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Rangfort était la prison par excellence humaine. Elle se distinguait par sa hauteur, agencée loin de la ville au bord d’une falaise où aucun des évadés ne pouvait s’échapper en sautant au risque de se faire tuer par les rochers, et il était impossible de passer la garde (une cinquantaine de soldats allaient et venaient rien que devant les deux portes d’entrées). Le roi des vampires, accompagné d’une dizaine de protecteur, y compris son bras droit Marcus, s’y rendait pour savoir où l’interrogatoire du démon en était. Un scientifique, un enquêteur et le plus haut placé de la prison l’accueillirent avec respect.

« Vous avez de nouvelles informations sur ces affaires de meurtres ? » demanda-t-il

Le haut placé, un vieil humain qui avait eu beaucoup de décorations de batailles, honneur, loyauté avait une acquis prestance qui satisfaisait particulièrement au roi – les autres humains avaient tendance à baisser les yeux et lui parlaient d’une voix trop tremblante à son gout.

« Pas plus que lorsqu’il a été amené ici votre Altesse.

— Il n’y a aucun lien entre le démon qui a pénétré vos quartiers et le fait que les sangs purs sont visés », ajouta le scientifique.

L’enquêteur jeta un coup d’œil à son petit calpin (il était d’un cliché sans failles) avant de dire :

« Selon le rapport et l’interrogatoire que nous lui avons fait passer, il n’a rien dit de plus que le : vous avez la même odeur, adressé à votre fils.

— Il n’a pas de contact avec l’extérieur n’est-ce pas ? s’enquit François.

— Non votre altesse, nous avons un système anti magie et un brouilleur micro cellulaire », répondit le haut placé.

Il avait peur qu’il parvienne à avoir accès à ses « amis » et qu’il dévoile des données peu à leur avantage, tant sur cette prison que sur d’éventuels plans du manoir. Le sang pur finit par hocher la tête, et fit un salut de considération.

« Bien, appelez-moi lorsque vous avez du nouveau. »

Les trois hommes se penchèrent en avant dans une révérence qui flatta l’égo du roi, avant de s’en aller à leur occupation respectives, François fit le même : il tourna les talons et entraina à sa suite ses sous fifres. Marcus resta à ses côtés, ayant parfaitement capté le bref coup d’œil qu’il lui avait accordé. En silence, ils quittèrent les lieux, et seulement lorsqu’ils furent dans la voiture, le roi s’adressa à son homme de main.

« Marcus, cette information doit rester confidentielle, mais je veux que vous cherchiez dans cette direction. »

Le brun plissa les yeux, comprenant à quoi faisait allusion son seigneur.

« Vous pensez que les loups auraient orchestré tout cela ? Nous aurions dû avoir des traces de griffes et autres, dit-il en faisant part de son point de vue.

— Rappelez-vous ce qu’a pu dessiner Gregorio sur la tasse, cela pouvait être le symbole d’une meute, comme une simple coïncidence, je veux que vous trouviez toutes les preuves possibles, rétorqua le roi.

— S’ils découvrent que nous faisons ça dans leur dos, une guerre sera déclarée, » insista Marcus.

Le roi hocha la tête. Il était loin d’être idiot, et encore moins colérique lorsqu’on s’adressait de la sorte à lui, il aimait particulièrement que le brun dresse son désaccord avec lui afin d’obtenir la meilleure solution. Il s’enfonça dans son siège et lâcha :

« Alors soyez discret, et accentuez votre recherche sur les autres possibilités pour cacher cette idée grotesque, je ne voudrais pas non plus d’une guerre inutile. »

A l’autre bout du pays, au manoir, Abe faisait tourner sa coupe de sang dans une lassitude extrême. En raison de son travail, Quinn avait dû repartir ce matin (elle était médecin et faisait beaucoup de bénévolat, au plus grand désespoir de Marcus qui ne la voyait pas souvent, cela amenait vers des retrouvailles toujours bien animées), son père et Marcus étaient partis la veille pour la prison et Jullian était toujours chez lui. Quand reviendrait-il lui coller au cul bordel ? Il adorait Benjamin, ils passaient de très bon moment ensemble, mais depuis que le loup était parti, il se sentait morose, à son plus grand désespoir car il aurait pensé se sentir délivré d’un poids.

Alors que le rouquin lisait l’un de ses livres préférés, le prince ne cessait de regarder la couleur rouge tournoyer dans ce verre. Il se souvenait parfaitement de la première fois qu’il avait bu du sang. C’était surement le seul souvenir qu’il avait d’avant ses huit ans. Il venait d’avoir deux ans, et au lieu de lui préparer du lait – avec quelques gouttes de sang dissimulées dedans – on lui avait apporté un biberon avec ce liquide rouge. Il se rappelait parfaitement du regard bienveillant que lui avait lancé sa mère alors qu’il tenait entre les mains ce qui allait lui servir de sustentateur pour le reste de sa vie.

« Tu ne vas pas passer la nuit à te morfondre face à ce verre. »

Coupé dans ses pensées, Abe lança un regard appuyé à son ami avant de finir d’une traite sa coupe. Ses yeux changèrent un instant de couleur, avant de redevenir bleu, et dans un mouvement distrait il essuya de sa langue la petite goutte qui fila au coin de sa bouche. Il s’apprêtait à lui lancer une pique lorsqu’une sensation l’anima. Avec précipitation il se déplaça vers la fenêtre et scruta la cour.

« Qu’est-ce qu’il se passe ?

— Jullian est de retour ! » S’exclama-t-il heureux.

Benjamin le regarda avec surprise. Jamais il n’avait sauté de joie en présence d’un loup, et il y avait de quoi être plus que surpris. Le prince compris au rire de son ami qu’il s’était laissé porter par ses sentiments. Il toussota avec maladresse, puis se tourna vers lui, le regard sombre. Il le menaça :

« Fait comme si tu n’avais rien entendu, si non pote ou pas je t’attache dans la citadelle.

— Motus et bouche cousue », ricana le petit vampire.

Sur ses mots, le prince sortit de la bibliothèque. Il gagna assez lentement la salle d’entrée, pour ne pas éveiller le moindre soupçon sur son excitation et fit même mine de se diriger vers la cuisine. Ne vous méfiez pas trop, cette pièce servait beaucoup, notamment aux nombreux essaies culinaires que les vampires faisaient pour préparer des plats qu’ils pourraient manger. Il fallait une précision et un dosage rigoureux entre le sang et la viandes pour que les plats soient digestes (les légumes, fruits et graines étaient généralement à éviter seule, elles accompagnaient le plat très rarement).

L’air de rien il se servit un petit verre de sang, et sourit, lorsqu’il sut que Jullian se trouvait derrière lui.

« Tes vacances improvisées se sont bien passées mon toutou ? » se moqua le vampire.

Le loup masqua un rire.

« Oui, merci. »

Le prince se retourna, et mutuellement, ils eurent envie de se prendre dans les bras. Ils ne le firent pas.

« Tu… tu t’es lié ? » demanda-t-il doucement.

Le loup le regarda avec curiosité. Il savait que le vampire n’était pas au courant de leur réelle relation, et cela lui plaisait particulièrement qu’il s’intéresse à lui, de son propre chef. Il avait même perçu une certaine jalousie qui avait flatté sa part sauvage. Malgré les efforts qu’il fit, il ne put retenir un sourire coquin étirer ses lèvres quand il lui révéla avec timidité.

« Je suis plutôt de la vielle école des loups qui s’accouplent pour la vie.

— Sainte ni touche », ricana le prince.

Leurs regards ne se quittaient plus. Abe se sentait un peu plus léger après avoir entendu ces mots, même s’il ne pouvait en expliquer la raison, c’était un peu comme s’il voulait s’approprier cet homme, le retenir près de lui, l’avoir rien que pour lui. Il secoua la tête, voulant faire disparaitre ces songes idiotement naïfs et un brin romantique, mais ne put toutefois pas retenir ces doux mots :

« Je suis content que tu sois là. »

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