Chapitre XX : La Justice ne fait pas que des heureux, Partie 2

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 L'objectif de la journée était de faire fondre suffisamment de fer et de cuivre afin de réaliser deux glaives et quelques fers pour flâneur. La première étape ne nécessitait qu'un peu de patience, il profita de ces quelques minutes pour finir de forger une lame qu'il avait laissée au creux de brasier pendant ses premières explications. Je le regardais faire. A l'aide d'un marteau, il cognait l'acier en fusion, à chacune de ses frappes, je voyais les muscles de ses bras se tendre et rebondir lors de l'impact, et ainsi de suite. J'étais intérieurement submergée de papillons. Il me proposait d'essayer moi aussi.

 J'avais peur de ne pas bien réussir. Je saisissais le manche de l'outil, trop lourd pour moi, et assénais quelques coups avant d'avoir le membre tout engourdi par les chocs. La main d'Urghal rejoignait la mienne, il soulevait la massette pour moi et accompagnait mon mouvement. J'aimais sentir son épaisse et cornée paluche englober la mienne, les sensations qui me faisaient vibrer s'amplifiaient.

 Quelques minutes plus tard, l'épée avait dérougi, et nous la plongions dans un bain d'eau froide, duquel s'élevaient des nuages de vapeur. La lame venait de passer de l'état semi-solide à incassable. Mon formateur me désignait la station à aiguiser, il s'agissait presque d'un rouet, sauf que la roue à fil était remplacée par une pierre ponce ronde, laquelle tournait lorsque l'on actionnait le mécanisme à l'aide d'une pédale en bois, qui faisait circuler un ruban.

 Il commençait à l'affûter, puis, me la tendait, et me laissait le faire. Je pris un peu de temps avant de coordonner mes mains et mes pieds, mais après quelques instants, j'étais partie, et me laissais envoûter par les étincelles qui étaient projetées par la friction entre la pierre et l'acier. J'aiguisais les deux côtés, montrais le résultat au maître, forgeron, il passait son doigt sur le tranchant, souriait et me félicitait. Je venais de mener à bien ma première tâche.


 Les minerais que nous avions laissés fondre étaient enfin liquides et malléables, tel que je l'avais vu faire la veille, il saisissait à l'aide d'une longue pince le récipient dans lequel le métal en fusion avait chauffé, puis il le déversait dans un premier moule rectangulaire, puis dans un second. Nous remettions d'autres blocs de ressources minières dans le creuset et le replaçions au cœur de la fournaise. Pendant ce temps-là, les premiers alliages avaient eu le temps d'un peu refroidir, et nous pouvions entamer leur première transformation.

 Nous avions donc retourné les pains rougeâtres sur une enclume, et à l'aide de plus petites massettes, nous frappions à tour de rôle les blocs, jusqu'à ce qu'ils soient un peu plus allongés et plats. À l'aide d'une lame nous supprimions l'excédent de métal écarlate de sorte à donner une forme plus effilée à ce qui était les prémices des glaives.

 Il fallait désormais remettre les lames presque noircies par l'air dans la forge, une fois qu'elles avaient repris leur belle couleur carmin, nous devions à nouveau remanier le lourd marteau et aplatir de plus belle l'acier brûlant. Comme plus tôt, Urghal assistait ma main de la sienne, ce qui continuait de mettre en nage, et bientôt, nous plongions les glaives dans le baquet d'eau.


 Nous en sortions deux lames droites, qui me semblaient bien trop simples pour être terminées. Mon hôte me désignait une seconde station à ruban, celle-ci, permettait d'effectuer les émoutures - les pans de l'arme. Tout comme la première meule, elle s'activait par un mécanisme à pied, sauf que ce n'était pas une pierre qui tournait, mais une bande en céramique (de l'argile cuite dont on enduit un ruban de cuir, et que l'on recouvre en petite quantité de glu, afin qu'il devienne abrasif).

 Urghal me montrait comment dessiner l'émouture. Il effectuait une superbe ligne d'un côté, puis le suivant. Il retournait la lame et faisait la même chose de l'autre côté. J'avais enfin connaissance de cette étape cruciale qui permettait au glaive de ne ressembler pas à un simple bout de métal coupant. Le chef du village me tendait la seconde lame.


 Par rapport à la première meule, les frottements étaient beaucoup moins harmonieux, et me demandaient d'insister nettement plus afin que la lame ne ricoche pas sur la bande érodante. N'ayant pas assez insisté, mon premier pans était raté, j'étais déçue, voire presque triste d'avoir échoué. Mon hôte me consolait, et m'invitait quand même à persévérer. Je m'occupais donc du second pans de cette face du glaive, il posait sa main sur la mienne, celle qui maintenait la pointe de la lame, et j'actionnais la bande.

 Cette fois-ci, l'arme ne ricochait pas, et l'émouture était réussie, nous nous occupions de la seconde face. Il ne manquait plus qu'à y greffer les fusées et pommeaux. Selon Urghal c'était le plus simple. Il souhaitait que je réalise cette opération seule, aussi me montrait-il comment il s'y prenait.

 Le forgeron plongeait le bas de l'arme dans les braises durant quelques instants, il la déposait sur l'enclume et à l'aide d'un poinçon-mangefer, il perçait en deux points le fer rouge, et éliminait deux longues bandes ardentes afin de ne laisser qu'un petit rectangle pourpre de la largeur d'un doigt et de la longueur de deux pouces.

 Il détrempait l'acier en fusion, enfonçait la barrette dans la fusée, et insérait deux clous forgés dans les trous poinçonnés juste avant, il retournait l'arme, la plaçait sur le bord de l'enclume, tordait les pointes à l'aide d'une massette, elles maintenaient désormais la fusée immobile, il ne lui restait plus qu'à visser le pommeau serti d'une pierre précieuse sur la pièce. Le tour était joué. J'exécutais les mêmes étapes avec minutie, et quelques minutes après, j'avais moi aussi terminé. Mon formateur m'applaudissait tandis que je me félicitais d'avoir pu tout faire toute seule.

 Heureuse je me blottissais contre Urghal, et bien qu'il ne m'ait pas de suite enlacée, je restais contre lui jusqu'à ce que ses bras musclés m'entourent ; j'étais juste un peu plus petite que lui, aussi, je me hissais sur la pointe des pieds pour lui déposer un baiser sur le coin des lèvres. Je venais de réaliser deux exploits en quelques instants. Aussi, bien qu'il ne m'ait pas rendu mon baiser, je le fixais en souriant, il me renvoyait mes rayons de soleil.


 La journée passait tandis que nous poursuivions les préparations forgées, bientôt le ciel s'éclairait de rose et d'orange, un froid mordant s'installait, tandis qu'une brume glaciale semblait courir depuis la montagne. Nous avions respecté le programme prévu par Urghal, nous étions dégoulinants de sueur, cependant, cela ne m'empêchait pas de me sentir au mieux que je n'avais jamais été. Il était temps de laisser la fournaise mourir, et de rentrer nous préparer, car ce soir, une troupe de bardes et ménestrels se produisaient.


 Après avoir allumé un énième feu sous un réservoir en fonte qui contenait l'eau avec laquelle nous allions nous doucher, nous prenions le temps de siroter quelques larmes d'une liqueur fabriquée à base d'un fruit de la région. L'eau allait rapidement être chaude, Urghal m'accompagnait dans la salle de bain afin de me montrer comment fonctionnait le système qu'il avait confectionné. Il allait quitter la pièce pour me laisser seule, je le retenais.


 J'hésitais un peu, croisais mon visage dans un miroir qui siégeait sur le mur de la pièce. Je devais avoir confiance en moi. Je me déshabillais donc face à lui, il voulait se retourner, mais je ne le laissais pas faire, lui saisissant une main et l'incitais à se dévêtir lui aussi. Je refusais qu'il détourne son regard de moi, je savais que je n'étais pas très bien pourvue, mais avec ou sans des atouts poignants, une faim inconnue jusqu'alors, s'était éveillée en moi et je voulais qu'il le sache. J'avais le feu en moi, et rien ne saurait l'éteindre à part ses caresses et son contact.

 Il ne semblait pas décidé à enlever ses vêtements, aussi, prenais-je l'initiative de lui ôter sa chemise trempée de sueur, j'embrassais son torse, mes mains glissaient jusqu'à son ceinturon, je le déliais, et faisais glisser son bas en m'accroupissant. Il est vrai que le sexe masculin m'était complètement étranger, néanmoins, la raideur timide qui l'animait me confirmait que la vue de mon corps ne l'avait pas laissé de marbre. Que pouvais-je faire ?



 J'ouvrais la bouche et me ravisais, je me redressais, et plaquais ma poitrine contre son buste, mes doigts eux, s'étaient emparés de son pénis. Je me savais maladroite, et cogner toute la journée sur du fer n'avait pas amélioré ma finesse, aussi, essayais-je de me contenir. La surface était rêche, je bavais au creux de ma main, et retournais entourer la verge. Les glissements étaient désormais plus harmonieux, et la rigidité totale du membre érectile m'excitait.

 Il ne me touchait pas, je ne savais pas s'il n'osait pas ou s'il ne le voulait pas. Aussi, j'attrapais une de ses paluches et en suçais trois doigts, je la plaçais sur mon clitoris. Cela me plaisait, il poursuivait le mouvement que je lui avais intimé d'effectuer. Je me sentais fiévreuse, mes yeux se plissaient un peu, j'épongeais les commissures de ma bouche avec ma langue, puis allait planter mes lèvres sur les siennes.

 Notre face-à-face me plaisait beaucoup, mais la position n'était pas la plus adaptée pour que nos masturbations soient assez amples et je désirais qu'il aille plus vite. Son sexe s'était à nouveau asséché, je décidais d'y remédier une bonne fois pour toute. Je décrochais mon visage du sien, et descendais à nouveau mon regard vers son bassin tout en m'agenouillant, je ne savais pas trop comment m'y prendre. Le diamètre de son pénis était pile à la taille pour passer dans ma bouche sans que je n'ai à me déboîter la mâchoire, je débutais l'humidification en embrassant le gland du bout des lèvres, je posais mes mains sur le haut de ses cuisses. Je léchais les pourtours de sa queue et enfin, enfonçais l'objet de mon désir dans ma bouche.


 Un léger soubresaut de sa part me fit comprendre que j'avais du le pincer. J'ouvrais un peu plus grand ma grotte humide et baveuse, je laissais ma langue recouvrir mes dents du bas, et me lançais un peu plus confiante dans des allers-retours plus rapides. Mon palais se tapissait d'une salive plus visqueuse, et la sensation de succion me procurait une excitation folle, mes oreilles pointues battaient l'air, je glissais une de mes mains en appui, sur mon bouton malicieux et me masturbais. Les doigts d'Urghal passaient dans mes cheveux et sur mon visage, j'aimais tellement leur texture rugueuse.

 Je manquais d'air à cause de l'excitation, aussi lors d'un va-et-vient, je me retirais le temps de reprendre mon souffle, j'haletais, gonflais à bloc mes poumons, et reprenais la fellation. J'entendais le forgeron pousser des râles suaves, cela me rendait folle, j'amplifiais l'amplitude des mouvements de mon cou, j'augmentais leur rythme, manquais de m'étouffer, je relâchais la verge, toussais. Mon hôte me demandait si cela allait bien, je ne lui répondais pas, et poursuivais ma danse buccale. Je sentais le membre ithyphalle convulser contre ma langue, un épais filet de cyprine coulait de mon vagin, le long de mes deux cuisses, j'avais du mal à me concentrer sur mes actions.


 Néanmoins, les expirations de ma proie devenaient de plus en plus saccadées, je n'avais aucune expérience sexuellement, mais je savais qu'elle allait être la conclusion de mon effort. Peut-être allais-je le terminer dans ma bouche, j'avais peur d'être dégoûtée, mais j'étais si excitée que je me laissais prendre au jeu, je me caressais à grande vitesse. Ses convulsions devenaient tremblements et bientôt, je le sentais, son sexe explosait dans ma bouche, mon sexe imitant la jouissance de mon partenaire, mes gémissements étouffés par la verge encombrante.

 Un liquide pâteux se répandait dans ma bouche, sûrement trop d'un coup car je fus obligée de recracher le phallus et de laisser le sperme se déverser sur mon corps. Urghal manquait de tomber en arrière. Je m'écroulais sur la pierre lisse et froide du sol, prise de secousses vigoureuses. J'inspirais de grandes bouffées d'air, mon regard se perdait au plafond, mon corps était tout englué par la semence chaude.


 Je ne restais pas longtemps allongée, soulevée par les bras robustes du forgeron. J'avais l'impression d'être aussi légère comme une plume, il me déplaçait sans effort jusqu'au cadre en céramique, prévu pour se doucher. Cette fois-ci, c'était lui qui déposait sur mes lèvres un baiser langoureux, il me soupesait jusqu'à ce que mes pieds touchent le sol, il se glissait près de moi, actionnait un levier, et enfin, l'eau chaude nous débarrassait de toutes les substances accumulaient durant la journée.



 Durant la soirée musicale, nous restions distants afin de ne pas trahir notre corps-à-corps, partagé quelques heures auparavant, tel un secret que nous voulions garder. Nous avions tout de même profité d'une brève danse pour nous échanger quelques regards embrasés. Cette nuit-là, je m'étais endormie contre lui, beaucoup plus sereine que le soir précédent, je me sentais prête à assumer ma responsabilité.


 Au petit matin, nous découvrions le village enseveli par la neige, convoquée par le froid de la veille, j'étais aux anges, car dans ma bourgade il n'avait jamais neigé. Je découvrais avec émerveillement la substance froide et cotonneuse, aussi pâle et immaculée que mes yeux. Après nous être préparés, Urghal et moi rejoignions mes gardes, et partions au pied de la mine, le lieu de rendez-vous où j'allais enfin rendre mon verdict.

 Tel que je l'avais imaginé, le baron se sentait intouchable, il était d'excellente humeur, comme si la partie était gagnée d'avance. Il déchantait bien vite, lorsque je lui exposais mon analyse complète de la situation, tant vis à vis de ses propres sujets, que concernant ses relations avec les deux autres chefs de village. Je lui reprochais son amertume et son manque de coopération, et le mettais en garde.

 Je lui donnais un délai d'un cycle, afin d'améliorer son attitude et de méditer sur la notion de partage, cela avant que je ne revienne vérifier l'évolution. Un long cycle, durant lequel je ne pourrais pas voir Urghal. Un immense cycle durant lequel j'allais devoir être patiente, et attendre de pouvoir retrouver celui pour lequel j'étais tombée en amour.


 Le baron frustré quittait l'assemblée accompagné de ses hommes de main, après avoir gribouillé sur le contrat concernant le partage de la montagne et de ses ressources, que j'avais rapidement écrit le matin même, les deux autres chefs de village me remerciaient d'avoir pris en considération tous les éléments de cette affaire. Ils avaient même annoté le verso de l'accord, saluant mes parents et soulignant mon sens aigu de la Justice.


 Avant que nous ne partions, je m'introduisais chez Urghal, il me serrait contre lui, me réconfortait en me promettant de m'attendre ou de venir me voir au Domaine des Sandre. Nous nous embrassions de longues minutes, et avant qu'il ne me soit plus possible de partir, je rejoignais mes gardes et nous nous remettions en route pour le Nord de Mithreïlid. J'étais heureuse d'avoir rempli à bien ma mission, même si des larmes de chagrin ruinaient mon sourire, le cœur lourd d'avoir à quitter ce hameau et son forgeron.

 Nous arrivions à la sortie du village, j'entendais Urghal hurler mon nom, il nous courait après, chargé d'un immense présent. J'arrêtais notre chevauchée, et faisais demi-tour. Le forgeron me tendait l'immense espadon, solidement empaqueté.



 "C'est peut-être précipité, Hérylisandre, mais je suis tombé amoureux de toi, de tes yeux plein de neige, de ton rire et de ta curiosité. Je t'offre cette arme, pas en tant que simple cadeau, mais en tant que gage de noce, bon certes, il nous faudra attendre un an, mais... Il était essoufflé, se calmait et posait un genou à terre face à mon flâneur. Aussi, je te le demande, Hérylisandre, fille des Sandre, veux-tu me prendre pour époux et devenir ma femme ?

-Urghal... Je descendais d'un bond de ma monture, et étreignais l'homme dans mes bras, mes larmes de tristesse remplacées par une joie sans limite. Bien sûr que j'accepte ! J'accepte de devenir ta femme."

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