Chapitre 43A: mai - juin 1794

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Nous arrivâmes assez rapidement dans le mois précédant le mariage. Des faire part avaient été envoyés à la famille, même éloignée, et nous attendions une bonne centaine d'invités, dont une majorité du côté d'Armand. J'allais pouvoir faire connaissance avec toute la future belle – famille de Malou, rencontrer notamment, si il y avait, les frères et sœurs de son fiancé et ses parents.

Jacqueline ferait partie des enfants d'honneurs, et pour l'occasion, sa mère lui avait fait coudre sur ses minces économies une splendide robe blanche, qu'elle porterait avec une couronne de fleurs dans les cheveux. Sa petite sœur aurait très bien pu en faire partie, si les noces avaient eu lieu en août et qu'elle avait eu ses deux ans révolus, l'âge coutumier pour pouvoir faire partie des enfants d'honneur. Le mariage avait été avancé de deux mois car Armand devait être rentré pour septembre chez lui, pour signer un contrat. Comme prévu, ils partiraient en Corse pour leur voyage de noces, entre la fin du mois de juin et le début du mois d'août.

Le matin du onze juin, je venais réveiller ma nièce qui dormait encore profondément. J'ouvrais les volets de la chambre pour l'habituer à la lumière du jour, elle cachait sa tête sous l'oreiller. Je venais doucement près d'elle.

—''Malou... Aujourd'hui est un grand jour...

Elle m'embrassait la joue avant de s'étirer longuement. Elle prenait un bain frais et je l'aidais à enfiler sa robe blanche. Je tressais ensuite ses cheveux en couronne autour de sa tête, et je lui donnais un coup de parfum. Nous quittâmes l'appartement vers dix heures et demi. Une voiture spécialement affrétée par Armand nous attendait. Les deux chevaux blancs trottèrent jusqu'à l'édifice, et quand nous arrivâmes dans l'église pleine de monde, les invités se levèrent d'un même élan en applaudissant. La princesse d'un jour chercha des yeux son frère pour aller jusqu'à l'autel à son bras, mais elle ne le trouva pas, et c'est donc son oncle Adrien qui l'y conduisait. J'allais m'asseoir au premier rang, près de ma belle – fille qui tenait Bernadette sur ses genoux et Jacqueline auprès d'elle, subjuguée par l'élégance de la mariée.

Auguste n'était pas là. Auguste n'était pas là et sa sœur le cherchait des yeux dans l'église. Il devait bien y avoir une raison importante car il aimait beaucoup sa sœur et ce n'était pas son genre de manquer de tels événements.

Nous attendîmes Armand pendant près d'une demie-heure, jusqu'à nous demander si il viendrait ou non. Ma nièce faiblissait au fur et a mesure des minutes qui défilaient, son cœur ne devait jamais avoir battu aussi fort. Lorsqu'il arrivait, les cheveux trempés de sueur, sa mère, qui était assise au premier rang de l'autre rangée de bancs, accoura avec un linge pour lui essuyer les cheveux. Ensuite, elle parcouru l'église au bras de son fils et la cérémonie commença. Le prêtre devait se dépêcher, car un autre mariage était prévu ce matin là vers 12h30, et tout avait déjà pris du retard. Il en oublia la bénédiction nuptiale des époux, que les familles ne manquèrent pas de lui rappeler. Quand enfin, la cérémonie s'acheva, les enfants d'honneur suivirent les mariés jusqu'à leur voiture et nous partîmes vers la mairie. Seuls quelques invités de la famille très proche étaient présents. Après la signature des jeunes mariés qui scellaient pour de bon leur union, les parents d'Armand paraphèrent comme témoin pour leur fils, tandis que je signais avec Adrien pour Malou.

Nous allâmes ensuite prendre notre dîner au restaurant '' Le cheval blanc '', qui avait été spécialement réservé pour nous, et qui n'était qu'à deux rues de mon immeuble. Les hommes levèrent leurs verres et trinquèrent pour le jeune couple, que nous félicitâmes chaleureusement. Une quinzaine d'invités étaient présents, dont l'oncle Adrien et ses deux fils qui étaient désormais des adultes. Charles allait avoir dix – sept ans et Augustin – Louis était dans sa vingtième année. Le vin coulait a flots dans les verres qui débordaient, Armand avait un grand ami propriétaire de domaines viticoles qui lui avait offert pour l'occasion un cageot de millésime Château Haut - Brion 1784, et aucun homme ne s'en privait. Au milieu de l'après – midi, après le repas gargantuesque, Gustavine me prenait dans un coin et me chuchotais qu'elle n'aimait pas cette ambiance alcoolisée pour ses petites filles qui de plus s'ennuyaient ferme, et qu'elle préférait rentrer. Je restais, car je ne pouvais pas abandonner ma nièce, même si, goûtant à l'alcool pour la première fois de sa vie et provoquant les rires grossiers de l'assemblée, elle n'avait pas l'air de se soucier de moi.

J'étais bien décidée à rester, mais quand un des hommes puant l'alcool s'écroula contre un meuble dans un fracas terrible et qu'un autre se mis a brandir un couteau de cuisine en riant grassement, je m'éclipsais. Quel calme olympien régnait dans les rues de Paris ! Tout était tellement étouffant et bruyant à l'intérieur du restaurant que pour une fois, je profitais véritablement de l'air frais et du calme de ma ville natale.

Tout ce que j'espérais en rentrant chez moi, c'était que Malou vienne me dire adieu avant de partir avec son mari. En y réfléchissant bien, je me disais qu'elle serait obligée, car il fallait qu'elle récupère ses affaires. Le soir venu, je pris mon repas en compagnie de Gustavine et ses filles. Bernadette venait d'être sevrée. Les premiers jours, sa mère diminua la durée des tétées, jusqu'à ne plus lui en laisser qu'une par jour de cinq minutes à peine. Elle venait de supprimer cette dernière et ma foi, tout se passait très bien pour la petite fille qui prouvait bien qu’elle n'en avait plus besoin depuis longtemps.

Malou passerait désormais ses nuits à l'hôtel avec son mari, jusqu'à ce qu'ils partent pour la Corse, vers le quinze juin. Il y avait, pour atteindre l'embarcadère situé à Marseille, au moins quinze jours de voiture. Ils arriveraient donc là-bas vers le vingt-sept, vingt-neuf juin, en y restant trois semaines, ils repartiraient vers le vingt juillet, pour arriver à Bordeaux aux environs du trente juillet, car un trajet de Marseille à Bordeaux, c'était moins long qu'un trajet de Paris à Marseille.

Les amoureux passèrent sûrement leur journée du douze juin au lit, épuisés par la longue soirée précédente, car je ne revoyais le bout du nez de ma nièce que le treize, l'avant - veille du grand départ. Elle revenait sans surprise pour récupérer ses affaires.

—''Bonjour Louise. Je viens récupérer mes vêtements et mes autres affaires.

—''Entrez, vous êtes et vous serez toujours chez vous ici. Ne voulez – vous pas rester ici cet après – midi?

—''Oh non, Armand m'attend en bas. Finalement, nous prenons la route ce soir car il voudrait rentrer à Bordeaux pour régler quelques affaires avant de partir en Corse.

La jeune femme entra, récupéra ses affaires, quelques bijoux, une brassée de vêtements, et avant de descendre, nous nous regardâmes dans les yeux. Je l'enlaçait longuement.

—''Adieu et bon courage Malou. Écrivez - moi dès que vous le pouvez, cela me rassurera.

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