Épisode 11, partie 1: Hiacynthe

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Hiacynthe était en train de marcher vers le Grand Théâtre, son téléphone à la main. Relisant le message que lui avait envoyé Charlotte. Elles devaient se retrouver mardi après-midi, donc aujourd'hui, au café qui se trouvait juste à l'entrée de la rue Sainte-Catherine. L'avocate lui avait alors expliqué plus en détails ce sur quoi elle bossait. En gros, elle aidait Billy Mayeux, le fameux Mayo, comme l'appelait sa patronne, pour préparer une convention sur le BDSM, avec le reste de la bande.

La barmaid était déjà au courant de tout ça, vu qu'elle avait été présente le soir ou Billy avait annoncé l'idée à la rouquine. Mais cette fois, toute la bande était au courant et l'engrenage de l'organisation s'était mit en place. Elle trouvait cette idée de convention vraiment pas idiot. Car à part le Salon de l'érotisme, il n'y avait rien d'autre d'aussi visible par tous concernant la communauté. Et encore, ce qu'elle avait vu pendant ce salon n'avait pas été des plus originaux ou reluisant. Ils faisaient miroiter un BDSM soft et fantasmé, c'était dommage, car il n'y avait pas que la possibilité d'attacher son partenaire avec des menottes pour se redécouvrir.

Certes, c'était un sujet assez particulier pour un premier date. Car il s'agissait bien d'un rendez-vous galant entre les deux femmes, ça sautait aux yeux que Charlotte voulait l'inviter à sortir depuis belle lurette. Mais cela était complètement égal à la jeune femme aux cheveux court. Après tout, elles se tournaient autour depuis bien plus d'une semaine et en vérité, la rouquine lui plaisait depuis bien plus longtemps…

Arrivée devant le café, elle chercha une tête rousse parmi les clients, mais rien à l'extérieur. L'intérieur, peut-être ? Non, rien. Alors, elle commanda un moka et alla s'asseoir à l'extérieur, à une table qui pouvait facilement attirer l’œil des passants. Elle envoya un message à celle-ci, pour lui signifier qu'elle était arrivée. Priant intérieurement pour qu'elle ne la laisse pas tomber. Pas qu'elle doutait de l'avocate, au contraire, vu ses déboires amoureux précédents. Mais il fallait dire qu'elle aussi avait quelques problèmes en amour. Déjà, elle se faisait tout le temps draguer par des mecs. Et quand elle disait qu'elle était lesbienne, elle se faisait souvent agresser. Mais en plus de ça, on lui posait souvent des lapins lors de ses premiers rendez-vous. Elle n'avait jamais su pourquoi. Peut-être à cause de sa couleur de peau ? Les gens ne s'en rendaient-ils pas assez compte sur les photos ?

C'est alors qu'à la moitié de son moka, une furie rousse atterrit sur la chaise en face d'elle, complètement essoufflée et dégoulinante. La voir enfin se montrer l'a rassura, au moins, elle était venue. Et à en croire ce qu'elle pouvait voir… Elle s'était vraiment dépêché. Ne pouvant s'empêcher de glousser, elle appela un serveur pour que l'avocate prenne sa commande.

- Je suis vraiment désolé Hiacynthe !… Mon patron m'a appelé en astreinte alors que c'est mon jour de repos ! Il n'avait pas envie de me lâcher ce vieux croûton !

- Ce n'est pas grave, tu es la maintenant. Détends-toi.

S'ensuivi bien vingt minutes de discussion amicale avant que Charlotte décide enfin de se mettre au boulot. Elle sorti de son porte-document un bloc-note ainsi qu'un stylo. Ses yeux verts croisant ceux de la barmaid, ce qui la fit sourire. Même un peu fatiguée, la dominante semblait sûre d'elle, égal à elle-même, comme toujours. Hiacynthe ne pouvait s'empêcher de l'admirer. Elle dégageait quelque chose de fort.

- Bon, on va faire la liste des stands qu'il pourrait y avoir à la convention. Comme ça, on pourra commencer à appeler les marques.

- C'est une bonne idée, mais on n'aura pas le nom de toutes les marques, il faudra faire une liste plus poussée plus tard, avec internet., précisa Hiacynthe, ce qui arracha un sourire à Charlotte.

Oui, ça voulait dire, une soirée chez elle, pour pouvoir revoir la rouquine.

- Absynthe m'a dit que tu étais professeur de Shibari en free-lance ? Faire un atelier d'initiation te tenterais ?

- Oui, ça pourrait être pas mal. Pourquoi pas en proposer deux ? Un, avec plusieurs panelles d'horaires, très simple, sur les vêtements, pendant la convention et un autre atelier, toujours pendant les jours définit de l'évènement, mais le soir, dans la salle ou je donne mes cours, sur inscriptions, avec cette fois, quelque chose de bien plus intime et érotique ?

- C'est une super idée ! En plus, ça te fera de la pub comme ça.

- Ensuite… Elliot pourrait faire des défilés sur la scène et faire se balader les mannequins dans les allées… Pour la nourriture, on pourrait même demander au Space Coffee. Ils font de base des donuts et des tartes sur des thématiques de la culture geek, ils pourraient avoir un stand et faire des pâtisseries sur les différents thèmes du BDSM ?

- Wah ! Mais d'où tu sors tout ça !, demanda Charlotte, les yeux écarquillés, complètement ébahi.

- Peut-être parce que je sors bien plus que toi ? Tu as l'air d'une bourreau de travail.

- Touché… Heureusement que tu m'aides ! J'aurais facilement trouvé les stands et animations de base concernant le BDSM, mais rien qui pourrait être attractif pour des gens lambda…

Hiacynthe gloussa. Elle venait clairement de marquer un point de plus auprès de Charlotte, ce qui n'était pas pour lui déplaire.

- On pourrait aussi mettre une sorte de stand de prévention.

- De prévention ? Tu entends quoi par là ?

- Eh bien, déjà, expliquer clairement ce que signifie le mot BDSM. Ensuite, parler de la sécurité pendant les séances, qu'il ne faut pas prendre cela à la légère et bien évidemment, une distribution de préservatifs.

- Des préservatifs… Hum… Et si on en faisait à l'effigie du salon ? Je sais que certains mecs aiment bien collectionner des préservatifs originaux, sans les ouvrirent, bien sûr.

- Ce serait un plus. Et pourquoi pas pousser jusqu'à faire une mascotte pour la convention ?

La conversation allait bon train et les idées fusaient dans tout les sens. Heureusement, il y avait peu de clients autour d'elles. En tout les cas, c'était un très bon moment.

- Bon, on a noté pas mal de choses… Mais je ne sais pas, j'aimerais d'autres idées… Au cas où, tu vois ?, questionna l'avocate, la tête pensante, mais ça se voyait qu'elle était fatiguée, alors Hiacynthe eu une idée.

- Et si on allait au sex-shop de la rue du Loup ? Et ensuite au Sexy Center ? Comme ça, on pourra regarder leurs nouveautés ? On se fera une idée plus concrète avec les produits sous les yeux. On pourrait même réfléchir à la mascotte.

Finissant leurs boissons, elles s'en allèrent ensuite vers la rue Sainte Catherine pour trouver le petit sex-shop en question. Il était assez petit, il fallait l'avouer, mais ni trop caché, ni trop visible. De plus, ils avaient réellement la base pour le BDSM. La seconde partie du magasin étant consacré à la lingerie.

- Un coin mode, ce serait pas mal ? Regrouper toutes les marques de vêtements et lingeries au même endroit. Mettre des cabines d'essayages aussi, mais pas pour la lingerie, bien entendu.

- On pourrait même demander aux marques de nous offrir un modèle de leur dernière collection pour faire une loterie, ça attirerait pas mal de monde dans ce secteur et pousserait à se renseigner, voir à acheter, s'il y avait des lots à remporter.

Ensuite, elles revinrent dans la première partie du petit commerce en suivant le sens de la visite, pour se retrouver près des caisses, devant une étagère remplit de petits livres de la collection Osez.

- Et une partie livres ? Genre, avec des stands de maisons d'éditions érotiques ? Avec pourquoi pas une dédicace d'un auteur ? Mais aussi les collections pratiques comme celle-ci., Tenta de proposer Hiacynthe.

- C'est Absynthe qui va être contente, je suis sûr qu'elle aurait eu ce genre d'idées.

- Haha, tu m'étonnes, quand elle va voir tout ce que tu as mis sur ta feuille, elle va clairement vouloir s'y mettre direct et tout superviser.

Les deux femmes ne purent que partir dans un fou rire incontrôlé. Après tout, elles connaissaient toutes les deux la patronne. C'est alors qu'en continuant un peu à se balader, Hiacynthe vit que Charlotte s'était arrêtée devant le rayon des gag-balls. Il y en avait un avec des trous et un petit tuyau en plastique qui sortait d'un des trous. Sûrement pour recueillir la bave du soumis. Elle semblait… Complètement hypnotisé par l'objet de son désir.

Amusée, la barmaid s'avança vers elle doucement, pour venir dans son dos, en douceur, pour glisser ses bras autours de sa taille et ainsi poser sa tête sur son épaule.

- Il t'intéresse ?, demanda-t-elle, d'une voix taquine.

- Oui…, répondit Charlotte en se dandinant sur place, rougissant de plus en plus à ce que venait de faire son amie.

- Alors prends le.

- Mais… Je ne pourrais pas l'utiliser…

- Pourquoi ?, appuya-t-elle, connaissant parfaitement la réponse.

- Mais tu sais bien… Je n'ai plus de soumise…

- Et… Si tu l'utilisais sur moi ?

À cette question, Charlotte s'écarta d'elle, pour se retourner et la regarder droit dans les yeux. Rouge d'envie et de joie.

- Quoi ?! Tu… Tu voudrais bien ?

- Bien sûr. Tu me plais beaucoup, tu sais Charlotte. Et j'en ai marre que toutes les filles que tu aimes te rembarres.

- Je… Moi aussi je t'aime beaucoup Hiacynthe…

- Alors c'est décidé, je te l'offre. En gage… De mon engagement, d'accord ?

Elle savait exactement ce qu'elle faisait. Venant clairement de signer un contrat sous la forme d'un achat, avec la rouquine. Peut-être qu'il fallait commencer d'abord par le BDSM et ensuite par une relation amoureuse, pour que ça marche ? Cela étant le contraire de l'approche de l'avocate pour ses précédentes relations.

Le petit cadeau dans une poche, elles sortirent et décidèrent de prendre la voiture de Hiacynthe pour aller au Sexy Center et de rentrer ensuite chez elles.

Au second commerce, qui était bien plus grand, elles se baladèrent, pour observer ce qu'ils proposés, étant bien plus spacieux que celui du centre-ville. Ce fut à nouveau à la femme aux yeux verrons de proposer une idée.

- Hum… On pourrait aussi faire des forfaits d'entrée différent ? Genre, pour les personnes inexpérimentées, soft et le palier au-dessus. Avec un accès restreint à un secteur ?

- Pourquoi ? Tu voudrais installer quoi qui serait susceptible de heurter la sensibilité des autres visiteurs ?, demanda Charlotte en haussant un sourcil, intriguée.

- Une sorte de parc, avec des puppys et ponys sans maître ? Qui pourrait être un peu en libre-service dans cet espace pour des maîtres sans animaux ? Si ça se trouve, ça pourrait permettre à des couples dominant/soumis de se trouver ?

- Ce n'est pas une mauvaise idée, mais il faudra bien organiser tout ça…

Tournant encore dans le magasin, elles finirent par se prendre la main. Charlotte essayant alors de trouver un animal pour en faire la mascotte de la convention, mais elle butait clairement. Tout comme Hiacynthe. La journée avait été belle en perspectives pour elles deux, mais là, ça sentait qu'elles ne tarderaient pas à rentrer.

Au final, Hiacynthe se décida pour se prendre de nouvelles cordes pour ses prochains cours de shibari. C'est en passant à la caisse qu'une idée vint à l'avocate, qui regarda la vendeuse. Ici, il n'y avait que des jeunes femmes comme employées. Clairement discriminatoires, mais dans ce genre de commerce, il fallait attirer le client…

- Tiens, dites-moi. Si je vous dis « animal qui pourrait représenter le milieu BDSM », vous penseriez à quoi vous ?

La vendeuse semblait surprise. C'est sûr qu'on ne lui posait pas ce genre de question à l'accoutumée. Néanmoins, elle réfléchissait sérieusement.

- Hum… Le porc-épic. C'est ce qui me viendrait à l'esprit. Plutôt dominant, pour le coup, vu qu'il pourrait utiliser ses piquants, vous ne pensez pas ?

Vraiment pas idiot ! Les deux jeunes femmes remercièrent la vendeuse et s'en allèrent. Le porc-épic, c'était une idée à creuser, en effet. Il fallait sûrement en parler à Absynthe et Elliot, qui étaient doués pour ce genre d'imagerie. Mais l'idée était trouvée, c'était l'essentiel.

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