Jade-6

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Je suis étonnée de voir Renart entrer dans le bar. Même si elle n’a pas dû avoir de mal à déchiffrer mes équations, je ne m’attendais pas à ce qu’elle s’y pointe !

Elle s’installe au comptoir. Elle ne m’a pas vu. Tant mieux, c’est un peu étrange comme situation. Personne ne sait que je travaille. Andy s’empresse de la servir. Plus vite qu’il n’a l’habitude de servir les autres clients. Ça m’agace. Aucune doute qu’il la trouve canon. Il est devenu collant avec moi. Je ne comprends pas pourquoi il a changé. Au moins Lucas n’était pas collant. Il faudra que je lui touche deux mots. Tiens, je ne pensais pas que Renart serait « team bière ». Dunlst. Elle a bon gout au moins. Un homme s’assoit à côté d’elle. Son sourire me déplait. Je pose mon bac de verre sale et m’approche. Le dégout sur le visage de Renart n’est pas difficile à comprendre. Le type insiste. Ça m’agace. Je frappe le comptoir.

— Out ! The lady said no.

Je fais demi-tour et retourne à mes verres sales. Je ne décolère pas. Je serre les dents, respire un bon coup et tente de me calmer. Les tables 3 et 6 attendent leurs commandes. Je les prépare sans trop y réfléchir. Andy me claque les fesses. Je me retrouve et lui lance un regard outré. Il rigole. Il va falloir que je lui touche deux mots. Ce comportement ne m’amuse pas le moins du monde. Je sers la table 3 et 6 et retourne derrière le comptoir.

– Andrew !

Il se retourne avec un large sourire. Il est prêt à me prendre dans ses bras. Je recule d’un pas, une main retenant sa poitrine.

— If you slap my ass again, i would crush your balls ! understood ?

Il éclate de rire.

– I’m not joking Andrew !

— Hey, put a smile on your face, it was for fun.

Lucas ne m’a jamais frappé. C’est absurde de les comparer. D’autant plus que je ne sortirais pas avec Lucas à nouveau. Pourtant, je dois admettre que Lucas n’avait rien d’un mauvais copain. Même si je ne le comprenais pas, il m’a donné matière à travailler pour l’avenir.

Je fais volteface, sans porter plus d’attention au rouquin hilare. Ce con m’a soulé. En me retournant, je vois Kali lancer un verre à Renart. Qu’est-ce qu’elle mijote encore ? Elle lui caresse la main. Je m’étonne de serrer les dents. Pur réflexe. Renart ne retire pas sa main. Pire, elle se lève pour suivre Kali. Je n’en reviens pas. Mes poings se serrent d’eux-mêmes. Ma réaction m’agace. Ça n’a pas de sens. C’est illogique. Renart va s’envoyer en l’air avec Kali. Et alors ? Ce n’est pas la première fois que Kali met le grappin sur une cliente. Pourquoi le fait que ce soit Renart m’agace-t-il ?

J’ai beau m’occuper dans le bar, mon attention ne décroche pas de l’horloge. Dix minutes. Mais de quoi je me mêle ? Je frotte vigoureusement une table, rattrape le verre d’un client, serre quatre pintes, lance le lave-vaisselle, dessers une table en terrasse, change la musique. Quinze minutes. J’évite Andrew, change un fût, sers une nouvelle pinte, encaisse la table 3, observe les clients quand j’ai trois secondes de répit. Vingt minutes.

— J ! Wher’s Kali ? me crie Andrew.

– Banging, je lui réponds.

— OH ! Tell me more ! which one is it tonight !

— the red one you served, pinte of Dulnst.

— Ouh... lucky Kali ! i whist I be her.

J’ai des sérieuses difficultés à comprendre tout ce qui tourne autour du relationnel, mais il y a des limites. Ça, ce n’est pas ce qu’est censé dire un mec à la nana qu’il aime, il me semble.

Kali et Renart sortent enfin du local ménage. Je me crispe encore plus. Le sourire prédateur de Kali n’a rien d’inhabituel après un coup victorieux. Celui de Renart me perce. Simple, réservé et sincère. Le même que lorsqu’elle attrape mon bonnet.

Je pose mon torchon, attrape mon sac et me tire.

– J ! your shift ins’t over ! me crie Andrew.

— Fuck you ! je lui lance sans me retourner.

C’était mon sourire !

J’ai passé mon weekend à jouer sur l’ordi. J’alternais entre jeu de gestion et jeu de rôle tout en écoutant mes musiques préférées. L’esprit accaparé par des taches simples, je pouvais penser plus calmement. Andrew est un abruti. Il peut toujours s’assoir sur le fait qu’on sorte ensemble. Je ne comprends pas le revirement de situation. Il m’aime, et finalement il aurait aimé sauter Renart ! Je fais une fausse manip et perds mon combat. Putain ! Renart… Penser à elle m’a déconcentré. Pourquoi ? Je sens mon estomac frémir, mes lèvres se pincer. Je suis agacée. Presque autant que lorsqu’Andrew m’a foutu sa claque sur les fesses. L’image de son sourire me revient en mémoire. Pourquoi est-ce que je suis vexé de ce sourire ? Kali est une belle femme. Il y a de quoi sourire. Je perds un nouveau combat. Je ferme mon ordinateur. Mieux vaut aller dormir. Mes pensées ne s’arrêteront pas, mais au moins ma conscience s’en foutra royalement, et moi avec.

Lundi matin, première heure. Je suis dans le bus. J’ai à la fois hâte et aucune envie de voir Renart. J’aperçois Lucas qui s’installe loin de moi. Je pense que sa présence me manque. Son manque d’intelligence endiguait un peu la mienne.

Je monte au premier en direction de la salle de cours. Je pense à Renart. Son sourire. Celui qu’elle me fait lorsqu’elle attrape mon bonnet. Celui qu’elle ne fait qu’à moi. Je le sais parce que je l’ai observé. Elle a treize sourires différents. Sincères, pour la majeure partie d’entre eux. Lucas aussi a le droit à son sourire. Un peu dépité celui-là. Je rigole toute seule. Oui, Renart regarde Lucas avec un dépit amusé. Je suis agacée de penser à tout ça. C’est absurde de m’agacer pour quelque chose d’aussi insignifiant ! Ce n’est pas logique, un sourire n’agace pas. Enfin, il me semble.

La cloche sonne. Renart est un peu en retard. Elle arrive quelques minutes après, essoufflée.

— Allez-y, entrez.

Son sourire de bonjour accroché aux lèvres.

Je passe devant elle sans la regarder, sans rien faire. Elle se hisse sur les pointes. Tends le bras vers ma tête. Attrape mon bonnet. Je tourne alors les yeux. Elle sourit. Celui qu’elle a donné à Kali. Mes dents se serrent. J’attrape son bras, lui arrache mon bonnet des mains, tourne les talons. Je n’irai pas en math ce matin.

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