Chapitre 4

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Les jours suivants, Louise avait quelque peu perdu son intérêt pour l’exploration. Elle avait préféré se réfugier dans la petite chambre au sommet de la tour pour y passer des heures à lire. Elle avait emmené avec elle une collection de livres. Ils traitaient d’un peu tous les sujets mais les romances historiques gardaient sa préférence depuis toujours. Elle trouvait que ce vieux fauteuil et ces anciennes poutres étaient le décor idéal pour ce genre de lecture. Il fallait qu’elle admette que l’Ecosse tout entière était parfaite pour ce genre d’histoire. Elle regrettait de ne pas en savoir plus sur son nouveau pays d’adoption. Elle, qui vivait désormais dans un véritable château médiéval qui devait cacher tout un tas de secrets, n’avait pas la moindre idée de l’histoire de la région. Il faudrait qu’elle y remédie. C’était justement l’occasion de retourner en ville.

Elle n’y était pas allée depuis sa première visite. Mme Hendry s’était gentiment proposée de lui apporter des vivres. Si bien qu’elle n’avait plus eu aucune bonne raison de sortir du château. Mais ça commençait sérieusement à lui peser. Il fallait qu’elle se trouve une activité. Après une longue réflexion, elle avait décidé de s’intéresser à l’histoire. L’histoire avec un grand H. Et quoi de mieux, pour cela que de commencer par un musée.

***

Louise n’était pas sûre que l’on puisse réellement appeler ça un musée. Elle n’était pas une grande spécialiste dans le domaine mais il lui semblait qu’un musée devait présenter un ensemble de vitrines mais ici… On aurait plutôt dit une bibliothèque géante. Des centaines de livres aussi anciens les uns que les autres s’étendaient à perte de vue. C’était magnifique. Le bâtiment en lui-même était magnifique, il était fait de pierre grises que la mousse avait recouvertes. C’était un très vieil immeuble typiquement écossais. L’intérieur était tout aussi charmant. Outres les grandes étagères garnies de livres qui ornaient tous les murs, des petits coins avaient été aménagés pour permettre la lecture. Il ne faisait aucun doute que la jeune fille se trouvait belle et bien dans une bibliothèque.

Elle avait la bouche entre-ouverte, ébahie devant tant de grandeur. Elle aimait tellement ça. Elle se sentait comme une enfant le jour de Noël. Elle ne savait même pas par où commencer. Elle aperçut au fond d'une rangée de livres, ce qui semblait être un bureau d’accueil. Il n'y avait personne mais elle s’en approcha tout de même.

-         Louise ? C’est bien toi ? dit une voix dans son dos.

Surprise de se voir ainsi hélée et toujours un peu perdue dans sa contemplation, la jeune fille ne reconnut pas tout de suite Aileen. 

-         Heu… Oh, Aileen ! Oui, c’est bien moi, comme tu peux le voir.

Elle s’interrompit et regarda aux alentours avant d’ajouter.

-         C’est absolument merveilleux comme endroit !

Aileen bomba le torse dans une fierté que Louise ne comprit pas tout de suite puis elle répondit.

-         Oui, c’est un endroit génial. Je suis bien contente qu’il soit à mes parents.

Louise n’en crut pas ses oreilles.

-         Tout ça leur appartient ? dit-elle incrédule.

-      Non pas vraiment, répondit Aileen, ils possèdent le bâtiment. Ils aiment beaucoup l’histoire et la littérature, ils ont donc décidé d’ouvrir une bibliothèque-musée. Tu n’imagines même pas tout ce qu’il y a à apprendre sur cet endroit.

Alors qu’elle parlait, Aileen se mit à marcher et Louise la suivit en l’écoutant attentivement.

-         De ce côté, il y a tous les livres anciens. Ils sont classés suivant leur genre. Tu savais que déjà à l’époque, certains  écrivaient des livres érotiques ? dit-elle en ricanant avant de reprendre sans attendre de réponse. Et comme mes parents ont beaucoup de contacts et que tout le monde se connait, dans cette ville, certains villageois ont décidé de mettre leurs propres collections à disposition du plus grand nombre.

La jeune fille trouvait l’idée fabuleuse. Aileen désigna les différentes allées en énumérant les genres et leurs emplacements. Ça allait des contes et histoires pour enfants au récits historiques en passant par les archives. Il y avait même une petite section mythologie et surnaturel.

-         De l’autre côté, il y a le musée en tant que tel. Il marche à peu près de la même façon. Aucun des objets exposés n’appartient à mes parents mais on leur fait confiance. Puis ici dans les Highlands, les gens sont fières de leur histoire et de leur patrimoine. Ils sont heureux de pouvoir l'exposer. 

Louise était plus que fascinée et reconnaissante envers Aileen. Elle imaginait déjà les heures qu’elle pourrait passer dans cet endroit merveilleux. Et la compagnie d’Aileen était loin d’être déplaisante.

-         C’est merveilleux, souffla Louise.

-      Tu te répètes, lui fit remarquer Aileen, mais au fait, qu’est ce qui t’amènes ici ?

-         L’ennui, lui répondit-elle sincèrement. Puis je me suis rendue compte que je ne savais absolument rien sur la région, ni sur l’Ecosse à vrai dire.

Les yeux d’Aileen s’illuminèrent. Elle trépignait sur place.

-         Tu es au bon endroit, je peux te montrer plein de choses, si tu veux.

Sa proposition sonnait presque comme une prière. Louise apprit qu’Aileen, tout comme ses parents, était mordue d’histoire. Elle connaissait le passé de l’Ecosse dans ses moindres détails et elle adorerait le partager.

Les deux jeunes filles passèrent la journée dans la bibliothèque. Aileen lui fit un cours accéléré, lui exposa le principe des clans et de leurs lairds. Elle lui expliqua rapidement les enjeux des différentes rebellions jacobites. Louise trouvait ces récits passionnants. Elle était fascinée par ces gens qui avaient défendu leurs convictions avec tant d’ardeur.

-         Malheureusement, la bataille de Culloden a mis fin à toute cette organisation. Après la victoire décisive des anglais, les clans ont été dissous et les écossais ont été plus oppressés que jamais. Encore aujourd’hui, il existe beaucoup de tensions entre anglais et écossais. Heureusement, toi tu ne l’es pas, lui dit Aileen avec un grand sourire en lui donnant un coup de coude.

Louise n’eut pas le temps de répondre car le téléphone de sa nouvelle amie se mit à sonner. Celle-ci décrocha et s’éloigna pour ne pas déranger Louise qui s’était plongée dans la lecture d’un vieux livre sur les jacobites.

Quelques minutes plus tard, Aileen revint.

-         Je vais devoir partir, dit-elle d’un air contrit. Maman a besoin de moi à la maison. Elle ne rentrera que tard ce soir et elle veut que je fasse la cuisine.

Elle poussa un long soupir. Louise aussi était déçue. Elle avait passé une superbe journée et n’avait aucune envie de retourner à sa triste vie solitaire.

-         Si tu veux, je te dépose au château. C’est sur mon chemin de toute façon, en plus il fait déjà noir.

Elle hésita un instant, puis pesant le pour et le contre elle finit par accepter la proposition.

-         Super ! se réjouit Aileen.

Cette fille était vraiment adorable. Avec une bonne humeur à toutes épreuves. Louise lui sourit franchement et les deux historiennes en herbe sortirent de la bâtisse. Aileen ferma derrière elles et elles se dirigèrent vers une petite voiture verte des plus ridicules mais qui respirait la bonne humeur tout comme sa propriétaire.

Le trajet était court mais les deux filles discutèrent de tout et de rien. Louise se sentait totalement à l’aise avec sa nouvelle amie. Elles parlèrent musique et se moquèrent des nouveautés. Une fois devant le château, Aileen arrêta la voiture sans couper le moteur.

-         Tu veux entrer, lui proposa Louise.

-         Je ne peux pas, lui répondit Aileen, je dois rentrer.

Louise ne put cacher sa déception. Elle n’avait pas passé une aussi bonne journée depuis des lustres et elle n’était pas impatiente qu’elle se termine.

-         Mais on peut se voir demain, lui proposa la jeune fille.

Louise en fut ravie.

-         Avec plaisir, répondit-elle.

-         Parfait, je passe te prendre demain à onze heures, ça te va ? Je dois travailler au musée, on pourra continuer nos cours d’histoire et pourquoi ne pas aller manger un bout à midi. Je connais une super sandwicherie !

Louise détestait le pain, mais elle était bien trop heureuse à l’idée de ne pas passer une journée supplémentaire seule dans ce château qu’elle accepta de bonne grâce. Elle regarda ensuite la petite voiture verte quitter la longue allée et s’engager sur la route. Un coup de klaxon retentit et Aileen disparut au bout du chemin.


***

 

Comme elle l’avait fait remarquer, il faisait déjà nuit noire quand Louise monta les marches qui menaient à la porte d’entrée. Elle ouvrit la porte avec les clés que Cora avait laissées pour elle sur la commode de l’entrée le jour de son arrivée. Elle se précipita à la cuisine, prit dans le frigo de quoi grignoter et monta dans sa chambre. Mme Hendry l’avait rangée et nettoyée. Elle avait même laissé la fenêtre ouverte, sans doute pour aérer la pièce. Elle ne devait pas se douter que Louise rentrerait si tard. Le vent soufflait dans les longues tentures, refroidissant à chaque fois un peu plus la pièce déjà fort froide. La jeune fille s’approcha de la fenêtre et elle allait refermer les tentures quand elle aperçut quelqu’un au bord du Loch qui bordait le château.  Intriguée, elle observa l’inconnu. De si loin, elle ne voyait pas grand-chose si ce n’est les reflets de la lune dans les cheveux de l’homme. Car oui, ça devait être un homme. Même de loin, elle voyait son corps bien bâti. Il portait une chemise blanche ample. C’était ça qui avait attiré l’attention de Louise. Que faisait cet homme au bord du loch chez sa tante et si tard ? Louise ne voyait pas trop. Peut-être était-ce le jardinier. Cora avait-elle seulement un jardinier ? Elle ne l’avait encore jamais vu en tout cas. Elle ferma la fenêtre, détournant momentanément les yeux du mystérieux inconnu, et quand elle le rechercha à nouveau du regard, il n’était plus là.

Perplexe, elle regarda à nouveau mais dut se rendre à l’évidence qu’il n’était plus là. Elle vérifia que la fenêtre était bien fermée avant de tirer les tentures et par acquis de conscience, elle verrouilla la porte de sa chambre, juste au cas où. L’inconnu du lac l’avait tout de même perturbée. Elle jeta un dernier coup d’œil par la fenêtre, mais il n’y avait personne. Elle n’avait pas rêvé pourtant, elle en était sûre. 

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