[WIP] Chapitre 3 - Parlons

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Un scintillement apparait lentement au milieu de la grise lumière du bâtiment.
Minuscule, presque invisible, mais toujours présent.
Une goutte de sueur, qui descend lentement sur le front du rebelle, en face de moi. Et je sais parfaitement qu'il voit la même chose.

- Exprimez-vous, commençais-je.
- Nous... nous voulons un peu de paix...

Ses mains tremblent comme une feuille secouée par le vent. Son corps est passé d'une douce couleur beige à un curieux blanc cassé, devenant presque harmonieux avec les câbles passant derrière lui. Sa voix devient de plus en plus hésitante, maladroite... apeurée. Malgré cela, il continue son discours avec un courage sorti de nulle part, avec une peur expliquée que je ressens aussi.
La peur de la mort.

Après quelques minutes, il s'arrête de parler. Son discours de peur, je l'ai compris.
Il souhaite que les assauts envers les habitants et les rebelles s'arrêtent, que les innocents cessent de mourir, que le peuple soit un peu mieux traîté...
Mais je ne sais pas comment répondre. Je ne sais pas comment faire face à une responsabilité que je n'ai jamais voulu avoir. Je ne sais pas comment exprimer mon accord...

............

Je n'ai plus rien à perdre. Je ne fais que lui demander des revendications.
Malgré son regard assassin et ses idées surement meurtrières... je suis obligé de le faire.
Comme l'ont fait mes frères. Mes parents. Ceux qui me précédaient.
Mon gilet pare-balle me serre comme jamais il ne m'a serré, il m'étouffe, m'asphyxie... comme l'Administrateur du SAID. Le Système Automatique et Intelligent de Domination, comme l'avait appelé son créateur...
Je ne comprendrais jamais comment cette invention a fini comme un outil de destruction massive, malgré sa pensée de base altruiste et optimiste. Rendre le monde meilleur en retirant tous les présidents et en remplaçant par une unique personne, choisi par un algorithme basé sur l'identité, l'ADN et la personnalité...
Je n'ai plus le temps de me poser des questions, ni de réfléchir à ça. Je vois l'Administrateur réfléchir. Longuement réfléchir.
Et ça ne m'étonnerait pas qu'il réfléchisse à un moyen de m'abattre. Un moyen de trouver mes alliés.
Heureusement, ils ne peuvent pas savoir ce que je ne sais pas... je...
- Après réflexion... je suis d'accord.
Qu'est-ce que... qu'est-ce qu'il a dit?
Serait-ce un rêve? Non, je suis bien éveillé. Un piège, alors?...
- Vous acceptez quoi?...
- D'arrêter les bombardements... de faire une politique réellement démocratique, posée sur le peuple et non sur des soldats... j'accepte de ne pas vous reprocher, à vous tous, les dégâts causés à l'armée et aux services auquels j'ai droit... bien parce que vous faites ça pour votre liberté.
Je... je ne comprends pas. Je ne comprends pas. Je n'arrive pas du tout à comprendre.
Il est... il devait... il doit avoir une arme quelque part, non?...
Je regarde... j'observe... j'ai l'habitude de regarder... mais non, rien... rien pour me dissuader de le tuer... rien pour...
Une photo.
Une photographie d'une femme. Une belle personne...
- C'est... c'est votre femme?
- ....
Il ne répond pas... Je veux croire qu'il est honnête. Je veux le voir de mes yeux. Je...
Je suis sûr que c'est du flan. Un rêve éveillé. Une impossibilité permanente.
Je ne crois pas à ça... non, en fait... je me rends compte...
Je ne veux pas y croire.
Je suis si habitué à la lutte, ce combat permanent contre ce qui nous dicte quoi faire...
Si cela arrête... ça sera un bonheur pour tous, mais une petite pointe au coeur pour le changement brutal. Il nous faudra du temps...
Si cela arrive. Ce qui n'est pas sûr. Non, c'est même incertain, il bluffe.

............

Il me perce, il me juge. Je vois qu'il ne me croit pas. Je vois qu'il doûte, qu'il a l'envie que ce conflit s'arrête... mais je suis impuissant.
Je suis impuissant du fait que... entre nous deux, il y a un bureau, représentant le métier... et la machine. Représentant le mal, la diablerie de la Dictature... un outil plus efficace et plus perspicace qu'une arme à feu, ou même qu'une bombe.
La seconde chose me bloque.
Je n'ai pas été élu de façon démocrate. Je n'ai pas non plus été élu par l'armée ou par l'ancien Dictateur. J'ai été élu... par la machine.
Je... Je suis...
Contre ça. Je suis pour mes pensées.
Allez, un petit bout de papier, je marque dessus...
- Tenez.
- ...hein?...
- C'est mon numéro. Appelez-moi lorsque vous voudrez rediscuter. En attendant, je vous laisse partir sans aucun problème si vous en avez fini. Je vais corriger quelques législations.
- Je... je... d'accord...

...Je pense avoir fait le bon choix. Au moins le bon choix des mots. Les gardes laissent ce pauvre homme tranquille, il devrait rentrer chez lui sans aucun pro-
Un coup de feu à l'extérieur.

- J'ai abattu un rebelle recherché, Administrateur!

...et merde.

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Clo06

Pendant longtemps, je ne trouvais pas les mots pour m’exprimer oralement. Ils restaient coincés dans ma gorge, ils ne pouvaient sortir. Je ne savais dire que « oui » ou « non » (rarement), « merci », (surtout « merci »).
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Personne pour me réconforter, personne pour me donner confiance. Je n’avais que moi-même pour me construire, une autodidacte en somme.
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DieJobu

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Nouveau silence.
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