Chapitre 31C: juillet 1782

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Le jour du sacrement de la confirmation de Gustavine, qui renouvelait ainsi les engagements de son baptême, fut un de ces jours très chauds où personne n'avait envie de sortir de chez lui. Après quelques petites lumières devant les yeux et une migraine horrible, je m'effondrais sur le seuil de la porte de l'église, les pierres glacées me mordant la nuque.

On me rafraîchit le visage, avec comme seule eau disponible, celle du bénitier, je fus ainsi baptisée une seconde fois. Après avoir récupéré mes esprits, j'insistais pour rester jusqu'à la fin du sacrement, rien que pour ma belle–fille, pour qui c'était un beau jour. André, beau comme un prince, portait ses vêtements du dimanche, son petit bonnet blanc de maille, sa longue robe blanche de bébé qui tombait presque jusqu'au sol lorsqu'il était sur mes genoux et ses petits souliers aux pieds.

Les repas, surtout ceux du soir, se déroulaient toujours dans un calme olympien, quand j'avais terminé de préparer la soupe, si ce n'était pas Gustavine qui l'avait cuisiné, les deux jeunes filles allaient soigneusement se laver les mains, puis elles effectuaient chacune leur prière, avant de s'asseoir l'une près de l'autre devant la table dressée. Elles avaient le droit de parler jusqu'à ce que Léon arrive, ensuite, une fois que j'avais installé André sur la chaise, et que mon mari s'était assis, plus un mot n'était prononcé sauf si il posait une question bien sûr. Je mangeais toujours pressement pour pouvoir resservir les filles ou Léon, ou répondre aux pleurs d'André, qui avec son caractère qui s'affirmait de jour en jour, ne me rendait pas la tâche évidente. Heureusement, Gustavine m'aidait à m'en occuper, j'en aurais bien besoin après l'arrivée du bébé à la fin de l'année.

Je pourrais dire que ce soir-là, était le premier jour du reste de ma vie. En effet, mon mari nous avait, d'une manière très solennelle, annoncé qu'un de ses associés avait quitté le cabinet et qu'avec l'autre, il reprenait l'affaire d'un vieux libraire installé à Paris. Une reconversion qui fus assez difficile pour moi à comprendre, surtout que nous devrions quitter Montrouge, notre maison, pour retourner en appartement. Sa décision avait été prise depuis déjà quelques temps et il n'avait pas l'air de vouloir changer d'avis. Après le repas, je décidais d'en discuter avec mon époux.

—''Pfff… Vous êtes fou de décider de cela maintenant, je dois accoucher dans quatre mois, ce n'est vraiment pas le moment de déménager.

—''Écoutez Louise, j'ai quarante et un an, il y a longtemps que je voulais travailler avec les livres, si je n'attrape pas cette opportunité maintenant, je ne l'aurais jamais plus. Et puis bon, l'enfant, il n'y aura qu'à attendre qu'il naisse. De toute façon, le temps de déménager mon cabinet, la maison, de vendre les deux et de trouver un appartement qui convienne non loin de la librairie, nous n’emménagerons pas avant le milieu, voire la fin de l'année prochaine.

—''Réfléchissez encore, je vous en prie… Je me suis construite une vie ici, les enfants aussi, partir serait douloureux, et puis n'oubliez pas Simon, Caroline et Michel, que nous ne pouvons pas abandonner définitivement ici…

—''J'ai pris ma décision, voilà, c'est tout. Je ne comptais pas recevoir votre avis Louise, si cela vous embête que je vous informe des décisions importantes que je prends pour la famille, la prochaine fois je ne vous dirais rien, comme ça vous serez surprise mais au moins vous ne tenterez pas de me mettre des bâtons dans les roues.

Cette volonté de changement me blessait énormément, mais je devais me conformer à la décision de Léon. Seule dans ma chambre, je laissais verser mes larmes, j'étais très inquiète car jusqu'à présent, nous avions bien vécu, mais la reconversion de Léon risquerait de faire chavirer cet équilibre trouvé, surtout qu'à six et bientôt sept, les besoins étaient très importants, autant en nourriture qu'en logement, je craignais de retrouver le trop petit appartement de notre première année de mariage, qui m'avait laissé un trop mauvais souvenir.

Les enfants avaient plutôt bien réagi à cette annonce, les deux jeunes filles ne comptaient pas vraiment d'amies proches, et André était trop jeune pour comprendre. Lorsque mon mari rentra en toussant très fort ce soir-là, cela ne me rassura pas.

—''Vous êtes malade ? Depuis le temps que je vous dis d'arrêter de fumer cette pipe.

—''Donnez-moi un verre d'eau. Me pria-t-il plié en deux, tout en s'asseyant sur le fauteuil.

—''Tenez. Allez donc vous reposer, je vous apporte la soupe.

Il se leva assez péniblement, puis il monta les escaliers d'un pas lourd, j'entendis la porte de sa chambre qui se ferma bruyamment, et son vieux lit qui grinçait, tandis qu'il se glissait sous les draps. Je monta jusqu'à sa chambre, lui apportant sa soupe chaude et fumante sur un plateau et un morceau de pain. Je posais le verre d'eau sur sa table de chevet, avant de m'éclipser, pour le laisser se reposer. Juste avant que je ne referme la porte, il réclama depuis le fond de son lit.

—''Apportez - moi un livre s'il vous plaît Louise. N'importe lequel, sauf ceux de Rousseau, je les aient tous lus au moins deux fois.

Je me rendis donc dans sa pièce favorite, où après maintes hésitations et pressée par les cris insupportables d'André qui d'après ce que j'entendais poursuivais Malou autour de la table du salon, je sélectionnais un ouvrage d'un certain monsieur Laclos, que je lui apporta avant d'aller m'occuper de mon petit diable, qui terrorisait en riant aux éclats sa cousine tout en poussant des cris horribles. Je l'attrapa sans trop d'efforts, il râlait.

—''Hop venez là. On va aller se coucher maintenant André. Dites bonsoir.

—''Hein ! Heiiiiiiin ! Mamaaaaaaa !

—''Allez, faites un baiser à Gustavine.

—''Bonsoir p'tit loup. Smak.

—''Et un baiser à Malou qui devrait ranger son livre d'école si elle ne veut pas qu'il soit réduit à l'état de déchet demain.

Ma filleule embrassa tendrement André qui, mécontent d'avoir été dérangé dans ses jeux, détournait sa petite tête blonde des joues affectueuses.

—''Vous vous passerez bien d’aller dire au revoir à Léon.

Je portais donc mon fils dans son lit, mais comme il avait souvent peur depuis que son frère aîné était parti, parfois il dormait à mes côtés. Nous passions la nuit à trois, comptant ce petit être qu'André était trop jeune pour attendre, qui reposait et grandissait pour l'instant dans mes entrailles, en attendant le moment voulu pour venir au monde.

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