Première stupeur.

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Je terminais de nettoyer les tables et me tournai afin de regarder l'heure sur la grande horloge qui trônait en haut du mur au-dessus du comptoir. Il était 12 h 35, le temps ne passait vraiment pas vite aujourd'hui ! Il fallait dire qu'il n'y avait pas beaucoup de clients depuis ce matin ! Il pleuvait beaucoup, la météo ne motivait pas les gens à se promener, ce que je pouvais comprendre mais je n'avais qu'une hâte et c'était d'être à ce soir afin de retrouver Eric. Je voulais sentir son odeur, ses bras musclés autour de moi, ses lèvres, ses mains sur mon corps, sa peau contre la mienne.... Hou là ! Il fallait que je me calme et vite ou sinon une réaction très gênante allait atterrir dans mon jean !

Je fus heureusement sorti de mes pensées érotiques par le bruit que fit enfin la petite clochette de la porte d'entrée. Je me tournai donc afin de recevoir un client et là, en voyant la personne qui venait de passer la porte du salon de thé, mes yeux s'illuminèrent. Lucas ! Ca faisait quelques semaines que je ne l'avais pas vu et il s'était passé tellement de choses dans ma vie que je courus sans réfléchir, me jeter dans les bras de mon meilleur ami.

-Whoua ! Quel accueil !

-Tu m'as manqué ! lui dis-je en le serrant très fort contre moi. J'ai tellement de choses à te raconter, mon Lucas !

-D'accord, d'accord, fit-il en rigolant et en me rendant mon étreinte.

On finit par se détacher l'un de l'autre, tout sourires. Puis, mon ami alla s'asseoir à une table, je pris sa commande et rapidement, je lui apportais ce qu'il avait demandé. N'ayant aucun autre client à ce moment-là, je me permis de m'asseoir avec lui mais je ne mangerai pas, ma patronne revenait à 14 heures et c'était ainsi l'heure à laquelle je prenais ma pause déjeuner.

-Alors, quoi de neuf ? me demanda-t-il avec un clin d'œil.

-Par où commencer... J'ai rencontré quelqu'un, un homme merveilleux...

-Quoi ? m'interrompit Lucas avec des yeux ronds comme des soucoupes.

Son air étonné me vexa légèrement et il dut le voir.

-Ne te vexe pas, Sébastian mais ça fait tellement longtemps que tu es célibataire et que tu ne faisais pas grand-chose pour y remédier, que je ne m'y attendais absolument pas ! Surtout que tu ne m'as jamais dit qu'il y avait un mec qui te plaisait alors je tombe des nues, là !

Ok...

-Ca commence mal... soupirai-je. Quand tu dis que je ne faisais rien pour y remédier, tu parles sans doute de ces sites de rencontres-plan culs qui ne me disent rien... Enfin bon, ce n'est pas grave. Cette rencontre, je ne m'y attendais pas non plus, tu sais. Un soir en rentrant du boulot, alors que j'étais sur le chemin habituel pour rentrer chez moi et que je me trouvais dans le parc, je l'ai rencontré. C'est lui qui est venu à moi.

Ce qui était assez ironique car sous son pouvoir, c'était plutôt moi finalement, qui avait marché vers lui mais ce n'était pas le moment de rentrer dans les détails un peu spéciaux !

-Il s'appelle Eric Moreau, repris-je, et ça a été un véritable coup de foudre. Je t'expliquerai tout en détails plus tard lorsque tu seras chez moi. Sur mon lieu de travail, c'est un peu gênant mais sache juste que je n'ai jamais été aussi heureux qu'aujourd'hui et qu'il incarne tout ce que j'espérais trouver chez un homme. Il est vraiment attentionné, gentil, doux, cultivé et sexy...

-Hé ben ! commença Lucas, son visage montrant son étonnement. Je ne sais pas quoi dire ! J'espère seulement qu'il fera ton bonheur, qu'il s'agit vraiment du mec bien que tu me décris. En tout cas, je suis vraiment content pour toi, Sébastian, tu mérites tellement d'être heureux !

Il me sourit, ce qui me réchauffa le cœur.

-C'est gentil ! Et ne t'inquiète pas pour moi, je t'assure que je ne peux pas me tromper sur lui. D'ailleurs, j'aimerais t'inviter chez moi, samedi soir pour te le présenter. J'ai posé un jour de congé, je nous préparerai un bon repas. Qu'est-ce que tu en dis ?

-Avec plaisir !

Lucas était mon meilleur ami, je me devais de lui parler de ma relation avec Eric. Je comptais également lui raconter le reste même si cette partie allait être plus délicate... Je ne voulais rien lui cacher, il savait tout de moi comme je savais tout de lui. Il finirait par se rendre compte que quelque chose clochait comme le fait qu'Eric ne mange pas ou même que je n'allais plus vieillir, maintenant... Il y avait vraiment beaucoup de changements dans ma vie, ces temps-ci ! Moi qui avant de rencontrer mon vampire, m'ennuyais !

**

La journée touchait enfin à sa fin ! Je mettais mon manteau quand je sentis un frisson de bien-être envahir mon corps, comme une douce chaleur qui me parcourait. Eric... Je savais qu'il était là, je le sentais. Je sortis de la cuisine et m'avançai doucement vers la porte d'entrée en ayant toujours le contrôle de mon corps et je le vis. Il se trouvait derrière la porte, dehors, il m'attendait avec un bouquet de fleurs, des tulipes roses, comme celles qu'il m'avait envoyées quelques jours auparavant. Mon si beau vampire…

Un autre frisson me parcourut et mon sexe se réveilla. Je gémis en fermant les yeux. Lorsque je les rouvris, je vis la même excitation dans ses yeux sombres devenus dorés. Je comblai alors la distance qui nous séparait, j'ouvris la porte et me stoppai, attendant qu'il me prenne dans ses bras musclés. Je le voulais maintenant, mon corps le réclamait. Il m'attrapa alors d'un bras et je passais mes jambes autour de sa taille en posant fougueusement mes lèvres sur les siennes. Je me mis à frotter mon entre-jambe contre lui sans pouvoir m'en empêcher. Je gémissais, je n'en pouvais plus. Il entra dans le salon et il prit le temps de refermer la porte avant de poser le bouquet sur le comptoir. Il chercha ensuite du regard un endroit tranquille où personne ne pourrait nous voir pendant que j'embrassais son cou.

-Le bureau... Il y a un sofa, dis-je en gémissant et en lui montrant de mon bras, la direction à prendre.

Sans plus tarder, il se dirigea jusqu'à la pièce indiquée, en ouvrit la porte et m'allongea immédiatement. Il se redressa et retira rapidement son manteau, son écharpe et son pull.

-Prends-moi, prends-moi, prends-moi... murmurais-je comme une douce litanie en me trémoussant sur le sofa. Vite... Eric...

Je me sentais complètement submergé par le désir qui brûlait mes entrailles. Mon érection me faisait mal, la peau de mon cou me picotait, je sentais un vide en moi qui ne demandait qu'à être comblé. Mon corps de calice suppliait son vampire de le prendre.

Eric vint enfin me recouvrir de ses muscles et prit ma bouche fougueusement. Nos langues se caressaient avec passion, augmentant encore mon désir. Il se détacha légèrement de moi afin de me dévêtir. Une fois que mon manteau et mon pull à col roulé, -heureusement que nous étions en décembre, je pouvais facilement cacher les traces de morsures de mon vampire-, furent sur le sol, il se dépêcha d'ouvrir mon jean. Il tira dessus en même temps que mon boxer et sa bouche vint me dévorer. Je poussai un long gémissement sous l'assaut de ses lèvres et de sa langue sur mon sexe palpitant. Mon excitation était telle que je n'allais pas être long à venir, pensai-je, emporté par le plaisir mais alors que je ne m'y attendais pas, Eric se stoppa avant que je n'atteigne l'orgasme. J'en poussai un gémissement plaintif et j'entendis un petit rire. Quoi ? Il se moquait de moi dans un moment pareil ? Je le fusillai du regard. Enfin.... Pas longtemps car je sentis sa main accompagnée de son sexe, se poser contre le mien qui était presque douloureux en cet instant et commencer des mouvements rapides de va-et-vient. J'en gémis de bonheur.

-Ne te mets pas en colère, mon amour, me murmura Eric à l'oreille avant d'y poser ses lèvres. J'aime ton enthousiasme face à mes caresses et mes baisers.

Au son de sa voix, je ne tardai pas à jouir dans un très long gémissement. Encore quelques mouvements sur nos sexes et mon amant vint sur moi. Alors que je reprenais mon souffle, sa bouche descendit légèrement jusqu'à mon cou sur lequel il s'arrêta. Après avoir goûté un instant à ma peau, il recula légèrement la tête et planta ses dents là où ma jugulaire l'attendait avec impatience. Sous la soudaine douleur que je souhaitais tant ressentir et dont mon corps avait désespérément besoin, mon érection revint et je me mis à me frotter contre celle de mon amant nouvellement éveillée également et que je sentais contre moi pendant qu'il aspirait mon sang. Le plaisir parcourait tout mon corps. Mon fluide circulant rapidement jusqu'à sa bouche, mélangé au frottement de mon entre-jambe me firent jouir rapidement une seconde fois. J'entendis mon vampire pousser un grognement, il venait de jouir lui aussi. Il retira alors ses canines doucement de ma peau et posa sa tête dans mon cou.

-Je te l'avais dit, mon Sébastian, me fit Eric en se redressant et en plongeant ses yeux tendres dans les miens. Le désir grandit, le besoin l'un de l'autre s'amplifie.

Il me caressa la joue et je lui souris, les joues rouges, le souffle court. Mon corps n'avait pas été totalement assouvi, je le ressentais. Il fallait que je sente non seulement les dents de mon vampire dans ma chair mais pas seulement... A cette pensée, je rougis violemment, ce que remarqua évidement mon amant.

-Nous allons rentrer et je vais te faire l'amour toute la nuit, me dit-il d'une voix rauque en souriant, ses yeux reflétant son désir et la promesse de délices promis.

J'en salivais d'avance...

**

-Oui, oui... murmurai-je, le corps parcouru de frissons.

Nous étions sur mon lit et je me trouvais sur mon vampire qui me tenait par les hanches afin de m'imposer avec bonheur un rythme rapide aux va-et-vient qui me faisaient perdre la tête. Je ne savais plus qui j'étais, quel était mon nom, où je me trouvais. Seules les sensations puissantes qui me traversaient étaient l'unique réalité sur laquelle j'étais concentré. Alors que je n'étais pas loin de mon orgasme, Eric remonta ses bras sur mon corps et son sexe dur toujours en moi, me fit soudainement basculer sous lui sur le lit avant de planter encore une fois ses dents dans mon cou.

-HA !

Je criai sous le plaisir et la soudaine douleur que sa morsure me procura et qui me firent jouir. Ce fut si intense que je me sentis partir, m'endormant immédiatement, presque évanoui...

**

Trop de lumière… J'avais encore oublié de fermer les volets. Ou plutôt, j'étais trop occupé pour y penser... En bougeant, je pus sentir que j'avais des courbatures partout... Voilà le résultat d'une nuit de passion intense avec un vampire ! Ce qui n'était absolument pas pour me déplaire.

Les bras d'Eric entourant ma taille, je me tournai légèrement vers le petit meuble qui se situait juste à côté de mon lit afin de regarder l'heure. Le radio-réveil affichait 10 h 08, ce qui me soulagea. Aujourd'hui je ne travaillais que de 16 heures jusqu'à la fermeture alors je pouvais paresser encore un peu dans les bras de mon vampire qui dormait toujours d'un sommeil profond. Je repensai ainsi à cette nuit et au plaisir que j'avais ressenti. Lorsque mon vampire était arrivé sur mon lieu de travail, j'avais senti sa présence. Sans le voir, je savais qu'il était là, proche de moi. C'était complètement dingue... Et lorsque je l'avais vu, mon corps s'était littéralement enflammé. J'avais eu l'impression d'être en chaleur, un peu comme les chats peuvent l'être durant leurs périodes de reproduction...

Eric avait raison, le désir grandissait entre nous mais aussi les sensations. Elles étaient si intenses cette nuit que j'en avais presque perdu connaissance. Cela pourrait faire peur à n'importe qui d'autre mais c'était tout le contraire que je ressentais. Mon corps réclamait son vampire, son corps, son sexe, sa peau chaude, sa bouche et ses canines... Je poussai un léger gémissement en y repensant.

Il fallait que je calme mes ardeurs et tout de suite sinon je risquais de réveiller mon bel endormi en profitant de son corps ! Je soupirai et me résignai à me lever. Je me dégageai tout doucement de ses bras et le regardai un moment, attendri devant son si doux visage. Il dégageait une telle douceur et une telle virilité à la fois. Je n’avais jamais rencontré d’homme comme lui. Bon allez ! Je n’allais pas passer ma journée en admiration devant ce magnifique homme nu dans mon lit ! Quoique… Non ! Allez, on se bouge ! Sur mon encouragement intérieur, je partis directement prendre une douche glacée afin de refroidir mes ardeurs.

Une fois prêt, je pris un copieux petit-déjeuner, -j'en avais bien besoin-, et je regardai mon portable. Lucas m'avait envoyé un message me confirmant qu'il viendra samedi à dix-huit heures, ce qui me remplit de joie. La journée commençait bien ! Ca faisait trop longtemps que Lucas n'était pas venu manger chez moi et j'avais hâte de lui présenter Eric, même si cela me faisait un peu peur. Comment allait réagir mon meilleur ami, lui, si terre à terre, ne croyant pas que notre monde pouvait receler des mystères inexplicables ? Je soupirai. Oui, cela s'avérait être délicat... Mais je ne pouvais pas lui cacher qu'Eric était un vampire et moi, son calice, sa source de vie. Il fallait que je lui révèle toute la vérité sur ma relation avec mon amant. Je le devais à mon meilleur ami mais aussi, pour être honnête, j'en ressentais le besoin. J'avais envie de parler de tout ce qui m'était arrivé d'extraordinaire ces derniers temps...

**

Samedi était enfin arrivé. J'étais heureux mais aussi stressé. J'avais hâte de tout expliquer à Lucas. Alors que je finissais de mettre la table, je sentis deux bras m'enlacer tendrement.

-Ne t'inquiète pas, mon amour. Tout va bien se passer. Je suis là.

Je posai mes mains sur les siennes. Eric apaisait mon angoisse, je me sentais si bien dans ses bras. Je regardais la table et la déco de mon appartement. Tout était prêt. Le ménage et le rangement étaient faits, la table était mise, j'avais sorti ma plus belle vaisselle, j'avais également installé des bougies sur la table et un peu partout dans la salle afin de donner une ambiance plus intime et réconfortante, et le plat de lasagne était au four, cuisant doucement. Eric était plus beau que jamais en chemise blanche et pantalon noir, et de mon côté, je portais un pull à col roulé du même bleu que mes yeux et un jean slim noir. Il ne manquait plus que l'invité. Sur cette réflexion, la sonnette retentit. Je soufflai un bon coup et me détachai lentement des bras protecteurs de mon vampire afin d'aller ouvrir la porte.

-Salut !

-Salut ! Entre ! dis-je à mon meilleur ami en lui souriant et en me mettant sur le côté afin de le laisser passer tout en prenant la bouteille de vin blanc, -mon préféré-, qu'il avait apportée.

Lucas aussi avait fait attention à sa tenue pour venir. Son manteau sombre était déjà retiré et posé sur son bras. Je pus ainsi voir qu'il portait une chemise noire qui lui allait parfaitement, mettant ses épaules carrées en valeur et dont les manches étaient enroulées jusqu'aux coudes, un jean clair et il avait mis un petit anneau en argent en haut de son oreille droite, là où il s'était fait percer lorsqu'il était adolescent. Ses cheveux blonds qui lui arrivaient jusqu'aux oreilles étaient bien coiffés sur le côté et ses yeux marrons foncés pétillaient. Il était visiblement content d’être là, ce qui me soulagea. Il se tourna vers Eric et partit lui serrer la main. C'est parti !

Je me trouvais maintenant assis sur le sofa avec Lucas pendant qu'Eric était retourné dans la cuisine pour s'occuper de déboucher la bouteille et surveiller les lasagnes dont la cuisson touchait à sa fin. D'ailleurs, mon vampire m'avait encore étonné. Même s'il ne mangeait pas, il savait cuisiner ! Il aimait couper les légumes, sentir les odeurs que cela dégageait lorsqu'ils mijotaient et il m'avait aidé à préparer les plats.

-Il est vraiment beau et classe ! Et il a l'air posé, gentil ! Sans parler de cette aura de mystère qu'il dégage ! J'en reviens pas ! s'exclama Lucas, le visage reflétant son étonnement, dès que nous nous sommes retrouvés seuls.

"Cette aura de mystère" ? Tu ne crois pas si bien dire...

-Je sais ! J'ai encore du mal à y croire moi-même ! commençai-je, les yeux pétillants. Lucas, ça ne fait qu'un peu plus d'une semaine que j'ai rencontré Eric mais je sais avec certitude qu'il est l'homme de ma vie...

-« L'homme de ta vie » ?! me coupa mon meilleur ami. Tu vas peut-être un peu trop vite, Sébastian. Ne t'emballe pas trop. J'ai peur que tu le regrettes.

- Ne t'inquiète pas, ça ne risque pas et je vais t'expliquer pourquoi. Ce qui me fait déjà arriver à la partie délicate... Il faut que je te parle de quelque chose et ça m'angoisse un peu.

-Ha, je me disais que tout était trop parfait. Qu'as-tu découvert sur lui ? Il est marié ? Tu es le premier homme avec qui il sort et tu as peur qu'il retourne vers les femmes ? Il doit partir vivre dans un autre pays à 5000 kilomètres ? Ou alors, il t'a déjà demandé en mariage ?!

-Quoi ?! Non ! Mais quelle imagination ! soupirai-je. Rien à voir avec tout ça ! Eric... Eric est un ...

Alors que je m'apprêtais à lui raconter toute l'histoire, nous nous retrouvâmes soudainement dans le noir, les ampoules ayant toutes grillées et les bougies s'étant toutes éteintes d'un seul coup. J'entendis la présence rassurante de mon vampire qui venait d'arriver derrière moi et je sentis la chaleur de sa main qu'il posa sur mon épaule pour me rassurer. Je n'eus pas le temps de me tourner vers lui que la porte d'entrée s'ouvrit brusquement, se cognant contre le mur et laissant apparaître une silhouette masculine imposante que je ne pouvais pas bien discerner. Je sentis soudainement une tension soudaine chez Lucas qui avait le visage tourné vers l'inconnu et ne semblait plus réagir. Cependant, je n'eus pas le temps de dire quoi que ce soit car, alors que je prenais la main de mon ami pour lui montrer que j'étais là, j'entendis une voix grave mais agréable à entendre, prononcer deux mots auxquels je ne m'attendais absolument pas et qui me figèrent de stupeur :

-Mon calice...

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Il est dix-huit heures quand tu prends ta dernière commande, un double cheese sans le cheese et pas de salade dans le Big Tasty please.

Aux fourneaux, le rire de Ruben refait tourner les steaks sur eux-mêmes.

Tu lui harponnes un bras dans les vestiaires, y’a longtemps que vous vous êtes pas fait une petite bouffe juste tous les deux quand même, si on compte pas les burgers engloutis en deux minutes à la pause déjeuner.

Comme d’habitude Ruben te balance une date en l’air et comme d’habitude ton sourire résigné lui revient en boomerang. Sans te regarder, il s’enfonce sous sa capuche en silence, et slalome tout schuss entre les flaques d’automne poisseuses.

De retour chez toi, ton 20m² te tire la gueule et le ciel a des allures de punition collective. Y’a des coquillettes mutantes sous cellophane dans le frigo, de la poussière sur les plinthes, ta mère dépose à peine un pied sur le seuil qu’elle dégaine déjà le bidon d’Ajax et la paire de gants en caoutchouc rose qui va avec…

Ton père est là aussi, à cinq mètres de ta mère, distance nonchalante, et le trousseau de la Meriva qui tinte vaguement entre ses doigts, derrière son dos. Ça t’étonnera toujours, l’espèce de froid cordial qu’il y a entre eux, cette façon qu’ils ont de s’accommoder l’un de l’autre comme on s’accommode d’un parasite, deux inconnus bourrés de pudeurs hostiles pourtant largement dépassées, et même plutôt deux fois qu’une, il y a plus de vingt ans de ça.

Tu les as jamais vus autrement que comme ça d’ailleurs, depuis bébé. Depuis que ton père a aventuré sa coupe mulet comme MacGyver entre les jambes d’une minette trop consentante, à l’hiver 91. C’était en plein mois de février : il a prétendu être coincé au bureau à cause du blizzard dehors et toi t’avalais ta morve et tes petits pots de légumes devant Dragon Ball Zed-Zed-Zed – du moins c’est ce que ta mère te rappelle à chaque fois qu’elle touche l’enveloppe de la pension, des restes aigris jusqu’aux pattes d’oie.

« Bon, on la descend cette commode ? », te demande ton paternel, aux aguets comme un employé Darty alors qu’au loin ta mère bougonne – mais il est bouché ce siphon ou quoi ? – à quatre pattes sous l’évier.

Tes parents ont fait deux heures de route depuis Tours pour récupérer cette commode dont tu ne te sers pas – à part pour t’y cogner le petit orteil quand t’es à la bourre. Tu l’as eu du pote d’un pote qui te l’a exposée comme un coupé-cabriolet huit tiroirs toutes options – « Un vrai fourre-tout, j’te dis. » – et toi t’as sauté sur l’occase comme on saute sur tout ce qui bouge quand on a envie de meubler son appart, des projets en vrac plein la cervelle.

Tu lui as envisagé quelque dessein prospère à la lueur du petit chandelier de l’entrée, tout ça pour réussir à en tirer que dalle au final : ça fait un an que tu la regardes tous les jours s’encrasser de poussière à force de trôner sur ton chemin sans jamais savoir comment l’aborder.

Un peu comme ton père.

D’ailleurs, ça ne t’étonne pas qu’il accepte que tu la lui refourgues.

« Mais elle est pas vieille cette commode, Catherine…»

« Non, elle est pas vieille, Patrick. », ta mère : acerbe à tendance exaspérée, côté passager.

« Elle est pas du tout vielle. En la faisant poncer, y’a largement moyen d’en faire quelque chose de bien. Largement. », ton père : la foi aux poumons, mains posées à plat sur la portière du coffre.

Ta mère l’ignore, te prend dans ses paumes, bisous mon chéri, appelle-moi toutes les semaines hein, travaille-bien, ne sors pas tard, embrasse Ruben pour moi, et n’oublie pas d’apporter les papiers à la CAF, Guillaume, yeux fâchés puis yeux tristes, tu vas me manquer mon bébé, et ton père qui sifflote par-dessus le volant, qui guette le vide avec conviction. Il attend que ça se passe, que tu te casses, pendant que les minutes, les Parisiennes et leurs talons lui filent autour. Pendant que ta mère pleure comme si t’étais mourant et qu’il la regarde de loin, comme ça du coin de l’œil – si ça continue c’est lui qui va se mettre à chialer devant la note du parking.

Et seulement quand tu te penches vers lui pour le remercier, là seulement ça lui prend : il t’encercle de son bras velu, grasse tapette à l’épaule, et quand tu te délaces d’un coup il a des yeux fiers ; il se redresse et te tape même la bise.

La bise.

T’en rigoles encore dans ton canapé devant Manchester-Milan en direct-live. Au fond du couloir, la commode a laissé comme un renfoncement évanoui dans le mur, une empreinte fantôme pile dans ta ligne de mire.
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Qalbi
Inspirer de fait réelle.
La méchanceté de l' Homme se construit avec son passé. Comment on m'a appris à me sentir vivante ? C'est une histoire banal à vos yeux mais à mes yeux ce sont mes épreuves,mon vécu. Personne ne peut savoir comment et la vie de chacun jusqu'au moment où on l'apprend. J'ai du faire des choix être battu ou être violé. Il m'a fallut du courage, beaucoup de courage pour surmonter le côté dure de la vie, je vous la donne à présent c'est votre tour.
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