Première discussion.

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Aujourd'hui était le jour où j'allais enfin revoir Lucas depuis que John l'avait emmené hors de mon appartement, il y avait déjà de cela une dizaine de jours. Mon meilleur ami... J'avais tellement hâte de le voir que dès que j'entendais la petite clochette de la porte d'entrée du salon de thé qui retentissait, je me dépêchais d'aller voir s'il s'agissait de lui !

Il ne m'avait pas dit à quel moment il viendrait. Je pensais qu'il allait passer pour le repas du midi comme il le faisait habituellement mais ma déception avait été grande quand quatorze heures avait sonné et qu'il n'avait toujours pas pointé le bout de son nez. Je commençais vraiment à me demander s'il allait passer comme il me l'avait promis. Il était déjà plus de 16h 30...

Je nettoyais les tables, le salon s'était vidé peu à peu mais je savais qu'en fin d'après-midi, il allait de nouveau se remplir pour l'heure du goûter ou une pause bien méritée après le travail. Et c'est justement là que je vis enfin avec soulagement, la silhouette familière et blonde de mon meilleur ami passer la porte d'entrée. Sans réfléchir, heureux de le voir, je me précipitai dans ses bras pour un câlin amical qu'il me rendit.

-Je suis si heureux de te voir ! Je pensais que tu serais venu manger ce midi. J'étais en train de me dire que tu ne passerais peut-être plus.

Lucas prit le temps de retirer sa veste et de s'installer à sa table habituelle lorsqu'elle était disponible, une table un peu en retrait pour être tranquille lorsque l'on discutait. Je le regardais faire et je pouvais noter qu'il avait bonne mine. Ça me rassurait !

-J'aurais dû te prévenir, excuse-moi. Ce matin, je ne travaillais pas. Du coup, j'ai mangé chez moi. Je ne donnais cours qu'à quatorze heures, aujourd'hui.

-D'accord ! Pas de soucis ! Je vais prendre ta commande, tout de suite et prévenir ma patronne que je prends ma pause. Je vais manger un bout avec toi.

Dix minutes plus tard, je lui avais rendu son manteau qui était resté chez moi lorsque John, l'homme qui avait transformé Eric en vampire, avait emporté mon meilleur ami pour l'amener à son manoir. Nous mangions à présent, une part de tarte au citron meringuée accompagnée d'un bon chocolat chaud. Je ne savais pas trop comment aborder le sujet « John » mais le silence commençait à devenir pesant, alors je finis par me décider à me lancer.

-Lucas... Tu sais, je m'inquiète pour toi... Depuis que cet homme t'a emmené, je... Je me demandais s'il t'avait fait quelque chose. Enfin... Est-ce qu'il t'a forcé à quoi que ce soit ? Je veux dire... Quand il t'a pris dans ses bras et que vous êtes partis, j'ai essayé de l'empêcher de t'emmener, il était si menaçant ! Je t'assure, je ne me suis pas laissé démonter et j'ai commencé à vous suivre dans le couloir, je ne voulais pas qu'il te fasse du mal mais Eric a utilisé son pouvoir sur moi pour me stopper...

J'avais l'impression de chercher à me justifier mais j'avais si peur que mon ami m'en veuille ! En voyant le visage choqué de Lucas, je m'arrêtai et repris rapidement :

-Ho, ne t'inquiète pas ! Eric n'est pas quelqu'un de mauvais, rassure-toi ! Il s'est excusé, il savait que ce n'était pas bien d'agir ainsi mais il avait peur que la brusquerie de John se manifeste contre moi et puis... il m'a expliqué que l'on ne devait jamais s'interposer entre un vampire et son calice, que John t'attendait depuis très longtemps et qu'il était un homme bon et gentil, qu'il ne te forcerait à rien. Est-ce que... c'est vrai ?

Là, je vis mon Lucas baisser les yeux et je l'entendis pousser un petit rire sarcastique. Merde... Au lieu de me répondre, il me regarda droit dans les yeux et baissa son col roulé. Je découvris avec horreur qu'il avait des traces de morsures !

-Ho, c'est pas vrai ! Lucas, je suis vraiment désolé ! Je croyais vraiment que John était quelqu'un de bien ! Il a sauvé la vie d'Eric et il veille sur sa famille depuis des générations ! Je...

-Sébastian, attends ! s'exclama Lucas en levant la main pour m'arrêter. Ne t'énerve pas et ne sois pas désolé, je sais bien que ce n'est pas de ta faute. On ne peut rien contre leur pouvoir, je l'ai expérimenté... dit-il dans un petit rire triste. Je ne t'en veux absolument pas. J'avais juste besoin de prendre mes distances ces derniers temps, de m'isoler un peu pour réfléchir, c'est tout.

Il fit une pause, soupira et reprit :

-Je te rassure tout de suite, on ne peut pas dire qu'il m'ait fait du mal. Il y a dix jours, lorsqu'il m'a emmené chez lui, il m'a expliqué la situation et comme je refusais de le croire, il... Il m'a montré le pouvoir qu'il avait sur moi en me forçant à me déshabiller... termina-t-il, gêné.

Non… J'étais complètement choqué par ce que j'entendais ! Je n'en croyais pas mes oreilles ! Eric ne devait pas savoir de quoi était capable son ami !

-Ne fais pas cette tête, Sébastian... Ca va. Il n'en a pas profité pour abuser de moi.

Je poussai un gros un soupir de soulagement.

-Mais il s'est bien passé certaines choses intimes entre nous... Je n'ai jamais été attiré par un homme comme je me sens attiré par lui et si tu savais à quel point ça m'énerve de ne rien contrôler ! John est si... Ho, je ne sais même pas comment décrire ce type ! grogna-t-il, exaspéré.

Je ne pus m'empêcher de sourire. Je connaissais bien Lucas. Je savais qu'il avait l'esprit logique, terre à terre, qu'il ne croyait même pas une seule seconde que le surnaturel pouvait exister avant de rencontrer John. Je comprenais qu'il se sente un peu perdu mais je savais aussi l'attirance qui pouvait l'unir à son vampire. Lucas était un calice comme moi. Il avait ainsi pour destin d'être lié à son vampire et ça ne devait pas lui plaire d'avoir une destinée qu'il n'avait pas choisie avec un homme qui avait l'air assez bourru pour le peu que j'en avais vu...

-Il m'a laissé rentrer chez moi quand je lui ai demandé. Je me sentais si mal après qu'il ait utilisé son pouvoir. Perdre tout contrôle sur mon propre corps m'a paru si effrayant... John m'a expliqué que tout est plus intense parce qu'il a plus de deux cents ans, alors que les vampires rencontrent leur calice bien avant, généralement. Deux cents quarante-trois ans... Nan mais tu te rends compte ? ! J'ai encore du mal à y croire... Enfin... Une semaine après et plus précisément, ce week-end, John m'est apparu en rêve. Il voulait me montrer une partie de son passé et quand je me suis réveillé, je me sentais si mal, si seul, complètement abandonné.... Il l'a senti ou il m'a entendu, je ne sais pas, et il est arrivé chez moi, peu après. Je l'ai repoussé en lui demandant de sortir de ma vie, je me sentais tellement chamboulé après cette sorte de dépression qui venait de me frapper ! Il a évidemment refusé... Et il a procédé à la première étape du lien sans mon consentement.

Mon Lucas.... J'étais réellement choqué et déçu par toute cette histoire. Lui qui n'avait quasiment aucune expérience des relations amoureuses ou de couples, était tombé sur un homme qui n'était pas aussi prévenant et doux que pouvait l'être mon amant et ça me rendait triste. Je n'aimais pas beaucoup ce John pour l'instant mais je savais que je devais lui laisser une chance. Après tout, il avait sauvé Eric, l'homme qui me faisait me sentir si bien, celui sans qui je ne pouvais plus vivre, désormais.

Mon regard se posa sur le col roulé de mon meilleur ami. Alors, une des traces de morsures que j'avais vues, était bien la marque du lien... Je m'en étais douté sur le moment mais j'avais préféré ne rien dire et attendre qu'il me raconte ce qui s'était passé. Je soupirai et je pris la main de Lucas que je serrai de la mienne pour lui apporter un peu de ma chaleur réconfortante, et comme je m'en doutais, sa main était froide.

-Je suis vraiment désolé, Lucas. Pour moi, les choses se sont si bien déroulées que je pensais naïvement que ça serait pareil pour toi... Je suis choqué d'apprendre qu'il a enclenché le lien alors que tu l'avais repoussé.

-J'essaie de relativiser un peu, tu sais. Enfin... C'est surtout parce que je n'ai pas le choix ! Je ne peux pas nier que je suis très attiré par lui et que je vois bien qu'il essaie à sa façon bizarre, dit mon ami en levant les yeux au ciel, de faire quelques efforts pour moi... Il a même pris le temps de raconter la manière dont il avait été transformé en vampire et les raisons pour lesquelles il prenait soin de sa famille afin que je le connaisse mieux. Même si je ne lui ai pas dit, ça me touche quand même. Il est loin de me laisser indifférent et ça m'énerve ! Sa personnalité autoritaire est si dure à supporter !

Je rigolai légèrement. Je comprenais ce qu'il ressentait. Malgré la manière plus dure dont tout se passait pour lui et son vampire, j'étais tout de même soulagé que ce John n'essaie pas d'abuser de mon Lucas et qu'il lui laisse du temps avant de sceller le lien. Je ne savais pas si Lucas en avait conscience mais pour moi, l'attitude de ce vampire me prouvait que malgré la dureté de son comportement envers son calice qui n'avait rien demandé, il tenait à lui et ça me soulageait de le savoir. Lorsque mon meilleur ami accepterait sa destinée contre laquelle il ne pouvait rien, tout comme moi, j'étais sûr que ce John s'adoucirait et que leur relation serait aussi épanouissante que la mienne. Enfin, je l'espérais...

**

Je finissais de ranger et je passais un dernier coup de chiffon sur le comptoir avant de tout verrouiller. Betty, ma patronne, était déjà partie et me laissait fermer, je possédais le double des clés du salon. En sortant, l'air fais de la nuit me surprit. Je m'emmitouflai un peu plus dans mon écharpe et pris le chemin habituel pour rentrer chez moi où mon vampire m'attendait. J'avais si hâte d'être dans ses bras, dans sa chaleur et son odeur enivrante !

Arrivé dans le parc, j'entendis un bruit de feuillage qui me sortit de mes rêveries et je m'arrêtai un instant pour regarder derrière moi mais je ne vis rien. J'étais seul comme souvent à cette heure-là. Je repris donc le chemin du retour mais après quelques pas, j'entendis de nouveau ce bruit comme-ci quelqu'un me suivait. Immobilisé au milieu du chemin, mon cœur s'accéléra. Cette fois, je n'eus pas le temps de me retourner car je sentis un bras m'entourer brusquement et un mouchoir m'être plaqué sur le visage ! Je gigotais dans tous les sens pour me défaire des bras qui m'emprisonnaient mais rien n'y faisait ! Et c'est en pensant à l'homme que j'aimais, -oui, je réalisai soudainement à quel point j'aimais Eric, sa présence dans ma vie était devenue aussi importante que l'air que je respirais-, que je sombrai dans les ténèbres...

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Satis Anomalia

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Soyez des clones,
Perdez vos neurones.
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Un jour l'amour viendra....
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SAtis Anomalia




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Naya

Les cuisines, ton manager aime bien appeler ça « la prod » – « le lobby », pour ce qui est du curetage des chiottes – qui sait, ça le flatte peut-être dans son statut de chaînon stratège d’une big multinationale, toi pour autant que tu saches ça t’a jamais empêché d’assembler correctement les petits pains du Big Mac, et vu ce qu’on te paie pour le faire ça te fait pas de mal, un peu de sémantique.
Il est dix-huit heures quand tu prends ta dernière commande, un double cheese sans le cheese et pas de salade dans le Big Tasty please.

Aux fourneaux, le rire de Ruben refait tourner les steaks sur eux-mêmes.

Tu lui harponnes un bras dans les vestiaires, y’a longtemps que vous vous êtes pas fait une petite bouffe juste tous les deux quand même, si on compte pas les burgers engloutis en deux minutes à la pause déjeuner.

Comme d’habitude Ruben te balance une date en l’air et comme d’habitude ton sourire résigné lui revient en boomerang. Sans te regarder, il s’enfonce sous sa capuche en silence, et slalome tout schuss entre les flaques d’automne poisseuses.

De retour chez toi, ton 20m² te tire la gueule et le ciel a des allures de punition collective. Y’a des coquillettes mutantes sous cellophane dans le frigo, de la poussière sur les plinthes, ta mère dépose à peine un pied sur le seuil qu’elle dégaine déjà le bidon d’Ajax et la paire de gants en caoutchouc rose qui va avec…

Ton père est là aussi, à cinq mètres de ta mère, distance nonchalante, et le trousseau de la Meriva qui tinte vaguement entre ses doigts, derrière son dos. Ça t’étonnera toujours, l’espèce de froid cordial qu’il y a entre eux, cette façon qu’ils ont de s’accommoder l’un de l’autre comme on s’accommode d’un parasite, deux inconnus bourrés de pudeurs hostiles pourtant largement dépassées, et même plutôt deux fois qu’une, il y a plus de vingt ans de ça.

Tu les as jamais vus autrement que comme ça d’ailleurs, depuis bébé. Depuis que ton père a aventuré sa coupe mulet comme MacGyver entre les jambes d’une minette trop consentante, à l’hiver 91. C’était en plein mois de février : il a prétendu être coincé au bureau à cause du blizzard dehors et toi t’avalais ta morve et tes petits pots de légumes devant Dragon Ball Zed-Zed-Zed – du moins c’est ce que ta mère te rappelle à chaque fois qu’elle touche l’enveloppe de la pension, des restes aigris jusqu’aux pattes d’oie.

« Bon, on la descend cette commode ? », te demande ton paternel, aux aguets comme un employé Darty alors qu’au loin ta mère bougonne – mais il est bouché ce siphon ou quoi ? – à quatre pattes sous l’évier.

Tes parents ont fait deux heures de route depuis Tours pour récupérer cette commode dont tu ne te sers pas – à part pour t’y cogner le petit orteil quand t’es à la bourre. Tu l’as eu du pote d’un pote qui te l’a exposée comme un coupé-cabriolet huit tiroirs toutes options – « Un vrai fourre-tout, j’te dis. » – et toi t’as sauté sur l’occase comme on saute sur tout ce qui bouge quand on a envie de meubler son appart, des projets en vrac plein la cervelle.

Tu lui as envisagé quelque dessein prospère à la lueur du petit chandelier de l’entrée, tout ça pour réussir à en tirer que dalle au final : ça fait un an que tu la regardes tous les jours s’encrasser de poussière à force de trôner sur ton chemin sans jamais savoir comment l’aborder.

Un peu comme ton père.

D’ailleurs, ça ne t’étonne pas qu’il accepte que tu la lui refourgues.

« Mais elle est pas vieille cette commode, Catherine…»

« Non, elle est pas vieille, Patrick. », ta mère : acerbe à tendance exaspérée, côté passager.

« Elle est pas du tout vielle. En la faisant poncer, y’a largement moyen d’en faire quelque chose de bien. Largement. », ton père : la foi aux poumons, mains posées à plat sur la portière du coffre.

Ta mère l’ignore, te prend dans ses paumes, bisous mon chéri, appelle-moi toutes les semaines hein, travaille-bien, ne sors pas tard, embrasse Ruben pour moi, et n’oublie pas d’apporter les papiers à la CAF, Guillaume, yeux fâchés puis yeux tristes, tu vas me manquer mon bébé, et ton père qui sifflote par-dessus le volant, qui guette le vide avec conviction. Il attend que ça se passe, que tu te casses, pendant que les minutes, les Parisiennes et leurs talons lui filent autour. Pendant que ta mère pleure comme si t’étais mourant et qu’il la regarde de loin, comme ça du coin de l’œil – si ça continue c’est lui qui va se mettre à chialer devant la note du parking.

Et seulement quand tu te penches vers lui pour le remercier, là seulement ça lui prend : il t’encercle de son bras velu, grasse tapette à l’épaule, et quand tu te délaces d’un coup il a des yeux fiers ; il se redresse et te tape même la bise.

La bise.

T’en rigoles encore dans ton canapé devant Manchester-Milan en direct-live. Au fond du couloir, la commode a laissé comme un renfoncement évanoui dans le mur, une empreinte fantôme pile dans ta ligne de mire.
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Qalbi
Inspirer de fait réelle.
La méchanceté de l' Homme se construit avec son passé. Comment on m'a appris à me sentir vivante ? C'est une histoire banal à vos yeux mais à mes yeux ce sont mes épreuves,mon vécu. Personne ne peut savoir comment et la vie de chacun jusqu'au moment où on l'apprend. J'ai du faire des choix être battu ou être violé. Il m'a fallut du courage, beaucoup de courage pour surmonter le côté dure de la vie, je vous la donne à présent c'est votre tour.
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