Chapitre XXV : L'éveil d'une tenace rancune, Partie 2

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 Je m'attendais à me faire brimer, mon manque d'attention allait sûrement provoquer un esclandre. Le guerrier devant moi avait soufflé un juron etouffé, tandis que la bière qui était contenue dans la pinte venait de se répandre au sol. Enfin, il se retournait.

 "Je suis désolée. Piaillais-je. Je ne... Je m'arrêtais nette, il s'agissait d'une femme.

- Hé bien. Elle en fait une tête... Me parvenait alors sa pensée. Tout va bien ? Me lançait-elle.

- Oui, mais c'est pour vous... Je ne voulais... Enfin, j'ai ruiné votre bière.

- J'ai bien vu ça, oui. Mais bon, y'a pas mort d'homme. Elle devait être éventée ou peut-être empoisonnée. Tu m'as peut-être sauvée.

- Je... Je ne sais pas.

- Quelque chose ne va pas ? C'est bien la première fois que je la vois ici, elle n'a pas bonne mine. Murmuraient gaiement les songes de mon interlocutrice. Allez, il n'y a pas de raison de tirer une tête pareille. Souriait-elle, en amenant le peu qu'il devait rester de son brevage à la bouche. Bon, peut-être va-t-elle boire une bière, ça lui ferait du bien.

- Je ne...

- J'ai bien compris que quelque chose te gênait. Elle avait l'air de s'énerver. Allez, crache le morceau, qu'est ce qui peut bien t'arriver à toi ? Tu es en cavale ?

- Je...

- Allez ! Bon sang. Tu vas le cracher le morceau ? C'est quoi cette tête ? On dirait que tu as failli être piétinée par un Dragon. J'en connais à qui ça a failli arriver, et ils étaient plus loquaces que toi, ma cocotte. Attends, ne dis rien. Tu as faim, soif et tu es épuisée. C'est ça ?

- Oui...

- Aaaah. Enfin une réponse positive. Dis-donc ce qu'il faut pas faire pour la réveiller... Tu aimes la bière ? Qu'est-ce que je raconte. Tout le monde aime la bière. Patron, mets-nous deux rince-gorge, et une assiette de ta meilleure tambouille pour... Tiens, c'est vrai qu'elle ne s'est même pas présentée. Bon, je lui pardonne, elle a l'air complètement à côté de la plaque cette gamine. Pensait-elle, sans pour autant être critique. Comment tu t'appelles ?

- Héry... Hérylisandre ! Je m'inclinais respectueusement.

- Hérylisandre... C'est marrant, ton nom me dit quelque chose. Il doit y avoir une famille qui s'appelle comme ça. J'ai déjà cru lire quelque chose qui y ressemblait. Une bière et un ragoût pour Hérylisandre ! Qui doit venir de bien loin... !

- Oui, je viens de bien loin, je suis l'héritière de la famille des Sandre. Nous venons du...

- Nord ! La vache, une autre célébrité dans mon auberge, je suis verni aujourd'hui. Songeait l'aubergiste en imaginant se remplir les poches. Je connais bien la région où ta famille est installée. Il y fait bon vivre ! Enfin, ça a peut-être changé, vu comment tout évolue...

- C'est vrai que le coin est agréable...

- Bien renseigné le gaillard. En même temps avec le nombre d'aventuriers ivres qui finissent leur descente vers le caniveau ici, il a du en entendre des histoires, le compère. Tu dois avoir des dossiers sur tout le monde en ville ! Rappelle-moi de partir avant d'être trop saoûle, j'ai trop de secrets en tête !

- Haha, comment tu crois que je gagne ma vie ? En laissant les saoûlards s'enfuir ? Tu rêves. Elle est vraiment drôle, elle. La ville a de la chance de l'avoir.

- Tu vois, c'est pour ça que dans une taverne, il faut absolument se méfier de tout le monde. Et encore, on ne se connait pas. Cela dit, ces yeux... Brrr, ils me font frissonner. Fantasmait-elle en croisant mes iris pâles. Ah, j'ai dû dire un truc de travers, elle est passée du pâle au rouge. Ça ne s'arrange pas en plus. Tu es certaine que tout va bien ? Tu viens de virer de la neige au sang, il fait bon ici, tu peux peut-être enlever ta tenue. Enfin pas tout, parce que sinon, c'est moi qui vais tressaillir. Riait-elle en s'amusant d'une telle situation. Tu... Hé mais...

- Non mais, tout va bien, je t'assure. Je dois juste être épuisée. On ne m'avait jamais témoigné de telles pensées, enfin, pas une femme en tout cas. Par contre, ce qui m'étonne énormément, c'est sa capacité à dire ce qu'elle pense. J'ai rarement vu ça. Je n'ai pas l'habitude de voyager à pied. Puis toute cette agitation...

- Bourg-en-Or est souvent très animée tu sais. Ce n'est pas une morne cité, les gens ont le goût de bien vivre ici ! C'est clair que c'est animé... Des bandits, des dragons, des marchands... Tu es de passage ou tu viens t'installer par ici ?

- Regardez-la vendre sa ville ! Hop, les bières de ces dames sont avancées. Vous qui êtes nouvelle, allez donc vous installer à une table, je vous apporterai votre pitence.

- Si tu ne veux pas te retrouver toute seule, tu n'as qu'à t'installer à notre table, bon pour l'instant, l'autre jeune femme est un peu abasourdie. Faut dire, elle a du voir de sacrées horreurs cette fille. Compatissait-elle silencieusement. Mais je pense qu'elle a eu un début de journée plutôt erreintant.

- Ah bon ? Mais que lui est-il arrivé ? Je profitais de la quiétude de cette femme avenante, je posais mon arme sur un banc en bois et ôtais donc mon chaperon qui commençait à me tenir chaud.
- Hé mais ! Elle est incroyable ton épée, je peux la voir ?

- Oui si vous voulez...

- Allons, tu peux me tutoyer. Je ne fais pas si vieille que ça pourtant...

- Non ce n'est pas... Je m'interrompais, afin de ne pas révéler involontairement mon don.

- Que se passe-t-il ? S'étonnait-elle, tandis qu'elle s'approchait de mon espadon.

- Rien, j'ai juste divagué...

- Ah, bon d'accord. Elle est lourde cette arme, j'arrive à peine à la soulever... S'étonnait-elle en me comparant à elle. Bon, c'est une super épée, je n'en doute pas, mais je ne vois pas comment je pourrais réussir à la manier. Semblait-elle surprise de ne pas réussir à pouvoir la soulever.

- Pourtant... Je la soupesais et la brandissais d'une main. Je ne sais pas, elle ne me parait pas si lourde... Vous... Tu es bien une aventurière n'est-ce-pas ? Cela m'étonne que tu n'y arrives pas.

- Bah. Non, j'ai été bien des choses, mais pas aventurière, ça c'est certain. Disons que je n'ai jamais spécialement quitté Bourg-en-Or, et je peux difficilement m'absenter désormais.

- Heureusement que vous êtiez là ce matin, je vois mal comment les enceintes de la bourgade auraient pu résister sans votre intervention. Sacrée gamine, je comprends mieux pourquoi elle a un tel grade malgré son jeune âge. Le tavernier était rassuré de se savoir protégé. Voilà le ragoût pour la petite dame. L'aubergiste déposait devant moi une assiette en terre cuite, dont le contenu fumant ravivait mes narines de son fumet, puis repartait en fredonnant.

- Tu disais que tu ne pouvais pas t'éloigner de la cité, pourquoi ça ? Je levais ma pinte, constatant qu'elle m'attendait pour commencer à boire. Nous trinquions et enfouissions nos nez dans les chopes.

- Hé bien, j'ai eu une occasion de partir... Mais... J'ai perdu la personne que j'aimais le plus au monde à ce moment-là, alors comment te l'expliquer. Son esprit s'était mis à pleurer, bien qu'elle conserva son sang-froid extérieur. Mais cela ne s'est pas fait. Sa réaction trahissait sa pensée, elle semblait subitement minée par ce que ses songes m'avaient révélé. Donc je suis restée ici. En attendant de trouver un but à ma vie... Aussi, depuis mes treize cycles, je suis Vice-Commandante de la garde de Bourg-en-Or...

- C'est donc toi Teïnelyore !? Je ne l'imaginais pas du tout comme ça.

- C'est bien moi, en chair et en sang, oui. Nous nous connaissons sans que je le sache ? Encore une soirée trop alcoolisée qui me retomberait dessus ? Son autodérision se mélangeait à une crainte de réalité.

- Non non, comme je te le disais, je découvre pour la première fois cette bruyante cité... Tout de même. Est-ce vraiment elle ? Elle n'a même pas réussi à soulever mon arme, je la vois mal lutter contre un Dragon. Tu pourrais me détailler ce Dragon que tu as abattu ?

- Hein mais, qui te l'a dit ? Ou alors tu étais peut-être là à observer ? En plus ça va être dur à décrire, je lui ai mis la pâtée en un rien de temps. Les légendes ne sont plus ce qu'elles étaient.

- Tout le monde le scande dehors. C'est comme ça que je l'ai appris.

- Ah... Mais comme je suis directement venue chercher refuge ici pour laisser la fille se reposer... Je ne le savais même pas. Ils n'auraient pas mieux à faire plutôt que de chanter ? Sérieusement haha, si plus jeune je m'étais imaginée héroine de chants... Je me serais traitée de folle. Bah... Ils doivent éxagérer de toute manière. J'étais juste à mon poste, au bon moment, au bon endroit.

- Ce n'est pas rien quand même. Cela fait quelques dizaines de cycles que les mithreïlidiens n'ont pas réussi à abattre ces monstres. Ils sembleraient qu'ils se soient renforcés...

- Après je ne vois pas l'intérêt de les chasser... C'est vrai quoi, tu es pépère, en train de dormir au sommet de ta montagne et on vient te pourfendre, pas terrible comme vie. Elle compatissait à l'égard du Dragon. C'était la première fois que j'en voyais un, j'avais lu beaucoup de choses à leur sujet. Mais bon... En d'autres circonstances j'aurais essayé d'engager le dialogue, juste pour voir sil ils peuvent nous parler. Là, je n'avais pas le choix, il menaçait d'attaquer la ville. Ce n'est qu'après avoir sauté dans la prairie que j'ai constaté qu'il pourchaissait cette fille. Elle me la désignait une fois encore. Je ne sais pas comment se fait-il qu'elle se soit retrouvée traquée...

- Tu ne t'ais pas dit que tu courais à ta perte ? Il faut être un peu suicidaire pour vouloir se battre contre ces créatures, c'est bien ce qui me surprend, qu'elle est entreprie cela seule. Je veux dire... C'est immense et d'une puissance sans égale...

- Tu ne me crois pas ? La jeune femme me lâchait ça, sans aucune arrière pensée.

- J'ai un peu de mal, en effet, à penser qu'une personne comme... Seule, puisse terrasser un tel monstre. Tu vas la laminer, aie confiance en nous, je suis certaine qu'elle ment, moi aussi. Murmuraient mon arme par ses pensées.

- Souhaiterais-tu que nous nous défions ? Je la sens d'humeur à vouloir se battre, mon petit doigt me dit qu'elle n'était peut-être pas animée par une simple curiosité. Venait de s'embraser les pensées de Teïnelyore.

- Ma foi... N'aie crainte, ça sera vite expédié. Témoignait confiant l'espadon. J'accepte ce duel, alors.

- Je te propose que nous fassions cela dans les règles. Je le savais, elle doit vouloir ma peau. Je le sens mal. Nous nous affronterons dans la prairie, avec des yeux extérieurs, pour s'assurer que rien ne dérape.
- Je... Accepte, si tu vaincs la Vice-Commandante, tu seras acclamée. Bon d'accord, cela me va !

- Allons-y maintenant alors, je dois récupérer une arme, et prévenir mon supérieur... J'espère qu'il ne va pas m'en empêcher, je veux pouvoir me confronter à ce regard perleux. Rejoignons-nous à la sortie Sud de Bourg-en-Or, dans dix minutes, je ramènerai quelques spectateurs au passage.

- Très bien. Elle semble bien déterminée quand même. Rassure-toi, vous n'avez pas le même niveau, je le sais, moi."

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