Condamnée (*)

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Vienne, Autriche. Janvier 2012

Charlotte tira une cigarette du paquet et s’empressa de la fumer. Elle aurait voulu oublier cet affreux concert auquel elle venait d’assister en tant que singulière spectatrice. La musique électronique la dégoûterait à jamais. Et pourtant, la veille elle avait tenté d’amadouer son ouïe en écoutant « Lower state of consciousness » de ZZT pendant trois quarts d’heure. La durée prévue par l’examen. Or, rien ne préparait à la réalité d’une IRM.

À présent, il ne lui restait plus qu'à patienter, guetter l’arrivée du couperet. Le verdict de fin ou sa seconde chance.

Elle s’était isolée dans la verdure des jardins de l’hôpital, avec pour seule compagnie son dernier paquet de cigarettes dans l’espoir qu’il tienne jusqu’au prochain rendez-vous. Après tout, elle pouvait se le permettre. Ni la nicotine ni le goudron n’allaient la tuer. Un autre tueur la tenait dans sa mire, prêt à les devancer. Si les médecins avaient raison, elle connaissait son assassin. Ils vivaient ensemble depuis quelque temps. Le parfait tueur, efficace et invisible.

Pourtant, un mince espoir l’animait. Elle avait déjà été condamnée une première fois. Elle attendait son verdict d’appel. Ce deuxième avis s’avérerait déterminant. Allait-elle guérir ?

Lucide, elle savait de toute manière ce qu’elle aurait à affronter. Cohabiter avec son assassin ou le combattre par la force. Pour l’instant, sa première réponse laissait les médecins perplexes. Bien sûr qu’elle préférait la vie, mais la vie avec lui. Pour elle, il était hors de question de se risquer à tout perdre uniquement pour gagner quelques années supplémentaires. Après tout, le premier diagnostic se voulait rassurant. Tout contrôler avec des médicaments. Ralentir la progression. L’intervention chirurgicale resterait une option.

Au bout d’un moment de réflexion et à court de nicotine, elle consulta sa montre. L’heure du rendez-vous approchait. Elle cracha sa dernière fumée et se précipita dans l’hôpital. Elle marchait d’un pas décidé, tant absorbée dans ses pensées qu’elle percuta un mur en blouse blanche, suivi d’un petit bruit sourd. Celui d’un objet tombé à terre éparpillant son contenu. Un simple portefeuille en cuir noir, d’où une photographie s’était glissée. Elle se confondit en excuses en même temps qu’elle se penchait pour ramasser le tout. La blouse blanche en fit de même.

Machinalement, elle s’était emparée du cliché en premier et l’examina aussi longtemps qu’elle put. Avant qu’une main douce ne vienne l’effleurer de sa paume pour la lui reprendre. Leurs regards se croisèrent et elle plongea dans ses yeux bleus ozone, d’une froideur glaciale, contrastant avec la chaleur de sa main.

Sans un mot, ni un remerciement, il s’était levé et repartit. Elle resta pensive, se remémorant de la photo, l’analysant a posteriori. Une femme et une fillette, blondes toutes les deux, belles comme des anges. Quelle magnifique famille ! songea-t-elle, nostalgique. Elle avait gâché sa vie. Et si cette chose ne la condamnait pas, elle l’était déjà de toute façon. Elle vivait avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête.

Pourtant, elle préférait largement cette menace-là. Elle en avait fait son métier, sa passion, même. Elle ne voulait pas tout perdre et espérait que l’IRM démontre que le premier diagnostic était erroné. Hélas, ce ne fut pas le cas.

La tumeur était bien là. Inopérable, pour l’instant. « Il faut voir son évolution », lui répondit-on. « Suivez le traitement, ça endiguera les symptômes. »

Attendre, toujours attendre.

Bien sûr, elle pourrait continuer à vivre une vie normale. Or, sa vie ne l’était pas.

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