Chapitre 22

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Ch.

- Allo ? décrocha Jay toujours sur le parking du commissariat.

- Papa, c'est moi. Je viens de sortir de l'hôpital, tu es toujours au bureau ?

- Oui, tout va bien ?

- Euh... C'est... J'arrive, prévint Mateo avant de raccrocher sous la surprise de son père qui retournait à l'intérieur pour s'emparer du dossier du jeune disparu.

Il fut à l'exacte place où Soto l'avait dit : au deuxième tiroir. Il le prit pour le feuilleter promptement avant de regagner son bureau, auprès des parents morts d'inquiétude.

- Bon, on va contacter tous les amis et connaissance de votre fils pour écarter la fugue et...

- La semaine prochaine, on devait partir pour Los Angeles pour les vacances, annonça la mère en tenant la main de son mari, en lui coupant parole. C'était le rêve de Julien et après qu'on ait découvert les problèmes qu'il avait à l'école et s'être rendu compte qu'il n'allait pas bien, on a voulu faire ce voyage pour le soutenir... Pour lui montrer que les bonnes choses peuvent encore arriver. Il n'aurait jamais fugué et puis... Il se tenait à carreau et faisait le petit fayot pour assurer notre départ. Il est un adolescent responsable et il n'aurait jamais mis Los Angeles en péril en nous mettant en colère. On vous en prie, nous sommes persuadés qu'il lui est arrivé quelque chose de grave !

Alors, l’on pouvait dès à présent écarter la possibilité de la fugue mais ils devaient tout de même contacter les potentiels témoins ou suspects qui se trouvaient êtres les derniers à l'avoir vu. Ils détenaient forcément des informations cruciales pour le retrouver.

Jay leur expliqua la procédure à suivre : interroger les proches et les connaissances et définir la chronologie de la journée voire jusqu'aux dernières quarante-huit heures précéprécédant la disparition. C'était beaucoup de travail et cela prenait énormément de temps, mais restait tout de même primordial pour le bon déroulement de l'enquête. Puis prirent à nouveau leurs coordonnées et refirent un dossier au nom de Julien Faure dans la base de données numérique de la police. Il surveillerait de près le dossier.

Les deux parents partirent toujours autant stressés qu'a leur arrivé, malgré les vaines tentatives de Jay pour les rassurer. Après une petite dizaine de minutes, Mateo déboula dans son bureau, visiblement chamboul et essouffle.

- Papa, c'est Sophie Persson, il... s’époumona-t-il. Elle... Elle est morte, on l'a assassiné...

****

Dix-huit heures plus tôt.

La pluie tombait dans les rues de Marseille, mais le soleil pointait haut dans le ciel. Pourtant, malgré les nombreux passants qui déambulaient à cette heure, ses cris et ses appels à l’aide ne servaient à rien, personne ne l’écoutait. Chacun s’occupait de soi, ne prêtant aucune attention à cette femme en détresse. Les habitants de ce quartier le savaient, s’occuper des problèmes des autres ne finissait jamais bien. Alors pour eux, pour leurs familles, pour leurs amis… ils se bouchaient les oreilles et détournaient le regard. C’était là le seul choix qu’ils avaient...

Elle devait courir plus vite et plus loin… Pour sa vie, mais aussi pour celle de nombreuses personnes qui pourrait se retrouver face à cette famille. La peur lui tordait l’estomac et son souffle se fatiguait à mesure que les secondes défilaient. Elle s’épuisait rapidement, beaucoup trop rapidement…

Pourquoi avait-elle pensé y arriver toute seule ? Pourquoi… Pourquoi cela tombait sur elle ? Tout ce que cette femme voulait, c’était de faire le bien autour d’elle, de racheter ces erreurs passées et se sentir moins coupable… Alors pourquoi le ciel s’obstinait à lui mettre des bâtons dans les roues ?

Ces fautes la conduiraient surement tout droit en enfer et elle ne pourrait sans doute jamais s’affranchir… Sa vie ne valait-elle même plus la peine d’être sauvé ? Le désespoir s’infiltrait dans tout son être et ses pensées s’obscurcissaient indéniablement.

À ces trousses, cinq hommes armés de pistolet lui criaient qu’ils allaient s’occuper d’elle et qu’elle vivait ses derniers instants.

Alors que dix minutes plus tôt elle discutait tranquillement avec un commerçant, ils l’avaient vue de loin et prise pour cible sans aucune raison apparente.

Arriver à un carrefour, la femme choisit de tournée à droite, sans vraiment y réfléchir. Entrant dans une rue étroite, elle s’arrêtera quelques secondes pour souffler, elle n’en pouvait plus. Ses poumons brulants, sa bouche sèche et ce goût de fer désagréable, ses gambes tremblantes et son souffle anarchique…

- Je suis fini… J’arriverai jamais à les distancer… geignit-elle à bout de forces. De toute façon, qu’est-ce que je perds ? Je suis seul et bousiller.

Elle frappa le mur, sur lequel elle se tenait, de toutes ses forces avant de gémir de douleur. Ses phalanges se mirent à saigner.

- Merde !

Des larmes d’abattement baignaient ses joues, son mascara coulait teintant sa peau blanche de noir. Elle baissait les bras. Elle n’en pouvait plus. Ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient…

- Ça va aller, tout va bien se passer … souffla-t-elle la gorge nouée. J’ai trop fait souffrir, c’est à mon tour maintenant.

Les malfaiteurs la rattrapèrent rapidement puis se pressèrent autour d’elle. Leurs cœurs battaient aussi vite que leur victime qui se laissait tomber à terre.

- Alors, on abandonne déjà, ma jolie ?

Tétanisée par la peur, la femme n’osait piper mots. Elle acceptait le sort que ces voyous avaient décidé, c’était comme ça…

- On a reçu l’ordre de te tuer, poupée, et tu vas te laisser faire.

Ne lui laissant pas le temps d’y réfléchir, il sortit un couteau de sa manche puis s’avança vers elle.

Et tandis que ces quatre comparses restaient immobiles à observer la scène, leurs armes à feu bien visible, il releva la femme à terre pour ce placer droit devant ses yeux. Il la regarda longuement batailler contre la peur un sourire sur les lèvres.

- Pou… Pourquoi ? finit-elle par réussir demander. Et… Et qui ?

- Tu t’es mis les mauvaises personnes à dos, ma pauvre. Ça ne ramène jamais de bonne chose de fouiner chez les autres…

Étonné, la femme comprit alors l'horreur de sa situation, son agression n’avait rien de hasardeux... Elle repensa à la discussion de ce matin, avec trois avocats par franchement commodes qui avait même fini par la menacer... Alors c'était eux ? C'était cette famille ?

Grâce à cette entrevus avec ces avocats, plusieurs de ces questions prenaient maintenant sens. Les informations qu’elle détenait étaient cruciale, plusieurs vies en dépendaient…

Elle ne pouvait définitivement pas se laisser mourir, elle devait se battre. Quitte à en souffrir, pour une fois, elle voulait faire le bien.

- Je veux pas mourir… S’il… S’il vous plaît… Laissez-moi… suppliait-elle comme dernier espoir.

L’homme rigola de sa naïveté. Il n’en était pas à sa première fois et toutes les victimes finissaient par le supplier, il trouvait ça pathétique.

La femme lui assena un violent coup dans son entrejambe avant de s’enfuir à vive allure. Sans se retourner, elle éjecta ces escarpins bleu ciel à terre, voulant courir encore plus vite. Elle s’engagea dans plusieurs ruelles, espérant réussir à les semés.

Soudain, l'un des cinq hommes déboula devant elle suivit des quatre autres par l’arrière. Pousser par une rage folle, la femme prit une barre de fer qui trainait par terre pour se défendre.

- Tu crois faire quoi, espèce de trainer ! hurla celui qui possédait le couteau.

S’approchant prudemment, il fit discrètement signe à ses coéquipiers de la surprendre par l’arrière pendant qui s'avançait toujours plus.

Les quatre autres assassins l’attrapèrent alors rapidement par le coup, la déstabilisant pour laisser le temps à leur meneur de s'emparer du seul moyen de défense de la femme, avant de lui assener un premier coup de couteau.

Elle écarquilla les yeux, criant sa douleur.

La victime s'était laissée avoir par cette feinte, elle avait été surprise et perdait tous ses moyens… Elle pleurait maintenant de rancune, de tristesse…

L’homme ne s’arrêta pas à un coup de couteau, non. Il la rua encore et encore. La lame tranchante du couteau mordait et déchirait sa peau à plusieurs reprises. Il ne lui laissait aucune chance de survie…

Une heure après le meurtre, la police arriva finalement sur les lieux. Prévenu par un vielle homme, témoin de la scène, ils découvrirent la jeune femme au corps sanguinolente. Ils la fouillèrent en recherche de papier pour l’identifier et le verdict tomba :

La journaliste d’info TV fut lâchement tuée dans une ruelle de Marseille et les informations sur le fantôme de Boulogne qu’elle venait tout juste de découvrir mouraient tristement avec elle.

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