Chapitre 62 : Jacuzzi time.

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Aux alentours de seize heures, alors que Laure venait tout juste de se rhabiller dans sa chambre en attendant son tour pour la douche, cette dernière s’interpella des coups à la porte. Elle avait bien espéré que ce soit Loyd, mais en le voyant apparaître sous ses yeux, alors qu’elle n’était pas totalement à son avantage, elle fut à la fois comblée et peu à l’aise. Frénétiquement, elle passa une main dans ses cheveux tout en essayant de reprendre le dessus sur la situation :

  • Oui ? Je peux faire quelque chose pour toi ? lui demanda-t-elle en battant des paupières.

Un franc rire sortit de la gorge de Loyd qui lui attrapa la main.

  • Habille-toi, on sort.
  • On… sort ? Je dois m’habiller… comment ? paniqua-t-elle intérieurement, la curiosité grandissant à mesure qu’elle tombait dans ses yeux bleus hypnotisant.
  • Chaudement pour la neige, le reste… dit-il en la regardant de haut en bas, ça n’a pas d’importance. Allez, je t’attends, fit-il ensuite en lui accordant un petit signe de la main.

Fermant derrière lui, Laure resta inerte quelques secondes, dos à la porte, les mains toujours serrées sur la poignée. Une montée d’adrénaline grimpa ensuite depuis son estomac jusqu’une plainte stridente.

Kimi qui sortait de la douche l’entendit émettre des bruits étranges. En serviette, le bras entourant sa poitrine, elle passa une tête hors de la salle de bain :

  • Laure ? Tout va bien ? l’interrogea-t-elle d’un air dubitatif.
  • Hum ? se retourna cette dernière, un immense sourire fermé plaqué sur le visage.
  • Ça… va ?
  • Oh, Kimi !! s’exclama-t-elle en lui fonçant dans ses bras alors qu’elle était complétement nue sous sa serviette et encore mouillée. Je t’adore, la serra-t-elle fort en écrasant un gros baiser sur sa joue.
  • Mais…

La main déposée sur sa joue, Kimi fit des yeux ronds, ne comprenant absolument pas le comportement de sa meilleure amie, devenue soudainement hystérique. Elle la regardait sautiller partout, puis se recoiffer avant d'enfiler une bonne veste chaude, sans oublier de se refaire une beauté.

Puis, sans donner aucune explication, elle quitta la chambre excitée comme une puce. Kimi, curieuse et déphasé, se dirigea jusqu’à la porte pour la voir reprendre un air totalement audacieux quand elle rejoint Loyd. Ce dernier lui étira un sourire, puis envoya un baiser volant à la blonde, toujours en serviette, avant de poursuivre son chemin en compagnie de Laure.

Un long moment passa où Kimi resta bête :

  • Sont bizarre quand même, marmonna-t-elle en faisant la grimace.

***

Sur le chemin qui menait à la piste de ski, les rayons du soleil de la fin de l’après-midi devenaient de plus en plus faible.

Ils marchaient, envahis par l’atmosphère du soleil se couchant sur la montagne, leurs grosses chaussures se tassant de neige. Laure n’avait pas idée d’où il la menait à part peut-être en bateau. À la fois frustrée et impatiente, elle avait entamé tout un tas de sujet de conversation différents sur le temps de dix minutes.

Loyd la trouvait pétillante et adorait la voir plonger son petit nez torturé dans l’incertitude. Elle sursauta même quand il se décida à lui attraper la main. L’autre dans sa poche, il lui fit un petit signe de tête :

  • Par ici, fit-il en lui montrant un chemin qu’ils n’avaient encore jamais empruntés dans le cadre du voyage.

Les attentes de Laure grandissaient à mesure qu’ils s’enfonçaient dans le décor enneigé où se plantait de nombreux sapins et des chalets rangés de part et d’autre de l’allée dessinée. Quand il finit par s’arrêter quelques mètres plus loin, plantant la pointe de sa chaussure dans la couche blanche en guise de stop, Laure se retint de montrer une mine trop enjouée.

  • Mademoiselle, est-ce à votre goût ? la questionna-t-il, alors qu’elle levait les yeux sur un mignon petit chalet entouré de sapins, son toit recouvert de neige, ainsi que la rampe du balcon. Où devrais-je dire, “Madame” ? demanda-t-il ensuite d’un ton noble et distingué.
  • La première appellation sera suffisante, mais n’est-ce pas… un peu petit ? rétorqua-t-elle, décidée à l’embêter.
  • Pas quand il s’agit… d’avoir de l’intimité, lui répondit-il sur le même ton agaçant. Mais il suffit de constater par vous-même…

Tout en lui faisant une révérence, il lui céda le passage, l’observant du coin de l’œil se diriger vers les marches du chalet qui émirent un craquement agréable à ses oreilles. Laure frissonna, mais pas à cause de la basse température. Aussi pimpante que nerveuse, elle se saisit des clés qu’il lui tendit, puis s’arrêta sur les jolis rideaux qui décoraient les fenêtres depuis l’intérieur. Puis, elle les tourna enfin dans la serrure.

  • Il fait bon, souffla-t-il en entrant, comme soulagé.

Mais Laure ne l’écoutait pas, son regard gambadant sur l’intérieur tout en bois. À droite, une petite cuisine dont ils ne se serviraient sans doute pas lui parut adorable de ses meubles en bois presque noirs, modernes, mais vintage. À gauche, un salon, tenant dans un espace réduit, avec deux fauteuils en tissus gris et de gros boudins circulaires à la place des accoudoirs. Elle apprécia le cliché de la peau de bête au pied de la cheminée. Elle se vit ensuite déjà grimpe l’escalier droit qui menait à l’étage.

Loyd ferma la porte à clé avant de retirer sa veste. Encore à moitié sur ses avants-bras, il lui proposa exactement ce qu’elle était en train de s’imaginer :

  • Tu veux monter ? demanda-t-il en déplaçant sa veste sur le manteau. Laisse-moi t’aider, vint-il ensuite derrière son dos pour lui retirer la sienne. Viens, l’invita-t-il alors à le suivre en lui tendant sa main.

Leurs doigts froids se rencontrèrent tandis qu’il passait le cap des premières marches de l’escalier étroit. Au-dessus, ils eurent l’impression de passer la tête dans un grenier superbement bien emménagé. Loyd déglutit en tombant nez à nez avec le lit sur lequel il y avait des plaids en laine de mouton, puis aida Laure à arriver à bon port. La tête de lit était immense. Elle s’arrêta dessus, puis sur le jacuzzi qui s’étendait sous la fenêtre rustique.

Tout tenait en une seule pièce : le toit, assez bas, et soutenu par de grosses poutres. Le cocon était parfait pour passer un moment en amoureux. Comme s’il prenait enfin conscience de ce qui se déroulait, Loyd inclina son visage pour cacher le rouge qui lui montait aux joues, bien que ses oreilles le trahissait grandement.

Les mains devant ses cuisses, Laure ne se permis pas de se moquer de lui. Elle attendit qu’il reprenne ses esprits alors qu'il avait une main enfouie dans sa paume, affreusement gêné.

  • Hum… lâcha-t-il maladroitement, peu sûr de lui, ses jambes commençant à trembler. J’ai prévu des maillots pour nous… Tu veux… y faire un tour ? lui proposa-t-il, l’esprit ébouillanté, une main bloquée sur ses côtes pour avoir l’air plus confiant.

De grands yeux timides, Laure abaissa un peu son menton et hocha plusieurs fois de la tête. Il lui tendit alors un bikini noir en s’interrogeant sur la qualité de ses actions, mais ouvrit directement les plusieurs vannes du jacuzzi. L’eau chaude s’y remplie rapidement.

  • J’ai déjà mon maillot sur moi, donc…

Il retira son haut d’une traite, ses cheveux bien rangés en subissant les conséquences. Laure rit devant son air bancal. Puis, elle lui indiqua d’un geste délicat de se retourner. En entendant ses vêtements s’écraser contre le sol, Loyd gonfla ses joues et passa une main sur sa nuque chaude. Il ouvrit ensuite son pantalon pour n’être plus qu’en maillot. Le sien aussi était noir, pas trop collant afin d’éviter une catastrophe, bien qu’il fût déjà trop tard.

  • Loyd… ?

Il hésita à se retourner.

  • Tu peux m’aider ? renchérit-elle d’une petite voix.

La première chose qu’il vit fut son regard appelant ses mains pour accrocher son bikini, puis malencontreusement, ses fesses rebondies trop peu recouverte par le tissu. Il se força à ne pas les regarder et vint nouer les ficelles ensemble. Bien qu’il l’avait déjà vu en maillot, c’était la première fois qu’il découvrait autant de sa peau blanche. Sa taille était parfaitement marquée, et son dos était fin, ses omoplates en ressortant joliment. Elle avait tout d’une petite poupée élégante. Il se rendit compte de sa chance quand elle ne broncha pas au baiser qu’il déposa sur son épaule, ses doigts frôlant ses hanches.

Il revint assez vite sur cette pensée : de la chance ? Ils ne sortaient même pas encore ensemble et il ne l’avait plus embrassé depuis cette fois après le conseil.

Laure se retourna et détailla subtilement le corps qu’il lui exposait. Il se détourna rapidement, peu confiant, alors qu’elle appréciait la vue. Mais il avait surtout des choses à cacher, ses paumes devant son short de bain.

  • Tu viens ? demanda-t-il en passant un pied dans l’eau, lui tournant le dos.
  • Tu me donnes ta main ? lui renvoya-t-elle la balle en venant d’abord attacher ses cheveux en une queue.

Presque à contre-cœur, il s’exécuta et il lui tendit, obligé de lui faire face. Instinctivement, alors qu’elle s’en saisissait, ses prunelles tombèrent sur ce qu’il y avait en dessous de son ventre finement dessiné. Il ne s’en cacha plus, préférant dompter son regard du sien. Tout deux entrèrent doucement dans l’eau chaude qui s’évaporait en de grosses vapeurs. La chaleur monta immédiatement à la tête de Loyd qui se ventila doucement pendant que Laure s’installait. Quand il souffla un coup, elle se mangea doucement les lèvres et montra un côté de sa personnalité qu’il ne lui connaissait pas. Les bras serrés ensemble devant sa poitrine, glissé entre ses jambes enfouies dans le bassin, elle semblait tout aussi gênée. Loyd se demanda s’il n’avait pas fait une erreur.

  • Tu… aimes ? lui posa-t-il la question en lançant des coups d’œils sur le toit qui couvrait leurs têtes.
  • C’est vraiment… superbe.
  • Ce n’est pas un peu “trop” ? s’en inquiéta-t-il, attendant que l’eau recouvre entièrement leurs genoux pour fermer les vannes.

Les jets pour les bulles s’activèrent à ce moment même. Le sursaut de Laure lui arracha un rire qui détendit l’atmosphère. Il reprit un peu courage en la voyant sourire, puis quand elle lui afficha à nouveau son petit air espiègle.

  • C’est parfait, répondit-elle à sa précédente question. Tu avais parlé d’une chambre, alors… Je ne m’y attendais pas du tout. Tu as… bien préparé ton coup à ce que je vois ?

Ça y est, il retrouvait ce pétillant qui lui donnait envie de prendre le dessus. Accoudé au bord, il se glissa à ses côtés, tel un poisson dans l’eau, plus confiant. Il enroula les cheveux de sa longue queue autour de son doigt et scruta la voie vers son cou, totalement libre. Il le regarda avidement, comme un vampire aurait pu vouloir s’en délecter, puis il releva ses yeux dans les siens. Laure ne disait rien, son cœur s’accélérant sous sa poitrine généreuse. Elle lui laissa le plaisir d’y vagabonder aussi, se demandant quand il se déciderait à faire un premier pas. La pensée la fit souffrir.

Elle était à moitié nue dans un jacuzzi et il arrivait encore à faire preuve de retenu. Sa poitrine transpirante se souleva un peu plus. Il le remarqua et l’analysa. Laure gonfla les narines et se retint de tortiller ses jambes sous l’eau. De son regard, tantôt doux, tantôt brut, il déshabillait les parts encore couvertes.

Avec minutie, il se rapprocha un peu plus, Laure déglutissant, et passa un bras derrière ses épaules. Il la touchait à peine du bout des doigts, qu’elle se sentait implosée. Il gagna alors du terrain pour lui murmurer suavement à l’oreille : “Tu as envie ?”

Son ventre se tordit violemment. Elle fit face à son visage, ses sourcils froncés, le regard plein de désir. Laure sentit comme une pression sur ses épaules quand il emprisonna son menton et qu’il fixa longuement sa bouche. Il l’admirait, passionnément, n’ayant pas la permission de l’embrasser.

  • Je peux ? demanda-t-il ensuite, d’un air affligé, amenant ses lèvres contre les siennes au grand oui qu’elle lui octroya rien qu’avec les yeux.

Il rencontrait à nouveau cette bouche qui le rendait hérisson, des picotements traversant tout son corps. Sa langue chaude se mêla rapidement à la sienne par à-coups, ses sens s’aiguisant en la sentant se tendre. De longs baisers, il réduit le tempo en venant en loger d’autres dans son cou et passa une main entre ses deux genoux.

Brûlante, Laure laissa son souffle la contrôler et battit plusieurs fois des cils pour tenter de se rependre.

“Je vais mourir.”

Elle en fut encore plus convaincu quand ses yeux, devenus plus sombres, sensuels, ne la lâchèrent plus. Elle refusa que sa raison l’emporte et plaça ses deux mains sur ses épaules pour l’empêcher de partir trop vite en besogne, alors qu’elle en mourrait d’envie. Elle constata alors leur différence de force quand il les appuya dans ses paumes. Laure se sentit amplement tester :

  • Il me semblait… que tu n’avais jamais rien fait… ?

Un petit sourire s’étendit sur le coin des lèvres de Loyd, plutôt content de la voir déstabilisée. La petite étincelle dans ses yeux venait de son côté plus tendre.

  • Ce n’est pas parce que je ne suis jamais passée à la pratique… dit-il en la fixant, amusé, mais surtout cachant son stress derrière une immense envie de domination. Que je ne sais pas comment appliquer la théorie, enchaîna-t-il en claquant sa langue à côté de son oreille, puis en attrapant l’arrière de son cou pour l’embrasser à nouveau.

Laure se raccrocha au sien fermement et l’attira davantage vers elle, mais en vain. Il ne la laissa pas conduire.

Du moment où il déposa ses mains sur sa taille, il ne la quitta plus pour un bon moment.

***

“Ploc”

Le morceau de canard que la deuxième Richess venait de piquer se détacha de sa fourchette. En face d’elle, Loyd, une superbe chemise blanche sur les épaules, se servit de la sienne pour l’attraper et le placer doucement dans sa bouche. Il ne la regarda qu’un court instant, trop tenter de sourire.

Laure serra les mâchoires et sa poitrine habillé d’un chic haut noir sans bretelle se gonfla légèrement. Ses longs cheveux mauves s’étendant de part et d’autre de ses oreilles, elle découpa un autre morceau, ses joues aussi rosées que l’intérieur de son canard.

Elle n’était plus certaine de se rappeler exactement de ce qu’il s’était passé entre elle et Loyd une heure plus tôt, mais elle en était sortie ravie et complétement détendue. En se rappelant, elle mourrait d’envie de couvrir son visage. Elle n’aurait jamais cru qu’il soit autant… Laure eut envie de hurler dans sa tête. Les rougeurs qui se formèrent au-dessus de son nez n’interpellèrent que le concerné ou presque.

  • Alors, vous en êtes où ? leur demanda Alex qui reniflait à plein nez ce qu’il se tramait entre les deux.

Sky leva le nez de son assiette et Selim s’interrompit dans sa conversation pour obtenir une réponse.

  • Comment ça ? fit Loyd comme s’il n’en savait rien.
  • Arrête, fit Sky en levant les yeux au ciel qui n’avait jamais vu Laure dans cet état.
  • C’est clair que vous nous cacher quelque chose, s’en alla Faye qui lança un clin d’œil à la belle Richess. On veut savoir !

La table décoré de nappes blanches et dorés pour l’occasion, un service noir s’y étendant, trembla sous leurs poings qui réclamèrent des explications. Nice riait de bon cœur avec Kimi, gênée pourtant du bruit qu’ils faisaient.

Laure mit fin à la catastrophe en se redressant sur sa chaise :

  • Nous… regarda-t-elle Loyd qui abaissa légèrement la tête, décidant de la laisser parler pour eux deux. Soyez sage et peut-être… que vous aurez une réponse, dit-elle rapidement en enfournant sa fourchette dans sa bouche, soudainement fort gênée.
  • Quoi ?? C’est pas juste, dis-moi ! Je suis ta meilleure amie, j’ai le droit de savoir, s’en alla Kimi en s’accrochant à son bras pour lui faire la moue.

Les petits sourires incontrôlés de Laure les mirent tous sur la bonne direction tandis que Loyd arrivait tout à fait à garder son calme. Les rôles s’inversaient et cela embêtait beaucoup la jeune Richess, pourtant conquise. Tout en essayant de garder sa classe habituel, elle chassa ses cheveux en arrière, puis releva la tête. Celle de Sky restait basse, les yeux fixés sur la table. Laure ressentit alors un poids lourd s’écraser dans sa poitrine. D’un petit air empathique, elle pinça les lèvres et fut ailleurs pour tout le restant du souper. Loyd y fit bien évidemment attention.

***

Un quart d’heure avant le décompte des douze coups de minuits, les élèves de Saint-Clair furent conviés à enfiler leurs manteaux chaud au-dessus de leurs tenues de soirée.

Les professeurs ouvrirent la marche à l’extérieur, guidant leurs étudiants jusqu’aux pistes. Le chemin était éclairé par les lumières provenant de l’intérieur des chalets et des guirlandes accrochés à des piquets en bois. Des étoiles dansait dans les yeux de Nice qui restait collée au bras de Selim. Lui pointait le ciel du doigt discutant de mille et unes choses, pour le plus grand bonheur de sa petite amie.

Celle-ci envoya des yeux rieurs à Alex qui l’écoutait d’une oreille. Il joignit sa main à celle de Faye dans sa longue veste et recouvrit davantage son cou à l’aide de l’autre.

  • Hors de question que tu attrapes froid, déclara-t-il en venant ensuite l’embrasser sur la joue.
  • Tu me réchaufferas, plaisanta-t-elle en se mettant à sautiller, chassant la neige joyeusement la neige à ses pieds.

Ses cheveux de feu étaient encore plus chaleureux sous les lumières. Alex la coinça en l’attrapant par l’épaule et suivit ses mouvements de pieds. Ils avançaient en dansant.

Plus loin derrière, l’ambiance était plutôt de glace entre Sky et Kimi qui ne se parlaient pas. Laure, bien emmitouflée avait mal au cœur à chaque fois qu’elle posait son regard sur lui. À côté, Loyd fini par l’interpeller :

  • Va lui parler, souffla-t-il.
  • Mais…

Il la força d’un petit mouvement de tête. De petits pas précipités, décidée, Laure vint s’accrocher à son bras et le prit à part. Sky fut étonné, sortant de ses pensées, les mains calées dans les poches. Il bugua face à un air qui lui connaissait peu.

  • Sky… s’arrêta-t-elle, tandis que Loyd et Kimi les dépassaient, entamant une discussion.

Ils arrivaient à terme, les élèves se joignant à la foule qui attendait sur le début de piste où les lumières étaient éteintes. Instinctivement, des chuchotements se créèrent, puis un professeur cria :

  • C’est bientôt l’heure !
  • J’aimerais te dire quelque chose… déclara Laure en l’attrapant par les avants-bras pour l’immobiliser.

Son cœur battait à toute vitesse. Sky, plus grand qu’elle, la toisa. Il ferma les yeux un instant et inspira un bon coup.

  • Dis-moi, fit-il d’une petite voix, sentant ses mains se serrer autour de ses bras.

Loyd les guettait du coin de l’œil. Avant même de dire quoi que ce soit, les prunelles de Laure devinrent luisantes et pétillantes :

  • Je suis tombée amoureuse.

Il déglutit tandis que le regard de sa meilleure amie s’agrandissait de plus en plus. Sky esquissa un sourire en coin, tout léger, et la regarda avec tendresse. Les siens aussi reluisaient.

  • Je suis… rit-elle nerveusement, tombée amoureuse… continua-t-elle en attrapant ses mains et en le fixant droit dans les yeux tout en respirant le bonheur du monde.

Les sourcils de Sky s’abaissèrent, ému, puis il lâcha une de ses mains pour déposer la sienne sur le haut de sa tête. D’une expression douce, sans dire un mot, il lui disait : “Je sais”.

Une fusée s’envola dans le ciel et éclata en paillettes rouges au-dessus de leur tête. Surpris, ils levèrent la tête en même temps pour fixer les poudres s'envoler, puis ilspartagèrent un rire commun.

Le grand gaillard l’attrapa alors par l’épaule et l’amena jusqu’à Loyd contre son gré. Celui-ci la rattrapa dans ses bras et lui flanqua un énorme bisou sur la joue. Laure était toute timide, cherchant à cacher son visage, mais Loyd en décida autrement. Il l’attrapa sous la mâchoire pour l’embrasser, cette fois devant tout le monde. Des fleurs de toutes les couleurs apparaissaient les unes après les autres dans le ciel, mêlées à des exclamations, sans compter celle du groupe en extase.

“C’est pas trop tôt”, crut-on entendre entre deux détonations.

Kimi les regarda avec énormément d’émotion et secoua la main de sa meilleure amie pour lui montrer toute sa joie. Quand le couple redevint plus calme et admira le spectacle lumineux, la blonde se tourna vers Alex et Faye. Ils s’embrassaient fougueusement. Puis, vers Nice et Selim. Eux, se dévoraient des yeux.

Elle fut gênée d'être les couples et replaça son bonnet sur ses oreilles froides d'où dépassaient ses cheveux blonds. Elle s'en détourna ensuite, l'impression d'être de trop. Sky était juste à côté, les mains dans les poches, la tête levée vers le ciel. Elle leva aussi la sienne pour admirer les fusées éclatant dans tous les sens. Les explosions se reflétaient dans les yeux de Kimi qui avait l’impression de rêver. Émerveillée, elle ne le vit pas abaisser légèrement son menton.

Sky l’observa déposer sa main sur sa bouche de plus en plus ouverte qui s’étira en un immense sourire. Ses rires en sourdine lui parvinrent quand elle planta ses yeux dans les siens, sidérée. À cet instant, une détonation gronda sous le torse de Sky où il déplaça nerveusement ses doigts.

Face à son air, Kimi pencha la tête et le regarda à son tour. Ils se fixèrent bêtement pendant quelques secondes de trop, assez pour qu’elle devienne un peu mal à l’aise. Pour se débarrasser de cette gêne, elle vint écraser joyeusement son épaule contre la sienne. Il lâcha une petite esquisse malgré lui, bousculé, puis passa une main dans sa chevelure brune qui retomba doucement devant ses yeux. Kimi le charriait des siens, rempli d’étoiles des lumières qui tombaient sur sa tête. Elle resplendissait. Il passa une main sur son ventre noué, incapable de se concentrer sur autre chose que sa frimousse alors qu’il pleuvait des paillettes dans le ciel. Qu’est-ce qui lui prenait ? Le problème venait définitivement d’elle.

  • Tu boudes plus ? lui cria-t-elle à l’oreille en s’accrochant en riant à son bras, ses deux mains cachées dans ses manches.

Comment pouvait-il ? Il fronça les sourcils et la repoussa gentiment, comme à son habitude, puis détourna la tête. Sky ne s’attendait pas à tomber dans le regard de Laure qui le scrutait attentivement, Loyd accroché à sa taille. Les meilleurs amis se comprirent sans un mot, mais Sky rejeta l’idée violemment de revoir le sourire si spéciale de cette petite blonde agaçante.

Il était hors de question qu’il lui réponde un truc du style : “Moi aussi.”

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