Épisode 11, partie 5: Erwann

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Erwann était dans son bureau, à travailler depuis tôt ce matin, n'ayant vraiment pas vu le temps passer tellement il était concentré. Enfin, concentré et énervé, en réalité. Cela faisait bien plus d'un mois que le Clovis, son nouveau Club venait d'ouvrir. D'ailleurs, il avait déménagé pour vivre dans le panthouse au sommet du bâtiment. Plus d'un mois et ça faisait une bonne semaine et demie que les problèmes commençaient à s'accumuler.

Lui qui pensait que ce nouveau commerce allait passer comme une lettre à la poste… Il s'était lourdement trompé. Pourtant, il s'était bien renseigné sur le quartier et les alentours. Il avait même payé un détective privé pour recueillir des informations sur son concurrent, le Crimson Klub et sur sa patronne, la redoutable Absynthe Raven. Cette femme le faisait tourner en bourrique, sans plus aucun contrôle sur les rumeurs de son établissement, le brun au regard d'émeraude piquait de plus en plus de crise de colère. Il était assez maniaque du contrôle et tout ceci ruinait ses routines.

Basiquement, il pensait n’avoir aucun problème avec elle, vu qu'ils n'attiraient pas le même type de clients et qu'en plus de ça, leurs établissements étaient vraiment différents l'un de l'autre. Mais non, elle venait lui chercher des poux chaque jour que Dieu faisait.

D'abord, il avait eu connaissance de clients étranges, un qui avait posé de nombreuses questions à un danseur, alors qu'habituellement, les clients ordonnaient, sans demander si le danseur en question le faisait ou non. Bon, ça pouvait arriver d'avoir un nouveau client qui ne connaissait pas du tout le fonctionnement de son Club, mais généralement, c'était du bouche à oreille, donc la clientèle même nouvelle savait à quoi s'attendre en entrant au Clovis.

Mais ce qui lui mit la puce à l'oreille, fut que dans la même soirée, un homme ressemblant à une femme, s'était fait soumettre et avait aussi soumis dans une chambre, avec deux des employés. Et qu'ils leur auraient posés des questions. En tout les cas, pour la jeune soumise. Pour ce qui était du dominant, il s'était apparemment emporté dans une colère noire. Son employé lui disant qu'il se serait jeté sur lui s'il n'était pas parti à temps. Tout ceci était vraiment particulier. Surtout qu'on avait vu ce switch rejoindre les deux autres avant qu'ils ne partent. Ils étaient donc ensemble.

Erwann avait donc visionné les enregistrements des caméras de surveillances de la grande salle pour mettre un visage sur ces troubles-fêtes. Et oh, comme de par hasard, il en avait reconnu un immédiatement. Ne le connaissant pas personnellement, mais avant de s'établir durablement à Bordeaux, il avait fait un listing des lieux en rapport avec le milieu BDSM pour avoir des renseignements sur la communauté de la ville. Elliot, de chez Elliot & Co', styliste des plus reconnu dans le milieu. C'est vrai qu'il pouvait avoir une allure très féminine avec son visage fin et ses cheveux en trompe l'oeil qui pouvait être long une fois sa queue de cheval lâchée.

Il avait donc fait immédiatement le lien entre lui et le Crimson. Étant adepte des enquêtes, il savait donc qu'il était un ami proche de cette Absynthe. Et qu'il allait dans ce Club au moins une fois par semaine. Quant aux deux autres, ils étaient apparemment aussi clients du même établissement. Sans doute étaient-ils amis. Ils étaient donc sans aucun doute possible, venu en repérage au Clovis pour cette folle hystérique. Oui, Erwan disait de la patronne, qu'elle était hystérique, vu tous les courriers et toutes les plaintes qu'elle lui avait fait parvenir.

Passant une main dans ses cheveux longs et épais, coupé avec un side-cut sur le côté gauche, il se gratta nerveusement en fixant sur son bureau, une pile de lettres qui étaient à la fois des plaintes officielles reçues du commissariat le plus proche et des courriers manuscrits ou frappés à l'ordinateur, directement signé de la dominante adverse. Il y en avait beaucoup, elle n'avait pas chaumé pendant cette longue semaine. Le brun n'avait pas lu les plaintes déposées, car de toute manière, elles n'aboutiraient aucunement. Ayant un pécule certain, il avait bien sûr graissé la patte du Maire de la ville ainsi que de la police. Après tout, le BDSM était un monde de transgression et de violence. En tout les cas, c'était ça, sa vision du BDSM. De la violence, de l'interdit transgressé, de la douleur et du sang. Une sorte d'Enfer accessible sur la Terre.

Quand était-il de lui ? Oh, il n'était pas vraiment pratiquant. Au contraire, il trouvait cela trop extrême pour lui. Bien entendu, il était vrai qu'il avait une personnalité dominante, mais c'était tout. Tous aurait la même personnalité, s'ils avaient eu la même enfance que lui. Seul et toujours sous contrôle des autres. Il ne faisait que surfer sur une tendance en pleine expansion depuis la sortie de cette saga de romans à succès ainsi que des films. Depuis, le commerce de l'érotisme avait explosé, tout comme ce milieu-ci s'était ouvert, n'étant plus aussi secret qu'auparavant. Après tout, Erwann n'était qu'un entrepreneur, un patron d'entreprises florissantes, alors comme tout un chacun, il profitait de la mode actuelle.

Il avait fait la même chose avec cette mode de vampire, à l'époque… Ouvrant des Clubs en souterrains à Paris, pour des soirées gothique-éléctro, ou tous étaient habillés en noir, à la manière victorienne, en servant des cocktails aussi rouge que le sang.

En tout les cas, il n'avait toujours pas répondu aux courriers de la diablesse. Pourtant, il avait besoin que cette folie s'arrête. C'était épuisant. Il s'était aussi mit à envoyer des plaintes au commissariat, pour harcèlement. Mais vu qu’Absynthe ne s'introduisait pas dans sa rue ou n'allait pas faire de scandale en plein milieu de son Club, elle n'avait pas grand-chose à craindre…

Alors, il prit une décision qui allait enfin aboutir à quelque chose. Envoyant un de ses employés porter au Crimson une invitation pour sa patronne, à venir discuter ce soir. C'était risqué, mais nécessaire. Des pour-parler en bonne et due forme.

L'heure de son arrivée était plus qu'imminante, lui ayant donné rendez-vous vers vingt heures. Il arrêta ce qu'il faisait pour monter dans son appartement. Se préparant pour ce face à face décisif. Il enfila un costume entièrement noir et mat. Tout en se coiffant, pour se donner l'allure du patron puissant et inatteignable qu'il était. Tressant ses cheveux à la mode viking, il aimait beaucoup, ça lui donnait un style sauvage. Le genre de type qui pouvait te bouffer tout cru.

C'est bien à vingt heures pile que l'ascenseur de son panthouse s'ouvrit sur une jeune femme habillée d'une façon qui émoustilla l'imagination de notre entrepreneur. Portant une chemise blanche avec un harnais en cuir par-dessus, dessinant un pentacle, avec un pantalon noir en cuir, moulant parfaitement ses formes. Elle avait un carré court avec une franche en V, qui rehaussait la couleur extraordinaire de ses yeux. Des yeux mauves. Affichant son plus beau sourire charmeur, il s'avança vers elle. Peut-être arriverait-il à la faire céder en la séduisant…

- Bonsoir, Mademoiselle Raven. Vous avez de magnifiques yeux. Mauve, c'est du jamais vu…

- Le gène d'Alexandria, vous ne connaissez pas ? rétorqua-t-elle des plus sèchement. Appelez-moi donc Absynthe.

L'invitant à venir s'asseoir dans son grand canapé, il fini par lui servir un verre de whisky. Il avait d'ailleurs été relativement étonné qu'elle prenne comme lui. Pour lui, les femmes ne buvaient pas de whisky, c'était une boisson trop forte pour leur palet si délicat. En tout les cas, il ne se l'imaginait pas comme cela. Elle semblait forte, fière et confiante. Tout aussi froide et détachée qu'il pouvait l'être pendant des rendez-vous d'affaires.

- Vous pouvez vous détendre, nous sommes ici en pour-parler Absynthe, pas en territoire de Guerre. Je ne vais pas vous sauter dessus pour vous arracher le coeur, plaisanta Erwann pour essayer de détendre l'atmosphère.

- Oh, mais si au contraire, cher ami. De plus, c'est mon caractère habituel. Je suis une dominante après tout.

Aoutch. C'était déjà mal barré si elle ne se déridait pas un peu.

- Dominante ? Vous n'exagérez pas un peu ?

- Quoi ? Bien sûr que non. Je suis une dominante expérimentée. Vous êtes sexiste en plus d'être inconscient ? J'aurais pu le parier, tiens.

Elle balançait des piques d'une telle violence qu'Erwann devait se contrôler pour ne pas hausser la voix et se mettre en colère. Alors qu'Absynthe semblait sereine, savourant son verre tout en fusillant le brun de son regard vengeur.

- Passons… Qu'entendez-vous par inconscient ? Je ne comprends pas vraiment ou vous voulez en venir.

- Putain… Mais j'y crois pas… soupira Absynthe, cachant à peine son ton teinté de colère.

Elle fini par se lever, posant son verre, pour se rendre devant la baie-vitrée donnant sur une superbe vue de la ville.

- Inconscient parce que vous ne semblez pas connaître le BDSM ! Voilà pourquoi ! Avez-vous au moins lu les courriers et les plaintes ?!

- Bien sûr… dit-il menteur, alors qu'il n'avait que parcourut quelques courriers en rêvassant. Ce qui fit encore plus grogner la sorcière.

- Cette pratique n'est pas à prendre à la légère ! Il faut un minimum de sécurité et de confiance entre un dominant et un soumis !

Cette fois, il voyait enfin ou elle voulait en venir. Se redressant à son tour, pour glousser froidement.

- Vous dites n'importe quoi, ma pauvre. De la sécurité, il y en a, j'ai des vigiles partout ! Et la confiance… Ce n'est pas moi qui postule pour me faire prendre ou soumettre, comme vous dites, par un étranger ! venait-il de répondre, en baissant ses bras après avoir fait des guillemets avec ses doigts pour le mot soumettre.

Nouveau soupire d'Absynthe.

- Vous êtes désespérant. Le genre d'homme qui mériterait une bonne punition… Je vous parle de sécurité pendant les séances, pas au sein de votre Club… Saviez-vous que la plupart de vos soumises employées se font battre par vos clients si elles ne font pas ce qu'ils veulent ? Et la confiance… Il y a pleins de clubs ou des gens font des séances avec des inconnus, mais les limites de chacun sont respectés. Vos clients et même vos dominants employés ne sont pas respectueux de ça… C'est considéré comme un viol à ce niveau-là, pour la personne, quand elle demande à ce qu'on arrête et que l'autre continu.

Mais visiblement, Erwann n'en avait rien à foutre.

- Mais n'est-ce pas là l'ambiance initiale de votre pratique, Mademoiselle Raven ? l'appelant ainsi pour asseoir son autorité. Il n'allait pas laisser une femme le mettre à terre.

- Vous êtes en train de traîner notre milieu dans la boue. À cause de vous, il sera encore moins accepté qu'avant. Et des gens qui ne méritent en rien d'être dominant et d'avoir la confiance des autres peuvent librement exercer leur contrôle dans votre Club.

Elle n'avait pas tort, il fallait l'avouer, mais il n'avait aucun problème là-dessus. Des gens dérangés, on en voyait partout, tous les jours. Alors si ses personnes pouvaient s'en donner à coeur joie au sein de son établissement, à l'abri des regards, peut-être que de ce fait, ils ne maltraiteront pas d'autres personnes innocentes trouvés sur des forums… C'était ce que se disait Erwann, ne prenant pas en compte le sort de ses employés, car en un sens, ils pouvaient démissionner à tout moment. La brune se retourna, pour finalement soupirer encore et toujours. Venant devant lui, très près de lui, elle le regarda dans les yeux.

- Vous avez de la chance qu'aucun de vos employés n'ai encore porté plainte contre vous.

Cette fois, elle récupéra son verre, pour l'avaler cul-sec. Et se rendre devant l'ascenseur, bien décidé à partir. Alors qu'elle n'avait pas dit qu'elle mettrait fin à sa croisade personnelle.

- Faites attention Erwann Morel, car je détiens une information vitale pour votre commerce… Il ne s'agit pas que de BDSM… Dans votre Club, c'est de l'esclavagisme… Et puis… Du proxénétisme… Faites très attention… Car si une envie me prend… Je pourrais très bien vous dénoncer.

C'est alors qu'il ouvrit grand ses yeux. Il n'y avait pas vraiment pensé, mais c'était vrai. C'était une forme de proxénétisme. Il pensait que c'était monnaie courante dans ce genre de lieu, alors il rétorqua :

- Ce n'est pas habituel dans le milieu ?… ce qui provoqua le rire de la demoiselle.

- Oh non. Il y a bien des Clubs ou bars, ou même donjons, ou des gens font des séances, couche ensemble… Mais jamais quelqu'un employé par l'établissement avec un client. Il s'agit de clients, soumis et dominants, qui viennent pour prendre du plaisir dans un endroit sympathique. Comme les Clubs d'échangismes… J'avais raison, vous ne pipez rien à notre pratique.

Merde. Il était excessivement dans la merde. Alors, quand elle entra dans l'ascenseur, il bloqua la porte, soudain prit de panique.

- Votre prix !… Votre prix pour garder le silence là-dessus !…

- Mon prix ? Je pourrais vouloir votre fermeture, mais non… Alors laissez-moi vous convaincre du bien fondé de la sécurité dans ce milieu, voulez-vous ? demanda-t-elle, le regard de biche posé sur lui, un sourire de déesse sur les lèvres. Ce qui anima l'entrejambe du monsieur.

Erwann réfléchit à mille à l'heure, pour donner sa réponse le plus vite possible. Le convaincre ? Lui faire découvrir sûrement. Pourquoi pas ? Ce n'était qu'une sorte de classe de découverte. Un mauvais moment à passer pour qu'elle se taise.

- D'accord !… s'écria-t-il, hors d'haleine.

Absynthe ne répondit rien. Souriant juste, alors que les portes de l'ascenseur se fermaient pour la laisser partir. Elle avait gagné…

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