Chapitre 18.

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Chapitre 18.

Arriver depuis une heure dans le petit appartement des Simon, Mateo observait d’un œil intéressé la chambre que Sam et Anaël partageaient entre frères. Elle abordait une teinte marron taupe et de blanc, un lit superposer dans un coin avec une tonne de vêtement éparpillé sur celui du bas, deux grosses armoires en bois à sa droite et un bureau au-dessous de deux fenêtres entourées de rideau gris foncer. Au coter du bureau, se trouvait un chevalet retenant une toile, fait d’un drap en coton cloué sur une palette de bois poncer, tout juste débuter. On y voyait des traits fin et épais, fait d’acrylique, aux couleurs vive et opaque mélangeant du rose, du violet, du bleu et de l’orange. Ils se superposaient les uns aux autres pour former des débuts de formes en vague sur le bas du tableau, l’autre partie était encore vide de colorant. Le tout sonnait comme une mélodie, douce et harmonieuse, pleine de sentiments joyeux.

- C'est vous qui l’avez peint ? demanda Mateo curieux.

- Non, c’est Ana... Il peint depuis tout petit, révéla Sam en fixant les tubes de peinture qui traînaient sur le bureau. Je lui ai dit des centaines de fois de ranger ces affaires, il est très bordélique... Mais vu qu’il ne m'écoute jamais, c’est moi qui range toujours tout.

Mateo en apprenait un peu plus sur Anaël, c’était le but de sa visite ici. Apprendre à connaître l’adolescent plein de vie et de passions d’avant le drame qui l’avait complètement brisé ne pouvait que l’aider à le comprendre et se rapprocher. S’il lui parlait d’une de ces passions, peut-être qu’il répondrait. Peut-être qu’ils auraient enfin une discussion et non l’habituel monologue du policier.

- J’ai pas pu me résoudre à les rangées cette fois-ci... Comme s’il était toujours là et qu’il continuait à mettre le bordel une heure après que j’ai tout nettoyer.

Mateo souriait faiblement à l’image des deux frères s’engueulant pour une pile de d’affaire au pied lit. Anaël l’ignorant ou boudant dans son coin et Sam exaspérer, cédant une nouvelle fois à le faire à sa place.

- Il est autant bordélique que ça ?

Sam pouffa de rire en s'asseyant sur le coter du lit libre puis proposa d’un geste de la tête la chaise du bureau pour Mateo.

- Il tient ça de notre père, lui répondit-il alors. Une vraie calamité ces deux-là !

Après s’être assis, Mateo prit un cadre photo pausé sur le bureau. La famille était au complet et datait de plusieurs années. Les parents aux l'extrémités tenaient la main de leurs deux jumelles qui boudaient, au milieu, Sam tenait aussi la main d’Anaël qui souriait de sorte de faire voir tous ces belle petites dents blanches d’enfant. En arrière-plan, le soleil brillait férocement signe d’un bon brûlant moi d’août et une grande étendu d’herbe verte fraîche s’étendait au-delà du cliché. Mateo n’y voyait qu’une famille heureuse et souder aux allures accueillantes et il fût pris d’un pincement au cœur en le détaillant ainsi. Cela n’était dorénavant plus d’actualité.

- C’était il y a dix ans, dans le parc Montsouris. On pique-niquait souvent là-bas l’été, souffla-t-il, en famille.

- Votre père travail beaucoup ?

Jay et Mateo ne l’avaient pas encore rencontré et ils avaient besoin de son témoignage pour l’enquête.

- Je sais pas, du moins pas avant qu’il se barre.

- Oh... Je suis désolé... C’est arriver quand ?

Lors de la perte d’un enfant, les parents restaient difficilement ensemble. Chacun se blâmait ou accusait l’autre créant une ambiance hostile et étouffante. Il était fréquent qu’ils en viennent à se séparer.

- Deux mois après sa disparition. Il supportait plus de nous voir et pas Ana. Il nous a dit qu’il souffrait trop ! s’emporta Sam, en s’énervant. Vous y croyez, vous ? Il souffre trop ? Ouais bah, nous aussi ! C'est notre frère et maintenant les jumelles doivent vivre sans leur père.

Mateo ne sut pas quoi répondre. Il compatissait pour lui et le reste de la famille, mais il ne pouvait pas prendre le parti de l’un ou de l’autre. Il ne comprenait pas la douleur d’un père face à la perte de son fils ni celle du reste de la famille, d’ailleurs, étant fils unique…

Sans attendre de réponse de la part de Mateo, Sam pris soudain un air plus grave en le fixant scrutateur. Comme s’il voulait l’analyser, le jauger.

- Le médecin de la dernière fois, le docteur Meunier, il a dit que vous étiez proche d’Ana… C’est vrai ?

Mateo se rappela alors du regard surpris que Sam lui avait lancer lors de leur première rencontre quand Anaël, prostré sous la table de sa chambre paniquant à la vue de sa famille et du médecin demandant à tout le monde de sortir sauf Mateo.

- Je me suis attaché à lui, oui… Je sais pas si c'est parce que je suis nouveau et que c’est la première fois que je suis face à tout ça, mais j’ai vraiment envie de l’aider… se confia Mateo un peu gêner.

Sam soupira en se laissant tombé en arrière, les deux bras relever. Il fixa un instant le sommier du lit d’en haut avant de déclarer :

- Je peux vous demandez de prendre soin de lui ? D’être là pour lui à notre place, et d’essayer de comprendre pourquoi il veut pas nous voir ?

Mateo acquiesça ayant déjà pris cette décision depuis le début. Il comptait découvrir tout ce qui tourmentait l’adolescent, l’aider à les dépasser et le défaire de l’emprise que le Fantôme de Boulogne avait instauré depuis son enlèvement.

****

Un fond café froid à la main, Jay remercia la mère de famille avant de se relever. Au même titre que son fils, il amassait le plus d’information possible sur les différends zones d’ombres.

Il alla donc chercher son fils, qui était toujours dans la chambre des deux frères depuis plus d’une heure, pour le prévenir qu’ils rentraient. De retours dans la voiture du plus vieux, ils purent parler de ce qu’ils avaient appris.

- Il m’a dit que leur père est parti deux mois après la disparition d’Anaël, commença Mateo en attachant sa ceinture.

- Oui, la mère m’en à parler. Il est parti vivre à Marseille et ne donne plus de nouvelle depuis six mois. Je vais essayer de contacter des collègues de là-bas pour avoir des infos. T’as appris d’autres choses ?

- Pas vraiment… Il est bordélique, fait de la peinture et aime les animés.

- C’est un début, Mateo. Au moins, tu seras de quoi lui parler pour lui faire plaisir, il te répondra peut-être.

- Ouais, t’as raison… dit-il en prenant son téléphone pour envoyer un massage.

- Il arrive à quelle heure, Elyo ?

Le matin même, Mateo lui demandait si Elyo pouvait dîner à la maison, les joues rosies. Le détective avait accepté connaissant déjà le jeune policier et ami de son fils, curieux de le voir rougir ainsi. A vingt heures…

Regardant rapidement sa montre, Jay fut surpris du temps qu’ils leur restaient. Dix-sept heures, déjà passé.

- Vingt heures ?! Mais c’est bientôt ! s’exclama vivement Jay en se repositionnant sur son siège.

Mateo tourna sa tête pour regarder son père commencer à stresser puis pouffa de rire.

- Pourquoi tu stress autant ? C’est Elyo, tu le connais déjà…

- Je vais officiellement rencontrer le petit copain de mon fils, bien sûr que je suis stressé !

Le plus jeune arrêta d’un coup de rire. Les yeux écarquillés, il fixa ceux de son père.

- Mais… Enfin… Qu’est-ce que tu racontes ? On sort pas ensemble !

- Ah oui ? Vous m’avez l’air plutôt proche pour être de simple amis, ria-t-il à son tour.

De son rétroviseur, Jay put voir Mateo rougir et détourner le regard vers sa fenêtre.

Voulant changer de conversation, Jay murmura :

- Tu sais, pour l’autre jour… Dans le salon… Avec le garçon… Quand tu…

- C’est bon, c’est bon, j’ai compris ! s’exclama Mateo plus rouge encore.

- Je veux que tu s’ache qu’on est ok, que ça ne nous dérange pas…

- Oh… Heu… Ouais… Enfin, non, je… Je suis pas…

Du coin de l’œil, il aperçut la jambe de Mateo commencer à sautillé. Alors, ne voulant pas lui laisser le temps de nier ce qu’il avait vu ce jour-là, il répliqua rapidement :

- On t’a raconté comment ta mère et moi on s’est rencontré ?

- Ouais, dans un bowling…

- Oui, c’est ça. J’étais avec des amis et elle avec sa petite amie.

Mateo releva rapidement la tête, pas sur de ce qu’il avait entendu.

- Hein ?

- Ta mère aime aussi les filles. Ria Jay face à la mine déconfit du jeune policier.

- Mais… Attends t’es sérieux là ?! Pourquoi vous ne m’en avez jamais parlé ?

- Pour les mêmes raisons que toi j’imagine... La peur du rejet, ne jamais trouver le bon moment… et puis on n'est pas très fier de cette histoire…

- C’est ma mère, je ne pourrais jamais la rejeter ! Elle en a honte ?

- Non, c’est pas ça… soupira-t-il, elle sortait déjà avec quelqu’un quand on s’est rencontré... Elle s’appelait Victoria et elles étaient ensemble depuis deux ans.

Jay se souvenait très bien de cette journée. Du temps doux et de la fine pluie qui tombait, de ces amis encore arrivés en retard, de son regard tombant dans celui brun claire de la plus belle fille de la salle... Le temps suspendu, ils communiquaient, rien qu’avec les yeux, de loin. L'évidence les frappa... Ils s’avaient qu’ils ne pourraient jamais s'oublier, qu’ils voulaient se revoir encore et encore. Alors même s’ils ne se connaissaient pas, même s’ils s’avaient que cela était mal, ils réussirent à se retrouver tous les deux, à l'écart des autres, et échangèrent leurs numéros en se promettant de se revoir le lentement.

- Oh... Elle l’a trompée avec toi ?

- Oui, on n'était pas fier, mais elle n'arrivait pas à la quitter. Sa copine était en dépression après que sa mère soit morte. Alors ta mère ne voulait pas la laisser comme ça...

- Et ça s'est fini comment ?

- Mal, elle l'a découvert et est devenue violente et ce son mit à se battre. J’étais là quand c'est arrivé alors j’ai voulu intervenir, mais ta mère, m'a demandé de rester en dehors de ça...

- Tu l'as laissé se battre ?

- Ta mère est bien assez forte pour se défendre, crois-moi ! Elle l'a ratatiné, s’esclaffa Jay au souvenir.

- Maman, bisexuel ? Et elle s’est battue avec une autre parce qu'elle la trompait avec toi ? résuma-t’il sous le choc... Je crois que je vais jamais m'en remettre…

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