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L’ambiance à la fête était tout à fait dans les attentes du roi. A l’exception du comportement de son fils, mais ce n’était pas une surprise, il savait qu’il n’était jamais d’humeur et encore moins depuis qu’il avait renvoyé ce chien. Qu’est-ce qu’il lui trouvait d’ailleurs ? Il n’était et ne serait qu’un calice parmi tant d’autre. Un lycanthrope n’avait pas le droit de fréquenter son fils, pas après ce qu’il était arrivé à sa mère.

Il s’excusa poliment à ses amis et prit congé pour parler à ses hommes de mains.

« Vous avez vu Abraham ? demanda-t-il.

— Il était en compagnie d’une des humaines, ils sont allés dans l’orangerie, votre Altesse », répondit un des gardes.

François souffla doucement. L’orangerie avait été durant de nombreuse année le lieu de rencontre entre lui et sa femme après sa transformation. Elle avait eu du mal à quitter sa vie de mortelle, ne plus sentir la chaleur du soleil de sa peau l’avait rendu sans soif de sang, et il avait fait dresser ces verres pour que sa douce puisse profiter de l’irréelle sensation qu’elle ne voulait oublier. Alice avait été si heureuse dans ces moments-là. Et il ne savait par quel miracle elle lui avait donné un fils. Un mince sourire se dessina sur ses lèvres qu’il cacha à tous.

« Allez le chercher, et faites venir Marcus, ordonna-t-il.

— Tout de suite votre Altesse. »

Il vit ses hommes se disperser et alla rencontrer des enquêteurs pour savoir s’ils en savaient plus sur l’enquête des sangs pur. A vrai dire, il prenait de gros risque en organisant ces fêtes, mais elles réconfortaient par la même occasion. Il échangea donc quelques mots avec les autorités avant qu’un de ses gardes ne vienne lui murmurer, d’une voix tendue :

« Abraham n’est plus dans l’orangerie votre Altesse, nous avons trouvé son collier. »

François déglutit. Il vit son bras droit arriver, réajustant son costume de manière qu’on pourrait qualifier de très peu bienséante et se faufila entre les hauts placés tout en saluant certain au passage jusqu’à gagner le roi. Il lui fit signe de le suivre.

« Faites mettre en sécurité tout le monde, et trouvez mon fils au plus vite », dit-il à tous ses gardes.

Les chuchotements emplirent la grande salle et très vite tous les invités furent au courant de la nouvelle : Abraham avait été enlevé, ou alors avait fui. Après quelques minutes, certains sang purs furent évacués avec sécurité tandis qu’on avait mis à disposition des chambres et les petits salons pour ceux qui désiraient attendre la prochaine nuit tranquille pour repartir, ou rester pour jouir de la protection royale.

Dans son bureau, le roi tournait en rond, quand enfin son bras droit et ses gardes revinrent vers lui.

« Nous avons trouvé des traces de loups près du bois », dit Marcus. « Elles sont fraiches. »

A l’évidence, il ne savait pas quoi penser de la situation. Cela pouvait très bien être l’œuvre de ce genre de secte qui tuait les siens, comme l’œuvre de Jullian qui était revenu pour voler son fils adoré. La première était peu probable, ils avaient eu toujours affaire à des meurtres, assassinats, jamais à des enlèvements, mais la deuxième était certes possible mais pas non plus plausible. Le Warrior connaissait sa place, il savait qu’il ne pouvait pas faire d’écart au risque que leur deux clans ne s’affronte.

« Vous ne pensez pas que votre fils est parti rejoindre son…

— Ne finissez pas votre phrase si vous ne voulez pas vous retrouver avec un pieu dans le cœur », le roi coupa la voix de son garde qui lui était soudainement très désagréable.

Oui pour lui il s’agissait de la raison la plus possible. A l’évidence, son fils pouvait avoir trouvé le moyen parfait de simuler sa disparition pour filer vers le territoire des loups. La seule chose qui l’inquiétait, était qu’il n’arriverait probablement jamais sauf là-bas et il doutait sérieusement de l’accueil qu’il aurait. A moins que Jullian soit derrière tout ça.

« Mettez une équipe à disposition pour sécuriser le manoir et préparer les véhicules, je vais allez le chercher et le ramener par la peau du cul s’il le faut », siffla-t-il de mauvaise humeur.

Les gardes, et Marcus le regardèrent avec surprise. Ils n’avaient jamais vu leur roi parler avec si peu de tenue, il avait toujours cette éloquence à couper le souffle et ils commençaient à savoir d’où venait cette langue mal pendue qu’avait son fils. Il sembla le remarquer car il toussota.

« En route j’ai dit ! »

Ils prirent leur disposition pour rouler avec rapidité, mais sureté. Là où ils se rendaient, n’allait pas être un simple voyage de vacances.

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Stéphane Vla
Les Thèmes Hasardeux d'un Écrivaillon sont une suite de textes en prose produits dans le cadres de challenges que nous nous lançons avec mes confrère et consœur d'écriture, Elena Baroso et Mickaël Jouot.
Chaque semaine nous devons nous efforcer de réaliser un récit, court ou long, contenant trois mots choisis arbitrairement.
J'ouvre donc le bal de mes contributions à venir avec un texte un peu haut en couleurs...

Les contributions d'Elena sont à retrouver à cette adresse :

https://www.scribay.com/text/1095305884/writing-challenge

Et pour les contributions de Mickaël :

https://www.scribay.com/text/1935586657/themes-hasardeux
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Caiuspupus



Marie se réveilla en sueur dans son lit, les yeux grands ouverts. Elle jeta un œil à son radio-réveil, mais constata que rien ne s’affichait sur l’écran.

Dans le noir, elle tâtonna nerveusement à la recherche de l’interrupteur de sa lampe de chevet, puis le trouva enfin. Elle appuya dessus plusieurs fois, sans succès.

Elle serra son doudou contre elle. Elle l’avait nommé “Lapinot”. C’était un bon gros lapin blanc usé qui n’était jamais passé par la machine à laver. À 10 ans, elle avait un peu honte d’avoir encore un doudou, mais cette peluche lui évitait de faire des crises d’hystérie lorsqu’elle se retrouvait plongée dans le noir : depuis toute petite, elle souffrait de scotophobie, la peur de l’obscurité. À tel point qu’elle s’endormait encore la lumière allumée, même si elle savait que sa Maman venait l’éteindre une fois qu’elle était endormie. En effet, tous les matins, au réveil, l’ampoule était éteinte et froide. Et tous les matins, Marie lui en faisait le reproche, et ça tournait systématiquement en disputes, sa mère ayant toujours le dernier mot : “ce n’est pas toi qui paye les factures d’éléctricité”.


"Mes parents ne me comprennent pas, ils font semblant d'être de mon côté, mais ils sont à côté de la plaque."


Elle était donc assise seule, dans son lit, plongée dans le noir, complètement tétanisée. Pourtant, la veille, et comme tous le soirs depuis ses 5 ans, elle avait bien avalé ses cachets pour dormir jusqu’au lever du jour. Elle avait une prescription pour ça, le psychiatre qui la suivait s’occupait bien d’elle, même si elle estimait que les médicaments l’abrutissaient un peu. Mais cette nuit, les somnifères n’avaient pas eu l’effet habituel. Marie sentit une panique sourde monter en elle, qu’elle parvint à contenir en serrant très fort sa peluche et en respirant lentement.


"Surtout, reste calme, pense à ce que t'a dit le docteur. Pense à des choses agréables."



Elle eut envie d’appeler ses parents, mais se ravisa aussitôt : ils allaient probablement se mettre en colère contre elle, elle avait trop abusé de leur gentillesse dans le passé. Depuis quelques temps, ils étaient devenus un peu irritables dès qu’il était question de leur sacro-saint sommeil.
Elle jeta un œil dans la direction de l’interrupteur de la chambre, qui était là, elle le savait, tapi dans l’obscurité, si près et si loin à la fois. De toutes façons, puisque l’électricité était coupée, ça n’aurait servi à rien. Et puis, il était impensable de se lever pour sortir de la pièce. Il y avait peut-être un monstre tapi sous le sommier, prêt à surgir, à lui mordre les jambes et à l’emporter avec elle sous le lit en la tirant par les cheveux. Elle avait lu quelque part que souvent, les petites filles avaient peur de ce qu’il y a sous leur lit. Les garçons, quant à eux craignaient ce qu’il y a derrière la fenêtre, ou derrière la porte. Marie, elle, était certaine que dans le noir, des monstres griffus se réveillaient. Alors, ils pouvaient surgir de partout, des portes, des fenêtres, des placards, de dessous le lit, du plafond, aussi. Surtout des faux-plafonds, ils sont traîtres, ceux-là.


"Ils sont là, dans le noir, je le sens. Ils me voient mais je ne peux pas les voir. Ils m'attendent."



Elle écarquilla les yeux pour capter un maximum de lumière, distinguer quelque chose dans la pièce, mais elle n’y parvint pas, à son grand regret. Le noir était profond, dense, il enveloppait tout.
Soudain, elle entendit un bruit. Une sorte de craquement. Elle inspira lentement, et tâcha de ne pas polluer les sons de la pièce avec sa propre respiration. Rien. Le silence complet. Ce craquement était certainement le fruit de son imagination. Elle se dit que dans le noir, l’ouïe était décuplée, puisque la vue ne parasitait pas les autres sens. Le moindre petit bruit devenait alors assourdissant. Elle serra fort son lapinot, se blottit sous la couverture, essaya de se convaincre que tout allait bien se passer, qu’il fallait juste se rendormir, et qu’au réveil, tout serait oublié. Elle jeta un regard vers la fenêtre. La nuit était très sombre, sans lune, sans étoiles, Et il n’y avait aucun lampadaire pour apporter un peu de lumière… En réalité, elle ne distinguait même pas sa fenêtre, elle imaginait juste sa présence, quelque part à gauche de son lit.

Puis elle entendit un bruit à nouveau, léger, celui de la pluie qui vient frapper les carreaux. Le craquement qu’elle avait perçu avait était peut-être celui d’un coup de tonnerre lointain? L’explication était logique. Elle s’enfonça un peu plus sous les draps, et se mit à compter lentement ses inspirations et ses expirations afin de faire venir le sommeil. Elle avait lu sur internet que cette méthode fonctionnait.


"Inspire, expire, inspire, expire, tout va bien se passer, il n'y a personne dans cette pièce, tout ça, c'est dans ta tête."



Au bout de 50 inspirations, et tout autant d’expirations, elle constata que cette technique ne fonctionnait pas. Elle était tendue, elle sentait une forme de présence près d’elle. Elle s’agita dans tous les sens, donna des coups de poings dans le vide, autour d’elle. Rien.


"Laissez-moi tranquille ! Partez d'ici !"


Elle eut envie de pleurer, les larmes montèrent en elle. Elle était sur le point de craquer complètement. Un souffle glacial vint alors la saisir dans le lit, suivi d’une sorte de bruit caverneux. Elle sursauta, et tout son corps se mit à trembler.


"Que vient-il de se passer, là? La fenêtre est fermée, ce n’était pas un courant d’air."



Elle tenta un timide “Il y a quelqu’un”? Aucune réponse, il fallait s’en douter… Pourtant, elle le sentait, il y avait bien une présence dans la pièce, qui lui voulait du mal.


Dehors, la pluie se mit à tomber de plus en plus fort, suivie de plusieurs coups de tonnerre qui ne firent qu’ajouter à la tension qui régnait dans la chambre. Marie se cacha complètement sous la couette avec Lapinot, et pria.



"Ne panique pas, Lapinot, tout va bien se passer. On va s'en sortir, ne t'inquiète pas, je suis là pour te protéger des méchants. "



Un rire strident retentit alors dans toute la pièce. Elle s’immobilisa, puis hurla, prise de panique. Toute la tension qu’elle avait gardée en elle explosa d’un coup.


Au même moment, un éclair vint illuminer la pièce. Un très bref instant, Marie put ainsi voir ce que l’obscurité lui avait caché jusqu’ici : sur le parquet, à deux mètres de son lit, gisait Lapinot, son bon gros doudou.


"Mais, si Lapinot est par terre, c'est que..."


Elle comprit instantanément, et relâcha son étreinte de la “peluche” qu’elle serrait si fort contre elle depuis son réveil.

Peu après, ses parents arrivèrent en trombe dans sa chambre, et découvrirent leur fille sans vie, dans un bain de sang, à côté d’une drôle de peluche qui souriait étrangement.

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