Chapitre 11D: décembre 1761 - avril 1762

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Je haïssais désormais au plus haut point ma tante, jamais plus je ne lui obéirai ou lui adresserai la parole. Promis, juré, craché.

J'étais tellement mal pour Marie-Catherine que la nuit suivante, le sommeil ne me vint pas, mon cœur battait très fort, je transpirais, j'étouffais presque, je voulais partir d'ici.

Je me levais, allumais ma bougie, resta un instant à réfléchir assise sur mon lit, puis je me décidais.

Après avoir enfilé ma robe, une veste de fourrure, mes chaussures, et préparé un baluchon avec une pomme, un morceau de pain, et mon mouchoir favori, je quittais l'hôtel.

Enfin ce ne fus pas si facile, et sortir de la maison sans réveiller personne fut un casse-tête.

Avoir le courage de sortir dehors dans la nuit complètement noire de Paris me demanda un effort immense, car seule la lune éclairait les rues. De plus, j'ignorais où aller.

Je parvins à sortir discrètement, et une fois dans la rue, je marchais, longtemps, sans connaître ma destination.

J’atterris dans un quartier sensible de Paris, où les filles de joie attendaient des clients, par ci par là, et des rats longeaient les murs en frôlant mes jambes glacées. Je m'assied sur un banc où je m'endormis finalement.

Au matin, toujours installée sur mon banc, je me mis à avoir très peur, commençant à réaliser qu'on me chercherait, que Marguerite risquerait d'être très inquiète, et France aussi.

Comme allais- je faire ?

Les filles de joie et les rats avaient disparus, Paris s'éveillait, il était peut-être six heures du matin, et j'avais très froid. Claquant des dents désagréablement dans un réflexe incontrôlable, épuisée, mes doigts étaient gelés.

Plus tard dans la journée, un gens d'armes me conduisit moi désespérée au poste le plus proche, où Célestin vint me récupérer. Après m'avoir giflée, il me poussa dans la voiture pour rentrer chez nous, énervé. J'avais faim à mon retour, et, sans avoir fugué plus que quelques heures, c'était déjà beaucoup pour mon estomac.

Je demeurais sans manger jusqu'au soir, où l'on m'apporta un bol de soupe fumant.

J'avais fait cela pour attirer l'attention de ma tante, mais ça n'avait pas fonctionné, elle n'était même pas venue me chercher au poste de maréchaussée.

En fait, Marguerite était morte d'inquiétude, et, sans doute très soulagée lorsqu'elle me revit saine et sauf, elle me serra de toutes ses forces dans ses bras et m'embrassa le front.

L'euphorie de mon retour me fit promettre tout ce que l'on voulait entendre de ma bouche, et j'assura que je ne recommençerai plus jamais. Suite à cet épisode, je me mis à rêver de grands horizons, de voyages à l'autre bout du monde. Or pour l'instant, je n'avais que douze ans, et, déjà promise au mariage, les grandes excursions ne semblaient pas inscrite dans ma perspective d'avenir.

En février, de grands froids paralysèrent Paris, la Seine gela, la plupart des récoltes furent perdues. Les plus pauvres moururent par centaines, les rues étaient jonchées de cadavres figés par le gel dans leurs derniers gestes.

Nous ne sortîmes qu'une seule fois durant cette éprouvante période. Marguerite aidait de temps en temps l'hospice près de chez nous, mais même dans notre hôtel particulier, nous ressentîmes cette catastrophe climatique par le manque de pain et de nourriture en général. Pour la première fois de ma vie, j'eu faim.

Camille devait avoir très froid dans son couvent, je la plaignais.

Le jugement de Jean Calas venait d'être été rendu. Huit voix contre treize pour le condamner à mort.

Le lendemain, toutes les premières pages de journaux portaient le même titre ou presque :

''Jean Calas exécuté sur la roue à Toulouse''.

Après avoir eu les os éclatés un a un à la barre de fer par le bourreau, il fut laissé deux heures agonisant sur la roue en place publique, avant d'être étranglé.

Son cadavre fut ensuite brûlé et jeté au vent.

Le temps s’adoucissait progressivement, mais le mal était fait, et nous en avions pour une année entière de pénurie à présent.

En avril furent célébrés les deux ans de Thérèse, et le rétablissement très délicat du petit Amédée, qui n'avait encore jamais ouvert les yeux sur l'extérieur.

Hormis une prompte sortie pour passer de son appartement natal a notre hôtel, il n'avait encore jamais senti le vent sur ses joues.

France le couvrit chaudement, lui enfila ses petites mitaines spécialement tricotées pour lui, son bonnet de maille, lui plaça une couverture dessus pour être sûre de ne pas aggraver sa pneumonie, et descendit les escaliers avec lui dans les bras pour pouvoir sortir de l'hôtel.

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