Chapitre 9

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Chapitre 9

Le détective Jay Henderson faisait son possible pour obtenir les commissions rogatoires le plus vite possible. Or, cela prenait du temps. Même s’ils ne pouvaient pas se le permettre, ils n’avaient pas le choix d’attendre l’autorisation du juge d’instruction pour procéder aux perquisitions. Ils devaient patienter au risque de laisser le temps au criminel de s’enfuir ou de s’en prendre à sa prochaine victime. Ils n’en étaient pas satisfaits, mais c’était comme ça.

La loi était faite comme ça.

Mateo, qui revenait de son agréable déjeuner avec Elyo, toquait à la porte. Après en avoir été autorisé, il s’asseyait sur le fauteuil en face du bureau.

- Tu avances ?

- J’ai prévenu le juge. On doit attendre, maintenant, dit-il en soufflant.

- Mais tu lui as dit que c’était urgent ?

- Oui, bien sûr, mais ça prend du temps. Tu sais, les procédures et tout ce bordel…

Mateo souffla à son tour ne supportant pas l’attente.

- Bon. En attendant, on va aller voir le médecin légiste qui s’est occuper des autres victimes. Il a peut-être vu ou rater quelque chose de similaire.

Il partirent alors en direction de l’institut médico-légal où travaillait le docteur Briard, le légiste en charge des victimes du Fantôme de Boulogne. Ils y arrivèrent en moins d’une heure en voiture.

Pour Mateo, cela était la première fois qu’il entait dans une morgue. Il était angoissé et appréhendait beaucoup les minutes qui allaient suivre.

Lors de sa formation, tout un tas de rumeurs circulaient sur différends sujets. Bien évidemment, la rumeur la plus en vogue du moment se centrait sur le Fantôme de Boulogne. Puis ce genre d’endroit en alimentait beaucoup aussi : les morgues puaient la mort à cause des cadavres en décomposition, les médecins légiste étaient tous des fous parlant aux dépouilles et préféraient les morts aux vivants… Il le savait. Il savait qu’il ne agissait que de rumeurs et qu’il ne fallait jamais tirer de conclusion active. Le mieux était de se faire sa propre opinion en découvrant et en apprenant par soi-même. Le principe était simple. Se renseigner, s’intéresser au sujet avant de juger. Simple pour certain, mais incompréhensible pour d’autres.

Bref. Ils entrèrent donc dans l’institut en passant d’abord par la réception pour se présenter et demander à voir le docteur Briard.

- Vous pouvez attendre dans la salle d’attente, il va venir vous chercher.

Ils durent attendre une quinzaine de minutes avant d’être reçus par le médecin légiste. Ils allèrent directement à son bureau pour discuter au chaud et près des dossiers que le docteur Briard allait sûrement consulter.

- Dans votre appel, vous disiez avoir trouvé le sixième ?

- Oui, c’est bien ça, acquiesça le détective en sortant le dossier qu’il avait rédigé sur cette victime qui n’avait pour l’instant aucun nom. Nous avons trouvé des initiales marquées au fer rouge sur son avant droit.

Jay sortit plusieurs photos prises par les médecins pour les tendre au médecin légiste. Il les examina sérieusement, fronçant les sourcils devant certains clichés.

- Impossible que j’ai pu rater ce genre de blessure sur les autres victimes. C’est plutôt voyant… releva le médecin en regardant les autres photos.

- Pourquoi seulement lui, alors ? Pourquoi il est le seul à avoir dû subir ça ? demanda Mateo en réfléchissant.

- Il était peut-être spécial aux yeux de son ravisseur ? tanta de répondre Briard. D’après votre dossier, il a plusieurs anciennes fractures, notamment aux chevilles, aux bras et aux côtes… Il était plus violent avec lui qu’avec les autres.

- Il se débattait peut-être plus que les autres ? supposa Mateo.

- Non, je ne pense pas, contestait Jay en croisant le regard de son fils. D’après l’état de leurs poignets et chevilles, ils étaient enchaînés vingt-quatre heures sur vingt-quatre alors même s’il se débattait, il n’avait pas besoin de taper si fort. Et puis, il lui brisé a les chevilles ? Il était enchaîné, ça se servait à rien.

- Je pense comme vous. Cet homme prenait un minimum soin de ses gosses pour les faire tenir un an avec lui, sans se briser, alors qu’avec lui, on a l'impression qu’il n’arrivait plus à se contrôler…

Le téléphone du détective sonna, clôturant la discutions, ici.

- Jay Henderson… décrochait-il. Je vous remercie… Oui, je comprends… De même. Au revoir…

Cela faisait six ans qu’il avait débuté son enquête et six ans qu’il tournait en rond. Il avait passé des heures à lire et relire ses dossiers, des jours à interroger toute personne susceptible d’avoir vu ou entendu le moindre son, le moindre individu près du bois de Boulogne. Malgré ses efforts, il n’avait jamais eu de résultat. Jusqu’à aujourd’hui. Ils avaient enfin quelque chose, enfin de quoi émettre des pistes et procéder à des perquisitions.

Le détective en était excité. Il ne le montrait pas, mais il était pressé d’arriver à comprendre pourquoi et trouver qui. Cette enquête était une véritable énigme. Il avait hâte d’annoncer aux familles des victimes qu’ils avaient trouvé et arrêté le coupable.

- Nous avons le feu vert du juge. Docteur Briard, nous vous remercions de vos réponses. Nous vous tiendrons au courant.

Les deux Henderson se levèrent de leur fauteuil, serrèrent la main du médecin légiste et partirent en direction du commissariat. Ils devaient se préparer à perquisitionner neuf habitations.

****

Pour aller plus vite, ils avaient constitué trois équipes de six. Jay décida d’y aller avec son fils pour le laisser mener la perquisition suivie de Grid, Soto Mendy et Emmet.

Ils arrivèrent alors sur le lieu de la première perquisition. Mateo entrepris de sonner puis ils attendirent qu’on leur ouvre la porte.

- Bonjour, monsieur Cabanac. Nous sommes de la police, s’annonçait Mateo en montant son badge. Nous avons une commission rogatoire pour fouiller votre appartement. Veill…

- J’ai rien fait. Dégagez de chez moi, refusa l’homme enfermant sa porte.

Mateo la coinça rapidement avec son pied avant de la pousser avec force et de rentrer sans l’autorisation du locataire.

- Je crois que vous m’avait mal compris, monsieur Cabanac. Ce n’était pas une demande. Veillez-vous vous asseoir et nous laisser travailler. Si vous refuser, nous vous arrêterons pour raffut d’obtempérer, réprimandait durement Mateo.

L’homme lui lança un regard noir en s’affalant bruyamment sur son canapé tandis que Jay eut un petit sourire scotché sur le visage en voyant son fils mener avec brio le début de la fouille.

- C’est du n’importe quoi ! De quoi vous me reprochez ?

- Enlèvements, séquestrations, viols, meurtres et maltraitances sur six mineurs âgés de quinze a dix-sept ans. énuméra Mateo en commençant a chercher dans le salon.

- Je veux un avocat ! cracha Cabanac en fixant le plus jeune.

- Bien. Vous en avait déjà un ou vous voulez un commis d’office ?

- Parce que tu crois que j’ai les moyens. Petit avorton ! l’insulta l’homme.

- Je m’en occupe, se proposa Grid en prenant son téléphone.

- Merci.

Ils commencèrent alors à balayer pièce par pièce. Ils prirent : ordinateur, téléphone portable, CD et DVD avec eux pour pouvoir les donner au technicien de police de retour au commissariat.

Le domicile fouillé de fond en comble, le jeune enquêteur demanda au suspect de les mener jusqu’à sa cave.

- J’en n’ai pas.

- Fais pas le malin, on sait que tu en as une, le contra Mandy, la seule femme dans l’équipe.

- Ouais, bah, j’sais pas où elle est, alors.

- On peut aussi aller voir le gardien pour qu’il nous y emmène. Puis on t’arrêtera pour reffu…

- C’est bon, c’est bon. J’ai compris.

L’homme prit ses clefs puis guida les six policiers dans le sous-sol. Arrivé devant la porte numéro quarante-huit, Cabanac l’ouvrit, les mains tremblotantes.

Mateo, Jay, Soto et Grid entrèrent tandis que Mandy et Emmet restaient auprès du suspect à l’extérieur.

Muni de gants et de lampes torches, ils fouillèrent dans les moindre recoins la petite cave.

- J’ai trouvé quelque chose, informa Jay en tournant les feuilles d’un album photos.

- Non ! Touchez pas à ça ! hurla l’homme en essayant d’entrer.

Emmet le plaqua sur un mur en lui criant :

- Ne faites pas un geste de plus !

- Ne touchez pas ! Ne touchez pas ! continua-t-il.

Le lieutenant Emmet n'eut d’autre choix que de menotter l’homme qui devenait incontrôlable pour garantir la sécurité de ces collègues.

Il y avait des dizaines de photos dans cet album. Des jeunes filles comme des jeunes garçons, attachés ou non, nu et parfois en pleurs. C’était une horreur.

Mateo, qui s’était approché pour regarder ce que tenait son père, écarquilla des yeux. La nausée le prit rapidement, ne supportant pas la vue. Il ferma les yeux, prit une respiration et serra des poings pour se ressaisir.

- On l’embarque, averti le détective Henderson en fermant l’album.

- Non ! Non ! Vous pouvez pas ! s’écria Cabanac en se débattant avec force.

Grid et Soto leur prêtèrent main forte puis le forcèrent à entrer dans la voiture de police.

- Tu as fais du très bon travail, Mateo, le félicita Jay en regardant son fils.

- Merci, papa !

- Aller, on rentre au commissariat, on a encore deux autres appartements à perquisitionner.

Ils repassèrent donc au commissariat pour enfermer l’homme qu’ils venaient d’arrêter puis repartirent aussi vite. La deuxième perquisition se passa sans encombre. L’homme avait obtempéré sans résistance et ils n’avaient rien trouvé de suspect chez lui. Ils avaient tout de même emmené, comme avec le premier, ordinateur et téléphone. Alors, ils passèrent au troisième et dernier de leur liste.

- Monsieur, Casal ! Nous sommes de la police ! Nous savons que vous êtes chez vous, ouvrer-nous cette porte ! cria Emmet en tambourinant à la porte.

Après trois petites minutes d’attente, ils entendirent enfin du mouvement derrière la porte.

- Ça va, ça va… Pas obligés de frapper si fort. Vous me voulez quoi ? demanda nonchalant l’homme vêtu d’un simple caleçon.

- Nous avons une commission rogatoire pour perquisitionner votre appartement.

- Oh, je vois. Je vous en pris, faite comme chez vous, acquiesça-t-il en se poussant. Je vous sers un café ? Un thé ?

- Non merci, monsieur Casal.

- Vous pouvez m’appeler Orlando. Je suis accusé de quoi ?

- Enlèvement, séquestration, maltraitance et viol sur six garçons de quinze a dix-sept ans dont cinq son morts.

Orlando esquissa un sourire en coin avant de répondre :

- Dont cinq morts ? Vous pouvez me rayer de vos listes, messieurs. Je ne les tue pas, je préfère les laisser vivants pour qu’ils se souviennent de moi toutes leurs vies. Hum, je trouve ça plus excitant…

- Dégoutant… murmura Mandy.

- Chacun ces goûts, répliqua l’homme en lui souriant.

Ils fouillèrent donc minutieusement l’appartement, en quête du moindre objet compromettant.

Sans sucés. Il n’y avait rien. Rien qui permettait une mise en garde a vue. Alors, c’est avec contrariété qu’ils repartirent de l’habitat pour rentrer au commissariat.

Une fois arrivés, ils se saluèrent puis partirent chacun de leur côté. Jay devait avait demandé aux deux autres équipes de lui rédiger leur rapport pour demain. Il pouvait donc rentrer enfin chez lui avec son fils après cette fatigante journée.

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