Épisode 6, partie 2: Absynthe

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Il était presque onze heures quand la patronne du Crimson Club arriva sur les lieux qu’elle gérait toute seule. Les employés, notamment Hyacinthe l’a salua joyeusement. C’était une bonne journée pour eux apparemment. Aucunement pour elle. C’était une journée fatidique. Elle devait contacter Equinoxe par on-ne-sait quel moyen et la convaincre de la laisser dormir chez elle un soir. Bonne idée, encore faut-il savoir comment mener l’approche.

Car la tatoueuse n’était pas vraiment quelqu’un de facile à dissuader. Quand elle avait décidé quelque chose, elle n’en démordait presque jamais. Et pour savoir ce qu’elle pense, c’est encore plus ardu vu qu’elle arrive bien à cacher ses sentiments quand il s’agit de la tristesse. Et si Absynthe faisait encore une gaffe ? Encore plus grande que celle qu’elle venait de faire ? Une angoisse l’a prit. Montant rapidement les escaliers menant à son bureau. Une fois la porte fermée, la séparant du reste du Club, elle se passa une main nerveusement sur le visage pour essayer de reprendre contenance. C’était tellement difficile les relations sociales…

C’est alors que quelqu’un frappa violemment à sa porte, ce qui l’a fit sursauter et surtout faire un bond de deux mètres, ne s’attendant pas à ce que quelqu’un vienne la voir si tôt après son arrivée. Quel ne fut pas sa surprise en voyant la tête d’un certain Elliot, styliste de son État, montrer sa bouille blonde dans l’embrasure de la porte.

- Luciole ? Qu’est-ce que tu fous là si tôt ?

- Je me suis dit que par rapport à hier tu aurais sûrement besoin d’aide. Venait-il de dire avec un ton taquin et un sourire espiègle au visage.

Sans rien dire, après avoir bien évidemment calmé son rythme cardiaque, la patronne s’assit à son bureau en soupirant encore plus fortement que ce matin dans son appartement. Qu’est-ce que ce styliste bien trop fanatique du latex pouvait faire pour l’aider face à son problème ? À part appeler Equinoxe à sa place pour lui proposer une pyjama party… Non, elle ne voyait pas.

- De l’aide pour ?

- Pour te remonter le moral pardi !

Ah… Ce n’était pas étonnant venant de sa part. Tellement pas et tellement évident qu’elle se demandait pourquoi elle n’y avait pas pensée tout de suite. Cette histoire avec Equinoxe lui faisait complètement perdre la tête et perdre ses repères, c’était infernal. Lâchant alors un petit rire pour accentuer sa réaction.

- Alors, voilà, j’ai eu une idée !

- Toi ? Une idée ? Depuis quand tu as un cerveau fait de chaire et pas de latex ?

Cette fois, ce fut au tour du brun de lâcher un rire comme ça. Il avait bien entendu le ton affable de son amie, mais n’avait pas relevé, comprenant l’état émotionnel de celle-ci. C’était lui qui l’avait eu au bout du fil après tout. S’asseyant sur la chaise en face de la patronne, séparé par un bureau, il se pencha sur celui-ci pour se rapprocher d’elle, son sourire de plus en plus étiré et presque… Enfantin ? Oui, bien trop enfantin pour un homme de son âge.

- J’ai une nouvelle collection pour tes employés de scènes permanentes !

Sa nouvelle résonnait comme un « Tadaaaaaa » dans sa bouche. Comme si tout ce qu’il venait de dire devait paraître complètement évident pour la responsable de Club. Non, décidément, elle ne comprenait pas vraiment. Rien, nada, niet…

- Aller, réfléchit ! Tu es une domina’ cultivée ! Tu vas trouver.

Cette perche tendue ne libéra qu’une moue boudeuse et un pas croyable doigt d’honneur de la part de la brune à la frange plongeante. Comment ça s’était évidant ? Elle ne comprenait rien à rien ! C’est au bout d’au moins cinq bonnes minutes de réflexion dans un silence de mort qu’un grognement se fit entendre. Celui-ci venant du fond de la gorge d’Absynthe qui commençait à s’énerver. Ses poings frappant le bureau en bois ne firent pas bouger d’un pouce le styliste qui connaissait bien la patronne. Il l’avait vu une fois dans cet état. Léo, lui l’avait vu bien plus de fois comme ça.

- Mais putain ! Comment ta satanée de collection de merde pourrait m’aider avec Equinoxe !, hurla t-elle dans son bureau, tout en se levant de colère.

Sauf qu’elle stoppa net ses mouvements, écarquillant les yeux, comme prise d’un éclair de génie. Oui, c’était ça, ou non, plutôt un éclair de lucidité. Glissant son regard vers celui bleu azur de son ami, celui-ci lui répondant avec un sourire victorieux avant de lever un pouce en l’air.

- Tu vois, mon idée n’est pas si idiote !

C’était même certain ! Equinoxe adorait faire la soumise d’apparat pour les présentations de collection d’Elliot. Mais un problème persistait encore. Comment lui en parler ? Ce n’était pas au brun de s’en charger, car c’était pour le Club. Et puis surtout, le garçon avait mis une idée sur le tapis pour faire sortir la jeune femme timide de son trou. Absynthe pouvait bien lui rendre l’appareil en la prévenant et lui proposant ce petit travail.

En remerciement, elle descendit avec Elliot pour lui offrir un verre de rhum qu’ils dégustèrent ensemble. C’était agréable de voir certains des gens de la bande seule et pendant les heures de fermeture du Club. C’était beaucoup plus calme et intimiste. Repartant comme il était arrivé ensuite. Laissant à nouveau Absynthe seule avec ses pensées. Malheureusement, pas vraiment le temps pour elle de se poser. Une répétition, la répétition finale du nouveau spectacle de fermeture allait bientôt débuter. Rendant les verres à la barmaid qui lui fit un de ses plus beaux sourires, elle se leva pour marcher avec nonchalance vers le devant de la scène ou son siège était déjà installé. Une simple chaise, mais une qui lui était réservée. Bien placé pour tout voir depuis le public.

Elle s’y assit, sévère et toujours distante de visage. Ses employés étaient ses employés, pas ses amis. Chacun savait qu’il devait travailler dure, surtout les performers à plein temps. Les spectacles du soir étaient tout aussi important et millimétrés que ceux du Moulin Rouge de Paris. Tout étant fait pour vendre du rêve. Du rêve et possiblement… La location d’une salle à l’arrière pour la domination.

La répétition commença, mais dans le même temps les hurlements de colère et de stupéfaction de la patronne. Il s’agissait du filage final et pourtant… Il n’y avait rien de prêt, ni de parfait. Des performers et danseurs qui ne connaissaient pas leur prestation comme il le fallait et des couacs au niveau de la régie avec les lumières et la musique. Absynthe dû absolument tout prendre en main. Cela se voyait que certains employés étaient soulagés, comme d’autres semblaient bien embêtés. Leur employeur n’était pas aimé de tous, car elle pouvait être franche et crue. En même temps, il s’agissait de son gagne-pain, de son bébé, de son Club à elle qu’elle avait mis des années à mettre en place. Ce n’était pas pour que des petits cons sans cervelle gâche absolument tout en un seul spectacle.

Une fois tous les problèmes réglés, c’était quand même plus agréable à regarder pour le spectateur. Soufflant, la jeune femme se leva de sa chaise, faisant un signe à une des danseuses, celle basiquement en charge de tout organiser pour le nouveau spectacle. Lui faisant comprendre qu’elle lui laissait la main, que c’était assez bien pour qu’elle ne continue pas à régenter la répétition. Voguant alors à l’aveugle, mené par ses jambes naturellement vers le bar ou elle s’assit en soupirant à nouveau.

- Ça ne va pas patronne ?, demanda Hyacinthe avec gentillesse tout en posant une pinte de bière sur le comptoir juste en face de la dominatrice. Relevant son regard pourpre intense vers son employé, elle lui sourit en ricanant, affable. Elle était fatiguée, de plus en plus alors qu’elle pensait à Equinoxe et à comment l’approcher.

- Comment tu ferais si une de tes potes ne répond plus à rien, mais que tu veux lui proposer un truc ?

La barmaid était en train d’essuyer des verres tout en les rangeant soigneusement. On pouvait voir qu’elle y mettait une attention toute particulière, comme un rituel, ou un geste du quotidien qui lui tenait à coeur et lui faisait du bien. Pour s’arrêter et s’accouder au comptoir, la mine en réflexion, les yeux tournés vers le plafond majestieux.

- Hummm… Je lui enverrais simplement un SMS et je verrais ensuite ce qu’il se passe, je pense.

- Simplement ? Sans pression ? C’est aussi simple que ça ? Et si elle ne répond pas ?

- Je la spam ! Et si ça marche pas, je viens frapper à sa porte comme une demeurée. Un petit ricanement amusé accompagna ses dires.

Donc c’était aussi simple ? Pas de pression ? Juste une approche normale ?… Oui, c’était pas con. Autant essayer. C’est sur que venir d’abord chez elle était peut-être un peu osé… Absynthe sorti son téléphone de son décolleté pour taper rapidement un SMS.

Absynthe :

Hey ma belle. Ça t’intéresserais de faire la soumise d’apparat pour une soirée de présentation pour la nouvelle collection de Luciole au Club ?

Simple, net et précis… Maintenant, il n’y avait plus qu’à attendre. Rien que cette perspective angoissait la dominatrice… Espérons que Equinoxe accepte.

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