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De l’autre côté du manoir, complètement seul, Abe et Jullian prenaient tranquillement le temps de lire dans la bibliothèque. Ne vous méprenez pas. Sous ses airs rebelles et de mauvaise langue, le prince savait parfaitement se mettre au travail : c’était le cas à présent, puis qu’il étudiait avec une concentration qui laissait sans voit le loup. A vrai dire, après avoir levé un instant les yeux de son livre pour les poser sur le prince en face de lui, il n’avait pas pu les décrocher de la vue qu’il lui offrait sans même sans rendre compte. Sa main droite passait dans ses longs cheveux, pendant que l’autre prenait des notes sur un papier, et sa bouche, qu’il venait distraitement mordiller rougissait sous cette torture, ce n’était pas tout, le regard sérieux qu’il portait à son travail, le rendait si… désirable.

Le regard de l’homme s’assombri de plus belle en l’admirant. La pleine lune approchait à grand pas, et la sensation du lien possible entre eux se faisait de plus en plus oppressante, elle se désirait, piquait, brulait, l’attirait comme un besoin qui lui semblait peu à peu vital. La pleine lune était le moment par excellence des lycanthropes, c’était à ce moment exact, où, sous la beauté de celle-ci le lien se scellait pour le reste de leur existence avec une simple morsure à la nuque.

Sans qu’il ne le réalise, il s’était levé de sa chaise, la posant derrière ses jambes dans un bruit qui fit relever la tête au vampire lui vint voler un baiser par-dessus la table. Bien que la position se faisait inconfortable, l’échange prit de l’ampleur : leurs lèvres se mouvèrent avec avidité et leur langue essayèrent de saisir encore plus la saveur de leur amant. Cependant, le canidé se retira brutalement, se haïssant d’avoir céder à ses pulsions.

« Nous ne devrions pas faire ça » murmura-t-il en s’écartant du prince.

Abe ne savoura pas longtemps la chaleur qui venait d’embraser son bas ventre, elle fut rapidement remplacée par un agacement sourd.

« T’es gonflé. Tu es celui qui m’a sauté dessus » souffla le garçon.

Le loup se leva, essayant de se soustraire aux pensées tentatrices qu’il avait de lui. Notamment celle de ce jour dans l’orangerie.

« Tu n’avais pas à me lécher comme ça.

— L’appel du sang est difficile à résister. Visiblement, l’appel du cul pour certain l’est aussi », rétorqua le sang pire, venimeux.

Le garde lui jeta un regard sombre, que le garçon adora ignorer pour se remettre à travailler. Il ne comprenait pas bien ce que ce toutou voulait de lui. Un coup il paraissait à la limite de lui planter ses crocs dans le cou, à lui faire l’amour comme la bête qu’il était, avouons-le, puis subitement, il se revêtait de ce comportement distant, froid, complètement soumis à l’ordre et au devoir. Bien qu’il aimât se délecter de cette vision puissante et ferme, presque mystérieuse, elle l’agaçait tout autant, il ne savait pas ce qu’il voulait, et c’était quelque chose qui insupportait Abe plus que tout.

« Oublions ce qu’il s’est passé, c’était une erreur », lança le Warrior.

Le prince se figea sous ces mots. La lame glacée d’un pieux d’argent semblait avoir transpercée son cœur en un instant.

« Une erreur, évidemment », répéta-t-il dans un écœurement distinct.

Abraham se leva, approcha l’homme loup pour être face à lui puis lui ordonna avec colère.

« Enlève-moi le collier ».

Jullian savait ce qui animait le garçon à cet instant : une douleur vive et qu’il ne comprenait pas. Et à cause de cette sensation mordante, il se révoltait et voulait fuir la situation par le biais de ses fameuses fugues. Par la suite, il s’apprêta à lui répondre qu’il ne le pouvait quand le vampire tourna les talons vers la sortie de la bibliothèque, puis traversa les couloirs d’un pas rapide. En le suivant, le brun sut qu’il n’apprécierait pas ce qu’il allait faire, et en effet, ce fut le cas lorsqu’il arriva face de Marcus qui portait une bouteille de sang pour le roi et qu’il lui demanda.

« Tu peux appeler Chris ? »

Le bras droit de son père le dévisagea avec surprise et jeta un coup d’œil au loup, Jullian compris avec évidence qu’il avait été mis au courant de la situation entre lui et le prince.

Ne comprenant pas entièrement ce qu’il se passait, le futur souverain de la nuit s’irrita encore plus.

« Quoi tu demandes l’autorisation à ce chien maintenant ? Fait ce que je te demande, siffla-t-il.

— Tout de suite mon prince. »

Il le congédia ensuite d’un signe de tête puis se tourna vers le canidé.

« Tu diras à Chris de me rejoindre dans ma chambre, aucun risque que je sorte et que j’aille au-delà de l’orangerie à cause de ce fichu collier. » Il posa une main sur l’épaule de son protecteur et se mit sur la pointe des pieds pour venir poursuivre d’une voix fielleuse : « Oh et des gardes font des allés retours dans les couloirs, tu peux profiter de ton temps libre pendant que je prends mon pied. »

La possessivité animale de Jullian le griffa de l’intérieur, et mis à part ses yeux qui brillèrent, il n’esquissa pas le moindre mouvement lorsque la chaleur du sang-pur le quitta. Ce n’était qu’un toutou. Un toutou sous les ordres de son maitre et qui s’exécuterait sans rechigner.

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Stéphane Vla
Les Thèmes Hasardeux d'un Écrivaillon sont une suite de textes en prose produits dans le cadres de challenges que nous nous lançons avec mes confrère et consœur d'écriture, Elena Baroso et Mickaël Jouot.
Chaque semaine nous devons nous efforcer de réaliser un récit, court ou long, contenant trois mots choisis arbitrairement.
J'ouvre donc le bal de mes contributions à venir avec un texte un peu haut en couleurs...

Les contributions d'Elena sont à retrouver à cette adresse :

https://www.scribay.com/text/1095305884/writing-challenge

Et pour les contributions de Mickaël :

https://www.scribay.com/text/1935586657/themes-hasardeux
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Caiuspupus



Marie se réveilla en sueur dans son lit, les yeux grands ouverts. Elle jeta un œil à son radio-réveil, mais constata que rien ne s’affichait sur l’écran.

Dans le noir, elle tâtonna nerveusement à la recherche de l’interrupteur de sa lampe de chevet, puis le trouva enfin. Elle appuya dessus plusieurs fois, sans succès.

Elle serra son doudou contre elle. Elle l’avait nommé “Lapinot”. C’était un bon gros lapin blanc usé qui n’était jamais passé par la machine à laver. À 10 ans, elle avait un peu honte d’avoir encore un doudou, mais cette peluche lui évitait de faire des crises d’hystérie lorsqu’elle se retrouvait plongée dans le noir : depuis toute petite, elle souffrait de scotophobie, la peur de l’obscurité. À tel point qu’elle s’endormait encore la lumière allumée, même si elle savait que sa Maman venait l’éteindre une fois qu’elle était endormie. En effet, tous les matins, au réveil, l’ampoule était éteinte et froide. Et tous les matins, Marie lui en faisait le reproche, et ça tournait systématiquement en disputes, sa mère ayant toujours le dernier mot : “ce n’est pas toi qui paye les factures d’éléctricité”.


"Mes parents ne me comprennent pas, ils font semblant d'être de mon côté, mais ils sont à côté de la plaque."


Elle était donc assise seule, dans son lit, plongée dans le noir, complètement tétanisée. Pourtant, la veille, et comme tous le soirs depuis ses 5 ans, elle avait bien avalé ses cachets pour dormir jusqu’au lever du jour. Elle avait une prescription pour ça, le psychiatre qui la suivait s’occupait bien d’elle, même si elle estimait que les médicaments l’abrutissaient un peu. Mais cette nuit, les somnifères n’avaient pas eu l’effet habituel. Marie sentit une panique sourde monter en elle, qu’elle parvint à contenir en serrant très fort sa peluche et en respirant lentement.


"Surtout, reste calme, pense à ce que t'a dit le docteur. Pense à des choses agréables."



Elle eut envie d’appeler ses parents, mais se ravisa aussitôt : ils allaient probablement se mettre en colère contre elle, elle avait trop abusé de leur gentillesse dans le passé. Depuis quelques temps, ils étaient devenus un peu irritables dès qu’il était question de leur sacro-saint sommeil.
Elle jeta un œil dans la direction de l’interrupteur de la chambre, qui était là, elle le savait, tapi dans l’obscurité, si près et si loin à la fois. De toutes façons, puisque l’électricité était coupée, ça n’aurait servi à rien. Et puis, il était impensable de se lever pour sortir de la pièce. Il y avait peut-être un monstre tapi sous le sommier, prêt à surgir, à lui mordre les jambes et à l’emporter avec elle sous le lit en la tirant par les cheveux. Elle avait lu quelque part que souvent, les petites filles avaient peur de ce qu’il y a sous leur lit. Les garçons, quant à eux craignaient ce qu’il y a derrière la fenêtre, ou derrière la porte. Marie, elle, était certaine que dans le noir, des monstres griffus se réveillaient. Alors, ils pouvaient surgir de partout, des portes, des fenêtres, des placards, de dessous le lit, du plafond, aussi. Surtout des faux-plafonds, ils sont traîtres, ceux-là.


"Ils sont là, dans le noir, je le sens. Ils me voient mais je ne peux pas les voir. Ils m'attendent."



Elle écarquilla les yeux pour capter un maximum de lumière, distinguer quelque chose dans la pièce, mais elle n’y parvint pas, à son grand regret. Le noir était profond, dense, il enveloppait tout.
Soudain, elle entendit un bruit. Une sorte de craquement. Elle inspira lentement, et tâcha de ne pas polluer les sons de la pièce avec sa propre respiration. Rien. Le silence complet. Ce craquement était certainement le fruit de son imagination. Elle se dit que dans le noir, l’ouïe était décuplée, puisque la vue ne parasitait pas les autres sens. Le moindre petit bruit devenait alors assourdissant. Elle serra fort son lapinot, se blottit sous la couverture, essaya de se convaincre que tout allait bien se passer, qu’il fallait juste se rendormir, et qu’au réveil, tout serait oublié. Elle jeta un regard vers la fenêtre. La nuit était très sombre, sans lune, sans étoiles, Et il n’y avait aucun lampadaire pour apporter un peu de lumière… En réalité, elle ne distinguait même pas sa fenêtre, elle imaginait juste sa présence, quelque part à gauche de son lit.

Puis elle entendit un bruit à nouveau, léger, celui de la pluie qui vient frapper les carreaux. Le craquement qu’elle avait perçu avait était peut-être celui d’un coup de tonnerre lointain? L’explication était logique. Elle s’enfonça un peu plus sous les draps, et se mit à compter lentement ses inspirations et ses expirations afin de faire venir le sommeil. Elle avait lu sur internet que cette méthode fonctionnait.


"Inspire, expire, inspire, expire, tout va bien se passer, il n'y a personne dans cette pièce, tout ça, c'est dans ta tête."



Au bout de 50 inspirations, et tout autant d’expirations, elle constata que cette technique ne fonctionnait pas. Elle était tendue, elle sentait une forme de présence près d’elle. Elle s’agita dans tous les sens, donna des coups de poings dans le vide, autour d’elle. Rien.


"Laissez-moi tranquille ! Partez d'ici !"


Elle eut envie de pleurer, les larmes montèrent en elle. Elle était sur le point de craquer complètement. Un souffle glacial vint alors la saisir dans le lit, suivi d’une sorte de bruit caverneux. Elle sursauta, et tout son corps se mit à trembler.


"Que vient-il de se passer, là? La fenêtre est fermée, ce n’était pas un courant d’air."



Elle tenta un timide “Il y a quelqu’un”? Aucune réponse, il fallait s’en douter… Pourtant, elle le sentait, il y avait bien une présence dans la pièce, qui lui voulait du mal.


Dehors, la pluie se mit à tomber de plus en plus fort, suivie de plusieurs coups de tonnerre qui ne firent qu’ajouter à la tension qui régnait dans la chambre. Marie se cacha complètement sous la couette avec Lapinot, et pria.



"Ne panique pas, Lapinot, tout va bien se passer. On va s'en sortir, ne t'inquiète pas, je suis là pour te protéger des méchants. "



Un rire strident retentit alors dans toute la pièce. Elle s’immobilisa, puis hurla, prise de panique. Toute la tension qu’elle avait gardée en elle explosa d’un coup.


Au même moment, un éclair vint illuminer la pièce. Un très bref instant, Marie put ainsi voir ce que l’obscurité lui avait caché jusqu’ici : sur le parquet, à deux mètres de son lit, gisait Lapinot, son bon gros doudou.


"Mais, si Lapinot est par terre, c'est que..."


Elle comprit instantanément, et relâcha son étreinte de la “peluche” qu’elle serrait si fort contre elle depuis son réveil.

Peu après, ses parents arrivèrent en trombe dans sa chambre, et découvrirent leur fille sans vie, dans un bain de sang, à côté d’une drôle de peluche qui souriait étrangement.

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