Chapitre 7

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De retour dans sa chambre, Louise n’en revenait toujours pas. Il avait tout bonnement disparu, sous ses yeux. Il lui avait fallu un certain temps avant de se remettre du choc. Et depuis, elle ne parvenait pas à penser à autre chose. Elle décida d’appeler Aileen. Les deux amies s’étaient échangées leurs numéros en perspective de leur expédition du surlendemain à la tour Invergodon.

-         Allo ? dit une voix ensommeillée de l’autre côté du combiné.

Louise était tellement perdue dans ses pensées qu’elle n’avait pas fait attention à l’heure. Il était plus de 23 heures et Aileen devait dormir depuis un bon moment. Le sommeil, c’est sacré, avait-t-elle expliqué.

-         Oh, désolée, s’excusa Louise, je n’ai pas regardé l’heure.

-         Pas de souci, lui répondit la dormeuse. Qu'est ce que je peux faire pour toi ?

Louise avait renoncé à lui expliquer ses aventures… Elle l’avait déjà tiré de son sommeil, elle n’allait pas en plus l’empêcher de se reposer avec ses histoires à dormir debout.

-         Je voulais juste te prévenir que je ne pourrai pas venir demain, dit-elle, sans même savoir pourquoi.

Aileen parut déçue, mais ne fit aucun commentaire.

-         D’accord, on se voit mardi alors ?

-         C’est ça ! À mardi. Et encore une fois désolée.

-         Il n’y a pas de quoi ! Bonne nuit !

-         Bonne nuit !

Elle raccrocha et déposa le téléphone sur la table de nuit. Elle se jeta dans son lit et fixa le plafond un long, très long moment.

Elle n’aurait su dire à quel moment ses pensées s’étaient transformées en rêves, mais elle se rappelait très bien de ce qui avait agité ses nuits. Elle le voyait, le jardinier. Ils étaient dans le château, elle en était sûre. Mais pas dans une partie qu’elle connaissait. Il l’appelait.

-         Louise, ma chère, venez, je vous en prie. J’ai plein de choses à vous montrer, vous devez venir, disait-il.

Louise avait beau essayer de le suivre, il marchait beaucoup trop vite pour elle. Il revenait sans cesse l’appeler avant de disparaître au bout du couloir. Et la jeune fille courait de plus en plus vite, mais il était toujours plus rapide.

Elle s’était réveillée en sursaut, frustrée comme jamais de ne pas avoir su le rejoindre. Elle s’était endormie toute habillée et était courbaturée par cette nuit agitée. Elle s’étira longuement avant de se rendre à la salle de bain. Aileen devrait bientôt arriver. Puis elle se rappela qu’elle avait annulé leur rendez-vous. " Mais qu’est ce qui m’a pris au juste", se demanda-t-elle. Elle continua tout de même sa toilette et enfila des vêtements propres. Elle choisit un gros pull de laine. Il faisait de plus en plus froid dans ce château. Le givre recouvrait sa fenêtre. Une fois chaudement habillée, elle enfila ses bottes et sortit dans le jardin.

Elle se rendit devant le portail, bien décidée à confronter le mystérieux inconnu. Mais quand elle franchit la barrière de ronce, il ne se passa rien. Pas de vent violent, pas de soleil,… Les statues blanches n’étaient même plus là. Seule la végétation, désormais aussi dense et sauvage que le reste du jardin, s’étendait à ses pieds. Le jardinier n’était pas là non plus.


Elle avait toujours été très terre à terre. Elle cherchait une explication à toutes choses. Mais toutes celles qui lui venaient à l’esprit n’avaient aucun sens. C’est toute cette histoire qui n’en avait aucun. Elle finit par retourner à l’intérieur.

En réfléchissant, elle repensa à son rêve. Il lui avait paru si réel et en même temps tellement peu plausible. Déjà, elle ne lui avait même pas donné son nom. Pourtant, une intuition lui tordait le ventre. Elle devait le retrouver. C’était important. Elle n’aurait su dire pourquoi, mais c’était comme ça. Elle n’était plus vraiment maîtresse de ses choix.

Le couloir qui menait vers la partie nord du château était mal éclairé. Il n’y avait aucune fenêtre et l’odeur d’humidité y était plus forte que partout ailleurs. Au fond de celui-ci, se trouvait une vieille porte en bois. Louise eut un peu de mal à l’ouvrir tant les charnières étaient rouillées. Elle dut s’appuyer de tout son poids pour la faire basculer. Cette partie du château n’était pas reliée à l’électricité, si bien qu’il y faisait très sombre. Elle avança à tâtons, le temps que ses yeux s’habituent à l’obscurité ambiante.

Les formes commençaient à se dessiner et elle pouvait voir de plus en plus clairement ce qui l’entourait. Elle se trouvait dans un immense couloir qui dénotait étrangement de la partie du château dont Louise avait l’habitude. Les plafonds étaient beaucoup plus hauts et les meubles semblaient d’une autre époque. Des tableaux qui recouvraient les murs représentaient des hommes en tartan, barbus pour la plupart et tous avaient cette lueur de fierté dans le regard.

Louise aperçut une grande porte au fond du couloir. Elle devait être haute d’au moins trois mètres et était entre-ouverte. La jeune fille s’y faufila. La salle qu’elle découvrit était de toute splendeur. Le temps semblait s’être figé. De grandes tables, encore dressées, étaient installées parallèlement les unes aux autres. À l’autre bout, l’une d’elles était surélevée. Un homme y était assis.

-         Mademoiselle ! Bienvenue, nous vous attendions.

La demoiselle en question était beaucoup trop loin pour apercevoir le visage de son interlocuteur mais elle ne reconnaissait déjà que trop bien cette voix.

Comme elle ne bougeait toujours pas, il insista.

-         Venez ! Le repas va être servi, vous ne voudriez pas faire attendre nos convives ?

"Quels convives ?" se demanda Louise, ils étaient seuls. Néanmoins, elle voulait des réponses et décida de jouer le jeu. Elle s’approcha et l’homme l’invita de la main à s’asseoir à ses côtés.

-         J’espère que vous ne m’en voudrez pas, mais j’ai pris le soin de vous garder une place à la table principale. Ce n’est pas tous les jours qu’on reçoit une si charmante jeune dame. N’est-ce pas James ? dit-il en regardant à la droite de Louise.

Elle était persuadée qu’il n’y avait personne  mais elle se retourna tout de même pour en avoir le cœur net. Et de fait, personne.

-         Tu as bien raison ! Elle est de toute beauté, ajouta son hôte mais pas pour elle. Alors, ma Dame, quelle est votre nom ? demanda-t-il, reportant son attention sur la jeune fille.

-         Louise, dit-elle. Louise Peters.

-         Louise, répéta-t-il songeur, quel joli nom.

-         Puis-je vous demander le vôtre monsieur ? osa-t-elle enfin.

-         Je m’appelle Darren Calder, laird de Cawdor et vous êtes dans ma demeure.

Il était encore là avec son histoire de laird, s’impatienta-t-elle.

-         Qu’est-ce qui vous amène ici mademoiselle ?

-         Vous pouvez m’appeler Louise, éluda-t-elle.

-         Soit, Louise, dois-je répéter ma question ?

Louise ne savait quoi répondre. Elle redoutait que si elle lui disait la vérité, il s’échapperait comme à chaque fois. Alors elle inventa.

-         C’est ma tante Cora qui m’envoie. Elle souhaite vous transmettre ses meilleures salutations.

Cora était un nom assez répandu en Ecosse, peut être son histoire semblerait plausible.

-         Ha ! Enfin, le diner, s’exclama-t-il.

Louise ne voyait ni diner, ni personne. Était-il fou ?

-         Vous ne mangez pas, s’enquit-il ?

-         Je n’ai pas faim, prétendit-elle.

-         Votre tante Cora va penser que je suis un piètre hôte si je ne vous nourris pas.

Darren mastiqua soigneusement sa nourriture imaginaire durant près d'une minute avant de se tourner vers Louise.

-         La musique est enfin là. Voulez-vous danser très chère ?

Le seul son que la jeune fille entendait était celui de sa propre respiration. Il lui tendit la main et mue par son instinct, elle la saisit et le suivit. Sa paume était douce malgré l’aspect usé qu’elle avait. Sans doute à force de travailler dans les champs, se dit-elle, avant de se rendre compte que ça n’avait aucun sens.

Elle ne savait absolument pas danser, mais quand il s’inclina respectueusement devant elle, elle l’imita. Le reste vint comme par magie. Ils tournoyaient encore et encore aux gré de la musique.

Elle se rendit compte qu’elle aussi entendait la musique. Elle n’avait pas décollé les yeux de ceux de son cavalier depuis le début de la danse mais quand elle le fit, elle eut du mal à ne pas défaillir. Ils n’étaient plus seuls. Une vingtaine de couples tournoyaient en même temps qu’eux. Les hommes étaient tous vêtus de tartan et les femmes portaient de somptueuses toilettes. Elle se rendit compte qu’elle-même portait une de ses robes. Une grande robe de mousseline dorée. Elle aurait pu être une princesse. Ses longues boucles brunes n’étaient plus sauvages et rebelles mais soigneusement empilées dans une coiffure élaborée.

Darren la dévorait des yeux.

-         Reviendrez-vous ? demanda-t-il d’une voix douce. Promettez-moi que vous reviendrez !

C’était presque une supplication. Les paroles de Louise sortirent de sa bouche avant même qu’elle n’en saisisse le sens.

-         Je reviendrai, je vous le promets !

Il lui sourit franchement, révélant ses dents éclatantes.

Et puis, tout disparut. Darren, les convives, la musique et même la somptueuse robe. Laissant Louise, plus perdue que jamais, seule dans l’immensité de cette pièce appartenant au passé.

 

 

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