Épisode 5, partie 4: Léo

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Il était bien vingt-deux heures quand Léo arriva à la faculté située dans le centre-ville. N’ayant pas fait d’arrêt entre l’appartement d’Absynthe et son bureau. Le professeur avait toujours le même rituel après une séance avec sa meilleure amie. Faisant une petite séance d’écriture pour avancer dans ses romans. Vu les thématiques de ses écrits, les séances de soumission étaient juste parfaites pour lui ouvrir l’esprit et lui donner de nouvelles idées.

En effet, le professeur de sociologie, déjà étant spécialisé dans la soumission à l’autorité dans ses cours, écrivait des romans érotiques à connotation BDSM. Sous un pseudonyme bien évidemment. Sauf… Que cela n’avait pas eu l’air de suffire à son anonymat… Dire qu’il n’autorisait aucune dédicace en public, recevant tous les livres à dédicacer chez lui; ainsi qu’aucune interview, pour rester dans l’ombre… Mais non. Ses étudiants avaient réussi à connaître son identité.

C’était justement pour ça qu’il ne voulait pas se faire connaître. Pour ses étudiantes. Car un professeur de sociologie, en particulier qui se spécialise en soumission à l’autorité et qui… écrit des romans érotiques parlant du BDSM…

Cela voulait tout dire. C’avait un rapport directe avec ses cours, puisque la soumission à l’autorité faisait complètement référence au BDSM. Mais ça faisait aussi référence à ses penchants. Les gens qui décidaient d’écrire sur le sujet n’était pas complètement nié. Il s’agissait soit de fantasmes profonds soit… De pratiques réelles. Bien évidemment, pour Léo, il s’agit de ses pratiques…

Déjà que sa popularité en tant que professeur était au plus haut, car élu le plus beau gosse de la faculté, professeurs et élèves confondus… Il l’était encore plus maintenant que toute la fac' était au courant de sa seconde activité salariale. Bien que cela ne dérange aucunement la Direction, il était tout de même un peu moins pris au sérieux par certains de ses confrères, mais de psychologie seulement, étrangement. Sûrement à cause d’une théorie pompeuse et tarabiscotée de ce cher Freud, n’est-ce pas ? Pour ce qui était de ses amis et collègues professeurs en sociologie, ceux-ci le trouvait on ne peut plus légitime dans sa thématique d’étude, puisqu’il touchait de près, si l’on puis dire, la soumission à l’autorité.

Ce qu’il aimait par-dessus tout, c’était écrire la nuit. La journée, il n’en avait pas le temps. Par contre, il ne se séparait jamais d’un petit carnet dans lequel il écrivait ses idées dès qu’il en avait une. Une fois assit à son bureau, il déplaça son ordinateur portable de la faculté pour sortir d’un grand tiroir une machine à écrire. Glissant délicatement une feuille blanche dans le mécanisme. Le professeur était encore de la vieille école malgré son âge pas si avancé. Simplement, il aimait les choses simples, comme l’odeur de l’encre sur le papier, le bruit des touches d’une machine à écrire… Cela le faisait littéralement se plonger dans son histoire.

Posant son carnet ouvert près de lui. Ses doigts finirent par pianoter frénétiquement sur la machine. C’était étrange, car jamais Léo n’avait eu à changer de page ou en réécrire une parce qu’il avait fait une faute de français ou qu’il avait quelque chose à modifier. Il avait toujours écrit ses récits d’une traite. C’était… Une sorte de don qu’il avait toujours eu. Après, rien ne disait que le récit allait marcher auprès de son éditeur. Il avait appris à jauger ce vieux bouc de chargé d’édition. Il ne devait pas écrire une soumission trop trash, trop violente non plus. Il fallait toujours quelque chose qui ferait un tant soit peu rêver le lecteur.

Le son des touches martelées par le professeur résonnait dans les couloirs vides et sombres de l’Université. Sauf qu’au bout d’un moment, après… Seulement dix pages d’écrite, donc… À peine trente minutes de travail intense, des bruits de pas et des gloussements parvinrent au blond, qui soupira, pour ensuite relever ses doigts de la machine, laissant sa page en plan. C’était affreux. Il devrait fermer les portes des couloirs à clés, ou bien, travailler chez lui pour ne pas être dérangé. Mais l’atmosphère n’était véritablement pas la même entre ici et chez lui. Il avait pensé à demander à Absynthe s’il pouvait écrire dans son bureau certains soirs de semaine, mais déplacer sa machine à écrire n’était pas chose aisée. Déjà qu’il avait eu un mal fou à la faire parvenir jusqu’à la fac'… Il s’agissait d’une vieille machine d’un écrivain de romans d’horreurs. Léo avait ce genre de petites manies concernant l’écriture et la lecture. Déjà, il se renseignait énormément sur un sujet quand il écrivait sur un thème. Avec des interviews faites par lui-même, des photographies, des articles… En même temps, c’est un sociologue, c’est comme ça, que fonctionne une enquête sociologique.

Mais passons, car les bruits arrivaient à son bureau pour finir par se taire. Et un petit toc-toc retenti. Le professeur releva son regard bleue nuit parsemé de grains de poussière d’étoiles d’une blancheur inégalée, pour voir sur le palier de sa porte complètement ouverte, deux jeunes étudiantes qu’il connaissait bien. Elles venaient sans aucun doute de la bibliothèque universitaire. Celle-ci fermait vers les minuit, donc beaucoup d’étudiants pouvaient travailler, comme lui, jusqu’à tard. Il se frotta l’arrête du nez en fronçant les sourcils, pour essayer de se sortir de son histoire. De temps à autre, ses filles et seulement elles, passaient le voir la nuit. Il avait compris qu’elles étaient respectueuses et s’intéressaient profondément à son travail. Alors, il n’était pas distant, ni trop froid avec elles. Affichant un petit sourire chaleureux, qui les invita à entrer.

Elles finirent par pénétrer dans le bureau, pour s’asseoir dans les deux fauteuils du bureau réservés pour les invités, posant leurs livres sur leurs genoux. Il se leva pour aller vers sa machine à café pour en verser des restes de la journée dans deux mugs qu’il posa devant les jeunes filles, qui les prirent avec un grand sourire.

- Comment allez-vous en ce moment Monsieur Renard ? Vous avancez bien votre prochain roman ?, dit une rousse aux longs cheveux épais et bouclés avec de grandes lunettes rondes.

- Je suis assez fatigué, mais j’avance bien. Et vous mesdemoiselles ? Vous avez lu les livres que je vous ai conseillés ?

Petit à petit, la discussion débuta. Léo fini par ranger les pages qu’il venait d’écrire pour ne pas que les demoiselles soient tentées de les lire de leurs yeux indiscrets. Pourtant, malgré tout, les deux étudiantes, fans de ses ouvrages, restaient très cordiales et respectueuses. C’était bien les seules…

Au bout d’une bonne heure de discussion sur les cours et ses romans, le blond se leva, pour aller vers sa porte, suivi des jeunes filles, toujours le sourire aux lèvres.

- Bien, mesdemoiselles, je vous dis à demain. Mais s’il vous plaît, vous pouvez passer le mot à vos camarades ? Comme quoi je ne suis pas une célébrité, mais un professeur et que comme vous le faites si bien, il y a un certain respect à avoir envers moi. Venait-il de dire d’un ton exaspéré et surtout épuisé par les simagrées de jeunes étudiantes en chaleur.

- Nous le ferons, Monsieur Renard !

Cette fois, le professeur ferma la porte derrière lui. Regardant l’heure à son téléphone portable. Vingt-trois heures trente. Il était plus que tant de rentrer pour dormir quelques heures avant le début des cours le lendemain.

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