Première réelle rencontre.

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Je me réveillai en sursaut et me redressai sur mon lit. Il me fallut quelques secondes pour réaliser que je me trouvais chez moi dans mon appartement et dans ma chambre. Eric... Cet homme, je l'avais vu en rêve ! Etait-ce vraiment réel ? Tout était si étrange depuis le début ! Je n'arrivais pas à savoir s'il s'agissait de la réalité ou pas... Existait-il vraiment ou n'était-ce que des fantasmes dus à de la frustration ?

Je soupirai. Je n'arrivais plus à distinguer le rêve de la réalité, ce qui était assez effrayant… Je ne pouvais rien faire pour le découvrir de toute façon ! Je n'avais qu'à attendre et voir ce qui allait se passer, décidai-je. Si Eric était une personne et pas un fantasme dû à une certaine frustration sexuelle et même sentimentale, alors je n'avais qu'à attendre. Si tout cela était vrai, tout ce qu'il m'avait dit l'était sans doute aussi. Un ... Un vampire... Pouvant contrôler les rêves... Et moi, je serais un calice ? Un calice... Et qu'était-ce donc vouloir dire ? Je gémis en prenant ma tête entre mes mains...

Allez, Sébastian ! Ne te lamente pas ! Aujourd'hui, tu ne travailles pas, alors tu ne vas quand même pas gâcher ta journée de congé à trop réfléchir sur une situation que tu ne comprendras pas de toute façon ! Cette décision prise, je me levai et allai préparer mon petit-déjeuner que je comptais prendre au lit en paressant un peu devant la télévision.

Après cette matinée détente bien méritée dans ma chambre, je partis me prélasser dans ma baignoire, accompagné d'un thé et d'un bon bouquin mais malheureusement pour moi, je n'arrivai pas à me concentrer sur ma lecture. Je repensais à cet homme à la belle chevelure noire, à son beau visage, à ses mains, à sa bouche, à son odeur musquée, à son érection contre la mienne, à... Stop ! Il fallait que j'arrête ! Rien que de penser à lui commençait à m'exciter.

Je soupirai. Eric... Je prononçais lentement son nom dans ma tête afin d'en savourer chaque lettre. De continuer à penser à cet homme acheva mon excitation. Alors, lentement, je posai ma main sur mon torse, effleurant mon ventre, mon nombril, puis plus bas encore, jusqu'à mon sexe palpitant qui ne demandait qu'à être soulagé. Je commençai ainsi de lents va-et-vient, voulant profiter au maximum de ce moment, de ce plaisir que je voulais me donner.

-Eric, murmurai-je. Eric, Eric...

Je gémis et continuai de prononcer son nom comme une douce litanie en me caressant.

-Sébastian...

QUOI ? J'ouvris brusquement mes yeux, arrêtai tout et me redressai. Je regardai autour de moi et tendis l'oreille pour savoir si quelqu'un était entré chez moi mais je n'entendis aucun bruit. J'avais rêvé ? N'entendant rien de suspect, je me rallongeai et repris ce que j'avais interrompu en refermant les yeux. Je repensai à lui. J’aurais tellement voulu qu'il soit réel !

-Sébastian, n'aie pas peur, mon amour. Je t'ai entendu. Toi, mon calice, tu m'as appelé en gémissant mon nom.

Ok... Là, je ne bougeais plus.

-Je deviens fou ? me demandai-je en pliant mes jambes vers moi et en prenant ma tête entre mes mains.

-Non, Sébastian, tout va bien. Je t'ai entendu et je vais venir à toi, mon amour.

Quoi... Il arrive ?! Je me redressai. Non... Ca ne pouvait pas être réel ! Il fallait... Il fallait que je me détende, me dis-je en me rallongeant. J'essayai de me concentrer de nouveau sur ce que je faisais juste avant de m'interrompre. Je ne devais pas me laisser envahir par une quelconque folie. Ca n'était pas réel. CA NE POUVAIT PAS ETRE REEL ! Une fois à peu près convaincu par mes pensées et n'entendant plus de voix dans ma tête, je repris en main mon plaisir solitaire.

-Eric, Eric, Eric... Oui... Ha... Eric... murmurai-je encore et encore jusqu'à atteindre la jouissance tant attendue.

Le temps de reprendre mes esprits et je me levai afin de me rincer et de m'essuyer avant d'enfiler un pantalon de pyjama confortable rayé blanc et bleu et un t-shirt blanc. Je partis ensuite dans ma cuisine me préparer un bon chocolat chaud que je commençai rapidement à déguster en reprenant mon livre, à moitié allongé sur le canapé. Le liquide sucré coulait lentement dans ma gorge, réchauffant mon corps un peu refroidi sans l'eau bouillante du bain.

Je regardai pensivement la couverture de mon bouquin. « Tu es à moi. » était le titre du livre que je lisais. Il relatait l'histoire d'un étudiant qui voyait sa vie chamboulée par un homme qui l'avait en quelque sorte acheté à sa mère, des années auparavant sans qu'il ne le sache, et il se retrouvait ainsi, du jour au lendemain, fiancé contre son gré à cet homme. Mon côté romantique aimait ce genre d'histoires. Une histoire d'amour passionnée, compliquée et surtout intense entre deux hommes. C'était ce genre de récits que j'aimais lire et que je rêvais secrètement de vivre... Face à mes réflexions, je poussai à un gros soupir et essayai de me concentrer afin d'en reprendre la lecture.

Je passai ainsi mon après-midi à lire, emmitouflé dans un plaid en grignotant des biscuits et buvant de doux chocolats chauds. J'avais choisi de passer cette journée en mode « pantouflard ». Après tout, j'avais eu une rude semaine avec tous ces événements étranges qui m'étaient arrivés ! Je sortis un moment de mon livre en m'apercevant qu'il commençait à neiger et je me mis à contempler le magnifique tapis blanc qui se créait. Puis la nuit tomba rapidement. C'était presque l'hiver, nous étions en décembre, les journées étaient vraiment courtes, il n'était que dix-sept heures mais il faisait déjà noir.

Sorti de ma lecture, je posai mon livre et pris mon portable afin d'envoyer un message à mon meilleur ami, Lucas. Cela faisait deux semaines que je ne l'avais pas vu, nous étions trop occupés par notre travail en ce moment. Lucas et moi nous étions connus à l'Université. Contrairement à moi, mon ami avait trouvé rapidement sa voie en devenant professeur de Littérature dans un lycée. Tout se passait bien pour lui et j'en étais ravi, il était fait pour ce métier. Parfois, lorsqu'il en avait le temps, il passait prendre son repas au salon dans lequel je travaillais, ce qui me faisait toujours grandement plaisir.

Je finis de rédiger mon message et je venais de lui envoyer lorsque je sentis une vague de chaleur désormais familière commencer à m'envahir. Je n'y prêtai pas tout de suite attention jusqu'à ce que je l'entende :

-Sébastian... Je suis là. Viens à moi, mon calice. Viens à moi, il est temps.

Après avoir entendu cette voix rauque qui me faisait tant d'effets dans mon esprit, je me levai du canapé comme un automate et me dirigeai vers la porte d'entrée. Une fois devant, ma main se posa sans que je ne le décide sur la poignée que je baissai afin de lui ouvrir. Il était là, sa silhouette imposante emplissant l'entrée, cachant ce qui n'était pas lui. Je pus remarquer malgré les brumes dans lesquelles je me trouvais, que son regard posé sur moi était très doux.

-Sébastian... dit-il en souriant avant de s'approcher et de me soulever comme il l'avait déjà fait dans le parc.

J'enroulai mes jambes autour de sa taille et le laissai entrer chez moi, toujours pris dans cet épais brouillard si agréable. Je ne contrôlais rien mais je ne ressentais pas de peur comme les autres fois. Le vampire referma la porte et m'entraîna dans la chambre qu'il trouva facilement, je l'avais laissée ouverte et mon appartement n'était pas très grand. Une fois dedans, il n'alluma pas l'interrupteur, seule la lumière du dehors qui se dégageait à travers la fenêtre nous éclairait. Il en ferma également la porte, nous enfermant dans un cocon dans lequel seuls nos deux corps se trouvaient. Il n'y avait plus que nous...

Il me posa doucement sur le lit sur lequel je m'allongeai, mes yeux rivés sur cet homme. Il commença alors à se déshabiller lentement sous mes yeux et je ne bougeai pas. Une fois nu sous mon regard qui le dévorait entièrement, il s'approcha de moi qui ne pouvais toujours pas remuer mais de toute façon, en avais-je envie ? Puis, il monta sur le lit afin de me rejoindre. Il vint me recouvrir de son corps et je pus sentir la chaleur qui se dégageait de lui. Il fixa ses yeux aux miens un moment avant de prendre la parole :

-Sébastian, tu n'as pas changé d'avis, n'est-ce pas ? Me désires-tu ? me demanda-t-il, une légère inquiétude se distinguant dans sa belle voix grave.

Je sentis alors le brouillard m'enveloppant disparaître petit à petit. Je clignai des yeux quelques fois en reprenant mes esprits et le contrôle de mon corps. Puis, en le regardant, je tendis ma main vers son beau visage et caressai sa joue. Oui, je le voulais, tellement que mon corps commençait à me faire mal. Il fallait absolument que je sente sa peau contre la mienne, son corps contre le mien, que je le sente en moi, je n'en pouvais plus. Mon corps brûlait pour lui.

-Oui, je te veux. Prends-moi, s'il te plaît, Eric, murmurai-je.

Il sourit, visiblement soulagé et entreprit de me déshabiller.

-Je t'ai entendu m'appeler. Tu as joui en pensant à moi ? me chuchota-t-il à l'oreille après avoir retiré mon t-shirt.

Il se mit à en mordiller le lobe. Je ne répondis rien, me contentant de gémir dans ses bras, le visage rougi. Ses mains descendirent alors lentement sur mon torse jusqu'à atteindre le cordon de mon pantalon avec lequel il joua un instant avant de le défaire et de me retirer les bouts de tissus qui me couvraient encore. Une fois nu, le vampire vint me recouvrir entièrement de son corps. Le contact de sa peau, sa douceur, sa chaleur, la sensation de nos sexes en érection qui se touchaient me firent gémir mais mon gémissement fut interrompu par sa bouche qui s'empara enfin de la mienne. Jamais je n'avais ressenti ce désir, jamais je n'avais eu autant envie d'un homme et jamais je n'avais ressenti cette satisfaction des sens comme si mon corps l'avait toujours attendu lui et personne d'autre.

Ses mains partirent à la découverte de mon corps et de ses zones sensibles. Sa bouche ne me laissait pas un moment de répit. Ses lèvres s'attardèrent sur mes boutons de chair qu'il mordilla et lécha lentement avant de descendre jusqu'à mon nombril qu'il embrassa doucement, puis plus bas encore... Je hoquetai de surprise lorsqu'il enserra de ses lèvres mon sexe palpitant. Je n'étais plus que plaisir, que sensations, que gémissements.

-Eric... gémis-je.

Il se redressa, ses lèvres faisant le chemin inverse du précédent. Elles s'attardèrent sur mon nombril puis continuèrent leur chemin jusqu'à mon cou, j'inclinai alors la tête sur le côté afin de lui donner plus d'accès. Je me sentais si bien lorsque son visage s'y trouvait et que ses lèvres touchaient la peau si sensible à cet endroit. Quand je sentais ses dents me mordiller, je ressentais comme une explosion de sensations dans mon bas-ventre et c’était tout bonnement délicieux.

Sa bouche revint dévorer la mienne. Je le sentis m'attraper doucement par les hanches qu'il souleva avant de se redresser et de mettre ses doigts dans sa bouche. Il les lécha tout en me regardant dans les yeux. Son regard était empli de désir tout comme devait l'être le mien...

Lorsque ses doigts furent assez humidifiés, il les sortit de sa bouche et tout en continuant à me dévorer des yeux, il dirigea sa main jusqu'à mon intimité. Il commença alors à me préparer délicatement, un doigt après l'autre. Peu après que le troisième fut introduit en moi, il les retira, plaça son sexe contre mon entrée et toujours son regard rivé au mien, me pénétra lentement.

-Ha...

Une fois en moi jusqu'à la garde, il s'immobilisa un petit moment, le temps que je m'habitue à sa présence, puis il prit une de mes mains afin d'entrecroiser ses doigts aux miens avant d'entamer de lents va-et-vient qui devinrent vite plus rapides. Le plaisir montait, ravageant tout sur son passage. Rien d'autre ne comptait que le corps de cet homme magnifique contre le mien, que le mouvement de son sexe en moi, que sa douce odeur qui m'enveloppait, que son souffle rapide qui rejoignait le mien, rien d'autre que lui... Puis, alors que la jouissance était si près, il se mit à ralentir ses mouvements.

-Non... gémis-je. Pourquoi ?

Nos corps étaient en sueur, l'orgasme était proche alors pourquoi s'était-il presque arrêté ? C’était de la torture… pensai-je en reprenant peu à peu mon souffle.

Il s'immobilisa au-dessus de moi en me regardant et je pus voir la couleur de ses yeux changer pour devenir dorée. Je compris qu'il allait me mordre et j'en avais soudainement très envie. J'inclinai mon visage sur le côté et lui montrai la peau tendre de mon cou, là où se trouvait ma jugulaire, là où mon sang ne demandait qu'à être recueilli par sa bouche. Je le sentis se baisser, puis poser ses lèvres sur ma peau. Il commença par lécher sensuellement mon cou. Je sentais ses longues canines et j'en frissonnais. Il finit par se redresser légèrement avant de planter ses dents.

-HA ! m'écriai-je en me tendant sous la brûlure que ma peau fraîchement percée me procura.

Heureusement, cette douleur fut brève et bien vite remplacée par une agréable sensation lorsqu'Eric commença à aspirer mon sang. Une onde de pure plaisir me parcourut en sentant mon fluide se mettre à circuler plus vite jusqu'à mon cou, jusqu'à la bouche de... mon vampire. Oui, il était à moi, seulement à moi, pensai-je, totalement perdu dans ce plaisir. Sa langue me léchait en même temps que sa bouche aspirait mon sang et je sentais toujours son sexe dur en moi. Il finit par extirper ses dents, me regarda avec tendresses et me caressa la joue avant de diriger son poignet vers sa bouche. Je le vis alors mordre dedans avant de le tendre devant mes lèvres.

-Bois, mon calice, m'ordonna-t-il doucement.

Et c'est ce que je fis. J'attrapai son avant-bras de mes deux mains et le menai jusqu'à ma bouche. Je sentis le sang du vampire s'écouler sur ma langue puis dans ma gorge et je bus encore et encore. Je laissai ce chaud liquide que je ne trouvai pas écœurant, -le goût était différent et bien meilleur que ce à quoi je m'attendais-, se déverser dans ma gorge avec bonheur.

-Cela suffit, Sébastian, me dit-il au bout d'un moment, en éloignant son poignet de mes lèvres rougies.

Il vint alors m'embrasser fougueusement, nos langues se mêlant au goût de son sang. Le vampire finit par relever la tête et toujours en me regardant, me donna un coup de rein auquel je ne m'attendais plus.

-Ha... gémis-je, surpris sous le plaisir soudain qui enflamma mes hanches.

Il accéléra rapidement ses mouvements jusqu'à ce que j'en perde la tête et que je jouisse entre nos deux corps. Il ne fut pas long à me suivre et à demi-conscient, je le vis rejeter la tête en arrière, la bouche entrouverte, les canines toujours sorties, les yeux fermés et je l'entendis pousser un grognement avant de s'effondrer sur moi. Une fois que nos respirations reprirent un rythme normal, Eric se redressa et prit la parole en me caressant tendrement la joue :

-Sébastian, tu es mien, désormais. Nous sommes liés corps et âmes. Je suis devenu ton vampire et toi, mon calice. Personne ne pourra détruire notre lien. Tu es à moi pour toujours, mon amour, comme je suis à toi, finit-il en me souriant tendrement.

Oui, je suis à toi... pensai-je, encore pris dans les brumes cotonneuses de mon plaisir. Et alors que le vampire posait paresseusement sa tête dans mon cou, je regardai par la fenêtre, attiré par la douce lumière blanche qui s'en dégageait. La neige au-dehors continuait de tomber, donnant l'impression d'envelopper de cotons soyeux ma petite chambre dans laquelle se trouvaient nos deux corps unis, nous apportant protection pour l'avenir. Le lien entre mon vampire et moi, son calice, était à présent scellé. A travers l'union de notre sang et de notre chair, je compris que nous venions de lier nos corps et nos âmes. Plus rien ne pouvait nous séparer désormais. Nous nous appartenions l'un l'autre pour toujours...

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Les cuisines, ton manager aime bien appeler ça « la prod » – « le lobby », pour ce qui est du curetage des chiottes – qui sait, ça le flatte peut-être dans son statut de chaînon stratège d’une big multinationale, toi pour autant que tu saches ça t’a jamais empêché d’assembler correctement les petits pains du Big Mac, et vu ce qu’on te paie pour le faire ça te fait pas de mal, un peu de sémantique.
Il est dix-huit heures quand tu prends ta dernière commande, un double cheese sans le cheese et pas de salade dans le Big Tasty please.

Aux fourneaux, le rire de Ruben refait tourner les steaks sur eux-mêmes.

Tu lui harponnes un bras dans les vestiaires, y’a longtemps que vous vous êtes pas fait une petite bouffe juste tous les deux quand même, si on compte pas les burgers engloutis en deux minutes à la pause déjeuner.

Comme d’habitude Ruben te balance une date en l’air et comme d’habitude ton sourire résigné lui revient en boomerang. Sans te regarder, il s’enfonce sous sa capuche en silence, et slalome tout schuss entre les flaques d’automne poisseuses.

De retour chez toi, ton 20m² te tire la gueule et le ciel a des allures de punition collective. Y’a des coquillettes mutantes sous cellophane dans le frigo, de la poussière sur les plinthes, ta mère dépose à peine un pied sur le seuil qu’elle dégaine déjà le bidon d’Ajax et la paire de gants en caoutchouc rose qui va avec…

Ton père est là aussi, à cinq mètres de ta mère, distance nonchalante, et le trousseau de la Meriva qui tinte vaguement entre ses doigts, derrière son dos. Ça t’étonnera toujours, l’espèce de froid cordial qu’il y a entre eux, cette façon qu’ils ont de s’accommoder l’un de l’autre comme on s’accommode d’un parasite, deux inconnus bourrés de pudeurs hostiles pourtant largement dépassées, et même plutôt deux fois qu’une, il y a plus de vingt ans de ça.

Tu les as jamais vus autrement que comme ça d’ailleurs, depuis bébé. Depuis que ton père a aventuré sa coupe mulet comme MacGyver entre les jambes d’une minette trop consentante, à l’hiver 91. C’était en plein mois de février : il a prétendu être coincé au bureau à cause du blizzard dehors et toi t’avalais ta morve et tes petits pots de légumes devant Dragon Ball Zed-Zed-Zed – du moins c’est ce que ta mère te rappelle à chaque fois qu’elle touche l’enveloppe de la pension, des restes aigris jusqu’aux pattes d’oie.

« Bon, on la descend cette commode ? », te demande ton paternel, aux aguets comme un employé Darty alors qu’au loin ta mère bougonne – mais il est bouché ce siphon ou quoi ? – à quatre pattes sous l’évier.

Tes parents ont fait deux heures de route depuis Tours pour récupérer cette commode dont tu ne te sers pas – à part pour t’y cogner le petit orteil quand t’es à la bourre. Tu l’as eu du pote d’un pote qui te l’a exposée comme un coupé-cabriolet huit tiroirs toutes options – « Un vrai fourre-tout, j’te dis. » – et toi t’as sauté sur l’occase comme on saute sur tout ce qui bouge quand on a envie de meubler son appart, des projets en vrac plein la cervelle.

Tu lui as envisagé quelque dessein prospère à la lueur du petit chandelier de l’entrée, tout ça pour réussir à en tirer que dalle au final : ça fait un an que tu la regardes tous les jours s’encrasser de poussière à force de trôner sur ton chemin sans jamais savoir comment l’aborder.

Un peu comme ton père.

D’ailleurs, ça ne t’étonne pas qu’il accepte que tu la lui refourgues.

« Mais elle est pas vieille cette commode, Catherine…»

« Non, elle est pas vieille, Patrick. », ta mère : acerbe à tendance exaspérée, côté passager.

« Elle est pas du tout vielle. En la faisant poncer, y’a largement moyen d’en faire quelque chose de bien. Largement. », ton père : la foi aux poumons, mains posées à plat sur la portière du coffre.

Ta mère l’ignore, te prend dans ses paumes, bisous mon chéri, appelle-moi toutes les semaines hein, travaille-bien, ne sors pas tard, embrasse Ruben pour moi, et n’oublie pas d’apporter les papiers à la CAF, Guillaume, yeux fâchés puis yeux tristes, tu vas me manquer mon bébé, et ton père qui sifflote par-dessus le volant, qui guette le vide avec conviction. Il attend que ça se passe, que tu te casses, pendant que les minutes, les Parisiennes et leurs talons lui filent autour. Pendant que ta mère pleure comme si t’étais mourant et qu’il la regarde de loin, comme ça du coin de l’œil – si ça continue c’est lui qui va se mettre à chialer devant la note du parking.

Et seulement quand tu te penches vers lui pour le remercier, là seulement ça lui prend : il t’encercle de son bras velu, grasse tapette à l’épaule, et quand tu te délaces d’un coup il a des yeux fiers ; il se redresse et te tape même la bise.

La bise.

T’en rigoles encore dans ton canapé devant Manchester-Milan en direct-live. Au fond du couloir, la commode a laissé comme un renfoncement évanoui dans le mur, une empreinte fantôme pile dans ta ligne de mire.
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Qalbi
Inspirer de fait réelle.
La méchanceté de l' Homme se construit avec son passé. Comment on m'a appris à me sentir vivante ? C'est une histoire banal à vos yeux mais à mes yeux ce sont mes épreuves,mon vécu. Personne ne peut savoir comment et la vie de chacun jusqu'au moment où on l'apprend. J'ai du faire des choix être battu ou être violé. Il m'a fallut du courage, beaucoup de courage pour surmonter le côté dure de la vie, je vous la donne à présent c'est votre tour.
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