Chapitre 8

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Ses jambes la lâchèrent et Louise s’effondra sur le sol. Elle était assaillie par tout un tas d’émotions. Les larmes lui montèrent aux yeux et elle se mit à sangloter. Elle était toute retournée par ce qui venait de se passer et ses réactions ne tenaient pas la route. Il lui fallut un long moment avant de recouvrer ses esprits. Une fois chose faite, elle dut bien se résoudre à regagner sa chambre. Elle passa la journée enfermée, perdue dans ses pensées. « Comment était-ce possible ? se demanda-t-elle. Avait-elle rêvé ? » Elle était persuadée que ce n’était pas le cas. Mais comment expliquer tout ce qui lui arrivait ? Peut-être était-elle folle. L’humidité ambiante dans le château avait peut-être aidé à la prolifération d’un certain type de mycètes, probablement un champignon hallucinogène ? Elle avait beau essayé de se convaincre que tout ça avait une explication, aucune ne tenait la route.

***


C’est le son du ridicule klaxon d’Aileen qui la réveilla le lendemain matin. Louise se leva d’un bond, encore plongée dans ses rêves agités. « Oh, mince ! J’ai oublié Aileen et sa maudite tour » pensa-t-elle. En réalité, il y a deux jours, elle était plus que ravie d’aller faire cette visite. Mais il s’était passé tellement de choses depuis, que ça semblait irréel de faire une simple sortie entre copains.

Comme elle se voyait mal sortir et avouer toute l’histoire à son amie, elle se dépêcha d’enfiler ses vêtements, noua ses cheveux en un vague chignon, se brossa rapidement les dents et fila rejoindre son amie au pas de course.

-         J’ai bien failli t’attendre, la salua son amie avec un grand sourire.

-         Désolée, répondit Louise, j’ai complètement oublié de mettre mon réveil hier soir…

-         Mmmm… répondit simplement la rouquine.

Elle paraissait un peu vexée du manque d’enthousiasme de la retardataire mais ne fit pas plus de commentaire, ce qui étonna Louise.

Elles n’échangèrent pas un mot durant une bonne partie du trajet.

-         Je suis beaucoup trop stressée, gémit Aileen.

Louise se rendit compte à quel point elle était une piètre amie. Elle n’avait pas un seul instant pensé que cette sortie était avant tout le rendez-vous amoureux d’Aileen.

-         Il n’y a pas de raison ! On sera tous là, lui dit Louise, peu convaincante.

-         Justement ! Et s’il m’en veut de vous avoir invité ? Il doit être déçu…

-         Mais non … Tu t’en fais pour rien. Il sera juste heureux de te voir et ça t’aidera à être plus à l’aise. Et puis, rien ne t’empêche de l’inviter la prochaine fois.

-         Mmmm, fit à nouveau Aileen.

Ses craintes se révélèrent totalement infondées. A peine la voiture s’était engagée dans le parking de la piscine où ils s’étaient donné rendez-vous, qu’un grand jeune homme blond vénitien s’approcha. Il ouvrit la porte de la conductrice et lui tendit la main.

-         Salut Aileen, je suis heureux de te voir.

L’intéressée sourit bêtement et émit un hoquet nerveux. N’y prenant pas garde, le garçon l’entraîna avec lui vers les 3 autres qui étaient négligemment appuyés sur le capot d’un pick-up bleu délavé.

-         Hé, Louise viens, cria Aileen quand elle réussit à sortir de sa torpeur. Les gars, je vous présente ma nouvelle amie Louise. Elle vient d’emménager dans le château de Cawdor. C’est la nièce de Cora.

Entre temps, Louise les avait rejoints.

-         Bonjour la nouvelle, lui dit un petit blond aux cheveux longs.  Il lui fit un grand sourire, dévoilant ses dents blanches.

-         Ne te laisse pas malmener par  cette tête de nœud, répliqua l’un des deux bruns de la bande. Je m’appelle Logan, la tête de nœud, c’est Clyde. L’amoureux transi, continua-t-il en désignant Aileen et son ami qui s’étaient un peu éloignés, c’est Andrew, et …

-          Moi, c’est Gordon, le coupa l’autre brun. On a tous une langue tu sais Lo, on peut se présenter comme des grands.

-         Tu aurais quand même bien fait d’arrêter de baver avant de t’adresser à la demoiselle, la charria Logan.

-         N’importe quoi, nia l’autre en le poussant d’une main.

 

Ils étaient tous les quatre très gentils. Le trajet était long mais l’ambiance était bonne enfant. Ils passaient leur temps à se chercher et à se chamailler comme des gamins mais une grande complicité les liait.

-         Hey Lou, on peut t’appeler Lou au fait ? demanda Clyde. Tu n’as pas encore croisé de Dames Blanches dans les couloirs de Cawdor ?

-         La seule Dame Blanche que j’ai croisée, c’est  Cora au saut du lit, plaisanta Louise.

-         Elle est plutôt bien foutue, ta tante non ? enchaîna Gordon.

-         Oui, bien foutue si tu aimes les vieilles, intervint Andrew sans quitter Aileen des yeux.

-         Elle doit quand même être vachement forte pour avoir réussi à mettre le grappin sur le châtelain, bourru comme il était, intervint Logan.

-         Hey, les gars, vous parlez de la tante de Louise, leur rappela Aileen.

-         Oh, ne t’en fais pas, dit l’intéressée. Je ne la connais même pas.

Les garçons étaient un peu vulgaires par moment. Ils adoraient parler de filles et pas toujours de façon élogieuse. Mais Louise comprit vite que c’était de la plaisanterie, qu’ils se donnaient un genre. Andrews ne quittait pas la petite rousse d’une semelle, si bien que Louise était forcée de se mêler des conversations pleines de testostérones des trois autres. Ils étaient bruyants et on les entendait rire sans doute à des kilomètres à la ronde. Louise se sentait bien ainsi entourée. Elle avait oublié ses préoccupations.

-         Où on va exactement ? demanda-t-elle après trois heures de marche. Aileen avait parlé de deux heures. Vous êtes sûrs qu’on ne s’est pas perdu ?

Elle en avait un peu marre de marcher. La fascination du début pour les paysages était passée depuis longtemps et désormais, c’était son mal de pied qui primait. Elle aurait dû s’y attendre, elle qui ne bougeait quasiment plus depuis son arrivée en Ecosse.

-         La petite nouvelle en a déjà marre ? la taquina Clyde.

-         T’en fais pas, on est bientôt arrivé. La tour se trouve juste derrière cette colline, répondit Logan.

-         Vous y êtes déjà allés ? demanda la jeune fille.

-         Jamais ! répondirent Clyde et Gordon d’une même voix.

-         Mais pourquoi ? s’étonna Louise.

Ils s’échangèrent un regard. C’est Aileen qui répondit.

-         Ils avaient la frousse, voilà tout !

-         Mais n’importe quoi ! s’énerva Gordon. On n'avait pas peur, c’est juste qu’on ne trouvait pas de jours pour tous y aller.

-         C’est parce qu’il nous fallait des filles en offrandes, se moqua Andrews en attrapant Aileen par la taille et en la chatouillant.

-         Lâche-moi ! dit sa victime en riant.

-         Pourquoi vous aviez peur ? s’enquit Louise.

-         Oh, mais on ne voudrait pas effrayer une si jolie demoiselle, répondit Clyde.

-         T’inquiète, elle vit au Cawdor. Des fantômes, elle doit en avoir vu des tas, intervint Logan.

C’est Andrews qui se lança, prenant une voix grave.

-         La tour d’Invergodon a servi de prison, il y a longtemps. On raconte que les villageois avait découvert une femme recouverte de tache de vins. Ils ont commencé à crier aux sorcières. Et à cette époque, c’était vraiment pris au sérieux, tu sais, toutes ces choses paranormales, le diable, etc …

Il n’était pas vraiment un bon conteur mais il y mettait tant de passion que Louise lui pardonna sans problème son manque de talent.

-         Les gardes l’avaient enfermée dans la prison. Dans la tour, pour être précis. Ils n’avaient aucune preuve de sa culpabilité mais ils n’osaient pas la relâcher. Ils ont donc juste décidé de la laisser enfermée. Après quelques semaines, ils l’ont retrouvée pendue. Depuis, on dit que son fantôme hante les lieux et protège la tour. D’ailleurs, c’est la seule partie du château qui est toujours debout.

La jeune femme était parcourue de frissons. Elle en avait sa claque des histoires bizarres.

-         Hé, tu es toute blanche Louise, intervint Aileen. Il ne faut pas croire à leurs bêtises !

L’intéressée ne répondit pas, plongée dans ses pensées. Elle pensait à Darren. Mais elle n’arrivait pas à se résoudre à formuler cette pensée, même dans sa tête.

 

Lorsqu’ils arrivèrent à la tour, la journée était déjà bien avancée. Les ruines de la prison se dressaient dans la lande solitaire et déserte. Il n’y avait pas un chat à la ronde. Les frissons qui s’étaient emparés de Louise un peu plutôt, ne l’avaient pas quitté.

Ils n’eurent qu’à pousser la porte pour entrer. Ils débouchèrent sur des grands escaliers en colimaçon. Clyde avait allumé son téléphone et s’en servait comme lampe de poche. Bientôt tous l’imitèrent. Ainsi paré, chacun s’en alla découvrir les ruines à son rythme. Louise n’avait qu’une envie sortir. Elle vit Aileen et Andrews de diriger vers le sous-sol. Elle n’avait ni envie de les suivre ni de les déranger. Ils étaient si mignons ensemble. Les garçons avaient déjà filé dans les étages. Sans doute, jouaient-ils à celui qui serait le plus vite en haut. « Quelle belle bande de gamins, se dit Louise avec affection. » Elle se retrouvait seule. Ni monter, ni descendre ne la tentait vraiment et elle espérait ne pas trop s’éloigner de la porte, qui s’était, à son gout, ouverte un peu trop facilement. Un simple coup de vent pourrait la refermer.

Sur le côté gauche de l’escalier, se trouvait une porte. Décidant que c’était l’endroit présentant le moins de risque, elle essaya de l’ouvrir. Lorsqu’elle toucha le vieux bois, elle ressentit des picotements d’abord dans les doigts puis dans tout le bras. Elle recula, secouant sa main. Et la porte s’ouvrit toute seule devant elle.

Encore une fois, toute personne normale aurait fui à toutes jambes. Et sans doute c’est ce qu’elle aurait dû faire… «  C’est le vent, se dit-elle, juste le vent. ».

Juste à cet instant, une forte brise s’éleva et secoua Louise. Un tourbillon se forma autour d’elle.

-         FUIIIIIS ! disait une voix dans un murmure presque inaudible.

Louise ferma fort les yeux, l’image de Darren lui vint à l’esprit. Elle était presque sûre que le message venait de lui. Et quand, elle les rouvrit, une ombre noire se trouvait devant elle. Le vent s’apaisa et la jeune fille put reconnaître une forme humaine. Glissant sur le sol, elle se rapprochait. Menaçante. Un long bras squelettique se tendit vers elle et un râle grave s’échappa de l’ombre.

Cette fois-ci, Darren apparut réellement. La forme menaçante s’évanouit alors.

-         Fuis ! répéta-t-il en criant de toutes ses forces.

Au même instant, un cri s’éleva dans toute la tour, la figeant d’horreur. 

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AEllean
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