La cyber matriochka : 8 | blanc et noir |

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8 jours, 8 heures, 8 minutes, 8 secondes... 8 temps infinis


petite boule de coton blanc pour essuyer mes idées noires

petite boule de suif noire pour raconter des histoires blanches


petite magie blanche pour soigner mon âme noire

petite magie noire pour garder ton cœur blanc


petite fleur blanche pour se souvenir de mes nuits noires

petite fleur noire pour espérer le retour de mon amour blanc


petite poesie blanche pour affronter une journée vide, pleine de notes noires

petite poesie noire pour continuer à espérer le jour des retrouvailles de nos bras blancs.

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Yovan


Ce jour là, ayant un peu de temps pour ma pause déjeuner, et n'ayant rien de particulier à faire, j'avais décidé de rentrer manger chez moi. Je m'étais préparé un steak avec des haricots verts. Je mangeais comme d'habitude assis sur le tabouret haut devant le bar de la cuisine. Comme d'habitude lui était assis sur une chaise. Il ne faisait rien. Pas rien comme une personne qui s'ennuierait et chercherait à occuper son esprit en regardant autour de lui ou en jouant avec un stylo qui se serait trouvé là. Vraiment rien. Il était immobile, son expression était neutre. Il n'avait pas détourné le regard de sa position fixe. 
La porte d'entrée était située dans son dos et même s'il m'avait, de toutes évidences, entendu entrer, pas un instant il n'avait fait un geste qui aurait pu laisse penser qu'il faisait attention à ma présence. Pas un regard. Pas une parole. Pourtant dès l'instant où j'ai passé le seuil, j'ai ressenti ce sentiment d'"accueil". Cette sensation, de bien être et d'aisance que l'on ressent lorsqu'on arrive chez des amis intimes. Depuis mon arrivée dans l'appartement, j'avais l'impression qu'il observait avec une attention soutenue tout mes faits et gestes. Pourtant son regard restait fixe. 
Maintenant, je commence à connaitre son mode de fonctionnement. J'ai bien dit "connaitre", pas"comprendre". Je sais que si ça n'avait tenu qu'a lui, nous serions resté là sans échanger une seule parole. Au début j'étais très gêné de le sentir m'observer sans dire un mot et, comble de l'impolitesse, sans même me regarder. Les premiers temps, j'essayais à tout prix de combler le silence par des questions plus ou moins pertinentes. Maintenant j'étais à l'aise avec ces échanges non verbaux.
Toutefois, alors que je portais ma fourchette à ma bouche une interrogation me vint :
"- Je ne te vois jamais manger. est ce que tu manges parfois ?
Comme à son habitude il me répondit avec ce léger temps de décalage, à peine perceptible. Un silence juste un peu plus long que ce à quoi on s'attendrait avec une personne "normale"
- Qu'entends tu par manger ? Je me nourris autant qu'il le faut, mais en effet, je n'ingurgite pas d'aliments de la même manière que toi.
- Comment-ça ? Je ne comprend pas... 
Je détestais sa manière de répondre à mes questions, pourtant simples, par une interrogation qui me laissait encore plus perplexe. 
- Est ce que vous mangez de là d'où tu viens ? Repris-je
- Je comprend ton interrogation, je vais tenter de t'expliquer.
Cette phrase n'augurait rien de bon. Je l'avais entendu déjà plusieurs fois.  Elle précédait en général un long monologue qui au mieux me passait complètement au dessus de là tête et au pire me laissait complètement éberlué pendant plusieurs jours. Je poussais un soupir audible. Il entama tout de même son "explication" de son ton posé: 
- Autrefois nous nous nourrissions, comme vous le faites ici. Nous ingurgitions l'équivalent de ce que vous appelez animal ou végétal. Il nous arrivait même de consommer des choses que nous considérions inerte, comme vous le faite avec le sel par exemple. Petit à petit les choses ont changé. Certaine personnes ont voulu arrêter de manger des "animaux". Au début ils étaient pointés du doigt, mis à l'écart. Leur comportement était vu comme non naturel. On pensait qu'ils ne pourraient par survivre, ou du moins pas en bonne santé. Mais leur nombre a augmenté progressivement et nous nous sommes rendu compte que grâce à nos connaissances et à l'abondance de nos ressources, nous pouvions très bien subsister sans manger de chair. Rapidement, la plupart des gens sont devenus strictement végétariens. En moins d'une génération, nous sommes passé d'une glorification de la nourriture animale à un rejet complet de celle-ci. Faire souffrir un animal ou l'enfermer pour en tirer profit a vite été vu comme une pratique barbare, répugnante. On pouvait concevoir que ça avait existé, tout comme les sacrifices, l'esclavage ou la torture, mais on avait du mal à imaginer l'état d'esprit des personnes qui avaient ce genre de pratique. Beaucoup de chose me choquent ici, même si j'essaie de les observer de manière neutre. Te voir manger une vache pour la première fois en a été une.
- Hé ! c'est un steak pas une vache rétorquais-je.
- Peu importe, je te comprend maintenant. Je me permet de poursuivre mon explication : Les gens ont ensuite commencé à se poser la question de savoir si il était moral de manger des plantes. Après tout, elles peuvent communiquer, se souvenir et se reproduire. Elle ressentent la douleur ou le stress quand elle sont maltraitées. Il est vrai que les plantes ne vivent pas dans la même temporalité que nous et émettent assez peu de signaux qui nous sont perceptibles. C'est pour cette raison qu'il nous a fallu plus de temps pour le réaliser. Mais au fond, les plantes sont également des être vivants. De quels droit pouvait on continuer à les massacrer, à les parquer dans des serres fermées, à les forcer à produire toujours plus pour un jour les arracher? 
Au fond, cela c'est passé exactement de la même manière que pour la viande. Les premiers à vouloir arrêter de manger des plantes ont été montré du doigt. Ils ont commencé à former des communautés. Ils s'appelaient entre eux des élémentalistes. Ils s'échangeais des recettes qui avait l'air de tenir plus de l'expérience de chimie que de la cuisine. Ce communautarisme, né d'un rejet du reste de la société a renforcé  leurs convictions, tout comme le rejet qu'il subissait. On les accusait de prosélytisme. On a présenté leur régime comme stupide et dangereux. 
Puis petit à petit, de plus en plus de gens ont adopté ce mode de vie. Chacun a pu constater qu' en utilisant la somme de nos connaissances sur le corps et sur la manière de modifier les éléments présents dans la nature, il était possible de vivre en bonne santé sans jamais atteindre à la vie. Même si les gens ont dû faire des sacrifices, ils ont tous fini par réaliser qu'il est agréable de vivre avec le sentiment de ne jamais participer consciemment à faire souffrir ou tuer un être vivant.
- Bien sûr, je comprend cela. Sur Terre les choses semblent évoluer dans le même sens. Même moi, quand je mange un steak, je commence à avoir des remords. C'est pas impossible que j'arrête complètement la viande un jour. Mais bon, je ne vois pas comment je pourrais me passer de manger. Un jour j'ai essayé de jeûner pendant 48h. C'était horrible ! J'avais hyper mal à la tête et j'étais tout mou. C'est pour ça que tu ne bouges jamais ? Tu manques d'énergie ?
- Je n'ai pas dit que nous avions arrêté de nous nourrir. Tout dépend de la définition que tu donnes à ce mot. Si pour toi cela consiste à apporter des aliments à ta bouche, à les mastiquer puis à les avaler. Alors tu confonds se nourrir et manger. Je n'ai jamais mangé, et même si mes ancêtres ont eu de telles pratiques, je n'imagine pas comment je pourrais m'y prendre. Si par contre par se nourrir tu entends absorber de l'énergie sous une certaine forme et la transformer en une énergie vitale utilisable par mon corps physique, alors je peux t'assurer que je me nourri bien suffisamment pour avoir une activité physique soutenue. Je n'en ai juste ni l'envie ni le besoin pour l'instant.
- Tu te nourris... de quoi ? D'ondes c'est ça ? demandais-je.
- On peut voir ça comme ça. J'absorbe directement de l'énergie. Je n'ai pas besoin, comme toi, de consommer de la matière puis de la transformer en énergie.
-  Mais ça n'est pas la même chose. Nous avons besoin de manger, pour grandir, pour reconstituer les parties de notre corps qui se désagrègent au cours du temps. Pas seulement pour lui fournir de l'énergie.
- Tu absorbe de la matière pour la transformer en énergie. Pourquoi ne peux tu pas imaginer que je fasse l'inverse ? Je pense que votre civilisation a déjà commencé à comprendre le rapport intime qui existe entre matière et énergie.
- Tu parle d'Einstein ? E=mc2 ?
- Entre autre oui, cela n'est que le pendant scientifique de la question, et une toute petite partie qui plus est.
- Ok, admettons, tu absorbes de l'énergie et tu la transforme en matière. Mais où trouves-tu cette énergie ?
- Ho partout ! Le rayonnement des étoiles apporte de l'énergie, les arbres et les plantes stockent, transforment et ré-émettent de l'énergie. Les autres personnes également peuvent me donner beaucoup d'énergie, même toi. Bien sûr toutes les sources ne sont pas aussi agréables, certaines peuvent même être néfastes. En fait il existe toute une gamme de ce que vous pourriez appeler "saveurs" dans ces énergies absorbables.
- C'est fascinant ! Mais comment cela marche ? Comment fais-tu concrètement ? Tu utilises des machines ? Tu as des implants pour faire ça ?
- On ne peut pas vraiment dire ça...
- ça suffit ! Tu me mènes en bateau ! Pourquoi est ce que tu ne veux pas m'expliquer ?!
- Pas la peine d'exprimer ta colère. J'ai juste beaucoup de difficultés à t'expliquer ces choses. Comment expliquerais-tu le fonctionnement de ton smartphone à une personne qui n'aurait jamais vu un appareil électrique ? Est ce que tu pourrais faire autre chose que de décrire ses fonctionnalités ? Est ce que cela ne lui paraîtrait pas totalement magique ? 
- Mouais... "
J'ai continué à mâcher ma vache en le regardant de côté. Lui avait la tête tournée dans ma direction même si ses yeux fixaient un point loin derrière mois. Il me narguait de son sourire béa. 
"Comme d'habitude tu m'a embrouillé !" J'ai claqué la porte en le laissant là avec la vaisselle sale sur la table et je suis retourné au boulot.
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Défi
- Kyllyn' -
Réponse à "Le Quintil, ou l'art d'exprimer beaucoup avec peut de mots".

Quintil médiéval (AABBA)
Quintil romantique (ABAAB)
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