Chapitre XV : D'acier et de sang

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 Je maudissais cruellement ma petite taille et mes courtes jambes. À la manière de Gnas un peu plus tôt, Evi' était partie à toute vitesse devant nous. Sans même utiliser sa luciole, ni même dégainer son épée lumineuse. Voilà c'était bien la peine de vouloir simplifier la vie des autres. Tout ça pour quoi ? Rien, se retrouver tout seul dans une caverne à la traîne, tout ça parce qu'on ne brandit pas une arme au-dessus de sa tête ou que l'on aime pas spécialement se rouler dans le sang.


 Cela dit, faire partie de la première ligne, très peu pour moi, qu'elles courent les déglinguées de la caboche, je prendrai mon temps. Errer m'avait finalement conduit au niveau inférieur, régnait d'ailleurs ici aussi, la même odeur qu'au dessus : celle de la chair carbonisée et du sang frais. Mes yeux se perdaient au plafond, mon pied venait de se prendre dans quelque chose.

 La lumière produite par la luciole ne laissait paraître qu'à mes yeux un spectacle lugubre, j'avais heurté une jambe, déchiquetée, parmi tant d'autres morceaux de femmes et d'hommes, jonchant le sol pétré. Les torches murales avaient été projetées dans tous les sens. Les parois, elles, étaient couvertes de sang, d'organes ; des râles d'agonie brisaient la monotonie des « ploc ploc » provenant des gouttes pourpres coulant, ça et là.


 Pour la première fois, je n'étais pas rassuré par l'ambiance du lieu. Je pressais ma marche et commençais à apercevoir droit devant moi une autre lumière vive, sûrement celle de la flasque de Gnas. Le tapis de cadavres se poursuivait aussi ici. J'arrivais enfin aux filles.


 "Laquelle de vous deux est responsa..."


 Je ne terminais pas ma phrase, constatant qu'Evi', se tenait au milieu de plusieurs corps, la lame encore dégoulinante d'hémoglobine. Elle ne semblait même pas être blessée, impassible, le visage tout maculé de tâches écarlates, et son vêtement luisant de tout le sang qu'elle avait fait couler sous ses coups. Gnas circulait non loin d'elle, s'accroupissant au détour de certaines victimes, saisissant leurs dépouilles et restes. Les examinant.


 "Waouh, tu y as été fort. Il y en a même un dont tu as fendu le crâne sans même briser une seule de ses dents. Incroyable ! Lâchait Gnas, la voix enjouée.

- Barbare sanguinaire.. Cela ne justifie pas un tel car... Je m'interrompais devant la main levée d'Evi'.

- Elle, là. Evi' désignait maintenant du bout de sa lame une tête - bien amochée - détachée de son corps d'origine.

- Tiens, mais c'était elle qui m'avait tirée dessus. Gnas se mettait à quatre pattes, farfouillant dans les débris divers. Elle en sortait deux armes identiques à celles que possédait la femme de l'autre jour. C'était donc ça, le bruit et les boules de plomb.

- Elle avait l'air surprise de me voir. Outre la peur, dans ses yeux, il y avait de l'étonnement. Mais je pense qu'elle délirait. La pauvre avait déjà pris quelques coups dans les gencives... Gloussait Evialg. Je ne l'avais jamais entendue comme ça. Riant d'un massacre, dont elle était en partie la responsable. Le prix de sa vengeance pouvait-il se compter en tant de vies prises par son épée ? Tous ces gens-là avaient aussi une vie. Avec des sentiments, des souvenirs. Quand bien même étaient-ils aussi des tueurs. La mort allait-elle sans cesse être la solution ? Je ne saisis pas totalement Evi'. Glissais-je tout en attirant son regard. Le sang, la mort, la douleur... Est-ce vraiment ce qui doit animer votre vie ? Ne serions-nous pas des destructeurs de souvenirs, nous qui errons en quête de notre his...

- Ne confonds pas vengeance et prévoyance Tne'. Evi' m'interrompait à nouveau. Ces femmes et hommes étaient tous des bandits, tous sans exception. Ses yeux se durcissaient et se remplissaient d'une haine virulente. Qu'est ce que tu connais du vice, toi ? Ces raclures étaient sûrement tout autant violeurs que pillards. Je ne savais pas de quoi parlait-elle exactement, mais la rudesse de son ton témoignait d'une rancune farouche. Quoi qui puisse avoir motivé une telle violence, elle l'avait exprimée avec une férocité sans pareille.

- Ce que tu as fait là... C'est une réelle boucherie, digne d'un champ de bataille. Tu n'es pas blessée ? Lui demandais-je, essayant de me focaliser sur elle, et pas sur le carnage dont elle était l'artisane.

- Non. Me répondait-elle sèchement. »


 Humainement, affronter tant d'adversaires et survivre, serait déjà un exploit en soi. Elle, intouchable, surplombait son œuvre, spectatrice de sa propre puissance. Cette image me terrifiait quelque peu. Un long frisson me parcourait le dos. Je ne souhaitais qu'une chose, sortir au plus vite de cette grotte.

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