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Cette jour-là, Abraham se réveilla en sursaut. La nuit était encore bien loin lorsqu’il se redressa dans son lit. Le souffle court tout comme les intervalles du battement de son cœur, les cheveux en vrac, il transpirait à grosses gouttes, cela ne lui était pas arrivé depuis bien longtemps. Il n’essaya pas de se rendormir, sachant que son sommeil avait été aspiré par un mauvais souvenir puis gagna la salle de bain où il se fit couler un bain. Il y resta longtemps, assez pour que l’eau brulante devienne aussi froide que son corps puis enfila une tenue sombre et sortit de la chambre. Sans grande surprise il trouva le loup face à lui. Lorsqu’il le vit, Jullian s’approcha, inquiet.

« Tu vas bien ? J’ai entendu du bruit », lui demanda-t-il.

Le prince esquissa une grimace. Même si ces derniers temps, surtout après son retour il y a un peu moins d’une semaine, sa relation avec son garde du corps s’était nettement améliorée – il n’avait plus vraiment envie de le fuir à chaque instant et il avouait apprécier sa présence et commençait à se sentir curieux vis-à-vis de lui – il avait besoin de quelques temps isolé.

« J’ai besoin d’être seul », souffla le prince.

Bien que le loup eût envie de s’exécuté sous cette demande faite avec plainte, son devoir l’y refusa.

« Je t’accompagne.

— Je serai seulement dans l’orangerie, s’il te plait. »

Le garde du corps abdiqua, mais il le suivit au moins jusqu’à l’entrée, et se posta devant celle-ci, regardant d’un œil discret son âme sœur pénétrer à l’intérieur et soupirer de bonheur en sentant la douce odeur des fleurs. L’orangerie était un héritage familial depuis des siècles, la légende raconte, que c’était Adelia, première vampire qui y avait enterré sa meilleure amie, un esprit à l’apparence d’une biche dorée et y avait érigé le plus beau des jardins pour lui rendre hommage. Par la suite on dressa des murs vitrés, et cela permis aux plantes de pousser avec protection et élégance, ainsi, au fil du temps les fleurs s’étaient épanouies de plus belles, et leur senteur, si forte et agréable avaient conquis les cœurs et détendus les âmes.

C’était aussi ce que ressentait le prince en se perdant dans ce lieu.

Un vacarme perturba sa sérénité lorsqu’il se sentit tirer en arrière avant de voir la seconde d’après Jullian, changé en loup, le surplomber de son poids. Il grondait de puissance face à un adversaire tapis sous un long manteau sombre et une capuche qui lui dissimulait son visage.

Le combat ne dura pas, l’assaillant partit sur le champ, sachant qu’il n’avait pas la moindre chance face à ce Warrior, et le loup prit un instant avant de se retransformer. Lorsqu’il le fit, Abraham découvrit avec effroi la blessure qui fendait le pectoral gauche de son protecteur.

« Oh mon dieu », souffla-t-il en se relevant.

Inquiet, il s’approcha de lui et vint poser une main sur les contours de la plaie pour observer la gravité de celle-ci. Jullian le stoppa, non pas parce qu’il se savait nu à cause de sa transformation, mais bien parce qu’il se savait nu et sous le regard et touché de son amant. Rut ou pas, amant ou non, il ne résisterait pas à lui voler à nouveau ses lèvres.

« Ne t’inquiète pas, ça guérira en quelques heures ce n’est pas profond » répondit-il en tentant de s’écarter.

Cependant, le prince ne le vit pas du même œil.

« Abraham ? » L’appela le plus grand.

Le sang pur ne niait plus l’attirance certaine qu’il avait pour son corps, et sans grande surprise, la vue de son sang lui avait fait perdre la tête : il s’approcha de plus belle, venant poser sa main gauche sur la nuque du loup et sa droite proche de la blessure qui palpitait. Il ne lutta pas plus contre son désir et posa ses lèvres tout comme sa langue, sur le liquide de la vie. Une explosion de plaisir inonda ses papilles, et de surprise, il se retira sur le champ. Jamais un tel nectar ne lui avait semblé aussi bon et précieux que celui-ci.

Les yeux brillants de cette couleur rouge, il essaya de bredouiller quelques mots pour se justifier :

« Jullian je ne sais ce qu’il m’a… »

Sa voix se mourut lorsque les lèvres possessives du loup s’emparèrent de celle du vampire. Il les lécha, les attrapa, les suça, faisant voler en éclats la dernière part de raison qui emplissait le corps du plus petit, et la sienne. Leur échange n’était pas comme celui dans la chambre du loup il y a presque trois semaines, celui-ci se soumettait à une bestialité et inconscience qu’aucun des deux ne contrôlait, la situation coulaient entre leurs doigts comme deux l’eau qu’on tentait de retenir. Le doux parfum des fleurs n’atteignait plus le prince, à la place, l’odeur brute et boisée du loup ainsi que celle de son sang venait emplir ses narines et le rendre fébrile. De plus, le l’odeur et son du liquide de sa vie, restait respectivement sur sa langue et murmurait dans ses oreilles comme une douce mélodie.

Abraham ne sut comment il se retrouva, lui aussi nu, sur le parterre d’herbe entre deux fleurs. Si quelqu’un était arrivé à ce moment-là il n’aurait pas pu les interrompre. Aucun des deux ne prêtaient attention à une possible agitation autour d’eux, ils voulaient s’appartenir, se réclamer, s’embraser sous cette ivresse d’amour naissant.

Le loup n'était pas sans reste. Il brûlait de désir pour ce prince inaccessible pour lui, ou presque. Tant à cause de leur destiné que de ses propres sentiments, il avait chaviré dès qu'il avait vu ses beaux yeux, succombé lors qu’il lui avait adressé des paroles insolentes et sombrait encore, chaque jour un peu plus. Le moindre souffle qui s'échouait contre sa peau le faisait frissonner de désir, pire fut lorsque le vampire fit rouler, par désir et réflex primaire ses hanches contre son anatomie tendue de luxure.

« Jullian. »

Le cœur de l’homme rata un battement. Sa moitié sauvage de loup lui dictait de précipiter les choses, assouvir cet appétit en le faisant sien selon sa loi, il le convoitait, espérait le soumettre à son être pour qu’il soit son égal, son compagnon, et tandis que sa part d’humanité luta, la voix tentatrice et presque désespérée du prince l’attira vers la bêtise.

Ils furent animés de ce désir animal et de cette délicatesse sentimentale qui les dictait de s'unir. L'atmosphère qui était jusqu’alors fraîche par l’odeur des fleurs, se fit lourde, et bien qu'aucun de deux ne s'en rende vraiment compte, le lien encore non scellé vibrait entre eux de cette chaleur ardente. Leurs griffes et leurs crocs respectifs sortirent au plein jour, et malgré une tension débordante d’envie de se marquer, ils ne le firent pas, ils restèrent là, à se découvrir dans une euphorie sans pareille.

A son paroxysme d’appétence, le prince releva ses jambes autour de la taille de son protecteur et fit glisser adroitement le sexe de celui-ci à l’entrée de sa chaire de plaisir. Un grondement bestial répondit à ce geste. Malgré tout, Jullian réussit à se séparer du garçon pour le regarder avec curiosité et méfiance.

Abe lisait dans ses yeux vers brillant de surnaturel la peur d’être maladroit de le blesser en le pénétrant de la sorte, cependant c’était douter des capacités du sang pur : leur corps était adapté à ressentir difficilement la douleur et leur temps de régénération était aussi rapide que celui des lycanthropes. De plus, le prince était bien loin d’apprécier les moments intimes un peu trop délicat et lent. Il aimait la rivalité, c’était dans son caractère comme dans sa peau. Alors pour le soustraire à son hésitation, il vint s’abandonner à ses lèvres qu’il mordit jusqu’à y attraper une goutte de sang.

Le loup allait dévorer le vampire, et il le ferait avec appétit.

Et dans un geste sans interruption, il s’enfouit dans la chair brulante de son âme sœur. On lui avait vanté les plaisirs du lié, du compagnon fait pour lui, et malgré tout rien de semblait à la hauteur de ce qu’il ressentait, il en était surpris, tout comme Abraham qui tremblait, frissonnait, gémissait sans grande retenue incapable de mettre les mots sur ces sensations.

Protégé par l’orangerie, leur bruit de succion n’atteignait pas les oreilles des autres résidents des lieux, et par chance, à se trouver en plein jour dans un manoir peuplé de vampires, ils minimisaient grandement les risque de se faire surprendre.

Leur échange dura, s’éternisa presque sous cette magnifique atmosphère, et c’était bien loin de leur déplaire. Le loup goûtait à la chaleur charnelle de son amant, tout comme le vampire se sentait complet comme il ne l’avait jamais été, à côté de ça, ses parties de jambes en l’air avec Chris lui paraissaient un brin morose, et pires celles de ses conquêtes d’un soir.

Comment pouvait-il ressentir autant de joie alors qu’il venait et repartait simplement dans ce geste de procréation primaire ? Pourquoi se sentait-il au bord du chavirement d’un monde de passion que semblait lui promettre le loup alors qu’aux origines il voulait le détester ? Qu’est-ce qui avait fait tourner les choses ainsi ?

Ses pensées furent rapidement coupées lorsque le paroxysme de son plaisir se fit atteindre. Il trembla sous cette sensation incongrue, totalement contraire à la bienséance, et lutta pour ne pas planter ses canines dans sa peau pour le clamer comme son calice lorsque la jouissance le gagna. Jullian ne fut pas sans reste, il ferma avec puissance sa main droite dans l’herbe et serra les dents dans un reste de tissus qu’il venait de trouver à la place de la nuque du garçon – il ne l’aurait pas fait sien car le seul moment propice à leur liaison se faisait à la pleine lune, mais le roi ne lui aurait jamais pardonné.

Ils restèrent un moment, là, le garde qui avait roulé sur le côté avec les frissons allant et venant sur leur peau encore brulante de ce qu’ils venaient de faire ; ce fut le souffle court que le prince brisa le silence.

« Je crois… qu’on devrait aller en parler à mon père » dit-il.

Le loup se redressa rapidement, soudainement toute plénitude envolée et animé d’une peur immense. Abe rit franchement, avant de s’expliquer.

« Sur ce qui t’a attaqué, je n’ai pas non plus envie qu’il se mêle de ma vie privée. »

Un soupire franchit les lèvres rougies de l’homme, et il se redressa enfin. Ses habits étaient déchirés de sa transformation, et ça, le vampire le remarqua avec amusement lorsqu’il remit les siens encore bien propre.

« Attends-moi ici mon chien, je ferai vite et serai prudent. »

Il mima un baiser théâtral et s’engouffra sous le soleil pour regagner le manoir.

Après s’être rafraîchit rapidement et débarrassé de l’odeur de son amant, Abe avait accompagné Jullian voir le roi, pour lui faire part de ce qu’il s’était produit un peu plus tôt (en omettant certain détails qui ne leur seraient pas vraiment favorables). François les accueillit, fraîchement réveillé par eux, dans un pyjama sombre qui collait bien à son image.

« Votre altesse, Abraham a été attaqué dans l’orangerie », commença le garde du corps.

Le regard du roi s’assombrit lorsque son fils termina la nouvelle avec ces mots :

« Et c’était une ghoul. »

Soudainement bien remonté, le roi ne prit même pas la peine d’enfiler quelque chose de plus descend et parti réveillé son bras droit ainsi que quelques généraux restés au manoir. Il les fit tous réveiller et entama une réunion.

« Possiblement un sorcier, un démon et maintenant une ghoul ? » vociféra-t-il.

Le roi marchait d’un pas vif dans la salle du conseil entouré de haut placés d’un scientifique et de gardes. La situation dégénérait à vue d’œil, elle lui filait entre les doigts comme une souris dans son trou. Des problèmes de ce genre n’avaient pas eu lieu depuis des siècles, bien avant qu’il ne transforme sa femme humaine en vampire et bien avant qu’il soit couronné roi. En ce temps, lorsqu’il n’était encore qu’un jeune sang pur transformé par un sorcier, les humains n’étaient pas au pouvoir, et le conseil, qui régnait alors comme l’Eglise pour les hommes, sur leur monde, avait fait face à de nombreuses querelles. Notamment les guerres qui opposèrent le monde de la nuit à celui des sans magie, et bien encore.

« Vous allez me dire que les humains, les anges, les vampires et les loups sont de mèche également ? » S’emporta-t-il.

Il passa une main dans ses longs cheveux avant de fixer d’un œil sombre l’assemblée tout en espérant qu’ils lui sortent l’explication qu’il attendait désespérément. Un d’eux, aux allures de bonne famille mais un peu bébête souffla :

« Les anges ne sont pas…

— Je sais que ce sont des froussards qui ne quittent leur paradis que pour bénir le nouveau-né, là n’est pas la question ! » s’agaça le roi.

Toutes les personnes de la pièce baissèrent la tête sous l’autorité de leur souverain. François, avait acquis cette prestance naturelle et très dominante en assumant son rôle, donné par l’ancien conseil il y a des siècles. Ils avaient vu en lui un homme, humble et droit, qui saurait remplacer leur vieille école et qui saurait s’adapter aux nouvelles lois de la nature, cela avait été le cas, il régnait avec bonté sur le peuple de la nuit. Ainsi, avec tous ces traits de caractères, peu de personne osaient le défier.

Bien évidemment certains avaient peur lorsque le prince viendrait à prendre le trône d’ici une voire, deux centaines d’années car le nouveau leur faisait peur. Abraham ne ressemblait pas vraiment à son père, mis à part son côté très vif d’esprit, il avait obtenu l’entêtement, l’intelligence et la soif de liberté par sa mère, Maria.

Maria avait été une adorable humaine avant d’être transformée, issue de bonne famille, obligée de vivre selon les coutumes de son peuple, et qui, la nuit, s’évadait comme un oiseau de sa cage pour aller arpenter les champs et vivre un rêve éveillé. C’était lors d’une balade nocturne qu’ils s’étaient rencontré aux abords de cette plage, qui serait plus tard leur lieu de rencontre intime, à l’abri des regards, pendant de nombreuses années.

Le roi secoua la tête chassant la merveilleuse pensée de sa douce et tint ces mots sur un ton ferme.

« Cette affaire doit être résolue au plus vite, les sangs purs sont les seuls capables de pouvoir maintenir notre communauté en paix et je refuse que quoi que ce soit arrive à mon fils. »

Et sur ces mots il les congédia.

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Stéphane Vla
Les Thèmes Hasardeux d'un Écrivaillon sont une suite de textes en prose produits dans le cadres de challenges que nous nous lançons avec mes confrère et consœur d'écriture, Elena Baroso et Mickaël Jouot.
Chaque semaine nous devons nous efforcer de réaliser un récit, court ou long, contenant trois mots choisis arbitrairement.
J'ouvre donc le bal de mes contributions à venir avec un texte un peu haut en couleurs...

Les contributions d'Elena sont à retrouver à cette adresse :

https://www.scribay.com/text/1095305884/writing-challenge

Et pour les contributions de Mickaël :

https://www.scribay.com/text/1935586657/themes-hasardeux
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Caiuspupus



Marie se réveilla en sueur dans son lit, les yeux grands ouverts. Elle jeta un œil à son radio-réveil, mais constata que rien ne s’affichait sur l’écran.

Dans le noir, elle tâtonna nerveusement à la recherche de l’interrupteur de sa lampe de chevet, puis le trouva enfin. Elle appuya dessus plusieurs fois, sans succès.

Elle serra son doudou contre elle. Elle l’avait nommé “Lapinot”. C’était un bon gros lapin blanc usé qui n’était jamais passé par la machine à laver. À 10 ans, elle avait un peu honte d’avoir encore un doudou, mais cette peluche lui évitait de faire des crises d’hystérie lorsqu’elle se retrouvait plongée dans le noir : depuis toute petite, elle souffrait de scotophobie, la peur de l’obscurité. À tel point qu’elle s’endormait encore la lumière allumée, même si elle savait que sa Maman venait l’éteindre une fois qu’elle était endormie. En effet, tous les matins, au réveil, l’ampoule était éteinte et froide. Et tous les matins, Marie lui en faisait le reproche, et ça tournait systématiquement en disputes, sa mère ayant toujours le dernier mot : “ce n’est pas toi qui paye les factures d’éléctricité”.


"Mes parents ne me comprennent pas, ils font semblant d'être de mon côté, mais ils sont à côté de la plaque."


Elle était donc assise seule, dans son lit, plongée dans le noir, complètement tétanisée. Pourtant, la veille, et comme tous le soirs depuis ses 5 ans, elle avait bien avalé ses cachets pour dormir jusqu’au lever du jour. Elle avait une prescription pour ça, le psychiatre qui la suivait s’occupait bien d’elle, même si elle estimait que les médicaments l’abrutissaient un peu. Mais cette nuit, les somnifères n’avaient pas eu l’effet habituel. Marie sentit une panique sourde monter en elle, qu’elle parvint à contenir en serrant très fort sa peluche et en respirant lentement.


"Surtout, reste calme, pense à ce que t'a dit le docteur. Pense à des choses agréables."



Elle eut envie d’appeler ses parents, mais se ravisa aussitôt : ils allaient probablement se mettre en colère contre elle, elle avait trop abusé de leur gentillesse dans le passé. Depuis quelques temps, ils étaient devenus un peu irritables dès qu’il était question de leur sacro-saint sommeil.
Elle jeta un œil dans la direction de l’interrupteur de la chambre, qui était là, elle le savait, tapi dans l’obscurité, si près et si loin à la fois. De toutes façons, puisque l’électricité était coupée, ça n’aurait servi à rien. Et puis, il était impensable de se lever pour sortir de la pièce. Il y avait peut-être un monstre tapi sous le sommier, prêt à surgir, à lui mordre les jambes et à l’emporter avec elle sous le lit en la tirant par les cheveux. Elle avait lu quelque part que souvent, les petites filles avaient peur de ce qu’il y a sous leur lit. Les garçons, quant à eux craignaient ce qu’il y a derrière la fenêtre, ou derrière la porte. Marie, elle, était certaine que dans le noir, des monstres griffus se réveillaient. Alors, ils pouvaient surgir de partout, des portes, des fenêtres, des placards, de dessous le lit, du plafond, aussi. Surtout des faux-plafonds, ils sont traîtres, ceux-là.


"Ils sont là, dans le noir, je le sens. Ils me voient mais je ne peux pas les voir. Ils m'attendent."



Elle écarquilla les yeux pour capter un maximum de lumière, distinguer quelque chose dans la pièce, mais elle n’y parvint pas, à son grand regret. Le noir était profond, dense, il enveloppait tout.
Soudain, elle entendit un bruit. Une sorte de craquement. Elle inspira lentement, et tâcha de ne pas polluer les sons de la pièce avec sa propre respiration. Rien. Le silence complet. Ce craquement était certainement le fruit de son imagination. Elle se dit que dans le noir, l’ouïe était décuplée, puisque la vue ne parasitait pas les autres sens. Le moindre petit bruit devenait alors assourdissant. Elle serra fort son lapinot, se blottit sous la couverture, essaya de se convaincre que tout allait bien se passer, qu’il fallait juste se rendormir, et qu’au réveil, tout serait oublié. Elle jeta un regard vers la fenêtre. La nuit était très sombre, sans lune, sans étoiles, Et il n’y avait aucun lampadaire pour apporter un peu de lumière… En réalité, elle ne distinguait même pas sa fenêtre, elle imaginait juste sa présence, quelque part à gauche de son lit.

Puis elle entendit un bruit à nouveau, léger, celui de la pluie qui vient frapper les carreaux. Le craquement qu’elle avait perçu avait était peut-être celui d’un coup de tonnerre lointain? L’explication était logique. Elle s’enfonça un peu plus sous les draps, et se mit à compter lentement ses inspirations et ses expirations afin de faire venir le sommeil. Elle avait lu sur internet que cette méthode fonctionnait.


"Inspire, expire, inspire, expire, tout va bien se passer, il n'y a personne dans cette pièce, tout ça, c'est dans ta tête."



Au bout de 50 inspirations, et tout autant d’expirations, elle constata que cette technique ne fonctionnait pas. Elle était tendue, elle sentait une forme de présence près d’elle. Elle s’agita dans tous les sens, donna des coups de poings dans le vide, autour d’elle. Rien.


"Laissez-moi tranquille ! Partez d'ici !"


Elle eut envie de pleurer, les larmes montèrent en elle. Elle était sur le point de craquer complètement. Un souffle glacial vint alors la saisir dans le lit, suivi d’une sorte de bruit caverneux. Elle sursauta, et tout son corps se mit à trembler.


"Que vient-il de se passer, là? La fenêtre est fermée, ce n’était pas un courant d’air."



Elle tenta un timide “Il y a quelqu’un”? Aucune réponse, il fallait s’en douter… Pourtant, elle le sentait, il y avait bien une présence dans la pièce, qui lui voulait du mal.


Dehors, la pluie se mit à tomber de plus en plus fort, suivie de plusieurs coups de tonnerre qui ne firent qu’ajouter à la tension qui régnait dans la chambre. Marie se cacha complètement sous la couette avec Lapinot, et pria.



"Ne panique pas, Lapinot, tout va bien se passer. On va s'en sortir, ne t'inquiète pas, je suis là pour te protéger des méchants. "



Un rire strident retentit alors dans toute la pièce. Elle s’immobilisa, puis hurla, prise de panique. Toute la tension qu’elle avait gardée en elle explosa d’un coup.


Au même moment, un éclair vint illuminer la pièce. Un très bref instant, Marie put ainsi voir ce que l’obscurité lui avait caché jusqu’ici : sur le parquet, à deux mètres de son lit, gisait Lapinot, son bon gros doudou.


"Mais, si Lapinot est par terre, c'est que..."


Elle comprit instantanément, et relâcha son étreinte de la “peluche” qu’elle serrait si fort contre elle depuis son réveil.

Peu après, ses parents arrivèrent en trombe dans sa chambre, et découvrirent leur fille sans vie, dans un bain de sang, à côté d’une drôle de peluche qui souriait étrangement.

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