Épisode 8, partie 2: Billy

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[Évocation suicide] [Alcool]

- Ah bah vous au moins, vous avez réussi à avoir son numéro de téléphone !, venait de sortir un homme à deux tabourets de Charlotte.

Celui-ci était en train de boire une grande pinte de bière. Autour de lui, il y en avait déjà cinq autres vides. Pourtant, il n'avait pas l'air plus touché que ça. Hiacynthe n'avait pas l'air autrement gêné par la phrase qu'il venait de prononcer, elle sourit même amusée.

- Je t'ai pourtant dit que je n'était pas attirée par les hommes Billy, va falloir te rentrer ça dans la tête, mon coco !

Billy soupira avec le sourire, c'était surtout un jeu entre elle et lui. Il n'était pas du tout intéressé par la barmaid, non. Après tout, il avait été marié, il n'avait pas envie de se réengager. Surtout qu'en réalité, il avait surtout du mal à oublier sa femme après dix ans de mariage.

Le buveur était un homme qui portait un costume terne et usé, comme s'il n'avait que lui dans son placard, ce qui n'était pas faux. Ressemblant un peu à Léo, blond, avec les yeux verts, contrairement au professeur qui les avait bleu. Mais sa couleur de cheveux était bien plus terne. Cela tirait sur un blond fatigué, presque couleur paille. Et sa coiffure, n'en parlons même pas, elle était désordonnée, en de nombreuses mèches rebelles. Sûrement qu'il n'avait jamais réussi à les disciplinés de toute sa vie.

Le blond était arrivé bien avant Charlotte, il était là, même avant l'ouverture. Aujourd'hui n'avait pas été la journée la plus facile pour lui. Il avait reçu les papiers de divorce de sa femme qui d'ailleurs, demandait la garde de leur deux enfants. Pas étonnant, vu que Billy avait un boulot minable de vendeur de porte à porte. Cela ne rapportait pas des mille et des cents. Sauf qu'il ne vendait vraiment pas beaucoup. Alors que d'autres de sa boîte arrivaient à faire un salaire bien plus de décent. Comment lui ne pouvait-il pas y arriver ? Il était assez calé sur les objets dont il avait la charge, il avait même fait une école de marketing plus jeune. Peut-être n'avait-il pas assez le bagout, comme on dit. Ou alors… C'était son apparence ? Pas séduisant pour un sous, des cernes noires sous les yeux… Il faisait carrément peur à la femme au foyer lambda.

Après avoir ouvert cette enveloppe qui marquait un tournant dans son avenir, il avait prit son portefeuille et été sorti. Laissant ses jambes le porter à son nouvel endroit favori en ville. Le Crimson Klub. Qu'il fréquentait depuis déjà six mois. Il avait fini par devenir un habitué, car Madame Raven, la patronne, comme il appelait Absynthe, avait fini par le surnommé Mayo, à cause de son nom de famille. En un sens, cette petite attention, même si elle était en partie faite pour se moquer gentiment, lui allait droit au cœur. Vu que sa femme l'avait mis dehors.

C'est trois mois après ce petit drame familial, dirons-nous, que son patron avait fini par lui aussi le mettre dehors, à sa manière. L'invitant à un rendez-vous dans son bureau, pour d'une fois triste, lui dire de ne pas revenir le lendemain, qu'il était aussi désolé pour sa femme. Tout en lui tapant l'épaule amicalement. Ouai… C'est ça, tu es désolé, mais en tout les cas, ce n'était pas toi qui allais payer ses factures. Enfin, factures… Depuis qu'il avait été viré de chez lui, de la maison qu'il s'était démené à offrir à sa femme si avide d'argent, il avait prit une chambre à l’hôtel. Car sans travail… Impossible de louer un appartement. Il était donc au chômage, heureusement qu'il avait le chômage. Et allait tous les jours à Pôle Emploi, pour essayer de trouver un petit boulot, n'importe lequel. Pour survivre.

Mais comment survivre quand plus rien n'allait. Jusqu'à présent, ses soirées au Crimson l'aidait grandement, même s’il n'avait pas d'ami. Il avait rapidement sympathisé avec la barmaid qui était une personne adorable. Ce soir, il était tellement au fond du trou, qu'il buvait scotch sur scotch, sans se soucier de son état. Ce soir, il n'en avait plus rien à faire de tout. Sans doute, en rentrant allait-il avaler toute la boite de somnifères qui traînait dans sa mini salle de bain…

- Toi aussi, ça n'a pas l'air d'aller au dirait, Mayo.

C'était une voix qui ne connaissait pas vraiment qui avait parlé. Relevant les yeux de son verre, il fixa Charlotte, qui était assise pas loin de lui. Charlotte qu'il avait vue arrivée, qu'il avait entendu discuter avec Hiacynthe. À qui il avait parlé pour rire juste après. Il savait qui elle était, après tout, tout le monde connaissait un minimum la bande de la patronne. Il ne pu que sourire tristement, en se passant une main dans les cheveux.

- Ouai, on peut dire ça…

- Est-ce que tu voudrais en parler ? Par expérience, je sais que ça fait du bien de se confier à quelqu'un que l'ont ne côtoie pas, ou peu., venait de lui dire la rouquine, qui lui souriait presque avec tendresse.

Sans attendre sa réponse, elle se leva, pour venir s'asseoir sur le tabouret de bar le plus près de lui. Ce qui fit rougir Billy de gène, c'était sans doute la première fois qu'une femme venait directement à lui. Que ce soit pour parler, ou draguer, ou tout autre chose en fait. Il se gratta l'arrière de la tête, baissant à nouveau son regard sur le contenu de son verre. C'était gênant comme situation. Mais elle avait peut-être raison. Parler lui ferait sûrement du bien. Hiacynthe arriva près d'eux, leur fervent un shot de rhum piment à chacun avec bien sur, un pour elle aussi.

- Aller, prenons ça, ça nous donnera du courage !

- Ouiiii ! À boire !

Charlotte semblait tellement en joie quand il s'agissait d'alcool, que Billy ne pu que glousser. Il n'avait pas bu entre amis depuis des lustres. Ce n'était arrivé qu'au lycée.

Les trois compères prirent les petits verres et burent en même temps. Gémissant entre bien-être et douleur, puis reposèrent les contenants vides pour que la barmaid les récupère. Juste après ça, l'avocate vint poser une main sur la droite de l'ex vendeur.

- Aller, raconte donc à Maîtresse Charlotte ce qui te tracasse. Tu peux même pleurer, si ça te soulage.

Elle utilisait sans doute le vocabulaire du Club pour mettre à l'aise Billy et le détendre, ce qui ne rata pas. Soupirant, il demanda de l'eau pour se remettre les idées en place, puis parla. Sa vie merdique, son mariage, sa petite famille. Son pavillon de banlieue. Son boulot ou ça allait de plus en plus mal. Sa femme qui le fout dehors, sa chambre d'hôtel, son patron qui le vire. Et ce soir, la réception des papiers du divorce. Bien sûr qu'il avait pleuré, comment ne pas pleurer face à une telle déchéance.

D'un côté, vu ce qu'il avait entendu sur Absynthe, heureusement que ce n'était pas elle qui était venu à sa rencontre, pas sûr qu'elle soit si compatissante envers lui. Finalement, la rousse s'écarta doucement de lui, vu qu'il avait terminé son récit, elle n'avait plus besoin de le soutenir. Mais alors, elle reprit la parole, pour la plus grande surprise du blond.

- Et… Tu comptes faire quoi maintenant ?, demanda-t-elle, curieuse, ses yeux vert braqués sur lui.

Nouveau soupire déprimé de Billy. Bah justement, il n'en savait absolument rien.

- Aucune idée. Depuis trois mois je vais à Pôle Emploi tous les jours pour espérer avoir un petit boulot, même faire la plonge j'accepterais. Je n'en suis pas à ça prêt…

- C'est pas ça que je veux dire, pardon, je me suis mal exprimé. Non, ce que je veux dire… Tu n'envisagerais pas une reconversion professionnelle ? Tu n'aurais pas un métier que tu rêverais de faire ?

Hum ? L'homme haussa un sourcil, abasourdi par la question de la demoiselle. En effet, il n'avait jamais pensé à cela. Ce n'était ma foi, peut-être pas une mauvaise idée. Sauf qu'il baissa à nouveau les bras. Mayo, spécialiste du pessimisme, bonjour.

- Mouai… Je sais pas trop. Je ne sais vraiment pas faire grand-chose, tu sais… Et puis, normalement, c'est pas aux conseillés Pôle Emploi de te proposer une reconversion ?

- Il n'a pas tort Charlotte, il me semble bien que c'est à ses rapaces de proposer des formations, en fonction de ceux qu'ils ont. Sinon, c'est souvent tué dans l’œuf…, sorti Hiacynthe, qui écoutait tout en travaillant derrière son bar. Il lui fit d'ailleurs un sourire amical de remerciement.

- Ah bon ? Je ne savais pas…

- En même temps… T'es avocate, tu n'as jamais eu besoin d'aller à Pôle Emploi ! Je suis sûr que tu serais complètement perdu là-bas !

Hiacynthe venait de sortir ça sur un ton si léger que les trois lurons se mirent à rire sans pouvoir s'arrêter.

- Bon, alors autre chose… Tu as peut-être un projet en tête ? D'une entreprise ? D'un évènement ? Un truc qui t'a toujours trotté dans la tête, mais que tu ne pense pas réalisable ? Aller, dis-nous ! Après tout, c'est le soir de toutes les confessions !

Un projet… Cela aussi, il n'y avait pas pensé, car après tout, avec sa situation actuelle… Jamais aucune banque ne voudra le soutenir… Pensivement, il vint se frotter le menton, tout en buvant quelques gorgées d'eau.

- En effet… J'ai bien un projet en tête… Mais jamais je pourrais le concrétiser, tu sais…

- Taratataa ! Je veux savoir ! Aller, accouche Billy, putain !

- Euh… Je voudrais faire un salon… Un salon BDSM…

Il rougissait de plus en plus de gêne, détournant le regard alors qu'il commençait à suer à grosses gouttes, c'était apparemment quelque chose qu'il avait énormément de mal à assumer. Mais en apprenant ça, Charlotte ne pu s'empêcher d'éclater de joie, les bras levés, finissant par prendre Billy contre elle, surexcitée.

- Wahhh ! Mais c'est génial !!

- En effet, avec le Club et la boutique d'Elliot en ville, un salon BDSM serait assez dans la continuité et attirerait pas mal de monde. Renchérit Hiacynthe.

Ah bon ?… Venait de penser intérieurement Billy. Ne pensant pas du tout que son idée pouvait avoir un quelconque impact. Charlotte finie par le libérer de son étreinte de poitrine meurtrière, car elle n'avait pas de petits obus. Au contraire… Et cela pouvait facilement étouffé la cible visée.

- Vous le pensez vraiment ?… Mais… Comme j'ai dis, jamais je pourrais le faire.

- Au contraire. Tu vas pouvoir le faire. Mais avec de l'aide., la contredit l'avocate.

- Bah… Jamais la banque m'accordera un prêt sans emploi décent.

Il posa son regard sur Charlotte. Celle-ci semblait… Revigorée, déterminée et pétillante.

- Écoute, j'ai une idée Billy. Je vais parler de ton idée de salon à Absynthe. Si ça lui plaît, elle se proposera sûrement en sponsor. J'en parlerais aussi à Elliot et aux autres bars BDSM voire même les LGBT+ de la ville. Les sponsors t'aideront financièrement. Ensuite, on créera une entreprise à ton nom, tu me mettra en associée, comme ça la banque t'accordera un prêt, je t'aidera du mieux que je peux pour réaliser ton projet.

À ses déclarations… Le pauvre Billy ne pu que écarquillé les yeux de surprise. C'était quoi ce bordel ? Charlotte venait de tomber sur la tête ? Elle ne pouvait pas faire ça… C'était… Complètement insensé !… Les couleurs de son visage le quittèrent, mortifié.

- Q…quoi ?… Mais… Non… Pourquoi ferais-tu ça ?… On ne se connaît même pas…

- Parce que tu es un habitué du Crimson. Parce que comme moi, tu es un amoureux de cette pratique. Parce que encore comme moi, ta vie n'est pas juste. Alors je veux te donner un coup de main, je suis sûr que tu le mérite. Je suis persuadée que ton idée sera sensationnelle !

Voyant autant de passion émanée de l'avocate, Billy ne pu que verser des larmes, sans pouvoir se contrôler. Amenant son avant-bras à ses yeux pour se cacher et essayer d'endiguer le flot de larmes qui le submergeait.

- Merci… Merci… Charlotte…

Celle-ci ne pu que sourire et venir frotter le dos de l'homme pour l'aider à se calmer alors que Hiacynthe, le sourire aux lèvres, lui donna un mouchoir.

- Je pense que je vais aussi essayé de demander un petit emploi pour toi à Absynthe, ici.

- Ouai, j'y pensais aussi, si je demande aussi, elle va sûrement dire oui. Mais Charlotte, ça va vouloir dire qu'il va falloir que tu t'excuse.

- Oh non ! Je ne pense pas, je ne m'excuserais pas !

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