans la même pièce, ils se dévoraient à n’en plus finir. Leurs pulsions étaient incontrôlables. C’était la société de consommation : du partout, tout le temps et tout de suite. Chaque lieu était propice à la rencontre et la découverte de l’autre. Andréa avait l’impression que leurs corps étaient faits l’un pour l’autre. Chacun de ses gestes éveillait en elle un tourbillon de sensations et tous deux s’enivraient et s'enorgueillaient de cette fusion extraordinaire.

Andréa pousse un long soupir. Sa respiration s’accélère. Son sang bat si fort dans ses tempes. Elle a l’impression qu’un orchestre de percussions joue dans sa tête. A la fois exaltée par ces souvenirs érotiques et également dans l’incompréhension de cette histoire terminée, elle cherche à comprendre. Si ce n’était pas physique, était-ce une question de personnalité ? Trop sotte ? Pas assez ambitieuse ? Trop simple ? Qui aurait-elle dû être pour lui convenir ? Malheureusement, le miroir ne lui montre que l’enveloppe charnelle dans laquelle elle est enfermée. Il ne dévoile pas sa profondeur. Pourtant, elle est une belle âme, et les personnes qui la rencontrent sont toujours captivées par cette force qu’elle dégage. Il semble qu’elle soit la seule à ne pas le remarquer.

Tout à coup, les yeux marrons d’Andréa s’assombrissent. Eux qui sont si pétillants d’ordinaire, se retrouvent à cet instant voilés par un épais brouillard de tristesse. Cette brume s’étend petit à petit jusqu’à chaque pore de sa peau. Tout son être est embrumé par son passé qui ressurgit. Elle le sent glissé sur elle par toutes ses extrémités. Il la pénètre. Il l’envahit. Elle doit découvrir pourquoi elle en est là aujourd’hui, et pourquoi elle a refusé d’écouter sa raison, qui lui avait pourtant souffler à maintes reprises d’arrêter cette histoire. Elle veut faire une dernière fois ce voyage vers l’amour, se replonger au coeur de ces moments qui l’ont tant marquée. Elle s’est sentie si vivante et à la fois si vulnérable. Les yeux clos, elle se laisse aller à cette nostalgie, cette rencontre du passée. Peut-être y trouvera-t-elle la solution pour mettre un point final à cette souffrance.

Amour
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En réponse au défi

Impossible

Lancé par Enricka Larive

Non, ce n'est pas le défi qui est impossible, je vous rassure tout de suite !

Il y a quelques instants, je parcourais la liste des défis, et j'ai lu une remarque de @Rose_Noire qui notait que les défis parlaient souvent d'amour. C'est vrai que c'est beau l'amour. C'est grand, différent pour chacun d'entre nous, et c'est une émotion qui peut prendre de nombreuses formes.

Du coup, je me suis dit que j'allais faire preuve d'une originalité débordante en vous proposant un nouveau défi. Je vous invite à nous parler d'amour, d'un amour magnifique, pur, un amour qui se rapproche de l'essence même de l'Amour mais, comme souvent quand tout est trop parfait, vous ferez en sorte que cet amour soit impossible.

Laissez parler votre cœur, trempez votre plume dans vos émotions les plus belles, et emmenez-nous le plus haut possible avant de nous lâcher la main...

Commentaires & Discussions

NouvelleChapitre13 messages | 1 mois

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