La cyber matriochka

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*Salle très éclairée, après une fin de journée de leur activité favorite. Le temps des au-revoirs. Un monsieur, une dame. Un amour, platonique mais réel.*

- Chut, ne dis plus rien !

- Je ne dis plus rien

- Tu es in-fer-nale ! Je ne pars que 10 jours ! Ca ne me paraît pas insurmontable, à moi !! Pourtant, tu es là, avec tes yeux humides, à me la jouer, sanglots longs des vi-o-lons, tu es terriblement culpabilisante.

- Je ne dis plus rien... mais enfin... j'aimerais pouvoir être libre de m'exprimer... un petit peu... avec toi au moins... surtout avec toi.

- Oui vas y exprime toi ! Mais si c'est pour me faire des reproches, abstiens toi !

- Amour, je ne te reproche rien. Je suis triste parce que peut-être que demain n'existera plus, alors 10 fois "demain"... c'est vraiment trop long ! Il est déjà bien assez, d'être éloignée de toi plusieurs fois par semaine. D'un coup, me revient cette jolie petite histoire de Zoya !

- ...

- Ca se passe, là-bas loin, dans la grande Russie. Le papa de Zoya doit s'absenter pendant de longues journées. La petite Zoya, n'aime pas quand son Papa part si longtemps. Et elle le lui dit. Alors pour l'aider, il lui donne une matriochka, en lui intimant de n'ouvrir qu'une poupée par jour. Et quand arrivera la dernière , une surprise l'attendrait. Zoya ouvre chaque jour sa poupée, avec un peu de tristesse, mais en se disant que demain, elle sera encore plus petite et que peut-être elle verrait sa surprise. Le temps lui paressait long, mais un tout petit moins avec la matriochka de son Papa. A la dernière, la tristesse l'envahit parce que demain il n'y en aurait plus d'autres à ouvrir. Son papa lui manquait vraiment beaucoup maintenant. Il n'y avait pas de surprise. Alors elle se alla se coucher le cœur lourd et déçue. Mais le lendemain il y avait bel et bien, une surprise qui l'attendait : il était de retour !

- ...

- Je suis comme Zoya, je vais être triste pendant toutes ces longues journées sans toi. Ne me blâme pas, je ne le fais pas exprès. Je fais de mon mieux.

- Et bien écoute... Je vais te laisser une matriochka. Comme Zoya. Et toi aussi chaque jour, tu ouvriras ta poupée... Elle sera aussi belle que toi, elle te ressemblera, et tu penseras à moi. Sauf que ma matriochka, elle, ne sera pas physique. Comme mon amour. Une cyber matriochka. Comme mon amour. Une poupée sur ton écran, tous les jours. Tu me liras, et tu compteras les jours. J'écrirais, pour toi chaque jour, pour les compter avec toi. Je dois bien l'avouer qu'à moi aussi, le temps me paraîtra ainsi moins long. Et le dernier jour... ce sera comme pour Zoya, je te retrouverais.

- D'accord... Et bien à dans 10 jours alors...*Sourire crispé mais tendre*

*Bises et accolade*

- *Clin d'oeil rassurant mais ému* Oui, ça passera vite, fais moi confiance... Allez, laisse-moi partir maintenant.

*Elle sourit parce qu'il le faut bien. Tourne les talons, descend quelques marches, passe la porte, marche droit devant elle. Les larmes montent, montent, débordent. Il ne le saura pas. Elle a une matriochka sur le coeur, et le temps en horreur.*


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