Chapitre 28C: mai - juillet 1779

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Malheureusement, alors que je pensais ma belle – sœur ouverte d'esprit, elle refusa implicitement de le prendre avec elle pour les vacances, prétextant que moi seule savait m'en occuper et qu'il serait malheureux loin de la maison et de moi. D'abord voulant faire face en privant mes autres enfants de vacances pour la cause de Michel, je les laissais finalement partir.

Nous préparâmes les malles avec leurs vêtements, chapeaux, jouets, mes garçons auraient voulu emporter leur chambre entière, mais elle ne rentrait pas et il fallut faire des choix cruciaux entre le ballon et la toupie et entre le sac de billes et la boite de crayons de couleurs qu’Émile adorait, cadeau d'anniversaire de ses trois ans de la part de son père. Quand je rangeais un vêtement dans la grosse malle de bois qui devait servir aux trois enfants, Émile l'enlevait ou criait que ce n'était pas celui-ci qu'il voulait dans ses affaires. Moi je mettais le nécessaire, lui trouvait des jouets qui ne lui servait plus depuis des lustres à emporter. Au bout de cet interminable combat qui valut aussi avec Léon – Paul, je pouvais refermer la malle et souffler. Malou avait rangé sagement ses affaires, j'avais remarqué qu'elle était soigneuse et coquette, comme sa maman. Il me suffisait pour me rappeler Camille de regarder Malou, qui tenait du caractère effacé de son père, bien que parfois elle se fasses remarquer, et du visage fin et doux de sa mère.

Le deux juillet, mon frère arrivait devant chez moi pour récupérer les enfants surexcités. J'embrassais de force Émile et Léon – Paul, qui m'avait déjà oublié dans leur joie de partir, et je souhaitais de bonnes vacances à ma chanceuse de nièce, qui partait avec ses cousins pour deux mois. Bien sûr j'étais inquiète, mais je me rassurais de les savoir entre de bonnes mains.

Les premiers jours, alors que je pensais que ce serait évident de les voir partir, ce fus au contraire bien difficile pour moi. Je pensais même à écrire à Madeleine pour qu'elle me les ramène : mes deux trésors dormaient loin de la maison pour la première fois de leur vie, dans un endroit qu'ils ne connaissaient pas, avec des adultes qu'ils n'avaient presque jamais côtoyés, oui, c'était vraiment dur pour moi. Aussi c'est en pensant à eux, plus qu'à moi, que je me ressaisissais, ils devaient bien s'amuser avec leurs cousines, pourquoi les priver de ces vacances dans mon égoïsme maternel ?

J'avais un peu moins de tâches ménagères, mais il fallait bien s'occuper de Michel, qui demandait, bien qu'il sache faire des choses seul, une aide de tous les instants. Gustavine passait ses journées au village avec ses amies ou lisait dans sa chambre, c'était une jeune fille de douze ans studieuse, posée et profondément rêveuse. Nous avions très chaud dehors la journée, et bénissions les murs de pierres de la maison qui gardait bien la fraîcheur dans les pièces. Lion haletait de chaud, c'est pourquoi je lui donnais une grande gamelle d'eau et le rentrait dans le salon, les poules avaient perdu de leur fougue, elles étaient toutes couchées à l'ombre du bâtiment, tandis que, faute d'avoir fait attention, tous nos lapins étaient morts de chaud, étouffés dans leurs clapiers en plein soleil. Je me souviens m'être écriée en repensant à eux : mince, les lapins ! Perdant l'espoir d'un possible survivant, je les avais un par un mis dans un sac en toile de jute que j'avais ensuite abandonné dans le village, en en gardant juste deux, un pour notre repas du lendemain midi et un pour le chien, qui n'avait pas trop d'appétit, et délaissait le cadavre on ne peut plus frais de l'animal.

Finalement, bien que je pleurais encore parfois en pensant à mes fils qui ne devaient pourtant pas être si malheureux avec leur tante et leur oncle, cet été s'annonçait bien. Gabrielle ayant retrouvé le sourire depuis le drame du décès de sa fille, nous plaisantions sur nos vies pas si malheureuses que cela, sur nos maris presque absents de nos histoires personnelles, c'est vrai, Léon n'avait presque pas d'importance dans ma vie à part qu'il était le père de mon petit Émile et pour elle, Jean n'avait plus d'importance, bien qu'elle l’ait longtemps aimé. Parfois je pensais que veuve, je ne m'en porterais pas plus mal, mais tout était une histoire d'argent, puisque c'était la seule chose qu'il apportait au foyer, de quoi subvenir à nos besoins. Depuis six ans et demi que j'étais mariée avec lui, jamais et j'en était sûre, il ne m'avait montré de signe d'affection, de reconnaissance pour les laborieuses tâches ménagères, il continuait à se baigner dans le baquet d'eau chaude difficilement rempli par les deux petites qui n'en profiteraient même pas.

Je m'occupais énormément de Michel durant cet été-là, nous allâmes nous tremper les pieds à l'étang, avec de la patience, j'avais réussi à le faire apprécier l'eau, je lui faisait ce qu'il aimait manger, et nous goûtions de nouvelles choses, comme les pâtes, de longs fils de blé cuits à l'eau dont Michel raffola, le homard, bien que plat des pauvres, c'était un régal, et enfin, mais ce ne fus pas trop une réussite bien que j'ai déjà goûté auparavant, les épinards. Gustavine invita ses amies à la maison, elles passèrent l'après – midi allongées sur le lit à lire et discuter de choses et d'autres, aussi je recevais la visite de François.

—''Bonjour François, vous n'avez pas été prévenu qu’Émile était parti en vacances chez son oncle et sa tante ?

—''Il me l'avait dit, mais j'étais venu pour chercher les œufs…

—''En effet, les œufs… J'avais oublié, combien en voulez-vous ?

—''Quatre, c'est pour maman, pour faire un gâteau.

En effet, je leur donnais souvent des œufs, nous avions beaucoup de poules et cela me permettait de ne pas les jeter.

J'écrivais une lettre pour l'anniversaire de mon petit garçon, qui fêtait ses six ans le seize juillet, mais aussi pour recevoir des nouvelles des enfants.

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