Épisode 7, partie 2: Léo

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On était dimanche, Léo venait juste de terminer de manger. Il était assez doué en cuisine, mais quand il était chez lui, surtout le midi, c'était assez rare qu'il se cuisine quelque chose de « bien ». Ici, il s'était simplement fait un mug de soupe instantanée Royco, avec un sandwich. Repas relativement succinct. Il venait de terminer une session d'écriture et… Avait reçu un coup de téléphone de la part de Charlotte. Elle semblait au fond du trou. Elle avait besoin de parler. Il fallait donc qu'il l'a rejoigne au Club le plus vite possible.

Pourquoi ? Elle n'avait pas donné d'heure exacte ? Oui et non. Avec Charlotte, quand elle était dans cet état, il fallait rappliquer illico presto, parce qu'elle était sûrement déjà au Crimson, en train de boire. Il fallait vite la rejoindre avant qu'elle soit complètement torchée.

Voilà que le professeur venait d'arriver. Il observait la salle pour voir ou la rouquine s'était posée. L'a voyant, il soupira. Elle était assise au bar. Elle aurait pu se mettre dans une table contre un mur, dans un endroit un peu sombre, discret. Mais non. Au bar, pour avoir le barman du dimanche devant elle, pour l'a resservir dès qu'elle en ressentait le besoin. Se passant une main dans ses cheveux blonds, il arriva vers elle.

- Hey. Tu ne m'a pas attendu.

- Désolé, j'avais déjà commencé dans je t'ai téléphoné…

- Ah…, venait de dire Léo, l'air un peu préoccuper. Il n'aimait pas voir l'avocate dans cet état.

Finalement, après avoir commandé un verre de Gin, il regarda Charlotte, car la jeune femme restait des plus silencieuses. Il fallait souvent mettre en marche la discussion, sinon elle restait muette. Heureusement qu'elle ne voyait pas de psychiatre, sinon, elle payait clairement le praticien pour rien.

- Que ce passe-t-il ? Pourquoi tu n'as pas appelé Elliot ? D'habitude, c'est lui que tu appel à la rescousse quand plus rien ne va.

Oui, ça pouvait paraître un peu dégueulasse dit comme ça. Mais avec leur bande, c'était le basique. Souvent, Charlotte allait instinctivement vers Elliot. Car il était très ouvert d'esprit. Léo aussi, sauf… Qu'il était le soumis et le meilleur ami d'Absynthe et que Charlotte et la patronne du Club avaient des atomes crochus.

- Pourquoi ? Parce que j'en ai marre qu'il me juge après chacune de mes ruptures…

- Dit pas ça. Elliot ne t'a jamais jugé.

- C'est faux. Il me préviens à chaque fois ! Et pourtant, je fais plus attention… Mais… Je sais pas, je dois avoir la poisse. Peut-être que je ne suis pas faite pour être en couple.

- Non, bien sûr que non. Personne ne trouve la bonne personne au premier essaie. Je sais que ça doit être compliqué, mais, continue à être celle que tu es.

Le blond passa une main rassurante dans le dos de l'avocate. Il pouvait comprendre que c'était de plus en plus compliqué pour elle de supporter rupture sur rupture. Surtout qu'elle s'attachait trop vite et… Allait aussi trop vite. Mais Léo était certain qu'un jour, elle trouverait chaussure à son pied.

Un bruit familier attira son attention. Celui d'une porte de bureau se refermant violemment. La rouquine déjà trop au fond de son verre d'alcool n'avait rien entendu. Mais le professeur de sociologie savait très bien ce que ce bruit signifiait. Absynthe. Elle était là ce soir. Lui qui avait espéré qu'elle soit absente, c'était foutu. Pourtant, le dimanche, elle n'y était jamais. C'était d'ailleurs sûrement pour ça que Charlotte avait appelé aujourd'hui. Car Léo était disponible et Absynthe loin de son Club. Mais pas ce soir. Naturellement, le blond se demandait pourquoi. Vu son état d'énervement, il devait s'être passé quelque chose. Un problème technique qui l'avait sûrement forcé à téléphoner à une entreprise de réparation ou d'entretien. Elle détestait vraiment passer des coups de fil à ce genre d'entreprises.

Alors finalement, il se mit à espérer autre chose. Espérer qu'elle ne viendrait pas vers eux. Qu'elle ne les verrait aucunement, ou qu'elle soit bien trop occupée même pour leur dire bonjour.

- Charlotte ? Peut-être que ce serait mieux si on allait s'asseoir à une table, à l'abri des regards ?, hasarda-t-il avec une voix peu assurée. Il connaissait l'avocate, c'était un véritable pilier de bar dans ses moments-là.

- Rah mais putain laisse-moi tranquille. Je suis bien là ou je suis ! T'as pas envie que je picole, okay mais je suis triste, merde !

Et voilà. Ce qu'il ne voulait pas arriva. Charlotte venait d'hausser la voix. Ce que Léo voulait éviter, parce que justement… Absynthe venait de lever le regard vers la salle. Sans doute allait-elle bientôt rentrer chez elle. Mais non, bien sûr que non ! Vu que grâce à la crise de Charlotte, elle était en train d'observer la salle et donc de rester encore plus longtemps à l'intérieur du Club.

Léo se rabattit de nouveau vers la dépressive qui était en train de boire la fin d'un rhum qu'elle venait de commander. Posant une main sur son épaule, il se leva de son tabouret pour venir contre elle.

- Charlotte, aller, viens, allons nous asseoir là-bas, nous seront plus tranquilles, vraiment.

- Pourquoi ? T'as peur de quoi ? Que je dérange les clients de ta meilleure amie ?

- Non, ce n'est pas ça… C'est autre chose. S'il te plaît Charlotte.

Finalement, l'avocate consentie à faire ce plaisir au professeur qui passa un accord avec le barman, qui, dès qu'il voyait le verre de Charlotte vide devait lui en amener un autre. Il payerait la tournée de la pauvre âme en détresse. Tant que la confrontation entre la rousse et la brune ne se passe pas.

Il aida donc la demoiselle en détresse à marcher jusqu'à la table à l'abri des regards quand il tourna malencontreusement la tête vers l'escalier, pour croiser le regard de la dominante. Merde. Merde et re-merde. Elle commençait déjà descendre les escaliers d'un air déterminé. Elle n'avait pas l'air commode. Avait-elle deviné pourquoi Charlotte était là ? Était-elle en colère à cause de ça ? Ou bien… Était-elle en colère car Léo ne l'avait pas prévenu de sa visite et aussi… Peut-être se demandait-elle pourquoi il était avec la rouquine plutôt qu'elle-même Mais tout ça… Absynthe l'avait sûrement déjà deviné. Elle était perspicace.

Le professeur de sociologie commençait sérieusement à se demander si avoir vu Charlotte au Crimson était une bonne idée ou non. Sa meilleure amie et la rouquine n'avaient jamais été en très bon terme depuis le départ. Ce qui était parfois problématique. Non, même, de plus en plus problématique. Comme si… Tout l'univers de la bande allait exploser d'un jour à l'autre à cause d'elles.

La patronne finit par s'arrêter devant la table des deux amis. Ne s'y asseyant même pas. Elle fixait Charlotte d'un air perplexe, mais en même temps impartial. Se doutant sûrement du pourquoi elle était là en semaine, accompagné seulement du blond.

- Nouvelle rupture ?, venait-elle de sortir, simplement, sur un ton qui glaça le sang de l'homme.

Il connaissait très bien la brune en face d'eux. Son ton et sa gestuelle voulait tout dire. Elle était sur les nerfs. Comment ça, voir la tignasse de la rouquine suffisait à l'énerver ? Vous allez bien trop loin mes amis… Enfin, peut-être pas…

Posant ses prunelles mauves sur l'avocat. Elle semblait la juger comme si un crime horrible venait d'être perpétré. Charlotte, quant à elle, égale à sa façon d'être, elle buvait son verre, avachie sur la table, ne regardant même pas Absynthe. Elle devait sentir le poids de son regard de loin.

- Ouai… Je pensais que tout se passait bien… Je faisais vraiment attention cette fois… J'allais pas trop vite…

- C'est pas ce que m'a raconté Elliot. Toi, tu en pense quoi Léo ?

- Euh… Eh bien… Je pense juste qu'elle n'était pas faite pour Charlotte, ça arrive, tout le monde ne peut pas nous convenir.

Il essayait d'être un peu comme la Suisse, neutre. En tout les cas, temps que la brune était avec eux à discuter. Sentant que ça pouvait éclater d'une minute à l'autre. L'ambiance était bien trop palpable. Si elle le pouvait, Absynthe enverrait des éclairs à Charlotte avec ses yeux… C'était à ce point-là. Celle-ci fini par soupirer, sans la moindre des discrétions.

- Absynthe…, venait de souffler Léo, la voix basse, pour que son amie arrête de chercher la merde. Car c'était ce qu'elle était en train de faire. Il l'a connaissait. Il savait qu'elle allait faire du rentre-dedans pas du tout délicat envers la rousse. Son rapport à l'amitié était complètement différent entre Charlotte et Equinoxe, c'était assez hallucinant à observer pour le sociologue.

- Quoi ? Qu'est-ce que t'a pour souffler comme ça ?

Merde. Encore et toujours merde. Léo cacha son visage dans ses mains. Il était trop tard. La dispute était lancée… Il ne pourrait rien faire pour calmer les deux factions. Le réel point commun que ses deux femmes là avait… C'était simplement leur attrait à se mettre en colère. C'était toujours théâtral et coloré, dirons-nous.

- Moi ? Rien. Juste je remarque que tu ne fais absolument rien pour changer alors que je n'arrête pas de te prévenir.

- Bien sûr que si ! J'ai vraiment fait attention ! Je n'ai rien brusqué !

- Mouai, c'est ça, à d'autres. Tu ne vois que ce que tu souhaite voir ! Même Elliot le dit alors que c'est l'un des plus compréhensifs avec toi ! Je ne comprends pas comment les mecs de la bande peuvent te supporter autant avec tes problèmes de cœur, sérieusement ! Tu veux tout tout de suite !

Absynthe avait haussé le ton, alors que Charlotte avait enfin levé le nez vers elle, la foudroyant de son regard d'émeraude. Ses deux femmes étaient de redoutables lionnes. Il ne fallait pas s'interposer pendant une dispute, Elliot avait fait l'erreur un jour.

- Et puis d'abord, pourquoi tu es aller pleurer dans les bras de Léo, hein ? Tu pouvais pas te contenter d'Elliot ?! Contrairement à lui, Léo est professeur, il n'a pas de temps à perdre avec tes futilités de gamine trop gâtée !

- Quoi ? Attends… C'est moi ou tu nous fait une crise de jalousie ?

Charlotte venait de marquer un point. Léo savait qu'Absynthe détestait qu'on s'approche trop de lui. Elle était des plus possessive avec lui, même si elle ne le montrait pas vraiment. Absynthe, quant à elle, venait de grogner doucement. Énervée par ce que l'avocate venait de déceler. D'ailleurs, elle avait un sourire sadique, triomphant sur les lèvres.

- J'ai appelé Léo car Elliot était occupé et lui, à bien voulut m'écouter. Après tout, dans la bande, je n'ai qu'eux. Equinoxe et moi on s'entend pas. On est trop différente. Et toi ? C'est toi que j'aurais dû appeler ? Meuf, à chaque fois que j'ai une peine de cœur tu m'en met plein la gueule ! D'ailleurs, je me suis toujours demandé pourquoi tu était amie avec moi alors que clairement tu me déteste !

Léo releva un sourcil, intéressé par la conversation. Même s'il savait que ça alla se transformer en échange de grenades, il était lui aussi curieux. Il était vrai qu'Absynthe détestait Charlotte. Même lui le savait. Pourtant, elle ne lui en parlait concrètement jamais, du pourquoi elle l'a détestait. Il se tassa tout de même dans sa banquette, car des regards curieux se tournaient vers eux à force que l'échange augmentait en volume et colère.

- Tu veux vraiment savoir ? Hein ?! Parce que tu t'es littéralement incrusté un soir à notre table ! Tu t'y est accroché comme une saloperie de moule à son rocher ! Je déteste les opportunistes comme toi ! Tu n'es qu'une manipulatrice, rien de plus ! Voilà pourquoi tu n'arrive jamais à garder une soumise ou une copine !

- Pardon ? Mais je voulais juste rencontrer des gens moi ! C'est comme ça qu'on fait quand on connaît personne ! On s'incruste. C'est pas possible, t'es hyper jalouse ma parole. Pire qu'une chienne quand on touche à son territoire ! C'est pas moi la manipulatrice dans l'histoire, c'est toi ! T'as vu comment tu as mener en bateau la pauvre Equinoxe ?! Même si j'en ai rien à battre d'elle, j'ai vu que ça allait pas ! Si vous ne me vouliez pas dans votre groupe, vous pouviez me jarter !

- C'EST ELLIOT QUI M'A CONVAINCU DE PAS TE FOUTRE UN VENT !

Le hurlement avait fusé dans tout le Club tellement la patronne était en rage. Léo n'en revenait pas. À ses mots, Charlotte se leva.

- Eh bas tu sais c'est quoi ? Je vais me foutre à la porte moi-même ! Ciao la grognasse ! Je ne vais pas me soumettre à ton autorité pour ton bon plaisir de petite sadique du dimanche.

Le professeur avait complètement bugué. Il regardait alors la rouquine sortir. Partir sans lui. Revenant à lui, un peu sur le cul, il fallait dire. Absynthe, quant à elle, hurla une dernière chose :

- Ouai bah si c'est comme ça, revient même pas ! Tu pourra pas entrer !

Le blond regarda son amie, en fronçant les sourcils.

- Absynthe ? Quand même pas… La black-list pas… Elle ne mérite pas ça.

- J'en ai absolument plus rien à foutre ! Et toi me fait pas chier !

La patronne se retourna sans un mot, retournant à son bureau, laissant Léo, seul, à devoir payer les consommations de la soirée et rentrer chez lui, un peu dépité. Il enverra, bien deux jours après, un SMS à Charlotte, lui disant qu'avant de reprendre une relation, elle devait peut-être adopter des plantes pour essayer de s'en occuper…

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