Chapitre 32K: février 1784

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C'était un samedi, jour où j'aurais dû aller au marché. J'avais retrouvé dans les papiers de Léon l'adresse de l'école où mon fils étudiait depuis maintenant trois ans. Je m'y rendais avec André, pour le faire changer d'air, ayant laissé les filles seules à la maison. L'école était située dans un couvent, tenu par des frères, au sud de Paris. L'ambiance était particulièrement froide, l'établissement immense, aussi je me perdais dans les couloirs, traînant André par la main. Je croisais par hasard un prêtre, qui pu me renseigner.

—'' Bonjour? Que voulez-vous? Les femmes sont interdites ici.

—'' Excusez - moi mais je voudrais récupérer mon fils. Il s'appelle Léon - Paul Aubejoux.

—'' Hum... Dans quelle classe est t-il?

—'' Je ne sais pas. Mais il est ici depuis un peu moins de trois ans.

—'' Je ne ...

—'' C'est un rouquin de onze ans.

—'' Attendez dehors. Je reviens.

Je sortais donc avec André. J'avais oublié que les femmes n'étaient pas censées mettre les pieds ici, les frères étant obligés de rester chaste, il ne fallait pas les exciter. Nous attendîmes quelques minutes dans la cour, puis un homme qui n'était pas celui que j'avais croisé tout à l'heure arriva, avec à la main un petit garçon de sept ou huit ans brun habillé d'une robe. Ce n'était pas mon fils.

—'' Il faudra signer... Me pria le frère en pointant du doigt le bas du document

—'' Ce n'est pas mon fils. Le coupais - je. Ce n'est pas Léon - Paul.

—'' Si, si. C'est votre enfant. Il me montra un papier sur lequel était noté son nom et son prénom.

—'' Le papier peut dire ce qu'il veut. Ce n'est pas mon enfant. Léon - Paul est roux, il boîte un peu, il a onze ans, pas huit ans. Ce petit garçon porte juste le même prénom que mon fils, ce qui est tout de même étonnant, puisque Léon-Paul porte un prénom composé par son père. Laissez-moi entrer, je le retrouverais. Je suis sa mère, je le connaît.

—'' C'est impossible madame. Les femmes ne doivent pas mettre les pieds à l'intérieur de l'enceinte. Sans doute le petit reconnaîtrait-il son frère...

—'' C'est impossible, il ne l'a jamais vu.

—'' Bon, alors, donnez moi son deuxième prénom, son lieu de naissance, sa date de naissance. Je le retrouverais forcément de cette manière. Je note.

—'' Alors... Il est né le 16 juillet 1773 à Paris... Il s'appelle Léon - Paul Joseph Marie Aubejoux.

—'' Je reviens.

Nous attendîmes dix minutes, puis vingt minutes, et au bout d'une demie-heure, alors que je m'impatientais, le frère revint avec un enfant au bout de la main. Le petit garçon portait une malle, il boitillait. J'allais enfin retrouver mon fils. Aussitôt qu'il me vit, il lâcha sa malle et sauta dans mes bras, c'était bien lui, il m'avait manqué. Je l'embrassais de toutes mes forces et je le serrais dans mes bras.

—'' Oh mon bébé... Vous allez bien?

—'' Oui maman. Vous m'avez beaucoup manqué. Il se pencha vers le petit garçon dont j'avais lâché la main.

—'' C'est mon petit frère? Me questionna t-il

—'' Oui. C'était un bébé la dernière fois que vous l'aviez vu. André, dites bonjour.

André ne posa même pas la question de savoir qui était ce jeune garçon, il tendit docilement sa joue. Je signais ensuite un document pour que l'école ne nous réclame plus d'argent, et le frère me laissa repartir avec mon fils. Durant le trajet, André se mettait a pleurer, si fort que je l'entendais depuis mon siège de cocher situé à l'extérieur de la voiture. Je m'arrêtais donc au bord de la route, Léon - Paul, assis à côté de lui, n'avait pas l'air de savoir quoi faire. Je le serra dans mes bras pour le rassurer, cela lui arrivait souvent depuis le meurtre de son père, il se mettait dans des états tels qu'il s'étouffait parfois à force de crier et de pleurer. Léon - Paul n'était pas encore au courant, je comptais lui dire une fois à la maison, au calme. La suite du trajet se déroula tant bien que mal, Léon - Paul apprenait ainsi que nous avions déménagé de Montrouge, il était particulièrement déçu.

Une fois rentrés, je couchais sur le canapé André qui pleurait encore, et j'invitais Léon - Paul, lorsqu'il avait salué ses cousines, a venir au calme dans ma chambre pour parler.

—'' Asseyez - vous sur le lit. Écoutez, ce que je vais vous dire risque de vous déchirer, mais cela me semble absolument nécessaire que vous le sachiez au plus vite. Voilà, Léon est décédé. Nous... nous nous sommes rendus à un mariage il y a deux semaines. Il a été assassiné sur le chemin du retour.

—'' Et... Vous l'avez enterré?

—'' Oui, le dix - huit février. Je suis désolée. C'est pour cela que André est dans cet état, il est en quelque sorte traumatisé.

Nous retournâmes ensuite dans le salon, la bonne odeur de la soupe flottait dans l'air de la pièce. Malou préparait le repas pour la première fois, Gustavine n'étant pas en état de le faire pour l'instant. André refusait d'avaler quoi que ce soit, il grignotait seulement quelques miettes de pain sur la table, la morve au nez et la figure rouge et trempée. Je tentait de réchauffer un peu l'atmosphère.

—'' Dites donc André. Ce ne serait pas bientôt votre anniversaire?

Il baragouina quelque chose, Malou lui essuyait le nez.

—'' Alors André? Quel âge aurez-vous demain?

L'enfant ne lui répondit pas. Il se contentait de réduire un petit morceau de pain en bouillie, entre ses doigts.

—'' Bon, ce n'est pas grave. Venez manger. Appelez Gustavine.

—'' Gustavine! Nous passons a table! Cria Malou

Elle arriva, pria rapidement, puis lentement, cuillerée par cuillerée, avala la soupe fumante. Cet après - midi, je comptais me rendre chez mon frère pour lui demander de nous aider, après tout, c'était à lui de s'occuper de moi. En effet, la femme passait après son mariage de l'autorité de son père à celle de son mari, puis si elle avait un frère, lorsque son mari décédait, c'était à lui de s'occuper de sa sœur. Je prévenais les filles de mon départ, une fois que j’eus débarrassé et nettoyé la table.

—'' Je vais chez mon frère. Je rentrerais normalement avant le dîner. Préparez le souper si vous avez faim, ou attendez moi. J'emmène André, cela lui fera une sortie.

—'' Bon allez, je vais vous donner le pantalon et la chemise. Je n'en peux plus de vous voir avec cette robe. On triche un peu, mais ce n'est pas grave. Hop, je vais vous aider à enfiler ça. Ça fait bizarre, hein? Je n'en ai jamais porté moi. On boutonne la chemise, on enfile les chaussures... Hop...le manteau, on ferme bien. Vous êtes prêt. Nous y allons.

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