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Soirée mondaine, soirée de merde.

Voilà ce que pensait Abe de ce genre de fête impersonnelles qu’organisaient les gens pour se mettre en valeur et bien se faire voir par leur entourage. Il détestait ce genre d’endroit autant que les cours soporifiques que lui tenait Monsieur Grinchi sur l’histoire de l’art et la musique : ce genre de matières n’était pas son fort même s’il reconnaissait le talent des artistes. De plus, ici tout le monde le connaissait, alors il avait le droit à de nombreuses révérences veillottes, et devait porter attention à des conversations ennuyantes à mourir et même sourire lorsqu’on le faisait mousser hypocritement. Cependant, c’était aussi dans ce genre de fête qu’il prenait un malin plaisir à jouer de son charme.

Pour l’occasion il s’était bien habillé et coiffé ; sa chemise noire lui donnait une silhouette élancée et il avait détaché ses longs cheveux d’argent qui tombaient jusqu’au milieu du dos. Jullian, qui l’accompagnait comme un gentil toutou, avait beaucoup de charme aussi. Sa tenue sombre faisait ressortir un côté mystérieux et cette chemise rouge tranchait parfaitement avec son côté sexy. Lorsqu’en sortant de sa chambre, le prince, avait posé ses yeux sur l’homme, son souffle s’était coupé malgré lui.

Par Dracula ces muscles, avait-il pensé.

Il s’était ensuite senti stupidement con, comme à ses quinze ans devant son premier crush.

« Altesse ! »

Une voix féminine se distingua dans son dos et il se força à sourire avant de se retourner.

« C’est un plaisir de vous revoir Maria.

— De même, laissez-moi vous présenter ma toute jeune fille, Iris. »

C’était une vampirette toute jeune, le teint assez pâle, les cheveux long et noirs, de plus ses yeux rouges luisaient encore signe qu’elle devait être transformé depuis peu. Ce qui impressionnait tout de même le prince, était qu’elle devait avoir une belle maîtrise de sa soif avec toutes les flûtes de sang qui lui passaient sous son nez.

« Quelle charmante fleur », souffla-t-il avec sincérité.

Il lui prit la main et frôla de ses lèvres sa peau fine dans un parfait baise main.

« Je vais aller saluer d’autre personnes, j’espère que nous nous recroiserons. »

En réalité, il ne le souhaitait aucunement. Il rêvait de filer en douce et poser un lapin à tous ces hauts placés pour aller profiter de cette magnifique nuit et ne pas entendre le discours que prononcerait son père tout à l’heure. Par ailleurs, il remarquait bien les regards curieux et insistant sur son garde du corps, et cela l’excédait quelque peu. Ne pouvaient-ils pas s’occuper de leurs fesses et stopper ces potins désagréablement inutiles ? Cette pensée le confus un peu. Ce n’était pas son genre d’apprécier un loup, et il devait avoir l’une des meilleures raisons pour cela.

Alors qu’il déprimait frottement, sa bonne humeur remonta en flèche lorsqu’il vit la présence d’une de ses chères connaissances.

« Abe ! s’écria une voix

— Chris, tu as pu venir, s’enthousiasma-t-il.

— Je n’aurais pas manqué ça chéri », lui susurra le vampire.

Chris, de son nom complet Christopher, était un sang pur de la jeune génération des adultes. Il avait été transformé environ cinquante ans avant la naissance du prince par un prêtre sorcier, suite à une histoire de vengeance un peu stupide. Même si le prix avait été couteux et la perte douloureuse de ses proches au fil des années, il avait su vivre avec son immortalité offerte et appris à vivre parmi eux. Ce que le monarque de la nuit appréciait grandement chez lui, était son physique et puis son détachement inconditionnel à la vie politique.

« Crois-moi tu aurais dû, toutes ces personnes me donnent la nausée, rétorqua le garçon.

— Tu ne changeras jamais. »

Jamais était un très grand mot surtout en sachant que leur vie était éternelle, cependant il n’avait pas tout à fait tort : ce n’était pas dans ses intentions de changer pour plaire aux demandes du public et de son père. Il avait des rêves d’aventures et comptait bien les réaliser un jour !

Chris, en adorable blond un peu curieux se pencha avec un sourire coquin vers son ami.

« Qui-est-ce ? »

Il faisait allusion au loup qui l’accompagnait, et au ton de sa voix, il comprenait à la fois qu’il était très surpris.

« Mon garde du corps, Jullian, répondit le prince.

— T’as dû pousser à bout ton père pour qu’il te foute un chien.

— Avec tous les meurtres il devient parano. » soupira-t-il.

Le vampire tapota l’épaule du prince. Il connaissait assez mal son père, mais il était évident qu’il faisait tout cela pour lui.

« Il s’inquiète c’est normal. »

Abe soupira. Il comprenait parfaitement que son père le couvait, il en avait le droit, toutefois, il allait beaucoup trop loin. Il savait que lui aussi n’était pas le fils le plus simple à gérer. Il était poli, mais très loin d’être docile et obéissant.

A son plus grand malheur, une personne interpela son ami et il dut s’éclipser. Abraham quant à lui recula un peu pour se fondre dans l’ombre, toujours accompagné de son toutou à grandes dents. D’ailleurs, celui-ci se comportait de manière bien curieuse : il se mordait le coin de la lèvre et tapait doucement du pied. Il ne semblait pas s’en rendre compte, et cela attisait la curiosité du prince.

« T’as quelque chose à dire ? »

En effet, étant complètement ignorant de son tique, Jullian tressaillit – le prince trouva cette réaction adorable et complètement décalée avec sa stature de colosse. Il parut ensuite assez gêné de sa pensée et hésita à lui en faire part.

Le regard insistant du vampire eut raison de lui.

« Êtes-vous ensembles ? »

Le prince ouvrit grand les yeux et le fixa avec surprise. Pourquoi pensait-il une telle chose ?

« Chris et moi ? Non.

— Vous avez couché ensemble », assura-t-il.

La mâchoire du sang pur se décrocha. C’était vrai, Christopher et lui avaient entretenu une longue relation de « Sex Friends » et s’entendaient très bien sur ce plan. En raison de leurs caractères respectifs, ils n’avaient jamais voulu s’engager dans quelque chose de plus sérieux. Il n’avait que faire que les gens soient au courant de leur fricotage peu catholique, pourtant l’entendre de la bouche de son garde du corps qui ne le connaissait que depuis peu le troublait.

« Comment tu sais ? » s’enquit-t-il.

Jullian ne pouvait pas lui dire la vérité, car s’il le faisait il pourrait le perdre avant même de le posséder. Les vampires n’étaient pas comme les loups et s’il apprenait le vrai fond de leur condition, il ne pourrait l’accepter, tout irait trop vite pour lui. Il mentit :

« Simple supposition. »

Abraham le considéra longuement avant de détourner la tête avec embarras, quand celui-ci posa ses yeux sur lui. Il haïssait cette sensation brulante autant qu’il l’aimait. Et il n’en savait pas la raison.

A ses débuts de relation avec Chris, son contact lui faisait un peu le même effet. Il se sentait à chaque instant animé d’un désir de possession, succion, et de semblant d’amour. Néanmoins, avec le loup, les sensations étaient décuplées : il n’avait pas besoin de le toucher pour ressentir sa chaleur, pas besoin de le frôler pour sentir son odeur et entendre le son parfait de son sang. Et il se détestait pour ressentir ça pour un chien.

« Bon, je commence à me faire chier. Si je me tire tu me couvres ? demanda-t-il sans vraiment attendre de réponse.

— Abraham, ton père n’est…

— Tu n’as qu’à venir » proposa-t-il.

Bien qu’il n’ait pas de verre en main le garde du corps s’étouffa. Sans réagir sur le champ, il le vit faire un mouvement en arrière, passer derrière les rideaux donnant sur la fenêtre qui avait accès au balcon. Il s’engouffra dans le froid de la nuit et mit deux pieds sur le rebord du muret. Ses cheveux d’argent brillèrent sous la lune, et son sourire insolent fit perdre toute volonté au loup de l’arrêter.

« Mata ne. » le salua-t-il en japonais.

Et sur ces mots, Abraham sauta du deuxième étage.

Après avoir contourné la forêt, Abe posait enfin un pied sur le sable. L’air frais lui fit un bien fou. Le prince faisait partie de la catégorie de personne qui avait besoin de s’isoler par moment, sans que personne ne vienne le déranger avec un sujet désagréable. Il aimait la liberté, détestait comme la peste l’oppression.

Sa gorge le gratta finalement en même temps qu’un frisson lui parcouru l’échine. Il était là, il le savait.

« Tu n’as pas pu résister à la lune hein ? Ou bien je te manquais déjà ?

— Nous devrions retourner à l’intérieur Abraham », jugea-t-il bon de dire.

Abe frissonna en entendant son nom sortir de la bouche du colosse. Pour toute réponse, il se mit à longer la côte, à l’opposé du manoir. Il ne voulait pas rentrer pour revoir tous ces gens hypocrites (bien qu’il en appréciât une pincée) et écouter le discours lassant de son père ; il en avait déjà vu pleins, voir même trop.

« Je ne t’en empêche pas, mais moi je reste ici. Et crois-moi ce n’est pas un toutou dans ton genre qui va me forcer à faire quoi que ce soit », grogna-t-il tout haut.

Jullian serra la mâchoire. En réalité, il lui aurait fallu pas plus d’une seconde pour le foutre sur son épaule et le ramener comme un gosse à la réception, toutefois, lui aussi n’avait pas envie de retourner là-bas. Dans sa meute, il n’y avait pas de fête de ce genre. Les seules étaient lors des pleines lunes où une grande chasse était organisée, elles étaient encore plus grandes, lorsqu’il y avait en prime la transformation d’un humain en un des leurs. Cette dernière ne pouvait se faire que si l’astre était dans toute sa splendeur, à cela, il fallait ajouter que seule la morsure de l’alpha pouvait modifier les gênes de l’être.

Le loup chassa finalement ses pensées et porta son attention sur le vampire qui regardait toujours l’étendue de la mer. Il y avait quelque chose dans ses yeux qu’il n’aurait pu décrire, quelque chose d’à peine perceptible comme le serait le baiser caché de Wendy ou bien une larme qui refuserait de couler. Il sursauta presque lorsque le vampire se posta devant lui.

« Dis-moi, tu as quel âge ?

— 117 ans.

— Si jeune et déjà à la tête des Warriors de la meute du Nord. Dis-moi, tu les as… » Il fit un geste obscène avec ses mains, « … pour qu’ils te donnent ce poste ? »

Le vampire rit silencieusement de sa mauvaise blague. Il aimait pousser à bout les gens (et plus particulièrement ceux qui le collaient au cul et le faisait chier), les faire tourner en bourrique en leur sortant les pires monstruosités perverses ou non, et adorait voir leur visage décomposé ou bien gêné. Mais le chien n’afficha aucune expression.

« Jullian ? » l’appela-t-il, incertain.

Ses yeux se mirent à luire avec sauvagerie dans l’obscurité de la nuit, et le sang pur recula un peu, méfiant.

« Qu’est-ce que tu fais ? »

Le colosse s’approchait d’une manière bien trop dangereuse à ses yeux. Il manqua de crier de surprise lorsqu’il le vit se défaire de ses vêtements – une vue que celui aux cheveux d’argent ne pourrait certainement jamais oublier – avant de commercer à se transformer en loup. Le corps de l’animal roula sur sa peau et celui-ci prit doucement possession de l’humain dans un craquement des plus terrifiant.

Le loup fit face au vampire.

« Arrête », Souffla le prince.

Il lui faisait peur car sa carrure était impressionnante, elle dépassait avec évidence le double de la taille d’un simple canidé adulte, et son pelage, d’un brun sombre si magnifique reflétait avec impudence toute sa force mystérieuse. Il lui faisait peur car dans ces yeux il décelait toute la bestialité menaçante de sa race. Il s’approcha toujours de lui, et en plus de ce regard agressif, le grondement puissant de la bête se fit entendre.

Jullian lui faisait terriblement peur, et il détestait ça.

Le prince s’accroupit lorsqu’il vit l’animal bondir. Ses mains se perdirent dans ses cheveux et sur ses oreilles pour masquer le bruit et l’assaut qu’il allait subir. Pourtant rien ne vint. Le loup avait seulement sauté par-dessus le vampire pour décimer la menace que représentait l’ombre derrière lui. C’était un démon de bas étage, un amas de gaz sombre, invoqué probablement par un sorcier, et qui errait à la recherche d’un corps qu’il pourrait posséder. D’un mouvement de griffes puis de crocs, il le tua.

Il revint doucement vers le prince, qui le fixait avec effroi.

« N’approche pas ! »

Les oreilles de l’animal se dressèrent sur sa tête au même moment qu’il passait sa langue sur ses babines pour enlever ce goût de fumé.

« Ne me touche pas ! Va-t’en ! » cria-t-il.

La larme cachée roula sur sa joue, et le bras droit repris forme humaine juste à temps pour l’attraper lorsqu’il sombrait au sol.

« Abraham, Abraham reste avec moi. »

Mais le son de sa voix troublé s’estompa dans un murmure que le sang pur ne perçu pas.

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Stéphane Vla
Les Thèmes Hasardeux d'un Écrivaillon sont une suite de textes en prose produits dans le cadres de challenges que nous nous lançons avec mes confrère et consœur d'écriture, Elena Baroso et Mickaël Jouot.
Chaque semaine nous devons nous efforcer de réaliser un récit, court ou long, contenant trois mots choisis arbitrairement.
J'ouvre donc le bal de mes contributions à venir avec un texte un peu haut en couleurs...

Les contributions d'Elena sont à retrouver à cette adresse :

https://www.scribay.com/text/1095305884/writing-challenge

Et pour les contributions de Mickaël :

https://www.scribay.com/text/1935586657/themes-hasardeux
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Caiuspupus



Marie se réveilla en sueur dans son lit, les yeux grands ouverts. Elle jeta un œil à son radio-réveil, mais constata que rien ne s’affichait sur l’écran.

Dans le noir, elle tâtonna nerveusement à la recherche de l’interrupteur de sa lampe de chevet, puis le trouva enfin. Elle appuya dessus plusieurs fois, sans succès.

Elle serra son doudou contre elle. Elle l’avait nommé “Lapinot”. C’était un bon gros lapin blanc usé qui n’était jamais passé par la machine à laver. À 10 ans, elle avait un peu honte d’avoir encore un doudou, mais cette peluche lui évitait de faire des crises d’hystérie lorsqu’elle se retrouvait plongée dans le noir : depuis toute petite, elle souffrait de scotophobie, la peur de l’obscurité. À tel point qu’elle s’endormait encore la lumière allumée, même si elle savait que sa Maman venait l’éteindre une fois qu’elle était endormie. En effet, tous les matins, au réveil, l’ampoule était éteinte et froide. Et tous les matins, Marie lui en faisait le reproche, et ça tournait systématiquement en disputes, sa mère ayant toujours le dernier mot : “ce n’est pas toi qui paye les factures d’éléctricité”.


"Mes parents ne me comprennent pas, ils font semblant d'être de mon côté, mais ils sont à côté de la plaque."


Elle était donc assise seule, dans son lit, plongée dans le noir, complètement tétanisée. Pourtant, la veille, et comme tous le soirs depuis ses 5 ans, elle avait bien avalé ses cachets pour dormir jusqu’au lever du jour. Elle avait une prescription pour ça, le psychiatre qui la suivait s’occupait bien d’elle, même si elle estimait que les médicaments l’abrutissaient un peu. Mais cette nuit, les somnifères n’avaient pas eu l’effet habituel. Marie sentit une panique sourde monter en elle, qu’elle parvint à contenir en serrant très fort sa peluche et en respirant lentement.


"Surtout, reste calme, pense à ce que t'a dit le docteur. Pense à des choses agréables."



Elle eut envie d’appeler ses parents, mais se ravisa aussitôt : ils allaient probablement se mettre en colère contre elle, elle avait trop abusé de leur gentillesse dans le passé. Depuis quelques temps, ils étaient devenus un peu irritables dès qu’il était question de leur sacro-saint sommeil.
Elle jeta un œil dans la direction de l’interrupteur de la chambre, qui était là, elle le savait, tapi dans l’obscurité, si près et si loin à la fois. De toutes façons, puisque l’électricité était coupée, ça n’aurait servi à rien. Et puis, il était impensable de se lever pour sortir de la pièce. Il y avait peut-être un monstre tapi sous le sommier, prêt à surgir, à lui mordre les jambes et à l’emporter avec elle sous le lit en la tirant par les cheveux. Elle avait lu quelque part que souvent, les petites filles avaient peur de ce qu’il y a sous leur lit. Les garçons, quant à eux craignaient ce qu’il y a derrière la fenêtre, ou derrière la porte. Marie, elle, était certaine que dans le noir, des monstres griffus se réveillaient. Alors, ils pouvaient surgir de partout, des portes, des fenêtres, des placards, de dessous le lit, du plafond, aussi. Surtout des faux-plafonds, ils sont traîtres, ceux-là.


"Ils sont là, dans le noir, je le sens. Ils me voient mais je ne peux pas les voir. Ils m'attendent."



Elle écarquilla les yeux pour capter un maximum de lumière, distinguer quelque chose dans la pièce, mais elle n’y parvint pas, à son grand regret. Le noir était profond, dense, il enveloppait tout.
Soudain, elle entendit un bruit. Une sorte de craquement. Elle inspira lentement, et tâcha de ne pas polluer les sons de la pièce avec sa propre respiration. Rien. Le silence complet. Ce craquement était certainement le fruit de son imagination. Elle se dit que dans le noir, l’ouïe était décuplée, puisque la vue ne parasitait pas les autres sens. Le moindre petit bruit devenait alors assourdissant. Elle serra fort son lapinot, se blottit sous la couverture, essaya de se convaincre que tout allait bien se passer, qu’il fallait juste se rendormir, et qu’au réveil, tout serait oublié. Elle jeta un regard vers la fenêtre. La nuit était très sombre, sans lune, sans étoiles, Et il n’y avait aucun lampadaire pour apporter un peu de lumière… En réalité, elle ne distinguait même pas sa fenêtre, elle imaginait juste sa présence, quelque part à gauche de son lit.

Puis elle entendit un bruit à nouveau, léger, celui de la pluie qui vient frapper les carreaux. Le craquement qu’elle avait perçu avait était peut-être celui d’un coup de tonnerre lointain? L’explication était logique. Elle s’enfonça un peu plus sous les draps, et se mit à compter lentement ses inspirations et ses expirations afin de faire venir le sommeil. Elle avait lu sur internet que cette méthode fonctionnait.


"Inspire, expire, inspire, expire, tout va bien se passer, il n'y a personne dans cette pièce, tout ça, c'est dans ta tête."



Au bout de 50 inspirations, et tout autant d’expirations, elle constata que cette technique ne fonctionnait pas. Elle était tendue, elle sentait une forme de présence près d’elle. Elle s’agita dans tous les sens, donna des coups de poings dans le vide, autour d’elle. Rien.


"Laissez-moi tranquille ! Partez d'ici !"


Elle eut envie de pleurer, les larmes montèrent en elle. Elle était sur le point de craquer complètement. Un souffle glacial vint alors la saisir dans le lit, suivi d’une sorte de bruit caverneux. Elle sursauta, et tout son corps se mit à trembler.


"Que vient-il de se passer, là? La fenêtre est fermée, ce n’était pas un courant d’air."



Elle tenta un timide “Il y a quelqu’un”? Aucune réponse, il fallait s’en douter… Pourtant, elle le sentait, il y avait bien une présence dans la pièce, qui lui voulait du mal.


Dehors, la pluie se mit à tomber de plus en plus fort, suivie de plusieurs coups de tonnerre qui ne firent qu’ajouter à la tension qui régnait dans la chambre. Marie se cacha complètement sous la couette avec Lapinot, et pria.



"Ne panique pas, Lapinot, tout va bien se passer. On va s'en sortir, ne t'inquiète pas, je suis là pour te protéger des méchants. "



Un rire strident retentit alors dans toute la pièce. Elle s’immobilisa, puis hurla, prise de panique. Toute la tension qu’elle avait gardée en elle explosa d’un coup.


Au même moment, un éclair vint illuminer la pièce. Un très bref instant, Marie put ainsi voir ce que l’obscurité lui avait caché jusqu’ici : sur le parquet, à deux mètres de son lit, gisait Lapinot, son bon gros doudou.


"Mais, si Lapinot est par terre, c'est que..."


Elle comprit instantanément, et relâcha son étreinte de la “peluche” qu’elle serrait si fort contre elle depuis son réveil.

Peu après, ses parents arrivèrent en trombe dans sa chambre, et découvrirent leur fille sans vie, dans un bain de sang, à côté d’une drôle de peluche qui souriait étrangement.

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