La cyber matriochka : 6 | Indigo |

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6e jour - Indigo

Je me demande si Pénélope tissait en Indigo.

Moi je crois que c'est la couleur qui me caractérise le mieux. Savant mélange, lumineux, de rouge et de bleu. De chaud et de froid. De feu et d'eau. De sable et de ciel. Métissé. Je te vois rouge, je suis bleu.

Tu es comme cette fleur sur ton coeur

6e jour, ce 6e jour, c'est aussi dans notre semaine normale, celui où nous nous croisons souvent. Celle-ci est décalée certes. Ca me bouscule. J'ai le temps de travers. Trop lent. J'ai un jour d'avance. Un pas en l'air. Instable. Je danse pour attendre. Comme hier. 6e jour. C'est aujourd'hui. C'était demain. Quand tout est normal c'est demain. Tu serais là. Mais ce n'est pas normal, et c'est aujourd'hui. Et tu n'es pas là. Comme hier. Mon écran est froid et mon café réchauffe pour la 6e fois. Et j'y pense. Et je compte.

Et toi comptes-tu dans ton silence ?

Aujourd'hui, en ce jour chaotique, caniculaire, où je suis si perdu, je n'ai pas la fougue pour t'écrire de jolies diatribes enflammées, des mots colorés. Je peux même dire que je me déteste à t'écrire, que je suis embrouillé et confus. Je te vois partout. Je t'entends dans toutes les histoires. Je te reconnais. Mais ce sont des illusions, des mirages. Il fait trop chaud dehors, trop froid dans mon entendement. Je peux ajouter que je n'ai plus envie de tirer de nouveaux fils. J'ai envie de tisser ceux que j'ai. Me donnerais-tu les tiens pour rajouter ta couleur unique à mon tissage ? Mes fils de laine me tiennent trop chaud en cette journée bouillante. J'ai envie de cette mue. Je veux quitter, déménager.

Et toi ? Me rejoindras-tu ?

C'est vrai quoi, on a plein d'espace autours de nous, et on s'agglutine là, sans se regarder, sans savoir qui est qui... quand l'humain a tant besoin du contact des autres. J'ai besoin de ton contact, moi par exemple. Ca a l'air bête comme ça hein... mais c'est bien ce qu'il me manque là. Oh plus quelques menues petites choses... la voix, le sourire, le regard, les absences pour cause de maux urgents en faute d'orthographe, la démarche, la main, la peau, l'odeur, la présence, ton torse, et ma nuque. D'ailleurs, à ce sujet, c'est trop bon. Couleur indigo dans ma nuque qui se répand. Bref. Tout le monde a compris.

Tu recommenceras ma nuque indigo, n'est-ce pas ?

Les mots, les mots. On en a tant des mots, tant qu'ils ne semblent ne plus rien vouloir dire. Qu'ils nous trahissent. Ils se travestissent et se jouent. Ils nous inventent des vies, des histoires, des gloires, des familles, des amours, des possibles, des espoirs. Un silence travesti, je suis désolé mais ça ne sonne pas comme un silence pur, bulle entre tes mains et sur mon nez. Et non. Nous inventer des vies... c'est pas comme prendre une photo de nos vies. Et ça, c'est un peu toute la nuance de l'impression ! Mais dans ma chambre noire, parfois, les virages se prennent mal. Pourtant nous nous souvenons de nos vies. Nous nous souvenons de ces soirs fous. Non ?

Te rappelles-tu notre plus folle soirée ?

Là-bas, tout là-bas dans notre grand est ? Il y faisait bon. Il y faisait tard. T'en rappelles-tu ? Je me rappelle de l'indigo de cette femme. Oui elle était vêtue d'indigo. C'est peut-être ça qui m'a fait vibrer. Ou toi. Je ne sais plus. Je ne sais pas. J'étais fou. A l'est, tout se relâchait, tous se lâchaient. Sais-tu qu'elle a résonné longtemps en moi cette soirée ? Parfois j'ai besoin d'un ptit shoot de cette folie, alors je repasse en boucle, ces bras à la fin, et je me souviens. Et ça vire tout indigo.

Indigo...un digo... me digo... me dices... dimelo... dime, quién eres ?

Dans cet est, je me rappelle aussi un souvenir moins confortable, une longue marche vers cette ville loin, tout là bas, et le retour ventre à terre, parce que le temps pressait, je le savais, je ne voulais pas louper. 20 mn pour quelques kilomètres, aller retour, j'étais colère, que c'était inconfortable ô oui ! Pour la première fois, il en faut toujours une, c'est moi qui t'ait laissé partir après avoir essayé de te retenir un peu. J'ai touché ton bras, mon élastique a cassé, mes cheveux sont tombés sur ma nuque, tu t'es tourné vers moi, les mains jointes. Elles étaient indigo cette fois là. Je les avais frappé de rouge, frappés de rouge tes mains bleues.

"C'est pas grave, c'est moi, je suis désolé"

Je me rappelle d'une fois où on t'avait dit : "m'enfin ce n'est pas violet ça ! c'est bleu !!" et toi, gentiment : "mais si si, c'est presqu'indigo, comme on avait dit, j'ai respecté le code !". C'était peine perdue, que les gens sont cons quand ils n'ont pas envie de voir ! Oui, c'était indigo, évidemment !! Ce jour là, ta main tremblait quand tu as pris la mienne. Oui elle tremblait parce que j'avais terriblement pleuré la veille, et que tu n'aimes pas me faire pleurer. Tu n'aimes pas me voir soucieux. Tu développes des trésors d'inventivité pour me mettre quelques pointes de ton joli rouge dans mon abysse très bleu. C'était des débuts étranges. Moi je portais du violet et du vert, effrontément, en trait oblique sur la tête. Violet n'est pas indigo. Tu avais la nuance. J'avais le détail. Ce fut aussi notre première nuit complète ensemble.

Une nuit en indigo.

La dernière fois que j'ai vu de l'indigo, c'est toi qui l'arborait fièrement, c'était notre dernier tête à tête. Il n'était pas prévu, tu as fait un effort, c'était... étrange. Je m'en souviens. Je me souviens parfaitement de "toï", et je ris... en indigo de toi.

Aujourd'hui, en ce 6e jour, j'ai la panique et le manque couleur indigo. Je te dirais tout du bonjour en comité restreint, promis. Mais... Indigote-moi encore un peu.

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Ven52
Une histoire à croquer, remplie d'émotions !
Pour tous les âges, j'espère que ça va vous plaire !
Critiques et conseils acceptés (et même recommandés !)
Merci de vous respectez dans l'espace commentaire (:
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Maeva Amily

S'il m'était donnée de pouvoir m'adresser à celle que j'étais il y a quatre ans il est sûr que j'aurais beaucoup de choses à me dire. Je penses qu'une lettre serait la meilleure des formes pour mettre en prose mes pensées.
" A toi ma chère amie,
Voici que j'ai atteins, au moment où ma plume écrit ces quelques mots, l'âge de vingt ans. Bien que je sois encore à l'aube de ma vie j'ai décidé de faire une rétrospective de ces dernières années passées. Aussi, bien que nous soyons une même entité je me sens si différente de celle que tu es. A l'heure où tu liras cette lettre tu n'auras pas encore soufflé ta seizième bougie. Pour le moment, même si tu penses le contraire, tout va bien dans ta vie sans que tu ne te doutes que dans quelques heures un coup de téléphone signera la fin de cette partie de ta vie.
Je ne souhaites pas t'effrayer. Bien au contraire, mon seul souhait est que tu comprennes que peu importe les obstacles tu les surmonteras. Dans quelques heures tu apprendras qu'un pilier de ta vie va quitter ce monde. Dans quelques heures ta vie va basculer..
Saches que tu vas souvent trébucher mais tu trouveras en tes proches la force de te relever. A ton corps et à ton esprit tu vas tellement en faire baver. A vie tu seras marquées. J'en porte encore les stigmates de ces années. Saches que beaucoup de proches s'en iront mais tu sauras continuer à avancer. Doucement mais sûrement. Souvent les nuits où nous aurons du mal à nous endormir nous repenserons à eux et les larmes, qui ce jour-là n'avaient pas coulées, se déverseront.
  Tu vas souvent être trahis par des personnes que t'appelais "potes" mais n'aie pas peur de refaire confiance car tu feras de belles rencontres également. Tu vas tombée amoureuse plus d'une fois. Quelques fois tu agiras comme ces c***sse que silencieusement tu méprisais. Je ne te caches pas que tu vas être souvent perdue quant il s'agira de comprendre tes sentiments. Encore maintenant rien n'est simple. Tu vas apprendre comment construire des relations, tu vas apprendre combien il est grand le prix pour construire celles qui en valent la peine.
 Saches que bien souvent tu vas encore décevoir tes parents. Mais n'oublie pas les moments où tu les auras rendus fiers également. L'un et l'autre font partis du lot de tout les enfants. de voie tu vas souvent te tromper mais sois sans crainte, sans tes erreurs tu ne vivrais pas des expériences qui feront que je suis celle que je suis. Sois pleine de gratitude à chaque expérience de la vie.  
 Prends ton rôle d'aînée aux sérieux mais essaies de ne pas oublier ta propre jeunesse. Ne deviens pas mére avant que ce ne soit ton heure. Aime, protège mais ne sois pas celle qui devra éduquer les plus jeunes.
 Ne fais pas attention à l'opinion des gens et des critiques des envieux car bien souvent ce sont tes réussites qui va les faire taire. Ne t'inquiète pas tu sauras être forte et débrouillarde. Mets parfois ton égo de côté et ose demander de l'aide car bien souvent c'est lui qui te feras chuter. Ose dire haut et fort tes opinions car trop de fois tu oublieras que tu es l'égale de tous.
  Je sais que cela paraît si facile de sortir toutes ces choses quand tu sais ce qui va se passer mais je suis certaine que tu sauras le faire. Je nous souhaites une longue et heureuse aventure,
Une autre moi"
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roudoul

Désordre, fouillis, amas de papiers, tas de cartons
Gisent en vrac sur le sol en béton
Pyramides de caisses plastiques surchargées
Où se mélangent vieux cahiers, poupées abandonnées
Pourquoi cette impossibilité de trier enfin, de jeter,
Peur de perdre son identité, ou de manquer,
Même les vieilles bouteilles vides sont encore présentes
De certaines exhalent des odeurs entêtantes
Produits chimiques divers, vieil alcali, térébenthine,
Frayez-vous un chemin parmi toutes les bassines
Voilà mon sort liée à un conjoint hyper conservateur
Qui ne peut se résoudre à m'écouter sans mauvaise humeur
Car je prêche et je reprêche contre sa désastreuse manie
Je lui démontre toutes les conséquences infinies
Je tempête contre son incapacité à abandonner ces vieilleries
Absence de volonté de vivre au présent d'aujourd'hui
Envie de rester telle la fourmi de la fable amassant tout
Que faire mon dieu avec un tel genre d'époux
Rêver d'un mini ouragan sur notre garage localisé
Afin de faire table rase de tout ce fatras d'inutilité
Espérer une modification de son esprit si figé
Trouver comment déclencher une envie de ranger
Menacer de le quitter pour un tas de vieux cartons
Même si cela va paraître complètement con!!!

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