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Le prince sortit de la douche en frissonnant. La serviette enroulée sur sa tête, de telles sortes que ses les gouttes de ses cheveux trempés ne viennent pas mouiller le haut blanc trop grand qu’il portait avec nonchalance sur une seule épaule. Il avait passé la fin d’une nuit et une journée agréablement avec Chris, et même s’il avouait ressentir un pincement au cœur en pensant au loup, ce temps loin de lui, lui avait fait un bien fou ! Par ailleurs, il l’avait raccompagné à sa voiture juste avant de prendre sa douche, toujours en ignorant la silhouette à l’aura sombre de son garde. A peine passa-t-il la porte de sa chambre que la voix de celui-ci siffla dans les ses oreilles (il y décela une amertume franche qui, au-delà de son agacement, lui plut).

« Abraham. »

Bien qu’il ne le voulu, il frissonna en entendant sa langue rouler son prénom. Sans un regard, il le dépassa pour se rendre en cuisine et se servir un verre de sang. En réalité il n’avait pas « soif » il voulait simplement que ne pas à avoir à faire plus attention à cet idiot de chien qui n’en avait qu’après son cul. Le prince fit tourner le liquide rouge dans la coupe transparente, pensif. Il avait eu de nombreux amants durant toutes ces années et les coups d’un soir étaient bien loin de lui déplaire, pourtant, avec Jullian s’était différent : il n’avait plus envie de tirer son coup puis dire au revoir et à jamais. Il avait envie de le voir en se réveillant, admirer l’aube sa peau halée lorsqu’il s’endormirait à ses côtés, l’écouter parler de son monde qu’il ne connaissait pas, se délecter de son rire, de sa chaleur lorsqu’il serait près de lui.

Cependant, ce ne semblait pas être son cas.

« Je peux avoir un moment pour moi ? » s’irrita le garçon.

Il finit d’une traite son verre et se dirigea un petit bureau juxtaposé à la bibliothèque. Dedans, il y avait quelques livres, une table pour travailler, un canapé deux places, mais surtout, un grand chevalet sur lequel reposait une toile non terminée. Elle représentait une forêt, qu’on regarderait depuis le sol, allongé dans l’herbe douce.

« Je dois te…

— Me protéger, indubitablement », le coupa-t-il dans un soupir.

Il se frotta les cheveux avec sa serviette, avant de jeter celle-ci sur le sofa et d’ajouter :

« Eh bien voit ça comme des vacances, lâche-moi un peu la grappe. »

Il n’appréciait pas le savoir si proche de lui et pourtant si loin. Pourquoi devait-il ressentir cela ? L’aimait-t-il ? Il glissa un regard au loup qui marchait sur place. L’homme lui semblait plongé dans une profonde réflexion, un peu comme s’il pesait le pour et le contre sur ce qu’il se passait entre eux : il n’était pas dupe, il s’apercevait bien que le loup ne fût pas aussi indifférent qu’il présentait et voulait l’être.

« On pourrait arrêter ça ? » demanda-t-il finalement.

Le prince plissa les yeux.

« Arrêter quoi ? De ce que je sais, ça t’arrange de faire comme si rien ne s’était passé ? »

En prenant les pinceaux et les tubes de peinture distraitement, il l’entendit soupirer :

« Tu m’en veux pour avoir couché avec toi ?

— Si ça n’avait tenu qu’à de la baise je t’aurais répondu que non », répliqua-t-il.

La discussion qu’il avait eu avec Quinn lui revint soudainement en tête : « Tu n’aurais pas trouvé un potentiel Calice ? », « Ce sont de vielles traditions et légendes certes, Aby, mais je peux me nourrir du sang de qui je veux même si leur goût n’a pas la saveur parfaite de celui de mon compagnon ». Et il comprit. Il comprit pourquoi il voulait être proche de lui et pourquoi son sang était bien plus que désirable.

Il reposa en une fraction de seconde les ustensiles de peinture et se posta face au loup qui en réponse papillonna des yeux en retenant par la même occasion son souffle. Il devait prouver sa théorie, et quoi de mieux que de laisser sa mauvaise langue s’exprimer, il se ferait une joie de lâcher à la gueule de ce loup ce qu’il avait sur le cœur. Son regard s’assombrit, puis sa bouche s’ouvrit :

« Mais ça m’a fait comprendre à quel point tu te fichais bien de moi. J’étais le parfait vampire pour que tu puisses tirer ton coup et rentrer chez toi en te vantant c’est ça ? Dis-moi que j’étais le seul à ressentir cette tension, ce désir brut qui m’arrachait le cœur et que ce n’était que des illusions puériles. Dis-le-moi, crache-le-moi à la gueule si ça peut alléger ta conscience. »

L’homme fit un pas en arrière.

« Dis-le-moi Jullian ! » cria le vampire.

Ce n’était pas ce qu’il pensait, ça n’avait strictement rien à avoir avec seulement l’expression « tirer son coup ». Lui aussi ressentait ces émotions, cette bestialité qui brulait dans son corps et saisissait son cœur avec amour et désir. Le loup convoitait le garçon plus que tout, et pour rien au monde il avait voulu donner cette impression de mauvais garçon au prince de la nuit.

« Rejette-moi », assuma Abe.

L’animosité surnaturelle emplis les yeux du lycanthrope lorsque cette voix lourde résonna comme une malédiction dans sa tête, et sans que le vampire puisse y échapper, Jullian posa ses mains griffées sur ses épaules pour venir le pousser jusqu’au lit.

« Non ! » Grogna-t-il comme le loup qu’il était.

Les yeux du sang purs virèrent rouges à leur tour, répondant parfaitement à l’appel de son amant. Il frissonnait par ce lien invisible qui s’établissait entre eux et la chaleur que renvoyait l’homme au-dessus de lui n’arrangeait pas son désir de sang. Troublé par ce qu’il venait de faire, encore, le brun s’apprêta à s’écarter, toutefois, le prince n’allait pas le laisser se défiler : il releva les jambes, venant faire rencontrer leur bas ventre déjà impatient, et vint d’une main attraper son haut, et de l’autre choyer se joue.

« Tu ne peux pas n’est-ce pas ? Tu ne peux pas aller contre ce désir lorsque je murmure près de toi, tu ne peux pas lutter contre cette chaleur qui nait de ma main en caressant ta peau », souffla le garçon.

Le loup mordit avec violence pour ne pas s’emparer des lèvres qui se mouvaient juste face à lui. Seulement, le prince n’en avait pas fini avec lui :

« Je suis tien. Tu l’as su le jour même où nous nous sommes rencontrés, et je ne m’en étais pas douté une seule seconde jusqu’à avoir goûté ton sang. Tu es mon Calice, comme je suis ton âme sœur. »

Bien que leur regard semblât s’éterniser un long moment, admirant la couleur si particulière de leur race opposée, les deux ne résistèrent pas longtemps et se jetèrent dessus. Leur baiser était exactement comme le serait celui de deux amants longtemps séparés. Il reflétait à la fois tout ce désir brute et l’amour que la nature leur avait donné. C’était une malédiction pour Abe de se voir lié à quelqu’un qui aux premiers abords n’était pas à son gout, de son éthique, de sa loi, pourtant, Jullian était un bel et bien un cadeau. C’était une personne qui viendrait à l’aimer inconditionnellement malgré sa mauvaise langue, son mauvais tempérament, ses bêtises, ses sauts d’humeur, son égo, son côté borné, sa soif de liberté, et non pas à cause d’un soi-disant lien, mais parce qu’il l’acceptait ainsi.

Lorsque par mégarde leur sang se mêlèrent sous cette ivresse – leurs crocs avaient respectivement coupé leur lèvres – le Warrior se sépara.

« On ne peut pas Abe. Entre un loup et un vampire c’est impossible », coassa-t-il.

Le prince roula des yeux avant de planter son regard sérieux dans celui de son amant.

« Jullian. Je n’en ai rien à battre de tout ça ! Aucune loi stipule que je ne peux pas être avec toi », s’exclama le prince.

De sa force vampirique il vint inverser leur position. Il se trouvait à présent à califourchon sur loup, prit pour sa proie, et se débarrassa de son haut. Cette vue laissa sans voix le garde du corps. Jullian le convoitait. Il le désirait autant qu'il ne l'avait jamais désiré et le savoir sur lui, de son propre chef à l’aguicher le rendait fiévreux. D’une main distraite, sans le quitter une seule fois des yeux, il l’aida à se séparer du reste de ses vêtements, quant à lui, seul son haut vola à travers la pièce ; Abe n’attendit pas que le pantalon soit enlevé, il abaissa seulement sa braguette, l’écarta de l’objet de sa convoitise et fit de même avec son boxer.

Le loup se redressa un peu et s’apprêta à lui embrasser le cou lorsqu’il aperçut une rougeur sur l’épaule du vampire, la pensée que l’autre vampire l’eut touché le fit gronder de rage et sa main gagna d’elle-même la marque pour tenter de l’effacer. A son plus grand étonnement, cela marcha.

« Je voulais te rendre jaloux, alors j’ai mi de la poudre, je n’ai pas couché avec Chris le jour dernier », se moqua gentiment celui aux cheveux d’argent.

Le brun leva son regard vers lui. Le prince se touchait de son propre chef, le regard brulant et presque larmoyant quand ses doigts effectuaient ses vas et vient pour se préparer à recevoir son désir et son amour dans son être. Le lycanthrope sourit doucement avant de venir embrasser délicatement ses deux joues, ses deux yeux, son front, puis sa bouche et enfin son cou. La pleine lune emplissait le ciel, et ça il le savait, le voyait, le ressentait comme la certitude la plus évidente au monde. Ses crocs sortaient, de telles sorte qu’ils lui dictaient de percer cette peau si douce ; c’était pour lui une chance que le sang pur soit au-dessus de lui afin qu’il ne puisse pas aisément atteindre sa nuque. Le lien ne se faisait pas au cou, s’il était fait ainsi, il signifiait une faiblesse dans l’équilibre de leur relation et reflétait la maladresse de leur échange, ainsi, il se devait d’être fait avec précaution et fermeté au-dessus du dos.

La convoitise de le faire sien grimpa en flèche, lorsqu’ils ne firent qu’un. Le prince ressemblait à cet astre perdu dans le ciel qu’il vénérait. Il brillait quand la nuit tombait, offrait à ses yeux une vue dont il ne pourrait jamais se lasser, Abe était ce qu’il désirait, aimait et respectait, sans qu’il ne puisse l’atteindre à cet instant présent.

« Tu seras mien », gronda le loup.

Ce fut la promesse qu’il lui fit en cette nuit d’amour, sous la splendide lune.

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Stéphane Vla
Les Thèmes Hasardeux d'un Écrivaillon sont une suite de textes en prose produits dans le cadres de challenges que nous nous lançons avec mes confrère et consœur d'écriture, Elena Baroso et Mickaël Jouot.
Chaque semaine nous devons nous efforcer de réaliser un récit, court ou long, contenant trois mots choisis arbitrairement.
J'ouvre donc le bal de mes contributions à venir avec un texte un peu haut en couleurs...

Les contributions d'Elena sont à retrouver à cette adresse :

https://www.scribay.com/text/1095305884/writing-challenge

Et pour les contributions de Mickaël :

https://www.scribay.com/text/1935586657/themes-hasardeux
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Caiuspupus



Marie se réveilla en sueur dans son lit, les yeux grands ouverts. Elle jeta un œil à son radio-réveil, mais constata que rien ne s’affichait sur l’écran.

Dans le noir, elle tâtonna nerveusement à la recherche de l’interrupteur de sa lampe de chevet, puis le trouva enfin. Elle appuya dessus plusieurs fois, sans succès.

Elle serra son doudou contre elle. Elle l’avait nommé “Lapinot”. C’était un bon gros lapin blanc usé qui n’était jamais passé par la machine à laver. À 10 ans, elle avait un peu honte d’avoir encore un doudou, mais cette peluche lui évitait de faire des crises d’hystérie lorsqu’elle se retrouvait plongée dans le noir : depuis toute petite, elle souffrait de scotophobie, la peur de l’obscurité. À tel point qu’elle s’endormait encore la lumière allumée, même si elle savait que sa Maman venait l’éteindre une fois qu’elle était endormie. En effet, tous les matins, au réveil, l’ampoule était éteinte et froide. Et tous les matins, Marie lui en faisait le reproche, et ça tournait systématiquement en disputes, sa mère ayant toujours le dernier mot : “ce n’est pas toi qui paye les factures d’éléctricité”.


"Mes parents ne me comprennent pas, ils font semblant d'être de mon côté, mais ils sont à côté de la plaque."


Elle était donc assise seule, dans son lit, plongée dans le noir, complètement tétanisée. Pourtant, la veille, et comme tous le soirs depuis ses 5 ans, elle avait bien avalé ses cachets pour dormir jusqu’au lever du jour. Elle avait une prescription pour ça, le psychiatre qui la suivait s’occupait bien d’elle, même si elle estimait que les médicaments l’abrutissaient un peu. Mais cette nuit, les somnifères n’avaient pas eu l’effet habituel. Marie sentit une panique sourde monter en elle, qu’elle parvint à contenir en serrant très fort sa peluche et en respirant lentement.


"Surtout, reste calme, pense à ce que t'a dit le docteur. Pense à des choses agréables."



Elle eut envie d’appeler ses parents, mais se ravisa aussitôt : ils allaient probablement se mettre en colère contre elle, elle avait trop abusé de leur gentillesse dans le passé. Depuis quelques temps, ils étaient devenus un peu irritables dès qu’il était question de leur sacro-saint sommeil.
Elle jeta un œil dans la direction de l’interrupteur de la chambre, qui était là, elle le savait, tapi dans l’obscurité, si près et si loin à la fois. De toutes façons, puisque l’électricité était coupée, ça n’aurait servi à rien. Et puis, il était impensable de se lever pour sortir de la pièce. Il y avait peut-être un monstre tapi sous le sommier, prêt à surgir, à lui mordre les jambes et à l’emporter avec elle sous le lit en la tirant par les cheveux. Elle avait lu quelque part que souvent, les petites filles avaient peur de ce qu’il y a sous leur lit. Les garçons, quant à eux craignaient ce qu’il y a derrière la fenêtre, ou derrière la porte. Marie, elle, était certaine que dans le noir, des monstres griffus se réveillaient. Alors, ils pouvaient surgir de partout, des portes, des fenêtres, des placards, de dessous le lit, du plafond, aussi. Surtout des faux-plafonds, ils sont traîtres, ceux-là.


"Ils sont là, dans le noir, je le sens. Ils me voient mais je ne peux pas les voir. Ils m'attendent."



Elle écarquilla les yeux pour capter un maximum de lumière, distinguer quelque chose dans la pièce, mais elle n’y parvint pas, à son grand regret. Le noir était profond, dense, il enveloppait tout.
Soudain, elle entendit un bruit. Une sorte de craquement. Elle inspira lentement, et tâcha de ne pas polluer les sons de la pièce avec sa propre respiration. Rien. Le silence complet. Ce craquement était certainement le fruit de son imagination. Elle se dit que dans le noir, l’ouïe était décuplée, puisque la vue ne parasitait pas les autres sens. Le moindre petit bruit devenait alors assourdissant. Elle serra fort son lapinot, se blottit sous la couverture, essaya de se convaincre que tout allait bien se passer, qu’il fallait juste se rendormir, et qu’au réveil, tout serait oublié. Elle jeta un regard vers la fenêtre. La nuit était très sombre, sans lune, sans étoiles, Et il n’y avait aucun lampadaire pour apporter un peu de lumière… En réalité, elle ne distinguait même pas sa fenêtre, elle imaginait juste sa présence, quelque part à gauche de son lit.

Puis elle entendit un bruit à nouveau, léger, celui de la pluie qui vient frapper les carreaux. Le craquement qu’elle avait perçu avait était peut-être celui d’un coup de tonnerre lointain? L’explication était logique. Elle s’enfonça un peu plus sous les draps, et se mit à compter lentement ses inspirations et ses expirations afin de faire venir le sommeil. Elle avait lu sur internet que cette méthode fonctionnait.


"Inspire, expire, inspire, expire, tout va bien se passer, il n'y a personne dans cette pièce, tout ça, c'est dans ta tête."



Au bout de 50 inspirations, et tout autant d’expirations, elle constata que cette technique ne fonctionnait pas. Elle était tendue, elle sentait une forme de présence près d’elle. Elle s’agita dans tous les sens, donna des coups de poings dans le vide, autour d’elle. Rien.


"Laissez-moi tranquille ! Partez d'ici !"


Elle eut envie de pleurer, les larmes montèrent en elle. Elle était sur le point de craquer complètement. Un souffle glacial vint alors la saisir dans le lit, suivi d’une sorte de bruit caverneux. Elle sursauta, et tout son corps se mit à trembler.


"Que vient-il de se passer, là? La fenêtre est fermée, ce n’était pas un courant d’air."



Elle tenta un timide “Il y a quelqu’un”? Aucune réponse, il fallait s’en douter… Pourtant, elle le sentait, il y avait bien une présence dans la pièce, qui lui voulait du mal.


Dehors, la pluie se mit à tomber de plus en plus fort, suivie de plusieurs coups de tonnerre qui ne firent qu’ajouter à la tension qui régnait dans la chambre. Marie se cacha complètement sous la couette avec Lapinot, et pria.



"Ne panique pas, Lapinot, tout va bien se passer. On va s'en sortir, ne t'inquiète pas, je suis là pour te protéger des méchants. "



Un rire strident retentit alors dans toute la pièce. Elle s’immobilisa, puis hurla, prise de panique. Toute la tension qu’elle avait gardée en elle explosa d’un coup.


Au même moment, un éclair vint illuminer la pièce. Un très bref instant, Marie put ainsi voir ce que l’obscurité lui avait caché jusqu’ici : sur le parquet, à deux mètres de son lit, gisait Lapinot, son bon gros doudou.


"Mais, si Lapinot est par terre, c'est que..."


Elle comprit instantanément, et relâcha son étreinte de la “peluche” qu’elle serrait si fort contre elle depuis son réveil.

Peu après, ses parents arrivèrent en trombe dans sa chambre, et découvrirent leur fille sans vie, dans un bain de sang, à côté d’une drôle de peluche qui souriait étrangement.

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