Chapitre 6

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-         Heu… Non, dit Aileen, je ne vois absolument pas de quoi tu parles.

Les deux jeunes filles avaient de nouveau passé la journée à la bibliothèque. Louise l’avait aidée à faire un peu de rangement. Elle en avait profité pour lui poser quelques questions sur le fameux jardin.

-         Tu es sûre ? Tu ne vois pas du tout ? Un petit jardin, tout entouré de murs de pierre avec un portail tout rouillé ? insista Louise.

-         Oh ça, des portails rouillés, il doit y en avoir tout un tas dans les environs mais un jardin secret ? J’ai passé beaucoup de temps au château, quand j’étais petite, tu sais, avant que Mr McPhee ne… soit plus là. Il adorait les enfants. Il organisait toutes sortes de chasses au trésor dans son domaine. Pourtant, je n’ai jamais rien vu de tel.

Louise était de plus en plus perturbée. Elle n’avait pas reparlé du  jardinier à son amie, elle l’aurait sans doute prise pour une folle. Mais elle espérait au moins qu’elle pourrait trouver des informations sur le jardin.

-         Tu devrais peut être aller voir dans les livres sur la région, il doit y en avoir tout un tas sur le château, conseilla Aileen.

Elle réfléchit à la proposition de son amie. Certes, c’est une bonne idée, pensa-t-elle. Mais elle se rendit compte qu’elle ne connaissait même pas le nom du château…

-         En fait, dit-elle, je ne connais même pas son nom…

Aileen éclata de rire et reprit.

-         Décidément, on t’a vraiment envoyée ici sans aucune info ! Tu seras ravie d’apprendre que tu vis au château de Cawdor. Il a été bâti en 1454, rajouta la petite rousse, comme la véritable encyclopédie sur patte qu’elle était.

-         Heureusement que tu es là !

***

Les recherches de Louise n’avaient pas porté beaucoup leurs fruits. Tout ce qu’elle apprit, était que le château était réputé pour ses magnifiques jardins. Mais ça devait être avant Cora, se dit-elle. Aucune mention n’était faite au sujet d’un quelconque jardin secret, ni sur les grandes statues de pierre qui s’y trouvaient. La seule chose qui lui restait à faire pour percer le mystère, c’était de s’y rendre à nouveau.  Elle s’excusa auprès d’Aileen, simulant un mal de tête et prit congé.

Le chemin de retour lui parut plus long que d’ordinaire. Elle se promit de chercher une voiture dès le lendemain. Une fois au château, elle fila dans sa chambre, déposer ses affaires, s’empara de sa lecture en cours et dévala les escaliers à toute vitesse. Prise d’une soudaine et inexplicable excitation.

L’inquiétude s’empara d’elle, lorsqu’elle se retrouva les pieds dans les ronces. Et si, elle ne retrouvait pas le portail ? Quelle déception cela serait… Elle n’était plus sûre de l’emplacement exact. Après tout, le domaine était immense. Elle décida alors de refaire le même chemin que la première fois. Elle descendit jusqu’au lac, avec un peu moins de difficulté cette fois. Puis remonta de l’autre côté du château. Elle tendait l’oreille, espérant entendre le grincement caractéristique. Mais pour une fois, le vent semblait calme. Il ne faisait pas aussi beau que la première fois. Les nuages étaient bas et le brouillard s’étendait devant ses yeux. Elle n’y voyait pas grand-chose dans toute cette brume.

Enfin, elle entendit un petit grincement au loin. Ses pieds la portèrent jusque-là  sans vraiment qu’elle s’en rende compte. Les ronces avaient déjà repris le pouvoir et recouvraient à nouveau la petite porte rouillée. Elle entreprit de la libérer, le cœur battant à tout rompre. La partie logique de son cerveau ne comprenait absolument pas ce qui pouvait générer une telle réaction en elle. Mais au fond, elle savait que ce qui se passait n’était pas anodin.

Comme lors de sa visite précédente, le vent monta soudainement. Elle fut surprise et lâcha le bouquin qu’elle tenait en main depuis le début. Bien décidée à lire à l’ombre des grandes statues. Le livre s’envola et retomba bien plus loin que Louise ne l’aurait cru. Car pour tout dire, elle ne le voyait plus…  Le vent s’apaisa et le soleil prit le relais. Comme si cette brise était destinée à faire fuir tous les nuages.

La jeune fille n’était pas ravie que son livre fut tombé. Elle en prenait toujours grand soin. Elle avait peur qu’il soit abîmé par autre chose qu’une relecture abusive. Elle se mit à arpenter de long en large le mystérieux jardin.

-         Ceci vous appartient, il me semble, dit une voix masculine derrière elle.

Elle se retourna, surprise. Ou peut-être pas si surprise que ça finalement. Il était là. Aucune trace d’hostilité n’habillait ses traits cette fois-ci.

-         Oui, c’est à moi, répondit-elle avec un sourire, merci.

Il la fixa d’un regard intense, plein de questions.

-         J’espère ne pas vous avoir effrayé la dernière fois. J’avais bien peur que vous ne reveniez plus.

Louise ne put retenir un autre sourire. Ainsi, il avait envie de la revoir. Mais enfin, ressaisis-toi, se réprimanda-t-elle. Tu ne sais même pas qui il est.

-         Non, ne vous en faites pas. Après tout, je vis ici, se sentit-elle forcée d’ajouter de peur de se faire à nouveau chasser.

Il  ne parut pas comprendre.

-         Que faites-vous ici ? dit-il d’une voix plus profonde, comme s’il voulait s’assurer par cette manœuvre qu’elle n’oserait lui mentir.

-         Comme je viens de le dire, répondit-elle, je vis ici. Mes parents m’ont envoyé passer du temps chez ma tante Cora.

Ses yeux étaient confus. Un éclat de colère les traversa subitement mais il s’évanouit aussitôt.

-         Je vois, dit-il. Mais vous ne devriez quand même pas être ici. Ce n’est pas un endroit pour une jeune dame.  

Il s’approcha d’elle, la détaillant de la tête au pied. La jeune femme ne saisissait pas ce qu’il voulait. Cinq minutes plus tôt, il espérait la revoir et maintenant, il la chassait à nouveau.

-         Qu’est-ce que c’est que ce jardin ? demanda-t-elle, bien décidée à ne pas se laisser intimider.

Il regarda encore une fois autour de lui. Comme s’il cherchait lui-même la réponse à cette question. Il recula d’un pas.

-         Je … Je ne sais pas… finit-il par murmurer.

Ensuite, il se retourna, fit quelque pas pour s’éloigner de la jeune fille, et disparut sous ses yeux ébahis. 

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AEllean


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AEllean
(deux minutes de lecture)
Je viens de retrouver ce (très) très vieux texte dans mes archives.
Je me souviens absolument pas avoir écris ça. Le bon côté, c'est que pour une fois j'ai été surprise par ma propre chute haha.
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phillechat

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