Un symbole inoubliable

3 minutes de lecture

 Combien de temps s'est-il passé depuis que nous l'avions arrêté ? Je dirais bien une bonne dizaine d'année. Nous avions dû le rallumer car elle était de retour. Elle avait emmagasiné assez de puissance pour nous mettre à nouveau des bâtons dans les roues et causer du tort à nous, aux autres, au monde entier. Nous étions des guerriers. Certes, personne ne savait ce que l'on faisait dans l'ombre, mais chaque jour, nous risquions nos vies. Et dire que nous n'étions que des collégiens à cette époque. La paix était revenue le jour où nous l'avions vaincu, mais pendant toutes ces années je n'ai jamais été tranquille. Je ne pouvais m'empêcher de regarder tout autour de moi, si elle n'allait pas revenir une fois de plus. Je le pense encore aujourd'hui, et de plus en plus.

 Je regarde la télévision en prenant mon petit déjeuner, me demandant si c'est une bonne idée de se torturer une nouvelle fois l'esprit avec ces images de catastrophes naturelles qui surviennent de plus en plus fréquemment depuis deux mois en France. Des glissements de terrain, des inondations atteignant les dix mètres de hauteurs, des tornades dévastatrices et j'en passe. Pourtant, nous ne sommes qu'en Aout, la saison des pluies n'était pas prévu pour ce mois-ci.

 L'école est censée reprendre bientôt, c'est la dernière ligne droite vers le diplôme d'ingénieur en informatique. Aujourd'hui, j'ai prévu d'aller acheter les dernières fournitures qu'il me manque pour être fin prêt à affronter cette année quasiment les doigts dans le nez.

 Je n'ai quasiment plus de nouvelle de mes amis avec qui j'avais tissé des liens très fort pendant que nous nous battions contre cette entité. Sauf une, celle avec qui tout avait commencé et terminé. Je reçois ces messages régulièrement. Mais il s'est bien passé deux ans depuis la dernière fois où nous nous sommes physiquement vue. Pauvre de moi, je n'ai toujours pas eu le courage de lui avouer mes sentiments pour elle. Mon coeur s'emballe chaque fois que je pense à cette fille.

***

 10h30, je sors de mon petit studio d'étudiant pour aller au supermarché du coin où je pourrais trouver mes fournitures. Dehors, il fait gris, le vent souffle à en faire plier les arbres. On se croirait sur les côtes d'une île tropicale. En avançant, je remets mon écharpe qui tente de s'envoler et presse le pas pour éviter de le perdre à nouveau. Sur le chemin, dans les vitrines high-tech, encore les news. Une nouvelle catastrophe s'est déclenché dans le sud de la France, une inondation emportant des centaines de maisons et des corps flottaient. Les scientifiques parlent de "réchauffement climatique" et de "fonte des glaciers" qui dérèglent le climat.

 11h30, je suis rentré chez moi en courant sous la pluie. J'ai encore une fois perdu mon écharpe sur le retour. Quelle imbécile ! Je rallume pour la énième fois mon téléviseur pour prendre des nouvelles de cette inondation. Toujours les mêmes images d'horreur en boucle. Je commence à ranger mes achats lorsque quelque chose attira mon regard pendant les news. Le temps de tourner la tête, ce que je pensais voir disparu pour de nouvelles images. Je reste figé à l'écran, attendant que cette chose réapparaisse. Le drone des journalistes survole les décombres, afin de chercher d'éventuels survivants puis dézoome son focus pour avoir un aperçu global des dégâts. C'est à ce moment-là que je vis ce qui m'avait interpelé du coin de l'oeil. Rapidement, j'attrape la télécommande, puis je cherche le bouton de l'arrêt sur image. Pas de doute, ce symbole dessiné par les débris m'est familier, trop familier, inoubliable. Un grand frisson parcourt mon corps tout entier, ma bouche s'assèche, mes mains commencent à trembler, j'ai du mal à déglutir. Mon portable sonne soudainement, j'ai du mal à m'en rendre compte tout de suite. Sur la photo, c'est elle, je dois répondre.

  • Jérémie, tu regardes aussi les news ? Tu vois ce que je vois ?

  • Hmm...

  • Elle est de retour. Qu'est-ce qu'on fait ? demanda-t-elle.

 Je ne réponds pas tout de suite, le temps de réaliser la situation.

  • JEREMIE ! cria mon amie qui me fait reprendre mes esprits.

  • Préviens les autres et dit leur qu'on se retrouve là-bas demain matin à la première heure.

Journal de Jérémie Belpois

JOUR 0

XANA est de retour !

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Recommandations

no97434

- Maman, qui m'a donné mon intelligence?
- Ce doit être ton père parce que moi je l'ai encore.
11
6
0
0
MARQUE


Assis sur un caillou, je regarde jouer ma fille. Au-delà de la falaise, la mer s’efforce de se faire remarquer : elle rugit, jette violemment ses vagues contre la paroi, montre ses dents d’écume menaçante. Mais je ne la calcule même pas. Je ne vois que Sandra, son petit seau à la main, totalement absorbée par le château qu’elle bâtit minutieusement.
Je m'émerveille de l’innocence et de la pureté naturelle de son visage ; de ses sourires d’une blancheur éclatante qui désarment en moi toute tentative de gronderie. De cette beauté naïve que seule l’enfance peut connaître.
Et puis, comme un cauchemar, me revient la réalité, le caractère évanescent de ces petits moments de bonheur, les années qui passent, l’adolescence, puis le coup de grâce, le passage à l’âge adulte. Les responsabilités, les désillusions, les compromis. Toutes les petites trahisons à ses idéaux, les soumissions et les frustrations souvent nécessaires pour garder son emploi, son conjoint, sa place dans la société.
L’âge adulte nous arrache à la beauté de l’enfance et nous aspire peu à peu, comme une main invisible agrippant nos pieds en les tirant vers le bas.
J’allume une cigarette et tente de chasser ces idées sombres de mon esprit. Après tout, je suis un être humain, la peur et le doute font partie de moi comme de tout un chacun, je suppose que c’est ce qui nous caractérise et explique notre comportement.
Quand je pense à tout ça, je réalise à quel point mes petits soucis sont dérisoires.
Enfin bref, envers et contre tout, je vais faire de mon mieux pour savourer l’instant présent, sans chercher de sens à ma vie, ni me focaliser sur ma finitude.
Assis sur un caillou, je regarde jouer ma fille. Au-delà de la falaise, la mer rugit.
3
3
0
1
Défi
Blake Spume
Réponse à un défi, par ailleurs j'en ai profité pour rendre un hommage.
9
13
0
0

Vous aimez lire Totoj ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0