3

5 minutes de lecture

« Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises. »

Celui aux cheveux d’argent ricanait de sa bêtise. Il devait être aux alentours de midi, là où le soleil tapait le plus fort et où la plupart de vampires restait bien sagement à l’ombre ou au lit, lorsqu’il quitta sa chambre. Il avait enfilé un t-shirt noir, un long pantalon et rabattu une caquette sur sa tête et s’apprêtait à assouvir son envie de fugue. Voilà deux semaines que le loup était arrivé, et dieu, entre l’étrange tension qui régnait entre eux et le fait qu’il l’ait tout le temps sur son dos, il n’en pouvait plus. Ainsi, il avait préparé méticuleusement sa fuite : il avait repéré le changement de garde, quand son père serait absent, et avait veillé la nuit pour étudier les horaires nocturnes de son garde.

Tout avait fonctionné pour le mieux et en quelques mouvements il s’était retrouvé à l’extérieur du manoir, sans avoir été vu. Du moins, c’était ce qu’il croyait lorsqu’il vit Marcus, Benji et Jullian de l’autre côté de la route.

« Shit. »

Le bras droit de son père sourit avec amusement en se dirigeant vers lui. Il se protégeait lui et le rouquin du soleil à l’aide d’une ombrelle sombre. Le prince souffla d’exaspération, admettant s’être complétement fait prendre la main dans le sac.

« Comment vous avez fait ?

— Jullian savait que tu préparais quelque chose », répondit Marcus.

Il regarda le loup sombrement. Il était pire qu’une teigne, c’était une calamité poilue à quatre pattes qui allait définitivement lui pourrir la vie : il n’aurait plus la possibilité de fuir ces murs seul et subirait cette tension désagréable entre eux. D’ailleurs, pourquoi trouvait-qu’il que le soleil s’échouait sur sa peau dans une beauté sans pareilles ?

Il était soudainement plus d’humeur de faire un meurtre que de l’admirer.

« T’as vraiment le flair d’un chien » coassa le prince.

Il se ficha pas mal de la brève grimace qui passa sur son visage et leur demanda avec lassitude lorsqu’il vit qu’ils avaient pris quelques affaires de ville.

« Vous allez m’accompagner c’est ça ? Quelle poisse ! »

Lui qui voulait profiter de sa journée seul puis revenir l’air de rien devait abandonner ses plans. Au moins, ils le laissaient sortir de la prison dorée pour aller mater un film et faire un peu la fête. Il passait ses nuits au manoir, en suivant une éducation assez stricte sans pour autant avoir accès au travail de son père ; même si quelque part cela ne le dérangeait pas, car il en était désintéressé.

Ainsi ils se rendirent tous les quatre en ville.

Lorsqu’ils sortirent du cinéma, la nuit était tombée. Ils s’extasièrent un moment sur le film avant que Marcus insiste pour rentrer ; Abe n’était pas du même avis, il voulait encore profiter de cette liberté et aller boire un verre. Le bras droit concéda encore un peu de temps, et alors qu’ils se rendaient vers le Moka's Café ils firent la rencontre d’un groupe de loup ; les mêmes que Abraham avait croisé la dernière fois.

Le loup le reconnu aussitôt et fit signe à ses amis qu’ils allaient rire un peu.

« On évite le soleil maintenant ? »

Le vampire se mordit la lèvre en sentant le regard de son escorte sur lui. Ce serait à son plus grand plaisir qu’il remettrait ces merdeux à leur place et puis avec un tel public son égo serait flatté.

« Vous êtes vraiment fâché pour l’os ? demanda-t-il la voix mignonne.

— Sale… »

Avant même qu’il n’ait pu faire quoi que ce soit, Jullian s’était posté devant Abe et Marcus s’était avancé vers le loup, l’expression menaçante.

« Restez loin du prince.

— Du prince ? » Répéta-t-il bêtement.

Le prince soupira et leva les yeux au ciel. Marcus était quelqu’un d’intelligent, mais laissait souvent sa langue se fourcher lorsqu’on le prenait de court ou quand il avait un excès de colère. En soit révéler qu’il était le prince de la nuit n’était pas la meilleure des idées, à pas seulement à cause de ce petit groupe. Le rire du loup interrompit ses pensées.

« Alors ça c’est la meilleure. Un prince ? T’es qu’un aristo coincé qui essaie de se donner un air ? »

Abraham dépassa ses deux gardes et se dressa pour diminuer la différence de taille.

« Et toi qu’un chien de bas étage qui tente de faire croire à tout le monde qu’il est fort ? Tu sais que miauler. »

Benji, qui était le seul à avoir un peu peur de ces fausses brutes masqua un rire à la réplique de son ami. Il ravala tout de même sa salive lorsqu’il vit les quatre brutes s’avancer vers le prince. Jullian se mit en une fraction de seconde devant son protéger et retint le poing du béta avec une facilité déconcertante.

« Je ne ferais pas ça à votre place. »

L’homme l’étudia avec curiosité et comprit qu’il avait affaire à un loup.

« Qu’est-ce que tu fous avec eux ?

— C’est des vampires, t’as pas à t’infliger ça » renchérit un autre.

Le Warrior ne les considéra pas plus longtemps et sans les quitter des yeux s’adressa à Abe.

« Nous devrions rentrer mon prince, il se fait tard.

— T’es soumis en plus ? » s’étouffa le petit chef du groupe.

Jullian était quelqu’un d’habituellement calme. Il pouvait s’énerver si on le cherchait ou si on s’en prenait à ses proches, mais il avait une maîtrise de lui-même assez impressionnante pour les être de sa race, réputés pour être impulsif. Alors quand il s’avança de lui-même vers le loup, il le fit plier de soumission que par son aura. Il n’avait pas besoin de la déployer dans sa totalité, le garçon, ainsi que ses stupides amis étaient déjà au sol, couinant et prêt à se transformer pour lui montrer le ventre.

« Fermez-la. »

Le prince les vit s’arrêter aussi net et il fut soudainement assaillit par une vague brulante. Un étrange frisson remonta son échine et une envie de sang lui gratta la gorge. Il eut du mal à se reculer pour prendre ses distances avec son garde du corps, c’était comme s’il l’appelait à rester près de lui.

Le groupe finit par repartir la queue entre les jambes chez eux, et sur le chemin du retour Abraham ne put s’empêcher de demander au géant.

« Pourquoi as-tu accepté d’être mon protecteur Jullian ? »

Ses prunelles dorées semblèrent s’illuminer lorsqu’ils passèrent sous la lune pour se poser sur le prince.

« Nos deux communautés ne se connaissent pas, alors lorsque mon alpha me l’a proposé, j’ai accepté.

— Par devoir c’est ça ? ricana celui aux cheveux d’argent.

— Principalement par curiosité, mon prince. » répondit-il.

Il se regardèrent – s’admirèrent – longtemps dans la nuit. Ce n’était pas exactement la même tension qui avait régné entre eux, mais bien une douce sensation qui les berçait avec émotion. Si Jullian savait la vraie raison qui se tramait derrière tout ceci, Abraham en était encore ignorant.

Le garde se garda bien de lui révéler quoi que ce soit.

« Tutoie moi Jullian », lança subitement le prince.

Le loup s’était arrêté de marcher. Il avait pris la main de son prince et était venue la baiser dans le plus grand des respects.

« Evidement Abraham. »

Annotations

Recommandations

Stéphane Vla
Les Thèmes Hasardeux d'un Écrivaillon sont une suite de textes en prose produits dans le cadres de challenges que nous nous lançons avec mes confrère et consœur d'écriture, Elena Baroso et Mickaël Jouot.
Chaque semaine nous devons nous efforcer de réaliser un récit, court ou long, contenant trois mots choisis arbitrairement.
J'ouvre donc le bal de mes contributions à venir avec un texte un peu haut en couleurs...

Les contributions d'Elena sont à retrouver à cette adresse :

https://www.scribay.com/text/1095305884/writing-challenge

Et pour les contributions de Mickaël :

https://www.scribay.com/text/1935586657/themes-hasardeux
4
2
0
36
Caiuspupus



Marie se réveilla en sueur dans son lit, les yeux grands ouverts. Elle jeta un œil à son radio-réveil, mais constata que rien ne s’affichait sur l’écran.

Dans le noir, elle tâtonna nerveusement à la recherche de l’interrupteur de sa lampe de chevet, puis le trouva enfin. Elle appuya dessus plusieurs fois, sans succès.

Elle serra son doudou contre elle. Elle l’avait nommé “Lapinot”. C’était un bon gros lapin blanc usé qui n’était jamais passé par la machine à laver. À 10 ans, elle avait un peu honte d’avoir encore un doudou, mais cette peluche lui évitait de faire des crises d’hystérie lorsqu’elle se retrouvait plongée dans le noir : depuis toute petite, elle souffrait de scotophobie, la peur de l’obscurité. À tel point qu’elle s’endormait encore la lumière allumée, même si elle savait que sa Maman venait l’éteindre une fois qu’elle était endormie. En effet, tous les matins, au réveil, l’ampoule était éteinte et froide. Et tous les matins, Marie lui en faisait le reproche, et ça tournait systématiquement en disputes, sa mère ayant toujours le dernier mot : “ce n’est pas toi qui paye les factures d’éléctricité”.


"Mes parents ne me comprennent pas, ils font semblant d'être de mon côté, mais ils sont à côté de la plaque."


Elle était donc assise seule, dans son lit, plongée dans le noir, complètement tétanisée. Pourtant, la veille, et comme tous le soirs depuis ses 5 ans, elle avait bien avalé ses cachets pour dormir jusqu’au lever du jour. Elle avait une prescription pour ça, le psychiatre qui la suivait s’occupait bien d’elle, même si elle estimait que les médicaments l’abrutissaient un peu. Mais cette nuit, les somnifères n’avaient pas eu l’effet habituel. Marie sentit une panique sourde monter en elle, qu’elle parvint à contenir en serrant très fort sa peluche et en respirant lentement.


"Surtout, reste calme, pense à ce que t'a dit le docteur. Pense à des choses agréables."



Elle eut envie d’appeler ses parents, mais se ravisa aussitôt : ils allaient probablement se mettre en colère contre elle, elle avait trop abusé de leur gentillesse dans le passé. Depuis quelques temps, ils étaient devenus un peu irritables dès qu’il était question de leur sacro-saint sommeil.
Elle jeta un œil dans la direction de l’interrupteur de la chambre, qui était là, elle le savait, tapi dans l’obscurité, si près et si loin à la fois. De toutes façons, puisque l’électricité était coupée, ça n’aurait servi à rien. Et puis, il était impensable de se lever pour sortir de la pièce. Il y avait peut-être un monstre tapi sous le sommier, prêt à surgir, à lui mordre les jambes et à l’emporter avec elle sous le lit en la tirant par les cheveux. Elle avait lu quelque part que souvent, les petites filles avaient peur de ce qu’il y a sous leur lit. Les garçons, quant à eux craignaient ce qu’il y a derrière la fenêtre, ou derrière la porte. Marie, elle, était certaine que dans le noir, des monstres griffus se réveillaient. Alors, ils pouvaient surgir de partout, des portes, des fenêtres, des placards, de dessous le lit, du plafond, aussi. Surtout des faux-plafonds, ils sont traîtres, ceux-là.


"Ils sont là, dans le noir, je le sens. Ils me voient mais je ne peux pas les voir. Ils m'attendent."



Elle écarquilla les yeux pour capter un maximum de lumière, distinguer quelque chose dans la pièce, mais elle n’y parvint pas, à son grand regret. Le noir était profond, dense, il enveloppait tout.
Soudain, elle entendit un bruit. Une sorte de craquement. Elle inspira lentement, et tâcha de ne pas polluer les sons de la pièce avec sa propre respiration. Rien. Le silence complet. Ce craquement était certainement le fruit de son imagination. Elle se dit que dans le noir, l’ouïe était décuplée, puisque la vue ne parasitait pas les autres sens. Le moindre petit bruit devenait alors assourdissant. Elle serra fort son lapinot, se blottit sous la couverture, essaya de se convaincre que tout allait bien se passer, qu’il fallait juste se rendormir, et qu’au réveil, tout serait oublié. Elle jeta un regard vers la fenêtre. La nuit était très sombre, sans lune, sans étoiles, Et il n’y avait aucun lampadaire pour apporter un peu de lumière… En réalité, elle ne distinguait même pas sa fenêtre, elle imaginait juste sa présence, quelque part à gauche de son lit.

Puis elle entendit un bruit à nouveau, léger, celui de la pluie qui vient frapper les carreaux. Le craquement qu’elle avait perçu avait était peut-être celui d’un coup de tonnerre lointain? L’explication était logique. Elle s’enfonça un peu plus sous les draps, et se mit à compter lentement ses inspirations et ses expirations afin de faire venir le sommeil. Elle avait lu sur internet que cette méthode fonctionnait.


"Inspire, expire, inspire, expire, tout va bien se passer, il n'y a personne dans cette pièce, tout ça, c'est dans ta tête."



Au bout de 50 inspirations, et tout autant d’expirations, elle constata que cette technique ne fonctionnait pas. Elle était tendue, elle sentait une forme de présence près d’elle. Elle s’agita dans tous les sens, donna des coups de poings dans le vide, autour d’elle. Rien.


"Laissez-moi tranquille ! Partez d'ici !"


Elle eut envie de pleurer, les larmes montèrent en elle. Elle était sur le point de craquer complètement. Un souffle glacial vint alors la saisir dans le lit, suivi d’une sorte de bruit caverneux. Elle sursauta, et tout son corps se mit à trembler.


"Que vient-il de se passer, là? La fenêtre est fermée, ce n’était pas un courant d’air."



Elle tenta un timide “Il y a quelqu’un”? Aucune réponse, il fallait s’en douter… Pourtant, elle le sentait, il y avait bien une présence dans la pièce, qui lui voulait du mal.


Dehors, la pluie se mit à tomber de plus en plus fort, suivie de plusieurs coups de tonnerre qui ne firent qu’ajouter à la tension qui régnait dans la chambre. Marie se cacha complètement sous la couette avec Lapinot, et pria.



"Ne panique pas, Lapinot, tout va bien se passer. On va s'en sortir, ne t'inquiète pas, je suis là pour te protéger des méchants. "



Un rire strident retentit alors dans toute la pièce. Elle s’immobilisa, puis hurla, prise de panique. Toute la tension qu’elle avait gardée en elle explosa d’un coup.


Au même moment, un éclair vint illuminer la pièce. Un très bref instant, Marie put ainsi voir ce que l’obscurité lui avait caché jusqu’ici : sur le parquet, à deux mètres de son lit, gisait Lapinot, son bon gros doudou.


"Mais, si Lapinot est par terre, c'est que..."


Elle comprit instantanément, et relâcha son étreinte de la “peluche” qu’elle serrait si fort contre elle depuis son réveil.

Peu après, ses parents arrivèrent en trombe dans sa chambre, et découvrirent leur fille sans vie, dans un bain de sang, à côté d’une drôle de peluche qui souriait étrangement.

3
7
8
5

Vous aimez lire Ahmeiral ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0