Chapitre 1 ( Réécriture 1)

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Le livre tomba lourdement sur le sol, tirant Louise de son sommeil. Il faisait déjà noir dehors. Pourtant il ne devait pas être si tard que ça mais les journées étaient de plus en plus courtes. L'hiver approchait. Le froid qui envahissait la pièce en était la preuve. Louise ramassa le livre et le déposa sur la petite table du salon. Elle alluma la lampe de chevet qui s'y trouvait, baignant ainsi la pièce dans une lumière douce et chaleureuse. Elle était encore un peu perdue dans ses rêveries. Elle cligna plusieurs fois des yeux pour qu’ils puissent s’accommoder à l’obscurité ambiante. Elle entendait le tic-tac régulier de l’horloge de la cuisine. Il était 18 heures, ses parents allaient bientôt rentrer. Elle se leva pour fermer les tentures et finit par se perdre dans le paysage. C’était sa dernière nuit ici. Elle partait le lendemain pour une nouvelle vie.

- Lou ? Tu es là ? demanda la voix de sa mère depuis le pas de la porte d’entrée. J’ai ramené le souper et fais quelques courses, tu viens m’aider ?

La jeune fille était encore un peu endormie, si bien, qu’il lui fallut un petit temps de réaction.

- Louise ? appela à nouveau sa mère.

- Oui, j’arrive maman, dit-elle enfin.

Lauren Williams était une femme d’affaires telle qu’on se l’imagine. D’une taille plutôt modeste, elle était toujours perchée sur de jolis escarpins qu’elle maitrisait avec une facilité que sa fille lui enviait. Le reste de sa tenue était tout aussi impeccable. Du chemisier blanc jusqu’au boucles d’oreilles parfaitement assortie, tout était calculé.

Louise saisit le dernier sac de course et Lauren referma la porte derrière elle.

- Lou, mets le souper dans le four pour le réchauffer. Ton père devrait arriver.

La jeune fille s’exécuta sans commentaire. Elle était en colère contre ses parents. Comment pouvait-il lui faire ça…

- J’espère que ta valise est prête, je n’aurais qu’une heure pour te déposer à l’aéroport avant ma réunion pour le Meeting d’Octobre. Il ne te manque rien ? Tu as pris des pulls j’espère ? Ta tante Cora m’a dit que le temps …

Mais Louise n’écoutait pas. Elle savait déjà tout. Ses parents travaillaient pour la même boîte pharmaceutique, sa mère dans le médical marketing et son père dans la recherche. Cette même boîte avait décidé d’ouvrir une succursale à Dubaï. Et ses parents avaient eu l’immense chance d’être sélectionnés. Tout ceci était totalement ironique. Ça aurait pu être merveilleux, une nouvelle vie à trois. Mais non, ses parents en avaient décidé autrement. Ils n’auront pas le temps, disaient-ils, entre les réunions, les présentations de produits et l’installation des laboratoires, Louise aurait été un poids mort pour eux. Oh bien sûr, ils ne lui avaient pas présenté comme ça… Sa mère lui avait proposé de vivre une superbe aventure écossaise. Oui, l’Ecosse. C’était ça sa destination pour les 12 prochains mois. La pluie et les moutons, voilà ce qui l’attendait pendant que ses parents profiteraient du soleil et de l’animation d’une vraie ville.

- Louise, tu m’écoutes ? s’énerva sa mère, tirant la jeune fille de ses pensées.

- Oui, je t’écoute, dit-elle d’un ton las.

- Je vois bien que non ! Tu es insupportable depuis quelques jours…

- Qu’est-ce que tu veux que je te dise Maman ? Que je n’ai aucune envie d’aller me perdre dans la brousse écossaise avec la vieille tante Cora ? Tu le sais déjà et tu t’en fous ! Alors, tu m’excuseras de ne pas sauter de joie.

Elle traversa la cuisine pour aller s’enfermer dans la bibliothèque en claquant ostensiblement la porte.

Bien sûr que ses valises étaient prêtes et bien sûr qu’elle avait prévu des pulls. Elle n’était pas folle. Elle n’avait aucune envie d’y aller, mais elle ne voulait pas subir ces 12 mois dans le froid sans s’être bien préparée à l’avance. Avec son amie Pauline, elles avaient fait du shopping deux jours auparavant, prétextant qu’elle n’avait pas assez de pulls. Depuis l’annonce de son départ, elle avait fait un nombre incalculable de listes pour ne rien oublier. Ses livres préférés, des vêtements pour tous temps, son ordinateur portable, maillot, serviettes, chaussures de toutes sortes, robes de soirée, on ne sait jamais, … elle avait pensé à tout. Du moins, elle l’espérait.

- Lou ? le ton de sa mère s’était radouci. Ecoute, je sais que tu es fâchée. Mais j’espère que tu comprendras que tout ça est dans ton intérêt. S’il te plait, sors, je ne veux pas passer notre dernière soirée ensemble en te sachant fâchée. Lou ??

L’intéressée grommela. Elle n’était pas prête à sortir, pas tout de suite.

- Bon Lou, je t’appelle quand le diner sera réchauffé…

Elle s’assit dans le canapé près de baie vitrée et replia ses genoux sous son menton. Elle adorait cet endroit. Elle avait grandi ici. Elle n’avait aucune envie de quitter tout ça, de quitter sa vie, ses amis. Une larme s’échappa du coin de son œil. Elle ne s’était plus autorisée à pleurer depuis l’annonce de son voyage forcé mais là, si proche du départ, elle craquait.

Elle se laissait aller quelque instant puis se força à relativiser. Elle ne reprendrait pas l’école ce semestre. Elle était supposée rentrer à l’université cette année, mais elle n’était pas encore décidée sur son choix d’étude… Ces quelques mois ne seraient pas de trop pour trouver sa voix. De plus, tante Cora était très gentille. C’était une vieille dame assez douce qui leur avait rendu visite quelques fois quand elle était petite. Elle vivait dans un vieux château que son mari lui avait légué. Elle et Lauren étaient cousines. Cette dernière avait tenu à ce que sa fille découvre ses origines écossaises. Et Cora, dont le mari était mort il y a moins d’un an, avait besoin de compagnie. « Tout s’arrange parfaitement » avait dit son père.

Louise finit par sortir de sa cachette, estimant qu’il ne servait à rien de perdre le peu de temps qu’il lui restait à passer avec ses parents. Elle se força à sourire à son père quand celui-ci rentra et le souper se passa sans anicroches. Ils passèrent le reste de la soirée chacun de son côté, comme chaque soir. Louise, dans ses livres, son père dans son journal et sa mère dans son travail.

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AEllean


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AEllean
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